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Mercredi 13 septembre 2006

Sept Ecoles de commerce françaises au top ten des européennes ! Une leçon et aussi une voie pour nos universités !!!

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Ecoles qui rient, facs qui pleurent…

On peut dire ce que l’on veut de ce type de classement, en contester les critères, dénoncer la part de subjectivité dans les analyses. Ou au contraire, refuser tous ces paramètres trop quantitatifs qui ne tiennent pas compte de l’adéquation des systèmes de formation avec les projets personnels, etc., etc.

Mais quand même ! Deux publications, à un mois d’intervalle, relancent le débat sur l’avenir de la fac.

1) Fin août, une équipe de l’université chinoise de Shanghai, Jiao Tong, tentait le classement des 500 meilleurs établissements d’enseignement supérieur mondiaux. En tête, les institutions les plus prestigieuses : Harvard, Cambridge, Stanford, Berkeley, MIT, Columbia, Princeton, Chicago, Oxford, Yale, Cornell… Un festival d’universités anglo-saxonnes (les USA s’offrant 17 des 20 premières places !).

Nos françaises ? 83 universités sont citées. Paris 6 (Jussieu) émerge à la 46ème place, Paris 11 (64ème), Strasbourg 1 (96ème) et l’Ecole Normale Supérieure (99ème). Les officiels français dont les avis ont été sollicités dans de nombreuses publications, tempèrent ce mauvais résultat :

« Le classement a tendance à privilégier les universités à caractère scientifique, dont les performances sont évaluées notamment en mesurant le nombre de publications des chercheurs et celui des récompenses (Prix Nobel, médailles Fields, etc.) ». Soit ! Ca agace quand même…

Permettez-moi d’ailleurs cette boutade : à l’heure où toute la classe politique, malgré ses contorsions et ses lèvres pincées, défend l’idée d’une forme « d’immigration choisie » et propose d’attirer en France « la crème des étudiants étrangers comme l’ont fait les Américains avec les jeunes scientifiques vietnamiens ou indiens » (je cite un prof sur Europe 1), ces piètres classements constituent une sacrée contre-publicité.

En tant qu’universitaire de formation, j’en ressens dépit et profonde irritation.

2) Hier, le Financial Times livrait son classement des Ecoles de commerce européennes. Les critères ? Les salaires, deux ou trois ans après avoir quitté l’école, l’opinion des chefs d’entreprise, le taux d’emploi, etc.

Et là, oh géniale surprise, 7 françaises (HEC, ESCP, EAP, EM Grenoble, EM Lyon, ESSEC, EDHEC, et Audencia) se haussent au niveau des 10 meilleures. Avec quadruple lauriers pour HEC qui caracole loin devant !

3) Je les vois venir les sceptiques avec ce genre de commentaire : « Ce n’est pas comparable, les écoles de commerce font du tri sélectif. Il est normal que leurs élèves grimpent sur les podiums. Par concours, ils ne retiennent que la crème des étudiants. Facile d’en faire de la mousse ! Alors que la fac, elle, fait du social, donne sa chance (?), forme des chercheurs ou des professeurs dont les métiers sont malheureusement moins bien rémunérés que les fonctions commerciales en entreprise ou dans le secteur financier ».

Taratata ! Il faut avoir le courage de regarder ces classements avec lucidité. Ils récompensent, pour les écoles de commerce, une politique volontaire qui s’est traduite par un formidable investissement pour organiser :

a) Le rapprochement de l’école avec les entreprises (pas seulement comme futur employeur, mais comme source d’intérêt pédagogique).

b) Une grande ouverture sur l’international (presque toutes les écoles de commerce de ce niveau obligent leurs étudiants à passer au moins un an à l’étranger, dans une entreprise ou dans une filière de formation).

c) Une culture de l’excellence inhérente, certes, à un esprit de « prépa » et de « concours », mais largement cultivée en cours d’année, sollicitant rigueur et ouverture pour que les étudiants puissent intégrer les meilleures entreprises et s’épanouir dans la vie !

A l’inverse, toutes les tentatives pour réformer un système universitaire très souvent déconnecté de l’environnement économique, et même quelquefois scientifique, ont échoué. Du fait de réactions corporatistes (du type « le mammouth contre Allègre »), mais aussi parce que l’institution continue de se fourvoyer sur ses missions. Ce n’est pas peu dire que l’idéologie du service public, confondue avec celle du « tout Etat », a produit cette certitude, si ancrée dans le milieu professoral, selon laquelle la fac produit des chercheurs et des profs, mais n’a pas vocation à nourrir le privé en compétences…

Seule une poignée de facs s’en sortent. En éco, c’est Paris Dauphine, pourtant jugée comme n’étant pas une « vraie fac » (sic), qui a servi de modèle à une dizaine de campus dont les présidents se sont extraits du carcan. Et bien sûr aussi, les facs de droit ! Vu que pour des raisons budgétaires, les grands corps de l’Etat ne payent plus et n’attirent plus systématiquement les meilleurs juristes, la fac continue de pourvoir en avocats de qualité les grands cabinets français et internationaux auprès desquels l’université garde la cote.

4) J’avais, il y a quelques années, participé à une Commission de réflexion, présidée par Jacques Attali et missionnée par Claude Allègre, pour définir un nouveau « modèle européen d’enseignement supérieur ». Avec l’aide de fortes personnalités comme Georges Charpak, Axel Kahn, Julia Kristeva, Alain Touraine, Jérôme Monod, Alain Etchegoyen et quelques autres, nous avions (mai 1998) proposé une refonte des cycles universitaires, en introduisant ou valorisant la notion de « master » (réforme qui a été mise en œuvre), mais aussi préconisé un rapprochement entre universités et grandes écoles (vous imaginez la bronca !). Nous plaidions pour la mise en place d’un système d’évaluation des enseignements (initiative évidemment vouée à l’échec !). Et aussi la possibilité pour les universités de se doter de financements privés…

Mais surtout, considérant que « les missions du système d’enseignement supérieur ne sauraient se limiter à celles que le législateur a arrêtées il y a un siècle (!!!) », nous proposions la possibilité que chaque étudiant « atteigne individuellement son niveau d’excellence ». Républicain, mais pas égalitariste.

Et, cerise provocatrice sur le gâteau, « considérant qu’on ne compte que deux entreprises françaises parmi les cinquante premiers éditeurs mondiaux de logiciels, aucune société française parmi les dix plus gros constructeurs d’ordinateurs, une seule parmi les cent premières entreprises mondiales dans les biotechnologies…, les universités devraient contribuer à la création d’entreprises et à leur développement. Pour cela, elles devraient valoriser leurs recherches, prendre des brevets, organiser des entreprises en leur sein… Tous les cryptos (marxistes, maoïstes, et même trotskistes, je ne vous parle pas des anars) planqués derrière leur statut de fonctionnaire, s’étaient sentis meurtris par l’insulte.

Inutile de vous dire que tout cela est reparti au musée des énièmes rapports enterrés. Mais voilà pourquoi, à défaut d’accepter la compétition des systèmes pédagogiques et de revoir leurs missions, « l’écart s’est creusé entre les groupes sociaux dont les enfants monopolisent le meilleur de l’enseignement supérieur (grandes écoles) et les autres qui en seront de plus en plus irréversiblement exclus ».

Comment ne pas s’émouvoir des réactions aussi négatives, dans les entreprises, à la vue d’un CV uniquement universitaire ? C’est intolérable.

Amis de l’université, il faut relever le défi. Comme dirait le slogan de L’Oréal : « Parce que vous le valez bien » !

Michel-Edouard Leclerc