Archive pour le 31 août 2006

Jeudi 31 août 2006

Le prix de la rentrée scolaire : bonnes et mauvaises querelles

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Comme chaque année, beaucoup d’articles commentent le coût de la rentrée scolaire. Et, à cette occasion, nous avons toujours droit au même débat, incriminant les commerçants, sur la base d’indices qui, sans être contradictoires, alimentent vrais et faux débats.

Je conviens qu’en cette période difficile pour le pouvoir d’achat, les familles ont bien des motifs de récrimination. Mais en 2006, les prix ont été sages. A vouloir tout focaliser sur le prix des seules fournitures scolaires, on oublie bien des dérives dont les familles et les institutions scolaires sont responsables.

1) Le poids global des dépenses scolaires

C’est une dépense lourde. Même dans un pays où l’éducation publique revendique sa gratuité, la rentrée scolaire coûte cher. De 45,20 € en maternelle à 793,54 € en seconde technologique, selon les estimations de la CSF (Confédération Syndicale des Familles).

a) Selon les modes de calcul, le coût moyen d’entrée en sixième se décompose comme suit :

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b) Si l’on fouille dans toutes les dépenses annexes, l’accroissement des débours est encore plus impressionnant.

Dans son édition du 30/08, le journal Var Matin donnait ces quelques estimations :

- 4 € 2 photos d’identité

- 7,5 € Télécarte 50 unités

- 20 à 50 € Certificats médicaux

- 60 à 180 € Inscriptions activités sportives

Aux célibataires, tout cela paraîtra anecdotique. Pour un couple ayant deux enfants scolarisés en banlieue ou en province, ces dépenses annexes peuvent représenter, carte de transport incluse, 200 à 600 € supplémentaires, sans luxe excessif.

2) La responsabilité des acteurs économiques dans le coût de la rentrée scolaire

Si l’on isole de ces dépenses globales le prix des seules fournitures scolaires, les 202,71 € dépensés en magasin se décomposent comme suit (source FFF) :

- Vêtements de sport 58,06 €

- Papeterie 49,76 €

- Cartable , calculatrice, trousse 94,89 €

a) Evolution des prix

Si l’on en croit les associations de consommateurs, l’inflation sur ces articles aura été de 1,51 % selon la CSF et de 0,31 % pour la FFF.

Personne ne peut nier cette évidence : la concurrence a joué à plein et les prix sont restés sages, malgré l’augmentation de l’énergie qui a incontestablement renchérie le prix du papier.

b) Les prix auraient plus augmenté en hyper ?

Je n’en crois rien. Toutes les données professionnelles dont je dispose démontrent qu’au contraire, les prix ont baissé dans nos rayons. Mais…admettons !!! D’où tire-t-on qu’il faille se focaliser sur le taux d’augmentation plutôt que sur le niveau des prix lui-même. Je reprends les statistiques de la FFF et je constate que le « panier » est le suivant :

- Magasins spécialisés (Virgin, Fnac) 270,06 €

- Hypers 182,66 €

88 euros d’écart, soit plus de 32 % moins cher en hyper.

Ces chiffres devraient suffire à faire taire bien des commentaires qui, à défaut d’être fondés, vont finir, croyez-moi, par démotiver nos acheteurs et chefs de rayon qui ont sacrément bien travaillé cette année.

3) Trois pistes pour optimiser la dépense

Gros poste de dépenses, mais relative sagesse des prix : si l’on veut bien accepter ce constat et arrêter de faire porter aux commerçants la seule responsabilité des dérives, je retiens des débats actuels trois pistes d’amélioration.

a) Responsabilité des directeurs d’école

Sur Europe 1, il y a déjà une semaine, j’entendais des parents d’élèves pester contre d’impossibles listes d’articles à se procurer en magasin, comme toutes ces calculettes très chères…alors que bien des modèles, de prix inférieur, suffiraient. Les directeurs d’école en convenaient. Peut-être serait-il plus efficace que les parents d’élèves s’organisent, discutent avec les professeurs et ne considèrent plus comme obligatoires ou non négociables ces listes qui ne devraient servir que de repères. (Pour cela, il est vrai, il faudrait encore que les établissements fassent parvenir ces listes avant les vacances et non la veille de la rentrée !!!)

b) Responsabilité des familles

A la télé, dans les magazines, sur les rayons, la pub racole pour les produits de marque, les produits les plus chers. L’offre est tentante. Mais est-ce bien aux distributeurs qu’il appartient de limiter ou de censurer leur offre ? Leur métier, au contraire, ne consiste-t-il pas à assurer le choix et à laisser les familles arbitrer ?

L’argument selon lequel les parents sont nécessairement débordés par leurs enfants me paraît grotesque. Il existe aujourd’hui des produits à marque de distributeur ou des marques industrielles toute simples qui sont 30 à 60 % moins chères que les produits sous licence. Faites vos choix. Les parents qui ont acheté des cartables ou des trousses Von Dutch, Chipie, Airness, Kanabeach…and co, éprouvent peut-être quelques frustrations ex-post, mais ils ne sont pas forcément les mieux placés pour réclamer une augmentation des allocations scolaires.

c) Les allocations

Cette année, trois millions de ménages modestes vont toucher une aide de 268 € par enfant de 6 à 18 ans. On peut faire la fine bouche. « Ca ne coûte pas cher de réclamer plus ». Mais, objectivement, si on compare ce chiffre avec le coût moyen global précédemment évoqué, c’est tout de même une belle allocation.

Là où la critique est juste, c’est quand elle dénonce l’uniformité des versements. A juste titre, Henri Joyeux, de la FFF, rappelle que, selon les niveaux de classe, le coût de la rentrée scolaire peut être multiplié par 7 ou 8. La modulation de ces aides apparaît alors comme nécessaire, d’autant qu’il est question de ramener à l’école bien des enfants dont les familles (et pas simplement en banlieue) ont accepté qu’ils s’en soustraient.

Michel-Edouard Leclerc