
« L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération»
Ça chauffe à Bruxelles. La commission s’apprête à édicter ses propositions concernant le marché de l’alcool. Confortée par les suites données à ses recommandations sur le tabac (interdiction dans les lieux publics) la commission doit faire face à une forte campagne de lobbying, des négociants en alcool, mais surtout, des organisations de viticulteurs de l’Europe du Sud.
Conscients des dangers, et du risque de tout faire capoter en défendant une position jugée trop jusqu’au-boutiste (ou ingérable politiquement, ce qui est pareil !), les services de Monsieur Kyprianou ont d’ores et déjà annoncés la couleur :
a) La commission proposera une série d’orientations pour limiter la publicité sur les alcools,
b) Elle n’appellera pas à faire systématiquement campagne contre la consommation d’alcool, mais seulement contre les abus !
Ce sont les jeunes qui constituent d’abord la première préoccupation des experts de la commission. Monsieur Kyprianou envisage de limiter très fortement toute publicité ciblant les jeunes, dans les salles de spectacles, les lieux de vente et même dans les magazines. On parle aussi d’en interdire l’achat ou la consommation à tous les jeunes de 18 ans (ce n’est pas le cas dans tous les pays européens) et même de relever l’âge limite.
La plupart de ces dispositions feront débat, mais ne provoqueront probablement pas de très grandes oppositions.
C’est sur le fond des messages qu’on attend la commission au tournant. Va-t-on dénigrer la consommation d’alcool ? L’enjeu santé va-t-il jusqu’à justifier des allégations du type « la consommation d’alcool tue ». A l’instar de ces épitaphes qui sont imprimées sur tous les paquets de cigarettes ?
A priori non. Monsieur Kyprianou semble faire le distinguo :
Pour le tabac, il n’y a pas un niveau de consommation sans risque.
Pour l’alcool, la cible n’est pas la consommation mais l’abus.
Bruxelles insiste : la commission n’est pas « préoccupée par la consommation modérée d’alcool » mais veut s’attaquer aux effets dramatiques (pour la santé, ou lors des accidents de circulation) d’une consommation répétée et trop abondante. Bref : participer à une politique d’hygiène, à une bonne information des consommateurs.
Ce traitement différencié a-t-il sa raison d’être ? Je ne suis pas médecin, et je ne connais pas le degré de corrélation entre telle ou telle maladie et la consommation parallèle d’alcool ou de tabac. A priori, j’aurais tendance à refuser la diabolisation et à éviter tout esprit de prohibition (qui suscite tant d’effets contraires !). Mais reste à savoir justement, dans le compromis final, si ce sont véritablement des préoccupations de santé publique qui l’emporteront ? Ou si la commission se retranchera derrière de subtiles arguties pour faire droit aux seuls intérêts économiques.
Le seul moyen d’y voir clair, serait de rendre publiques les études statistiques et les analyses factorielles qui permettraient d’apprécier les effets de la consommation d’alcool sur les maladies et les situations sociales…auxquelles on prétend s’attaquer ?
Voilà encore un débat concret pour les présidentielles françaises ? Un débat qui permettrait de redéfinir les prérogatives de l’état, de l’éducation nationale, et de l’administration de la santé, dans tous ces problèmes de nutrition, d’hygiène de vie, d’accident de la route et qui touche peu ou prou des milliers de nos concitoyens.






