Archive pour janvier 2007

Vendredi 26 janvier 2007

E-Commerce, combien de divisions ?

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Personne ne doute qu’à terme, le modèle cybermarchand de distribution n’accroisse sa part de marché de manière substantielle. Loin de moi de nier le phénomène.

Mais j’éprouve toujours une certaine difficulté à convaincre journalistes et étudiants que l’absence de mon enseigne dans ce secteur n’est pas fortuite, ni le produit de la frilosité du groupe.

Au risque d’apparaître peu réactif, trop provincial et peut-être même passéiste, je justifie cette prudence stratégique par les 4 affirmations suivantes :

a) Dans le e-commerce, il n’y a pas de prime au premier entrant.

b) A contrario, si mon enseigne y investissait, elle n’aurait pas le droit de décevoir.

c)…Ce qui supposerait qu’elle fasse mieux que l’offre existante.

d)…Ce qui, en l’état des modèles économiques actuels, ne se peut pas.

Il existe d’ores et déjà une formidable attente. Donc, nous irons, c’est sûr.

Mais il y a d’autant moins d’urgence que les consommateurs continuent de plébisciter prioritairement le mode de distribution physique qui est le nôtre aujourd’hui (hypermarchés), n’en déplaise à ceux qui avaient enterré trop rapidement ce concept avec la percée du hard-discount. Le raisonnement est encore plus pertinent quand on constate le développement à deux chiffres de nos Espaces Culturels, de Leclerc Voyages, de nos parapharmacies…à des rythmes (et avec des volumes) largement supérieurs au e-commerce dans les mêmes secteurs.

Ce que je trouve le plus affligeant, c’est l’aveuglement, sur fond d’excitation, des zélateurs du net, si prompts à afficher les performances supposées des cybermarchands alors que la prolifération des chiffres publiés un peu partout masque un développement beaucoup plus lent qu’on ne le dit.

Deux papiers récents viennent illustrer ce débat.

A - L’un, publié dans Le Monde (17/01/07), sous le titre « Les ventes en ligne en forte progression en 2006 », synthétise les enquêtes récentes menées par le FEVAD (Fédération des Entreprises de Ventes à Distance), un cabinet d’analyses spécialisé dans le secteur du net, et l’ACSEL (Association pour le Commerce et les Services en Ligne).

En gros, qu’y lit-on ? Que le commerce en ligne a atteint, en 2006, 10 milliards d’euros en France (hors services financiers), soit une progression de 40 % versus 2005, et 100 % en deux ans ! On prévoit même 20 milliards d’euros en 2008. Une fusée, nous dit-on…même si, dans l’hexagone, elle poursuit une trajectoire modeste comparée à la fulgurance du développement de l’e-commerce aux USA, en Grande-Bretagne ou en Allemagne.

B - « Soit », répond Olivier Dauvers, dans sa Tribune Grande Conso (n° 38, janvier 2007). C’est indéniable, mais de là à s’enflammer, il faut raison garder avant de faire feu de tout bois sur les « conservateurs » qui n’y ont encore pas mis le doigt. Arguments :

1) D’abord, même à ce niveau, le e-commerce ne représentera, en 2011, que 4,7 % de l’ensemble de la distribution française. Ce n’est pas négligeable, mais ça reste tout de même marginal !

2) Ensuite, il faut savoir regarder les chiffres de plus près :

- Sur les 10 milliards réalisés en France, en 2006, la billetterie (SNCF, Air France, low-costs, etc.) représente à elle seule 35 % du CA. Ce n’est donc pas un chiffre enlevé aux ventes des hypers, des supers, ou même des grands magasins.

- Les 6,5 milliards d’euros restants ont été réalisés par plus de 16 000 sociétés, ce qui ne représente certainement pas un record de productivité, loin s’en faut.

- Olivier Dauvers rappelle ainsi que les 4 cyberépiciers français (Ooshop, Auchan Direct, Telemarket et Houra) ne réalisent, somme toute, que 300 millions d’euros de chiffre d’affaires cumulé, soit « pas davantage que les ventes de deux bons vieux hypers traditionnels ».

- De même si le taux de progression est élevé (40 %), il est dû principalement à l’arrivée de nouveaux acteurs (plus 44 %). A périmètre constant, la progression reste tout à fait semblable aux autres formes de distribution.

3) Je conçois bien volontiers que, sur ce créneau, quelques sociétés remportent des réussites notables, telles que « Fnac.com » ou « Amazon.fr ». Ou même sur des marchés de niche (voyages, vente de vins ou de parfums), l’e-commerce permet de belles aventures commerciales.

Le tableau serait malgré tout positif et mériterait l’emballement médiatique si, en solde de tout cela, les déficits ne venaient noircir le tableau. Quand on sait qu’il ne reste que 20 % des sociétés du net créées au siècle dernier !!!

Donc, voilà, désolé d’être ainsi rabat-joie. Les faits sont têtus. Ca ne sert à rien de s’exciter. L’e-commerce, c’est l’avenir…mais ça reste l’avenir !

Pour qui se bat pour la durabilité de son enseigne et la pertinence de son offre au regard des attentes sociales, tout marché n’est pas bon à prendre si ce n’est pas dans des conditions favorables aux consommateurs.

Il ne s’agit pas de frilosité, ni de manque d’anticipation. Il s’agit de convenir que la distribution n’est pas simplement affaire de communication, mais aussi de bonne gestion.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 24 janvier 2007

L’héritage de l’Abbé Pierre

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L’Abbé Pierre et Michel-Edouard Leclerc, lors de l’émission « Le grand Débat»  animée par Lionel Stoleru, le 11 février 1985.

Beaucoup de réactions après la mort de l’Abbé. Un hommage exceptionnel dans La Croix, hier, ce qui ne nous a pas étonnés. Mais aussi, du Figaro à Libé, une émotion, une reconnaissance que même les laïcs, les athées ou les indifférents aux choses de la religion n’ont pas manqué d’exprimer.

Cet homme fascine par son charisme mais aussi par l’image qu’il nous renvoie de nos faiblesses. Et même, il dérange. Au fond, il ne rentre pas vraiment dans la définition de la Sainteté dont on l’affuble un peu trop facilement.

Oui, cette croix, cette soutane, il les revendiquait. Mais il refusait de porter un habit plus grand. Humain, il s’est révélé trop humain aux yeux de certains. On retiendra, dans sa vie, des propos antisémites ou son opposition à la langue de bois s’agissant des questions sexuelles et du sacerdoce. Et aussi ses coups de gueule, quelquefois trop théâtralisés pour être « honnêtes ».

Eh bien, justement, moi, c’est cet homme-là qui m’intéresse.

Je l’ai trop peu connu pour parler de lui. J’ai eu l’opportunité (la chance) de pouvoir débattre plusieurs fois avec lui. Je l’ai connu truculent quand, devant un parterre réuni pour Paris Match, il se lançait (alors qu’on ne l’y attendait pas) dans une grande diatribe anti-Paris/Dakar. Je l’ai vu, à cette occasion aussi, se tortiller sur sa chaise alors qu’un Bernard Tapie tentait de lui passer la main dans le dos.

Mais de ces moments-là, j’ai retenu deux images fortes : sa manière délicate et attentionnée de se pencher vers un interlocuteur pour capter son écoute…et la densité de son être quand, critique ou approbateur, son regard magnétique vous englobait d’une générosité toute paternelle.

Alors, mieux qu’un hommage, saluons l’héritage commenté par Robert Solé dans Le Monde du 24/01/2007 : « De l’Abbé Pierre, (la) France décatholicisée ne veut retenir que la foi, l’espérance et la charité ».

Il a créé Emmaüs. Il a été une voix généreuse dans ce siècle. Et avec un tel bilan, l’Abbé Pierre mérite l’estime de tous nos concitoyens.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 23 janvier 2007

Peut-on parler réellement d’appauvrissement de la France ?

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C’est Stéphane Marchand, responsable des pages « Opinions » du Figaro qui a lancé, depuis hier, ce débat. Ont été sollicités les avis de Michel Rocard, Alain Madelin, Laurence Parisot, Bernard Salanié, et bien sûr les lecteurs du quotidien. Je vous livre ma contribution de ce matin.

Vu de la ligne de caisses d’un hypermarché, le débat sur l’appauvrissement de la France a des airs franchement surréalistes.

1) Dans notre pays, il y a des pauvres, beaucoup et trop de pauvres. Plusieurs millions de nos concitoyens « rament » pour boucler leurs fins de mois. SDF, sous-smicards, chômeurs, mais aussi familles surendettées constituent les premiers clients des magasins « hard-discount » ou de ce qu’on appelle les « premiers prix » dans les supermarchés. Dignement, ils arrivent en magasin avec les catalogues publicitaires. Ils ont cerclé les promotions, ils font la chasse aux produits les moins chers. La misère n’est pas inscrite sur leur front. Mais, parfois, ce sont de bons samaritains (curés, instits, notables…) et des ONG (Secours Populaire, Secours Catholique ou banques alimentaires) qui sollicitent l’acquisition de produits de première nécessité. Sont-ils plus nombreux aujourd’hui ? Difficile de le dire. Dans nos mégalopoles actuelles, on les voit plus que dans la France rurale d’hier. De ce fait, ils s’imposent à notre conscience.

2) Mais rien ne permet, dans le comportement des consommateurs français, de parler d’un appauvrissement général. Au contraire. Jamais il ne s’est vendu autant de produits : des biens utiles, mais aussi des denrées chères, des produits mode, des produits plaisir…

Le niveau de vie des Français s’est considérablement amélioré. La baisse des produits agricoles, mais aussi l’élévation des revenus moyens ont permis « l’extension du domaine de la dépense ». De 30 %, dans les années 60, la part consacrée à l’alimentaire dans le budget des ménages est passée à 15 %. Les biens d’équipement, de la personne ou de la maison, la voiture et les transports, les services de santé et les produits de loisirs (35 heures obligent) constituent les nouveaux secteurs d’achat. Rien à voir avec la structure de consommation des pays réellement pauvres.

Pour s’en convaincre, il suffit de faire le tour des magasins de la planète. Comparés aux linéaires des supermarchés implantés dans les Pays de l’Est, en Asie ou en Amérique Latine, et même dans des pays européens limitrophes (Espagne, Portugal, Italie), les étals français offrent des menus de roi.

3) Paradoxalement, c’est l’accroissement du niveau de vie et les changements des modes de consommation qui ont entraîné, ces dernières années, une frustration d’un genre nouveau, un désenchantement dont je prophétise qu’il va durer encore longtemps.

Jusqu’à la dernière décennie, nos concitoyens pouvaient arbitrer leurs dépenses, sans trop s’endetter. Manger chez soi ou au restaurant, louer à la montagne ou partir au Club Med, limiter le cinéma pour acheter une télé… On restait dans des niveaux de dépenses gérables dans le temps. On différait l’achat d’un bien pour profiter d’un autre.

Dans la société actuelle, tout doit pouvoir être accessible. Tout et tout de suite. La pub pousse à la consommation, c’est l’offre qui impulse la demande et crée le besoin. Même s’il n’y a plus, à proprement parler, de mode collective, la non-consommation est vécue comme un appauvrissement. Résultat ? On puise dans l’épargne ou on s’endette.

Or, un écran plat, c’est deux fois le SMIC. Les sports d’hiver pour une famille ? L’équivalent de six à sept mensualités de salaire, au mieux ! Sans compter (sic) toutes ces nouvelles dépenses immatérielles qui, du téléphone mobile à l’abonnement à internet, grèvent inexorablement le budget familial.

Ponctionné par ces charges nouvelles, le pouvoir d’achat n’augmente plus. Si l’on enlève les dépenses liées au remboursement d’emprunts, aux loyers, à l’énergie et aux transports, la part « libérable » des revenus s’amoindrit. D’où cette frustration, le sentiment de « perte de pouvoir d’achat » qui exaspère aujourd’hui les Français et une partie des Occidentaux.

4) C’est ici que s’opère la confusion : il y a des pauvres, mais la France n’est pas pauvre.

Quoi qu’on dise de leur impact, les dépenses obligatoires liées à ces nouveaux modes de consommation participent de l’amélioration de notre niveau de vie. L’augmentation du prix du pétrole intervient comme une fiscalité nouvelle, mais c’est parce qu’on a acquis une ou deux voitures. L’augmentation de l’endettement des ménages est souvent le corollaire d’un accès à la propriété, et les cotisations santé représentent bien le financement d’une consommation future.

Les affirmations péremptoires sur la paupérisation des Français occulte cette vision des choses.

5) Pour les professionnels du secteur de la consommation, l’irrationalité du débat ne change rien. Il nous faut malgré tout répondre à ces attentes sociales, tenter de rester les moins chers et continuer à offrir des premiers prix et des soldes, y compris pour une population qui en profitera pour partir aux sports d’hiver ou s’acheter des grands crus dans les foires aux vins. Pour ceux-là, c’est avant tout une question de choix, d’arbitrage.

Mais pour le politique, l’impératif est tout autre. La lutte contre la pauvreté devrait être une priorité. Tout le monde, cet hiver, aura entendu parler de Don Quichotte. Mais c’est dès les années 50 que déjà l’Abbé Pierre tenait les mêmes propos. On ne peut pas dire que la mobilisation des différents gouvernements ait été à la hauteur de ces cris de détresse.

A force d’entretenir un discours trop général sur l’appauvrissement de la France, on a fini par cautionner un déficit d’action…et probablement aussi une indifférence à l’égard de la vraie pauvreté.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 4 janvier 2007

« Cochon de Bretagne » : Les éleveurs se payent une bonne tranche d’humour

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Certains d’entre eux n’avaient pas trop aimé que, dans ma note éditoriale, je me fusse appesanti sur les pollutions aux nitrates. Mais de l’irritation à l’humour, il n’y a qu’un pas. Et Daniel Picart, Président de l’équipe « Cochon de Bretagne » a su le franchir.

Désormais adeptes d’une « communication positive », les éleveurs bretons, et notamment ceux de la presqu’île de Crozon, ont décidé qu’en ce début 2007, il fallait savoir se taper sur les côtes.

Ne vous y trompez pas : c’est du sérieux. Ces éleveurs-là n’ont jamais eu peur de la mondialisation. Depuis longtemps, les Bretons ferraillent avec les importations de porcs chinois, hollandais ou polonais. En chefs d’entreprise (investissements lourds), ils savent ce qu’est une stratégie industrielle : valoriser toujours plus la matière première, la transformer, créer de nouveaux produits. Ils s’initient depuis quelque temps aux joies du marketing et cherchent désormais à identifier plus clairement leurs produits.

Sous le label « Cochon de Bretagne », ils veulent « aller de l’avant avec panache ». Concrètement, cela implique de réviser à la hausse tous les cahiers des charges en termes de qualité et de sécurité, animer les ventes en magasin, fidéliser la distribution, « surprendre les clients grâce à des thématiques d’opérations innovantes ».

Ils sont allés chercher le soutien de notre incontournable Jean-Pierre Koff qui, non seulement s’est pris au jeu, mais plus encore devient intarissable sur l’élevage d’un cochon qui « ne se bouffe plus, mais qui se mange ».

Les voilà devenus accros à la com. Ces éleveurs-là, vous disais-je, ont préféré l’humour à l’usage de la fourche (un petit miracle culturel pour une profession souvent tentée par les actions « coup de poing »).

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C’est au talent de Malo Louarn, édité par « Terre de Presqu’île », qu’ils ont eu recours. Dans un collector qui rassemble le travail hebdomadaire du dessinateur pour la revue agricole « Paysan Breton », nos éleveurs ont décidé de présenter à tous leurs fournisseurs et leurs clients un nouveau produit sous la forme d’un antidépresseur : le rire agricole. Ca donne une BD décoiffante (il nous en reste encore quelques-unes en pays bigouden ou en Centre-Bretagne).

Je ne résiste pas à vous en servir quelques illustrations : la grande distribution, la Commission Européenne, l’INRA, et même le syndicalisme agricole…prennent quelques coups. Mais dit comme cela, ce sont comme des caresses et on aime bien. Au passage, vous remarquerez que nos Bécassine ont pris des airs de fermières top-modèles. Si, si, dans l’Ouest, on en a des comme ça !!!

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Amis du bout du monde, bravo. Ca, c’est de la bonne com.

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A tous les cochons de Bretagne (et l’on a coutume de dire, chez nous, qu’en chaque homme sommeille un cochon), j’envoie le plus chaleureux des bloavez mad (pour les ignares, ne pas confondre avec les traou mad qui, elles, ne tiennent pas l’année tant c’est bon).

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Michel-Edouard Leclerc

Mardi 2 janvier 2007

2007

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A toutes et à tous, je souhaite une très bonne année 2007…et à très bientôt pour la reprise de nos échanges

Michel-Edouard Leclerc