Pour qui roule Mel ? Intéressantes questions postées sous la note « Peopolisation de la vie politique : qui est vraiment responsable ? » : je réponds sur mon engagement politique à Julien K., Augustin, Bouboule, Dutronc. Je reviendrai, la semaine prochaine, sur mes rapports spécifiques avec Ségolène Royal, DSK et Nicolas Sarkozy.
J’ai lu, comme vous tous, que mon ami Loïc Le Meur, « le roi de la souris et le pape des bloggeurs », a pris fait et cause pour Nicolas Sarkozy. Fondamentalement, je trouve sa position intéressante et courageuse. Dans une démocratie qui prétend fonctionner comme telle, c’est respecter les citoyens (et pour Loïc, ses bloggeurs) que de dire « d’où on parle ». Quelle que soit leur propre opinion, les lecteurs peuvent ainsi apprécier la cohérence du discours et l’adéquation ou non des propos tenus par le candidat fétiche aux analyses qui sont les siennes. Voilà qui évite les procès d’intention, les non-dits et les faux-semblants. Personnellement, je préfère débattre, même durement, avec un adversaire politique de conviction qu’avec un opportuniste faussement consensuel. C’est comme cela qu’on grandit en intelligence dans la compréhension de toute relation sociale.
Néanmoins, je ne suivrai pas Loïc dans sa démarche. En tout cas, pas à ce stade de la campagne.
a) S’il y a nécessité ou menace (par exemple : la percée d’un candidat extrémiste, même dès le premier tour), je m’engagerai évidemment sans retenue. Pour appeler à faire barrage. Pour favoriser le candidat démocrate le mieux placé.
b) Mais ce qui m’intéresse, c’est de défendre des projets. Ils font défaut ! Les candidats présumés ont encore insuffisamment exprimé leurs intentions. Pas beaucoup de visibilité sur leur contribution aux problèmes de fond, aux problèmes majeurs de notre société. Disons simplement que Sarko a pris une longueur d’avance (sécurité, immigration, relations internationales, Europe…).
Je vais donc m’engager, oui, mais pour faire émerger des idées, des initiatives. C’est ma manière de m’inviter au débat. Y compris sur ce blog. Et je me permettrai d’interpeller tous les candidats (comment pourrais-je rester crédible à leurs yeux si je m’affiche déjà avec l’un d’entre eux ?). Soyons donc bons tacticiens et recherchons l’efficacité.
c) Bien évidemment, je voterai pour un candidat. Mais faut-il (excusez la prétention) que je lui offre, dès à présent, les morceaux de popularité que notre action a su récolter. Je suis discounter, bon négociateur. En aucun cas, je ne braderai un quelconque soutien.
Bon, ceci étant dit, permettez-moi d’expliquer mieux encore cette attitude :
1) Loïc Le Meur est maître chez lui. Il est propriétaire de son entreprise quand il prend position, il n’y a pas vraiment de conflit d’intérêts (ses salariés ?) entre son discours personnel et la communication de son entreprise.
Pour moi, c’est différent. La première raison qui m’astreint à un peu plus de retenue sur ce sujet, c’est le fait que mon nom ne m’appartient plus. Certes, je me sens un homme libre, je ne suis pas pieds et poings liés à l’opinion des membres de la coopérative dont je suis le président, même si j’en suis le salarié. Ils n’exigent pas non plus (pour la plupart) une réserve particulière de ma part, mais voilà : il me faut être honnête et cohérent. Mes interventions dans le débat public ne sont crédibles (ont d’autant plus de force) que parce que je m’appuie sur les initiatives d’un groupe de 600 adhérents et 85 000 salariés. Il serait pour le moins inélégant de les engager, par mon nom, dans un soutien qui ne serait pas le leur.
2) Je connais personnellement plusieurs des candidats en lice. A différents moments de ma vie professionnelle, j’ai eu à travailler ou à connaître DSK, François Bayrou, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy. Humainement parlant, j’ai de l’estime pour ceux-là . Autant j’ai pu avoir à les soutenir dans leurs initiatives locales ou dans des dossiers particuliers, autant je suis, comme tous les Français, avides de connaître leur projet global pour leur mandat éventuel. Force est de reconnaître qu’à ce stade, quelle que soit la qualité des hommes, je reste sur ma faim. Même aux amis, on ne fait pas de chèque en blanc, surtout quand votre signature détient le pouvoir d’engager tout un groupe.
3) Je suis tout sauf opportuniste. En bon marin, je sais prendre le vent, mais je sais aussi où je veux aller. Il y a des vents porteurs qui ne mènent nulle part. Mais « qu’importe la douceur de l’alizé s’il vous éloigne de votre destination » (propos d’un « étonnant voyageur » dont je ne me remémore plus le nom tout d’un coup).
Ce qui m’importe, ce sont les idées, les initiatives. Alors, oui, je soutiendrai, dans cette campagne, tout projet qui permettra à notre pays de retrouver son leadership en Europe, qui défendra la réforme de l’éducation et du système de santé. Je défendrai publiquement les idées des candidats qui s’attaqueront à l’omnipotence et à la voracité de l’Etat pour le remettre à sa place, et rien qu’à sa place. J’apporterai un franc soutien et j’essaierai d’enrichir tout programme qui nous sortira de l’idéologie du « tout assisté », qui remettra le service du public au cœur du service public,
J’ai toujours parlé vrai. Je crois à l’effort, au travail, à l’initiative individuelle tout autant que collective. De ce fait, je revendique d’être libéral en économie (Sarkozy, Bayrou, DSK ont-ils pris des engagements vraiment libéraux ?). Je crois au primat du politique, à la nécessité de reconstruire un projet social et culturel (sur ce point, qu’est-ce qui garantit aujourd’hui la capacité de Sarkozy ou de Ségolène Royal à resserrer le lien social ?). Tant de questions restent en suspens.
Aujourd’hui, amis bloggeurs, n’ayons pas de fausse pudeur. Refusons l’empressement. Refusons l’allégeance, quelle que soit la sollicitation.
Pour moi, une seule attitude : un engagement passionné pour faire vivre le débat public, mais pas de chèque en blanc.


















