Archive pour le 29 août 2006

Mardi 29 août 2006

Fabius, Jospin, Lang, Strauss-Kahn et l’offense faite à Ségolène

img_blog_290806_segolene.jpg

Je ne sais pas si les participants à l’Université d’été du PS, ce week-end à La Rochelle, sont satisfaits de l’image qu’ils ont donnée d’eux-mêmes. Mais une chose est sûre : le concert des éléphants, le soir, quand retombe le rideau, a quelque chose de fascinant. Et de franchement pathétique.

Fascinant… parce que selon une règle bien connue de ceux qui sont passés maîtres dans l’art de la communication, tout bruit, tout commentaire ou toute critique exagérément faits autour d’un adversaire, surtout s’il est déjà populaire, ne conduisent qu’à renforcer sa « visibilité », sa notoriété, sa légitimité. Ségolène n’a jamais autant engrangé…

Pathétique… ? A défaut d’opposer leurs idées, d’afficher leur propre programme ou d’exprimer leurs différences, les propos des multiples prétendants socialistes s’apparentent au comportement de certains critiques cinématographiques : « Trop populaire, trop médiatique », comme on dirait « trop commercial pour être un bon film, un vrai film, une œuvre… ». On croirait lire certaines tribunes de Télérama ou des Cahiers du Cinéma quand de farouches opposants à toute culture populaire font la fine bouche devant l’audimat.

1) Dans le genre, le clown le plus triste, c’est quand même notre Jack Lang. Franchement, comme le rappelle Guy Konopnicki dans Marianne (26/08), « Jack Lang n’a pas été le plus inutile des ministres, ni d’ailleurs des socialistes ». Mais faut-il être « faux derch » pour reprocher à Ségolène Royal de n’être « qu’une production du système médiatique » quand lui…maître du genre… abusa du système !!!

2) Pas mal non plus la sortie de Laurent Fabius : « Si on pense qu’on peut s’en sortir par le look, ce n’est pas possible » dit-il sans élégance. Ramenant la popularité de Ségolène à sa seule capacité médiatique, il sait être encore plus goujat : « Bien sûr, il faut utiliser les techniques nouvelles et ce que d’aucuns appellent l’interactivité, la relation directe entre la société civile et les lieux de pouvoir. Mais les tuyaux ne donnent pas le contenu. La technique ne remplace pas la politique. Il faut avoir des idées, des convictions, exposer les enjeux, dire quelles sont nos décisions demain et quels seront nos actes ». Toutes capacités dont Ségolène, évidemment, serait dépourvue !

3) Dominique Strauss-Kahn aime les femmes. Il le dit et cela se sait. Plus malin, il évite l’attaque directement machiste, mais c’est pour mieux se positionner en homme d’expérience. Mais l’expérience est-elle définitivement incompatible avec la popularité ?

4) C’est ce que semble croire Lionel Jospin qui revendique la sienne. Ce à quoi Ségolène répond par avance : « J’entends dire çà et là qu’il faudrait pour diriger la France une expérience que très peu possèdent ici-bas. Mais cela ne suffit pas. Je sais surtout que ce qui compte, c’est la capacité à mobiliser l’expérience collective… ».

Ah, décidément, « tous contre Ségolène ! ».

Mais ils devraient être plus prudents, nos éléphants. Outre qu’à leur tour, avec leurs petites phrases, ils alimentent la peopolisation qu’ils dénoncent par ailleurs, ils placent l’élue de Poitou-Charentes sur orbite. Et, finalement, la confirment dans ses choix : ne pas dévoiler trop tôt un programme dont tous, hypocrites, réclament « les bonnes feuilles ». Un piège puisque, parallèlement, militants et éléphants s’évertuent à rappeler qu’il faut jouer collectif et faire prévaloir les idées du parti.

De toute façon, tactiquement, Ségolène joue sur du velours. « Le PS tourne aujourd’hui « La Croisière s’amuse » (Jean-Luc Mélenchon dixit). Et dans cette ambiance, suicidaire est celui qui voudrait entamer un débat de fond !

Comme beaucoup de citoyens, j’ai hâte de connaître les principaux engagements de Ségolène Royal sur l’Europe, la mondialisation, l’entreprise et l’économie de marché, l’environnement, la réforme du système éducatif, etc. Pas question, quels que soient, demain, les candidats, d’aller déposer un chèque en blanc dans l’urne.

Mais les reproches qui lui sont faits par ses pairs sentent la bile et me paraissent finalement terriblement machistes ! Et en tout cas, je ne vois pas qui, dans les accusateurs, pourrait se soustraire aux mêmes critiques. Tous ont connu la popularité. Tous ont connu les mêmes conditions d’exercice du pouvoir, en tant que ministre ou sur le plan local. Alors…Messieurs les éléphants, ayez l’affirmation plus modeste…

Dans Le Figaro Magazine (26/08), Isabelle Adjani a livré à JC Buisson une passionnante interview. On y lit cette phrase très vraie : « Je suis indéniablement en décalage avec le rythme du monde moderne qui exige que l’on ait tout fait avant même d’avoir entrepris quoi que ce soit ». La notion de « devenir » n’existe presque plus.

Sur le même mode, mais à l’inverse, oserais-je dire qu’il n’est pas décent, quel que soit le candidat à la présidence de la République, d’attendre de lui (ou d’elle) qu’il en ait déjà les attributs, les idées, l’aura et le crédit…avant même que d’avoir jamais été en fonction !

Michel-Edouard Leclerc