
La presse magazine a pris l’habitude de se mettre au diapason des mouvements de société. Les titres, comme les accroches publicitaires dans les kiosques, rythment les thématiques saisonnières aussi sûrement que la position de la grenouille sur l’échelle indique le temps qu’il va faire :
- « Un régime vraiment efficace » : nous sommes en mars, tenez bon, les vacances se profilent à l’horizon…
- « Les destinations hype de l’été » : ça y est, plus que quelques semaines !
- « Les 15 bonnes résolutions » : c’est la rentrée…etc.
On appelle cela un marronnier. Il y a les calendaires, les thématiques (l’immobilier, la santé, les impôts…).
Au début du mois de septembre, alors que nos chérubins envahissent à nouveau les écoles et slaloment entre les marronniers (les vrais, ceux de la cour de récré), et tandis que le Trésor Public adresse à ceux qui ont le privilège de travailler leur avis d’imposition pour 2005, chaque magazine y va de son « spécial vins », « supplément vin », « foire aux vins », « nos 500 meilleures bouteilles »…
On trouve ces suppléments, plus ou moins développés, de Voici à Paris Match. Et des articles à profusion, du Parisien au Monde (notamment dans un Monde 2 qui s’encanaille, loin de son registre habituel, jusqu’à associer les vins et les people).
Prélude aux vendanges, démarrage des foires aux vins, tout ceci nous a un petit air d’été indien bien sympathique. Tout cela donne soif. Allons-nous chausser les lunettes de Bacchus, biffer ou stabilo-bosser chaque sélection pour pouvoir endosser un costume d’expert et arpenter les rayons des cavistes ou des GMS. Ou regarderons-nous cette presse en prenant l’air détaché de celui à qui on ne la fait pas (sous-entendu : « Tout ça, c’est de la pub déguisée… »).
L’heure est grave, il faut choisir son camp.
Comme je sais de toute façon que je serai étiqueté des insignes de la partialité supposée du commerçant, je n’ai aucun complexe à me rattacher au lobby des rabelaisiens et des épicuriens. Oui, mesdames et messieurs, cette presse-là (pas seulement celle-là bien sûr) me plaît, j’y trouve du bonheur, de la saveur, de la mise en bouche…et même dirais-je aux sceptiques : j’y apprends toujours à foison. J’en fais le sarment.
Alors permettez que, sans flagornerie, j’ose appeler « grands reporters » tous ces professionnels du secteur qui ont osé la dégustation, la visite aux viticulteurs, et le retour sans ivresse. Tous recrachent bien sûr, même le bon ! Ils rendent compte, ils soupèsent, le moût et le dur, ils classent mieux que ne feraient nos Christine Angot, nos Amélie Nothomb, avec des mots comme « sensualité », « passion », « plaisir », « authenticité », « exemplarité », des mots accessibles…non sans digressions des plus poétiques. (Si les journalistes de l’équipe travaillent à l’esthétique d’une littérature du sport, L’express Mag sait brosser l’âme des vignobles et Cuisine et Vins de France faire parler Arditi, Pivot, Frédéric Lodéon ou encore William Boyd. Des hommes qui devant les flacons tombent les masques. Des héros de cave dont la langue et la plume sont trempés des meilleurs crus.

C’est qu’il est plus que désormais nécessaire de parler au consommateur avec un langage qu’il comprend. Un langage fait d’émotion, mais qui permet aussi de défricher les étiquettes. Dans le vin aussi, la méthode globale a failli. Il faut revoir les manuels.
Devenue une science trop complexe, et un brin obséquieuse, la communication du vin perd en audimat, notamment auprès des plus jeunes. Conjuguée aux dérapages tarifaires de ces dernières années et aux progrès considérables de nos concurrents étrangers, elle désempare une partie des consommateurs. Ou tout simplement, vieillissante, elle séduit moins. Au fard, aux effluves capiteux, les nouveaux explorateurs préfèrent le naturel !
Il fallait donc se ressaisir. La montée des femmes au créneau dans une agriculture traditionnellement masculine n’est pas le plus petit signe que les temps s’annoncent rudes…pour les buveurs de simple piquette (il y en a encore sur le marché) et leurs fournisseurs (je ne parle évidemment pas des meilleurs), quelle que soit l’élégance trompeuse de certaines parures.
Et le consommateur ? Puisqu’il ne peut ni tout boire ni tout acheter, serait-il condamné à tout lire ? Non, assurément… Encore qu’on n’y perdra pas son temps : la plupart des publications sont précieuses : une offre en colonnes par enseigne : région, appellation, désignation, millésime, prix et, selon le magasin, un avis sur chaque bouteille présentée.
Puisque tout cela n’est qu’affaire de confiance, je décerne deux mentions particulières :
a) Le Point Spécial Vins (n° 1773 du 7 septembre)
Je vous invite à vous plonger dans les six pages d’introduction que signe l’inépuisable Jacques Dupont, en avant-scène d’une des plus belles sélections de l’année. C’est un savoureux morceau de pédagogie : une synthèse très intelligente, sans jargon facétieux, des problématiques du vin, depuis le descriptif des systèmes d’appellation jusqu’au parcours de l’acheteur. C’est clair, bien torché, ça se boit mieux que du petit lait. Voilà « une base de données » qu’on pourra, dans les dîners, resservir à nos convives en les resservant. En plus, Jacques Dupont a eu la géniale idée de demander à un Pétillon, pas encore imbibé, d’illustrer cet article. Allez, dis-nous, toi qui étripes, chaque mercredi, hommes politiques et chefs d’entreprise…dans tes dessins du Canard Enchaîné, de combien de Pétrus t’es-tu fait arroser ?

© René Pétillon pour Le Point
Détail pratique :
- La date des foires aux vins est précisée pour chaque enseigne, y compris quelques sites internet.
- JD fournit une liste d’écoles de dégustation. Apprendre le vin, c’est éventuellement apprendre à savoir ce que l’on aime et ce que l’on n’aime pas. Et mettre des mots sur ses sensations.
- La sélection est rigoureuse. Les coups de cœur sont personnalisés. L’auteur, plus que jamais, assume ses préconisations.
b) La revue du Vin de France (Foires aux vins – septembre 2006)

Le premier critère de choix d’un magasin : c’est la proximité. Ce qui intéresse l’acheteur, c’est de savoir ce que vont lui proposer les magasins proches de chez lui.
La RVF propose un panorama et une critique de l’offre nationale des grandes enseignes de distribution, soit ! Mais aussi une sélection de foires aux vins régionales et locales qui permet de mettre en évidence que certains magasins arrivent à offrir quelques pépites introuvables dans les foires nationales. A ce petit jeu, les indépendants s’en sortent plutôt bien et les lecteurs de la RVF pourront, s’ils se précipitent, dénicher des trésors.





