Archive pour novembre 2006

Mercredi 22 novembre 2006

La publicité et les consommateurs : une étude Australie/Ipsos tire la sonnette d’alarme

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« Rassurante » et « alarmante » ? Dans Les Echos (09/11), Véronique Richebois laisse le choix au lecteur qui va découvrir les résultats de l’étude menée par l’agence Australie et Ipsos Public Affairs. Celle-ci révèle que :

a) Les Français ont, malgré l’accroissement de leurs problèmes liés au pouvoir d’achat, retrouvé un appétit de consommer, et notamment les produits issus de nouvelles technologies. Des produits de marque surtout !

b) Mais, paradoxalement, la pub des marques ne fait plus rêver. Au mieux, elle laisse les consommateurs indifférents, comportement qui se vérifie encore plus dès qu’il s’agit d’acheter des produits numériques.

A l’heure où les distributeurs fourbissent leurs armes et peaufinent leurs premiers spots TV (ouverture du marché en janvier 2007), ce constat laisse perplexe.

C’est une sacrée claque pour les agences, pour les concepteurs. Mais aussi pour les entreprises dont les Dir. Com. feraient bien de s’interroger sur cette perte d’intérêt.

Oui, oui, j’insiste, il va falloir, dans les agences, se bouger les neurones et les crayons. Mais les annonceurs aussi ont sacrément intérêt, je vous le dis, à peaufiner les arguments et les promesses derrière lesquels se retranchent les marques dans leur communication.

Revenons sur les conclusions de l’étude :

1) Le sondage Australie/Ipsos révèle tout d’abord qu’il n’y a jamais vraiment eu de désaffection pour les marques. Elles ont pu être momentanément délaisées (low cost, hard-discount, MDD) pour cause de prix trop élevé…mais elles restent la référence : 62 % (+ 8 % en 2006) des consommateurs les trouvent rassurantes ! Ouf !

2) La pub des marques fait-elle encore vendre ? Est-elle visible ? Et est-elle encore légitime et susceptible d’un acquiescement, d’une adhésion ? Au fond, est-elle seulement efficace ?

La réponse est sans appel : pour les 2/3 des Français, la pub est d’abord envahissante. Et si les anti-pub n’arrivent pas à racoler au-delà de 25 % des Français, c’est d’abord parce que ces derniers ne s’y intéressent pas. Ils ne sont ni pour, ni révoltés.

La pub, comme le dit Christian Blachas dans CB News, « ne donne pas envie d’avoir envie ». Elle est d’abord affreusement « banale » (64 %). Et comme le reconnaît Jean-Marc Lech, « de la banalité naît l’inutilité ».

Alors que les technologies nouvelles et médiatiques concèdent une importance capitale à « l’Image », la pub « n’est considérée comme une source d’intérêt que par 31 % des Français, alors que les programmes de télévision ou la vie politique sont jugés beaucoup plus intéressants ». Dixit Vincent Leclabart, PDG d’Australie.

3) En fait, cette étude a d’abord le mérite d’inviter tous les médias-conseils à regarder les murs de leur ville. Qu’y voyez-vous en ce moment ? A part les omniprésentes, affriolantes et esthétiques campagnes des marques de sous-vêtements féminins (aaah ! cette immense et succulente Dim-Upette qui drague sur le périphérique sud, porte de Versailles !!!)…rien à capter, rien à mémoriser ! Un vide créatif total. Pas sinistre, pas nul, non, mais franchement vide, vide de sens, vide de forme, plat, fade…sans intérêt, oui, vraiment !

Dans l’enquête, la note accordée à la création publicitaire par les Français est en dessous de la moyenne : 4,6 sur 10. Elle ne passe pas son bac !

4) De ce constat, les annonceurs auraient tort de tirer la conclusion selon laquelle les agences françaises sont les plus mauvaises d’Europe !

Oh, oui, je l’avoue, cela m’a tenté moi aussi. Quand mon ami, Vincent Leclabart, m’a fait parvenir cette étude (Australie est notre agence), je me suis senti espiègle et j’ai, juste quelques secondes, été tenté de lui annoncer une renégociation des tarifs d’agence, au vu de résultats si faibles.

Allez, je suis bonne pâte et bon prince. La responsabilité est pour le moins partagée. Quelles que soient ses qualités, un bon créatif ne pourra jamais transformer un médiocre brief en une campagne géniale si l’annonceur (industriel ou distributeur) n’affiche pas d’ambition et encore moins de capacité à répondre à toutes les nouvelles demandes sociales.

Ce qui est en cause, c’est certes la capacité du monde de la pub à régénérer ses codes, à surprendre, à se (nous) différencier.

Mais c’est d’abord aux marques qu’il appartient d’élaborer de nouvelles promesses, en réponse à toutes ces attentes (innovation, sécurité, qualité, prix, développement durable) dont les consommateurs ont re-rédigé les cahiers des charges à la hausse.

Construire des réponses crédibles, les passer au tamis des nouvelles attentes sociales et des nouveaux canaux de communication (Internet), voilà qui devrait constituer le scénario des campagnes 2007.

P.S. : La semaine prochaine, je commencerai à interpeller quelques grands patrons d’agence sur cette nécessaire révolution culturelle.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 17 novembre 2006

Publicité comparative : Je relance le site « quiestlemoinscher.com »

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On ne bâillonne pas Leclerc. Foi d’épicier, foi de Breton, têtus que nous sommes ! J’avais promis la réouverture du site « quiestlemoinscher.com », fermé suite à l’action d’un concurrent qui avait saisi le juge des référés. J’en avais promis la réouverture. C’est chose faite depuis ce matin, 7 heures.

Tant pis pour ceux qui imaginaient que l’initiative relevait d’une stratégie de coup publicitaire sans lendemain. La mise en ligne d’un comparateur de prix, dans le seul cadre qui nous est autorisé en France (la publicité comparative) répond à un double souci tactique.

a) La réforme de la loi Galland sur les prix va permettre à chaque enseigne de diversifier plus encore sa politique commerciale. En autorisant la répercussion des marges arrière supérieures à 15 %, elle autorise des baisses de prix enfin substantielles et justifie qu’on s’intéresse autant aux prix qu’aux promotions. Encore faut-il pouvoir faire apparaître les performances prix, les comparer, et permettre aux consommateurs de se faire une opinion.

b) C’est le moment qu’ont choisi les nouveaux adhérents de notre groupement, ceux de la troisième génération (et oui, déjà !), qui veulent renforcer l’agressivité de notre politique de prix et renouer ainsi avec l’esprit pionnier des fondateurs. Ils m’ont demandé de valoriser leur action, et à travers la publication permanente d’un comparateur de références, j’ai pensé qu’il y avait là une manière d’étalonner notre propre performance par rapport à nos concurrents.

L’enjeu : briser la loi du silence sur les prix pour redonner des repères aux consommateurs.

Vu la violence des critiques émises dès la publication de notre premier comparateur, j’ai pensé qu’il ne servait à rien de s’obstiner dans la voie juridique : trop de temps, d’énergie et d’arguties…qui nous auraient amenés, quelle que soit l’évolution du dossier, à ne reprendre le combat que trop tardivement. A contrario, j’ai pensé qu’il valait mieux faire du judo, prendre à bras le corps toutes ces critiques contradictoires (Cf. mes notes des 24/05, 2/06 et 12/06/06) et reconstruire un comparateur en procédant par étape. Chacune d’elles recherchant validation tant auprès du public que des tribunaux éventuellement.

Pour garantir l’objectivité et la fiabilité des résultats, l’enseigne a travaillé avec le BIPE, société d’études et de conseils indépendante, chargée de certifier la méthodologie et le traitement des données.

Celles-ci existent sur le marché. Elles sont construites par des panélistes réputés qui les revendent à toutes les enseignes de distribution. Pour réaliser une comparaison de prix, il ne nous a malheureusement pas été possible de passer par leur intermédiation.

E. Leclerc a lancé un appel d’offres dès le mois de juillet 2006 auprès des principales sociétés prestataires françaises spécialisées. Mais sous la pression des autres grands distributeurs, les sociétés consultées ont, toutes, donné des réponses qui aboutissaient à une quasi impossibilité de mise en oeuvre.

Il s’avérait donc qu’en France, il était pratiquement impossible de réaliser un comparateur de prix entre enseignes d’hypermarchés !

J’ai donc décidé de me tourner vers des sociétés opérant ailleurs en Europe. Et c’est ainsi que nous avons sélectionné une société portugaise, Pole Communication, travaillant déjà avec d’autres chaînes d’hypermarchés de la péninsule ibérique. Elle a délégué, en France, quelques 300 personnes qui ont été chargées de relever les prix de 1 536 produits de marques nationales dans 355 magasins de 8 enseignes de la grande distribution française.

Les relevés de prix

C’est le BIPE qui a choisi la liste des articles de grandes marques nationales qu’il leur fallait relever. Ce sont des articles strictement identiques (et pas seulement « comparables »). Ils ont été classés en 36 familles de produits dans 7 rayons déterminés. Ces produits sont les plus détenus en magasins : ils correspondent aux produits les plus couramment achetés par les consommateurs. C’est aussi le BIPE qui a choisi l’échantillonnage de 355 magasins, soit 11 % des 3 104 magasins appartenant à l’univers de la grande distribution en référence. Cet étalonnage a été effectué selon la méthode des quotas, en tenant compte de 5 tailles de magasin différentes et de leur situation géographique en France décomposée en 9 zones.

Du 2 au 18 octobre 2006, 414 469 relevés de prix ont été ainsi effectués.

Le cadre méthodologique

Le premier comparateur s’approchait, à mon avis, d’un objectif idéal : il était très exhaustif du point de vue du nombre d’enseignes, du nombre d’articles (marques nationales et marques de distributeurs) et la représentativité de l’échantillonnage permettait à la fois une comparaison locale et une comparaison nationale des prix.

Comme tout ceci nous a été contesté, nous avons décidé de « détricoter » tout cela et de reconstruire un comparateur dont l’arborescence pourra progressivement être complétée.

- Des prix comparables ? Oui, nous n’avons retenu que les produits de grandes marques nationales rigoureusement identiques d’un magasin à l’autre (exit la critique selon laquelle les prix des MDD ne sont pas comparables).

- Représentativité des prix ? Les 1 536 articles dont les prix sont relevés sont détenus en moyenne, à des taux de 96 à 99 %, par tous les magasins relevés. Les marques nationales représentent 73,6 % (en valeur) des achats des ménages.

- Représentativité des magasins ? L’échantillon des magasins visités est, selon le BIPE, représentatif de la structure nationale de chaque enseigne. L’accroissement de l’échantillon ne changerait pratiquement rien aux données fournies par ce premier test.

- Objectivité de la méthode ? Le BIPE s’est chargé de contrôler la rigueur dans la collecte et le traitement des données, l’égalité de traitement entre les enseignes et l’indépendance des prestataires en charge des relevés de prix et du calcul des comparaisons.

- Significativité des résultats ? C’est un élément essentiel qui établit la crédibilité d’une publicité comparative : pour ce faire, le comparateur indique systématiquement le nombre de magasins et le nombre de produits à partir desquels s’effectue chaque comparaison entre enseignes. Lorsqu’un produit est présent dans moins de 30 magasins d’une même enseigne, l’écart de prix n’est pas calculé car jugé statistiquement non significatif.

Les résultats

Les écarts entre enseignes sont exprimés en pourcentage. Sur la période de relevés, E. Leclerc est (qu’on me permette de le dire) moins cher que ses principaux concurrents dans une fourchette qui va de 1,6 à 5,5 %. C’est un écart qui représente 1 à 3 années d’inflation en France. Un écart d’autant plus appréciable que, théoriquement, sur ces produits de grandes marques, on admet (trop communément) que toutes les enseignes sont pratiquement aux mêmes prix. La preuve que non ! (Inutile de dire que si on avait introduit les marques de distributeurs dans cette comparaison, l’écart aurait été encore bien plus favorable à notre enseigne).

L’analyse détaillée des prix renforce cette performance. E. Leclerc est la moins chère des enseignes pour 32 des 36 familles de produits. E. Leclerc est la moins chère des enseignes sur 248 des 252 comparaisons d’enseignes réalisées sur les 36 familles de produits.

Enfin, E. Leclerc est la moins chère des enseignes sur chacun des 7 rayons.

Je les entends déjà, mes gentils concurrents ! Après avoir tenté de déglinguer le premier comparateur, parce qu’il était trop exhaustif, comparait des magasins de taille différente ou des marques de distributeurs…voilà qu’ils disent maintenant que celui-ci n’est pas assez exhaustif, et ne couvre qu’un échantillon de ce que vend un hyper.

Peu m’importe finalement toutes ces critiques contradictoires.

D’abord, je m’y engage, toutes les remarques pertinentes qui seront faites par les uns et les autres, seront prises en compte et permettront d’améliorer le fonctionnement du site.

De toute façon, j’ai bien l’intention de faire de ce comparateur un support durable et crédible pour fournir la preuve des performances vers lesquelles je pousse mes adhérents.

La mise en ligne, ce matin, de ce comparateur n’est qu’une nouvelle étape. J’envisage d’étoffer ce site, mais aussi d’entreprendre d’autres déclinaisons. A bon entendeur…

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 7 novembre 2006

FNAC : Danse du scalp autour de « l’agitateur culturel » !

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Je réponds à la question de Luc du 5/10/06 qui m’interpellait à la suite d’un article paru dans le Nouvel Observateur « La Fnac, un Darty comme les autres…» .

« Modèle essoufflé », « FNAC en crise », « rentabilité insuffisante »… : fichtre, il aura fallu que Les Echos parlent de rumeur de cession pour que toute la presse bruisse de diagnostics aussi inquiétants… L’affaire mérite qu’on décrypte un peu.

La FNAC à vendre ?

a) Je ne sais pas si la FNAC est réellement « à vendre ». Denis Olivennes dément. Sur ce point, je me contenterais de rappeler que quelles que soient les dénégations des uns et les intuitions des autres, ce genre de décision reste l’apanage de l’actionnaire… Ses raisons de vendre peuvent n’avoir rien à faire avec une quelconque rationalité commerciale.

b) Mais si l’on s’en tient à ce seul point de vue, laissez-moi dire qu’il n’y a aucune sorte d’urgence. L’enseigne, contrairement à ce qui s’écrit ici ou là, n’est pas véritablement menacée. Pas plus par nous, les GMS, que par les nouveaux « joueurs » sur le Net.

Foi de concurrent, il s’est dit vraiment n’importe quoi ces derniers temps sur la FNAC.

Une rumeur récurrente !

Je ne vais pas plaider pour mon concurrent. Ce serait un trop joli cadeau. Mais Denis Olivennes n’a pas tort. Depuis le départ d’André Essel, son co-fondateur, la rengaine est tenace : elle se nourrit de plusieurs facteurs : nostalgie du militantisme perdu, postures syndicales d’autant moins compréhensibles que sur le plan social, la FNAC est une des entreprises les mieux gérées du secteur !

Le doute sur l’avenir de l’Agitateur Culturel est largement entretenu aussi par quelques idéologues de la Librairie Indépendante (« la seule, la vraie »). Ce sont eux qui, depuis 3 ou 4 ans, véhiculent l’insulte suprême : « La FNAC est devenue une grande surface comme les autres ».

Pourquoi ne pas le dire enfin. Les éditeurs tiennent des discours bien ambigus : reconnaissants pour les débouchés et l’effet vitrine, mais toujours acerbes sur le « service achat » de la FNAC.

Bon, ne soyons pas dupes. Cette fébrilité pour décrire « la maladie des bien portants » traduit une posture bien française et témoigne tout simplement d’une forte empathie à l’égard des enseignes :

Faillite ou nécessaire adaptation du modèle FNAC ?

Nouvel Obs, Challenges, L’Expansion, Les Echos… tous les chroniqueurs y sont allés de leur diagnostic. On trouve tout au comptoir des médias. Du vrai et du faux, du possible et du certain. Quel joli bêtisier. Essayons d’y voir clair.

1. La FNAC est-elle menacée par l’expansion rapide des Espaces Culturels E. Leclerc et autres Cultura ?

Non, franchement non, même si elle commence à sentir la chaleur de notre haleine dans son sillage. Nos Espaces Culturels lui courent après, nous la rattraperons, mais pour le moment, il n’y a pas de contestation possible. Elle reste leader sur tous les produits éditoriaux (livres, disques, DVD).

La raison ? Un savoir-faire indéniable (là-dessus, Cultura ou nous, avons aussi quelques prétentions !). Mais surtout des emplacements inégalés ! La FNAC est implantée au cœur des zones urbaines les plus denses et au pouvoir d’achat le plus élevé. (A force de se référer au trotskisme des fondateurs, André Essel et Max Théret, on oublie que FNAC signifiait à l’origine « Fédération Nationale d’Achat des Cadres »… et donc pas des « péquenauds » ! Comme quoi, on peut être gauchiste et avoir la bosse du commerce !).

L’implantation en banlieue des Cultura et en province des « Espaces Culturels » limite de plus en plus l’expansion de la FNAC hors de ses bastions. Mais son fonds de commerce principal, qu’on a dit plus d’une fois menacé par Virgin (?), reste une valeur sûre.

2. La FNAC serait concurrencée par les nouvelles enseignes du Net ?

Oui, assurément. Et Denis Olivennes lui-même reconnaît que sa boîte a patiné au début des années 2000.

Mais quels que soient les succès de pixmania.com, rueducommerce.fr, cdiscount.com…fnac.com fait la course en tête. Et question rentabilité, capacité d’adaptation, je ferais plutôt confiance aux équipes de PPR plus qu’à aucune autre. Par rapport aux « challengers venus d’ailleurs », la FNAC peut, elle, et elle seule, prétendre jouer sur les deux claviers, son réseau de magasins et le Net. Comme nous d’ailleurs, GMS…

3. La FNAC serait en retard sur l’offre des produits techniques ?

Eh bien, peut-être. Mais voilà justement un potentiel encore inexploité ! (Entre nous, le raisonnement vaut encore plus pour nous, les GMS !!!). Alors que sur les livres, la FNAC (selon les panélistes) pèse 16 à 17 % de part de marché, elle ne vend que 7 % des téléviseurs, n’occupe que 1.5 % de PDM dans le secteur des mobiles ! Voilà qui justifie la réimplantation des rayons et le coup de booster sur ces nouveaux médias !

4. Les salariés et les actionnaires doivent-ils se plaindre d’une révision stratégique ?

A mon sens, non. D’accord avec Denis Olivennes : « les produits numériques ont (…) des croissances impressionnantes (…) et leur rentabilité est beaucoup plus forte que celle des produits culturels » (Le Figaro du 27/10/06).

5. La culture ne serait plus l’objectif premier de la FNAC ?

Si l’on parle de produits éditoriaux, à coup sûr, voilà un infléchissement des objectifs. Avec 28 % de PDM sur un marché du disque en régression, 17 % de celui du livre (soit plus qu’aucun autre établissement en Europe au regard des mètres carrés consacrés !!!), la FNAC cherche à étendre son offre vers le multimédia. Mais les critiques doivent être cohérentes. Elles ne peuvent à la fois mentionner le retard de l’Agitateur sur l’offre numérique et s’inquiéter de sa volonté d’y investir.

D’un point de vue global, cette stratégie ne crée pas de vide. Nous avons, quant à nous, « repris les missions culturelles » dont la FNAC avait de fait une certaine exclusivité, en les développant dans les villes petites et moyennes. Dans les grandes agglomérations (hors Paris), nous sommes désormais concurrents, mais, partout ailleurs, nous sommes surtout complémentaires. Nos Espaces Culturels profitent de l’attractivité de nos hypers pour investir à des taux de rentabilité qui n’intéressent probablement plus PPR. (L’ouverture de la FNAC Le Lac, en périphérie de Bordeaux, ne me paraît pas devoir être interprétée comme un nouveau concept susceptible d’être décliné partout en province.

La FNAC va vers un affrontement croissant avec les enseignes de produits techniques, de Darty aux spécialistes sur le Net. Avait-elle d’autres choix ?

La FNAC resserrerait les boulons ?

Dans les polémiques récentes (cf. Capital nov.06), il y a beaucoup de mauvaise foi.

 Peut-on faire procès à Denis Olivennes de chercher à réduire les coûts, en transférant un siège onéreux vers un site plus adapté ? Le contraire, à l’heure du numérique, eût été une erreur stratégique.

 Peut-on faire procès à cette équipe d’annoncer la suppression de postes (disquaires, développeurs et vendeurs de rayon photo) alors que ces métiers vont disparaître ? Mais c’est stupide ! Il faut au contraire vite anticiper !

Décidément : la manière dont sont relatés les problèmes de la FNAC témoigne du gap culturel qui sépare encore les analystes des formidables mutations du marché.

Il y a 6 ou 7 ans, toute la presse éco bruissait de cette interrogation : le hard-discount menace-t-il le modèle hypermarché ? Ce dernier s’est adapté. Face à l’impact de la révolution numérique, la FNAC, comme d’ailleurs aussi les hypers, doivent aujourd’hui resculpter leur offre et se former à de nouveaux métiers. Peut-on reprocher à un bien portant de vouloir conserver la santé !

Michel-Edouard Leclerc