Certains, sur ce blog, ont fait semblant de s’interroger sur mon attitude, suite à la médiatisation de deux récents contentieux sociaux, à Montbéliard et à Vandoeuvre. J’ai eu beau répondre concrètement aux questions ici émises, par exemple sur l’affaire de Montbéliard (Cf. mes réponses à phichev, Messager, Krysalia, Rodriguez, hugues, RR, Véro du 3/10/06, à Xavier71, hugues, laurent 10, RR du 6/10/06, à Sandrine et Ay_15 du 27/10/06), la pression reste savamment entretenue. Jusqu’à samedi dernier où même dans les colonnes du Parisien, on pouvait lire « Le très médiatique patron des Centres E. Leclerc a choisi cette fois de garder le silence ».
Eh bien oui, je confirme, je n’ai pas l’intention de tomber dans tous les pièges qu’on essaie de me tendre.
a) En écho à l’affaire de Montbéliard, il y a eu, sur ce blog, plus d’une trentaine d’interpellations. Spontanément, j’ai failli répondre à chacune. Mais il semblerait que plus des deux tiers des commentaires, tous signés de pseudos différents, émanant tantôt de salariés, tantôt de consommateurs indignés…proviennent du même numéro IP, alors que les auteurs prétendaient s’exprimer de divers coins de France !!! Ca m’a évidemment refroidi. Pourquoi voulez-vous que je me laisse manipuler à si bon compte.
b) Des contentieux prud’homaux, il en existe chaque année quelques dizaines dans le groupe (85 000 salariés), comme dans d’autres entreprises. On n’en entend pas parler au JT de 20 heures. J’ai tout de suite trouvé suspecte la surmédiatisation de l’affaire de Vandoeuvre (comme celle de Montbéliard) : un traitement médiatique national habituellement réservé à des fermetures d’usines, des délocalisations, des grèves… Alors quand Le Parisien consacre une demi-page à une affaire locale pour titrer sur un éventuel contentieux national « FO contre Leclerc »…ça vous pousse à adopter une certaine prudence avant que de grimper au cocotier médiatique.
Ceci étant dit, je tiens à m’expliquer sur mes positions, mon statut et, à travers moi, les capacités d’intervention au sein de notre association.
1) Je suis quelqu’un « d’ouvert », qui se veut le plus possible disponible. Je laisse quiconque m’interpeller directement sur ce blog, d’où qu’il parle. Sans filtre, sans censure, hormis les attaques contre les personnes. Peu de patrons en Europe osent pratiquer ce même exercice. Tenter de manipuler les internautes sur ce blog, ce serait faire peu de cas d’une initiative dont je crois qu’elle peut être profitable à tout le monde, y compris aux salariés de mon groupe qui, loyalement, ont cherché à attirer mon attention sur telle ou telle situation locale.
2) Aussi bien à titre personnel que dans l’exercice de mon mandat, je ne cautionnerai jamais les pratiques illégales, les atteintes avérées au droit du travail de la part de qui que ce soit (adhérents ou cadres salariés) sous notre enseigne. Nos adhérents doivent respecter les conventions collectives et toutes les mesures de droit social.
3) E. Leclerc n’est pas une entreprise. Ni Edouard, mon père, ni moi, ni aucun membre de ma famille, ne possédons d’actions dans les magasins, ni dans aucune société du groupe.
L’enseigne appartient à une association loi 1901 qui regroupe 515 exploitants individuels. Ils gèrent des sociétés indépendantes et sont tous responsables sociaux de leur magasin.
4) En tant que président d’une association, je « fonctionne » comme un président de coopérative agricole, de groupement industriel ou commercial fédérant des entreprises indépendantes. Ou encore comme un industriel concessionnaire ou franchiseur de ses marques.
Imagine-t-on que Carlos Ghosn ait à répondre d’un contentieux prud’homal dans un garage concessionnaire de Renault en province ? Rendrait-on Yves Rocher responsable d’une indélicatesse commise par l’un de ses franchisés ? Certainement pas. Quand bien même ils interviendraient, les concessionnaires ou les franchisés pourraient leur reprocher une immixtion dans leur gestion. Ceux qui font semblant aujourd’hui de venir « me chercher » le savent bien. Tout cela ne cache qu’une volonté de faire grossir médiatiquement le dossier.
5) En matière sociale, notre association n’est pas inactive. Là où le droit ne l’autorise pas à intervenir, les statuts des Centres E. Leclerc respectent un esprit de compagnonnage et de coopération qui permet de tirer les pratiques sociales vers le haut. En sélectionnant de plus en plus drastiquement les candidats à l’adhésion ; en valorisant, à l’interne, les meilleures pratiques. En développant la formation continue des responsables sociaux.
Dans l’ensemble, l’enseigne n’a vraiment pas à rougir de son bilan social. Trois exemples :
a) Nous créons entre 1 500 et 2 000 emplois nets par an depuis 10 ans (quand d’autres parlent de réduction d’effectifs).
b) 87 % des 85 000 salariés sous notre enseigne sont employés en CDI (alors que ce chiffre tourne jusqu’à 40 % dans d’autres enseignes).
c) Même s’il y a de fortes disparités dans la répartition des résultats aux salariés, l’analyse globale des comptes de chaque magasin fait apparaître que, sur le dernier exercice, nos adhérents ont distribué 24,8 % de leur bénéfice avant impôt sous forme de gratifications, participation et intéressement. (Peu d’entreprises affichent cette performance).
6) Bien sûr, ce bilan positif peut masquer des pratiques managériales individuelles moins bonnes. Dans le cadre d’obligations de parrainage, le système coopératif permet de solliciter, dans chaque région, la pression des collègues qui sont implantés dans la même zone de chalandise et qui pourraient pâtir d’une détérioration de l’image de l’enseigne.
Enfin, l’association peut convoquer un adhérent indélicat pour radiation (en cas d’atteinte à la marque ou au non respect des clauses statutaires). Encore faut-il, pour qu’elle ne soit pas contestée, que les faits soient dûment établis et probablement déjà jugés ! (Ce qui n’est le cas dans aucune des deux affaires dont nous parlons.)
Dans ce contexte qui est celui de presque tous les groupements européens de commerçants indépendants, je ne vois pas pourquoi je laisserais salir la réputation de mon enseigne par des accusations trop générales pour être honnêtes.
S’agissant de pratiques individuelles, je renvoie évidemment mes adhérents à leurs propres responsabilités. J’ai parfaitement conscience qu’il y a des injustices à réparer, des situations difficiles pour certains salariés. Mais dans tous les cas, j’insiste, j’éviterai de répondre à toute surenchère médiatique (quel est d’ailleurs l’intérêt des salariés si l’on doit au final enlever un panonceau E. Leclerc ? Et pour privilégier quelle autre enseigne ?).
De toute façon, je ne me substituerai jamais à la justice en sanctionnant, par avance, sans respecter aucun droit de la défense, un adhérent local ou même un cadre salarié.
Non, décidément, quelles que soient les situations, la justice médiatique n’est pas le Droit.
P.S. : Ce texte a été publié le 2/02, mais je l’ai compacté et re-rédigé, ce lundi 5 février, pour répondre plus complètement aux interpellations diverses qui me parviennent.