Archive pour février 2007

Mercredi 28 février 2007

Commerce équitable : évolution du marché français. La part de E. Leclerc

img_blog_280207_commerce_eq.jpg

A quelques semaines de la quinzaine du commerce équitable (du 28 avril au 13 mai 2007), les responsables de ce secteur dans mon enseigne me communiquent un état des lieux. Peut-être, cette synthèse qui concerne essentiellement l’alimentaire, pourrait-elle vous intéresser…

1) Evolution du marché national

Malgré la création de nouvelles filières et l’accroissement du nombre de références, le chiffre d’affaires généré par le commerce équitable reste terriblement marginal. Il ne dépasse pas 0,9 % du chiffre d’affaires des familles de produits concernées et ce CA reste concentré sur 200 ou 300 articles dont le panéliste IRI-France suit pas à pas les évolutions.

- Le café torréfié réalise 61 % du CA commerce équitable, suivi par les tablettes de chocolat (11 %), le thé (9%) et les jus de fruits (6 %). Le riz, le sucre ou le café soluble ne dépasse pas 3 % du CA de leur famille (en valeur).

- Les performances sur chacun de ces segments de marché sont inégales : constatons que les produits qui se développent sont déjà les produits leaders : café torréfié (+ 25 %), tablettes de chocolat (+ 52 %), thé (+ 19 %), jus de fruits (+ 30 %), riz (+ 17 %) et sucre (+ 28 %).

2) Le commerce équitable dans les centres E. Leclerc

E. Leclerc a réalisé un CA 2006 de 19,2 millions d’euros, généré par les produits du commerce équitable. La progression est de 32 % par rapport à l’an passé.

Presque toutes les enseignes de distribution ont désormais investi sur ce créneau. Notre enseigne conserve cependant des niveaux de part de marché très élevés (20,4 % en valeur et 21,5 % en volume). Ces chiffres sont très nettement supérieurs à notre performance globale tous produits PGC (17,5 % en valeur, 18,4 % en volume).

En 2006, il s’est vendu deux fois plus de références dans les magasins E. Leclerc que dans les hypers/supers : 52 références chez E. Leclerc vs 22 références en moyenne pour les hypers/supers.

Malgré les critiques émises par quelques intellectuels qui contestent le rôle que peut jouer la GD pour la diffusion du commerce équitable, je persiste à mobiliser tous nos adhérents. Fi des postures idéologiques. Ce qu’attendent de nous les producteurs, ce sont des débouchés et le respect de leur politique de prix.

Comme je le disais en présentation de cette note, il n’y a de toute façon pas de quoi pavoiser. Le chantier est ouvert, mais le marché reste encore extrêmement étroit. C’est la raison pour laquelle vous me permettrez de saluer la performance des centres E. Leclerc des Landes et de Bretagne. Dans ces deux régions où la concurrence s’investit pourtant elle aussi, la part de marché des centres E. Leclerc atteint 32 % (en valeur). Voilà qui devrait stimuler, si ce n’est culpabiliser, mes autres collègues.

A vos rayons, tous, mes amis, pour la quinzaine du commerce équitable !

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 26 février 2007

Restauration dans le TGV : deux TVA, mais un seul prix !!!

Cette affaire de double TVA dans la restauration restera pour longtemps une incongruité, une ineptie, si caractéristique des contradictions de l’économie française.

- Je n’ai jamais cru aux arguments des employeurs de l’hôtellerie ou de la restauration : l’alignement du taux de TVA pratiqué « en salle » sur celui de « la vente à emporter » n’aurait créé que peu d’emplois à court terme. Tout au plus un peu d’aise dans la négociation salariale, et certainement une amélioration des marges.

- Mais cette mesure aurait eu le mérite, à long terme, de mieux armer les professionnels de la « bonne cuisine » en supprimant une discrimination incompréhensible, à l’heure où tous nos politiques prétendent vouloir transformer « l’art culinaire » en « produit culturel ». Et oui, mon cher José, même à Aurillac, le fast-food à emporter, c’est vachement moins cher que la poularde du chef chez le chef.

On sait ce qu’il en est. Erreur d’appréciation de Jacques Chirac qui en avait fait la promesse ? Ou blocage de nos autres partenaires au sein de la Communauté Européenne ? Toujours est-il que la mesure n’est plus à l’ordre du jour.

Et donc, ce week-end, j’étais dans le TGV. Les wagons (on dit désormais « les voitures ») filaient « bon train » sur la ligne Paris/Bordeaux et quand l’appétit fut venu, je me rendis au bar pour y acquérir quelque substance alimentaire.

Vite fait, bien fait, je commande et j’achète. Au moment de payer, tombe cette question qui, dans ce lieu étroit, m’apparaît franchement surréaliste : « Vous consommez sur place ou vous emportez ? ». Comme je n’ai pas l’esprit tatillon, je ne sais pas objecter que seule une différence de dix mètres sépare le « sur place » du siège où je loge « ailleurs ». Je m’intéresse tout simplement à l’existence d’une différence de prix.

Que me répond-on ? Il y a bien une différence de TVA mais dont je ne profiterai pas en tant que consommateur. « La TVA est de 5,5 % si vous emportez le plat, elle est de 19,6 % si vous le consommez au bar. Mais pour ne pas compliquer les choses pour le client, on garde cette différence en marge, et on laisse tout au même prix ». Et le serveur de continuer « comme au McDo » !

Il m’avait semblé que dans la restauration rapide, on pratiquait deux prix différents. Je ne suis plus sûr de moi. Pouvez-vous confirmer, ô blogueurs impénitents ?

Mais dans le cas d’espèce, je trouve ça sacrément gonflé.

D’abord, ça sert à quoi de poser la question, d’allécher le chaland, si c’est sans suite.

Ensuite, qui contrôle la réalité de ces pratiques. Le client s’en va, le caissier peut enregistrer ce qu’il veut, et taper un coup 5,5, un autre 19,6. Ce n’est pas vérifiable.

J’invite l’inspecteur de la DGCCRF qui quitte, en ce moment même notre siège où il siège en quasi permanence, à fourrer son nez dans cette gratifiante cuisine. Pour une fois que je les envoie chez les autres, ça nous donnera un petit répit.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 22 février 2007

Emmanuel Lepage à Paris

img_blog_220207_lepage_07.jpg

© Jean Bibard

Depuis longtemps, je voulais le rencontrer. Croisé à Saint-Malo, au Festival Etonnants Voyageurs, ou dans la galerie de Daniel Maghen, en bordure de Seine, le personnage ne laisse pas de me captiver. Probablement un des artistes les plus riches, les plus « complets » de sa génération : l’auteur de Muchacho.

1) A 40 ans, ce Briochin fascine ses lecteurs par un parcours sans fausse note.

- Après Kelvinn (éditions Ouest France 1987) et L’Envoyé (Lombard 1989), c’est le cycle de Névé (Glénat 1991à 1997) qui l’a vraiment révélé.

Névé, fils d’alpiniste, a des visions prémonitoires. Sur les pentes de l’Aconcagua, il vit les déboires et les tensions d’une ascension qui sera fatale aux membres de sa famille. Un récit initiatique (déjà !), dans une atmosphère très graphique que ne renierait pas Cosey.

- Puis, sur un scénario d’Anne Sibran, il va passer 2 ans à peindre en couleur directe La Terre sans Mal (Dupuis 2000). Un superbe voyage dans le monde des Indiens Guarani à la recherche d’un paradis sur terre.

L’aquarelle devient sa maîtresse. Et c’est avec ses couleurs qu’il quitte la Bretagne pour partir au contact des populations andines, puis au Brésil, en Argentine, et même en Asie. Fragments d’un voyage (Casterman 2003) révèle un formidable illustrateur.

img_blog_220207_lepage_05.jpg

2) Mais avec Muchacho (Dupuis 2004 et 2006), Emmanuel Lepage franchit une nouvelle cime : 2 tomes qui mettent en évidence la progression artistique d’un auteur qui s’affirme autant dans la maîtrise technique du dessin…que dans le regard qu’il porte sur lui-même.

img_blog_220207_lepage_02.jpg

- Muchacho est d’abord un livre de rencontres : celles des peuples, des civilisations, des classes sociales. Celles des caractères et des personnalités aussi, en l’occurrence, ici, un jeune séminariste égaré dans l’univers de la guérilla nicaraguayenne. Emmanuel Lepage, qui est ici son propre scénariste, met beaucoup de lui : « L’histoire permet à l’auteur de se révéler à lui-même ».

img_blog_220207_lepage_08.jpg

Oui, EL doit beaucoup aux rencontres, celles de ses inspirateurs : Jean-Claude Fournier (le père de Spirou) qui, dès l’adolescence a guidé son dessin ; Pierre Joubert, le mythique auteur de la série « Signe de Piste », dont les figures androgynes se retrouvent, comme un hommage, dans certains personnages d’EL ; Christian Rossi qui le conseille lors du quatrième tome de Névé ; et même René Follet, ce formidable dessinateur, trop méconnu des jeunes bédéphiles.

- Muchacho, c’est, sur le plan artistique, l’aboutissement d’une incroyable maîtrise de la couleur directe. Superbe palette, qu’il s’agisse de mettre en valeur le décor baroque de la forêt amazonienne ou l’intensité des regards.

img_blog_220207_lepage_01.jpg

- C’est enfin le livre d’une réflexion de l’auteur sur lui-même. Son art ? Il s’interroge, via son héros, sur la représentation des autres. Son engagement ? Jusqu’où peut-on rester insensible aux luttes d’émancipation quand la dictature, parée des ostensoirs de la religion, diabolise le sentiment de solidarité. Le voilà qui interpelle les théologiens de la libération (Monseigneur Romero, le poète Ernesto Cardenal : « La religion est un fait politique » !). Les valeurs, enfin ! Dans les traces de Pier Paolo Pasolini et de Hermann Hesse, Emmanuel Lepage revisite celles de l’amitié et de l’amour avec une finesse et une émotion qui, s’agissant de l’homosexualité, surprendront les hétéros les plus ancrés dans leurs certitudes.

img_blog_220207_lepage_03.jpg

Oui, décidément, belle œuvre littéraire que celle-là.

Et passionnant échange. L’homme pétille d’intelligence. Sous des abords timides, il se donne à ses interlocuteurs. Il se laisse découvrir, sans ostentation, et tout en pudeur. Mais c’est sans complexe et avec beaucoup d’humour qu’en provincial « monté à Paris », il pose, square Velpeau, devant les affiches d’une campagne « ANTI-FLIRT », ou encore à l’entrée de l’hôtel Lutétia, jouant les célébrités.

img_blog_220207_lepage_09.jpg

« Plier, interpréter, redessiner le décor », disait-il, « faites ce qu’il faut pour valoriser le comportement et la psychologie des personnages ». Soit, mais se plier au jeu du photographe, il sait faire aussi !

img_blog_220207_lepage_04.jpg

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 20 février 2007

Drucker, Schonberg et Duhamel : L’amour et la transparence desservent-ils l’honnêteté journalistique ?

img_blog_210207_journaliste.jpg

C’est la question que pose implicitement Dominique Wolton, fin explorateur et critique impénitent de la société médiatique.

Je partage sa réponse : « Il y a quelque chose de pudibond à penser qu’un journaliste fait mieux son travail si personne ne connaît ses opinions. » (Le Parisien, 17/02). Je rajouterais cette question : « Masquer ses opinions, n’est-ce pas la plus hypocrite des manipulations ».

1) Il y a d’abord eu le cas, scandaleux, de la mise sous cloche de Béatrice Schonberg du fait de son mariage avec un ministre en exercice, Jean-Louis Borloo ; puis celui de Marie Drucker dont les paparazzi s’apprêtaient à révéler qu’elle était « pote » avec François Baroin.

Punies d’être « femmes de »…ou encore parce qu’on les soupçonnerait d’être « incapables de distinguer leur vie privée de leur métier de journaliste » ? Ridicule !

Ou alors, c’est faire l’aveu de leur incompétence et il ne faut plus les embaucher du tout !

On peut comprendre qu’elles ne puissent interviewer leur conjoint (encore que le spectacle pût être charmant, télégéniquement parlant : « Dis-moi, chéri, quand vas-tu offrir un statut aux intermittents du spectacle qui te filment en ce moment… ? »). Qu’on leur interdise un plateau politique, c’est tout simplement de la lâcheté (éviter toute critique, ne pas avoir à assumer, à se justifier, à défendre la probité de ses salariés…).

2) La marginalisation d’Alain Duhamel a beau être élégamment expliquée (« c’est d’un commun accord… »), elle pue l’hypocrisie la plus pénible à entendre. Outre qu’il s’est fait piéger sur le Net, en croyant participer à une réunion privée, personne en France ne doute de son engagement du côté de la démocratie chrétienne.

On se rappelle qu’il avait « omis » de parler de Ségolène Royal dans son dernier ouvrage sur les prétendants à l’Elysée. Pas un pékin de gauche n’imagine que ce bon garçon, estampillé Sciences Po classics, puisse voter Buffet, Bové ou Le Pen. L’homme a signé tellement d’éditoriaux et de commentaires, de Libé à France 2, que ses opinions peuvent être connues de tous, y compris des candidats qui perdent ainsi un rare intervieweur qui les respecte et les aime.

En témoigne la réaction peinée, quasi affectueuse, de François Hollande ou de José Bové.

3) Qui donc a mis cette idée dans la tête des PDG des chaînes TV « qu’un journaliste doit être neutre ». N’y a-t-il pas confusion entre la neutralité nécessaire à l’animation des débats et celle, irréaliste, des journalistes eux-mêmes.

Que tous les journalistes politiques, « neutres de France », lèvent la main ! Certainement pas vous, les Jean-François Kahn, Serge July, Jean-Pierre Elkabbach, PPDA ! On ne vous croirait pas. Et d’ailleurs, on ne vous le demande pas.

Alors, va-t-on exclure les journalistes de l’Huma quand il s’agira d’interroger Marie-George Buffet. Ou mettre sur la touche Nicolas Beytout, rédacteur en chef du Figaro, face à Nicolas Sarkozy. Et va-t-on interdire d’antenne tous les rédacteurs de journaux qui, de Libération à La Croix ou à Charlie Hebdo, ont justement choisi…de pratiquer un journalisme d’opinion, voire d’engagement ?

Pour tout vous dire, je trouve qu’en ce moment, la jurisprudence du « politiquement correct » nous conduit vers une sorte de « dictature larvaire du principe de précaution » qu’un Wells ou un Huxley n’aurait pu imaginer.

Entendre un directeur de rédaction dire « qu’il ne faut pas donner prise à une opinion qui soupçonnerait une collusion (du fait du lien avec un frère, autre Duhamel, en poste sur la chaîne)…c’est vraiment ne pas avoir d’estime de soi, ni de son métier. Quant à avoir des couilles… Qui veut-on leurrer avec ce genre de défausse. Hier soir, n’était-ce point le sieur Ambiel, ancien conseiller com de Jean-Pierre Raffarin qui mettait en scène le grand oral de Ségolène sur TF1 ? Insoupçonnable, lui aussi ?

C’est mépriser le peuple que de le flatter ainsi dans sa grégarité et son voyeurisme. C’est se mépriser, oui, en révélant cette incapacité à défendre à la fois la probité et l’engagement, la passion et le professionnalisme !

Personnellement, je trouve moins hypocrite, et surtout plus intéressant (plus objectif aussi) de savoir « d’où parle le camarade journaliste ». Je ne crois pas à la neutralité de gens compétents. C’est antinomique.

A l’heure où tous les médias audiovisuels exhortent à mettre en spectacle l’émotion plus que le raisonnement, n’est-il pas nécessaire, pour la démocratie, que nos propres jugements puissent être confrontés à ceux d’hommes, engagés, qui s’expriment avec pertinence, pédagogie et enthousiasme ? Personnellement, ce serait mon choix !

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 16 février 2007

Cromwell : Anita Bomba est sa copine !

img_blog_160207_cromwell_01.jpg

© Jean Bibard

Quand il pousse les portes vitrées du Méridien Montparnasse, sa démarche de rocker chaloupée n’échappe à personne. Ah ça, il faut bien le dire : peu d’autres bédéfêlés cultivent avec un tel bonheur un look punk aussi démonstratif. Margerin ? Même pas ! Coyote ? Peut-être…

Visez un peu : un couvre-chef avec large visière, aux armes d’un célèbre groupe de la ligne Motörhead, «Les Misfits ». Il ne s’en sépare jamais, même à l’heure du déjeuner, sans doute pour protéger le lustre d’un crâne rasé « au petit poil ». Sous la veste de motard (cuir et pneu), estampillée « Triumph » (ces anglaises qui crachent l’huile et le feu), un tee-shirt aux couleurs des Ramones, autre groupe déjanté new-yorkais. Et pour souligner le jean, deux Doc Martins à lacets, super clean malgré la pluie (manifestement bichonnées, prêtes pour se rendre au bal annuel des Harley).

Oui, très pro, notre Didier. Je dis « Didier » parce que Cromwell, c’est un pseudo (une marque de casque). Son vrai nom « David » n’est d’ailleurs pas non plus son vrai patronyme. Eh, eh, on ne sort pas indemne d’une famille aristocratique, établie en terre de Coëtquidan, ni d’une enfance balottée au gré des déménagements d’un père militaire (officier de la Légion, élevé au grade de Commandeur). Un père exigeant, à qui Didier voulut démontrer qu’il pût être parachutiste (au 1er RPIMA de Bayonne). Un père qui, magnanime et réaliste, l’inscrivit finalement à l’école Penninghen.

img_blog_160207_cromwell_03.jpg

Il peut tromper son monde. Mais ne vous fiez pas aux apparences, question culture et politique, le bonhomme a plein de choses à dire (avec Fred Vargas, il a pris position contre l’extradition de Battisti, et sait s’engager pour des causes généreuses, tel le handicap pour l’UNAPEI). Sil soigne son look, notre rocker dessinateur, c’est d’abord parce qu’il appartient à cette tribu d’artistes « qui ont eu ou qui ont plus de problèmes que les autres avec eux-mêmes ».

Oui, il en faut du talent pour contourner l’obstacle d’une timidité naturelle, et l’écrasement d’une condition adolescente trop longtemps nourrie d’interrogations existentielles. « Joann Sfar est un génie, et tout ce qu’il fait semble couler de source. Miller, Burns et surtout Trondheim sont, à l’opposé, des gens qui ont eu des problèmes très spéciaux ». Schizos ou autistes ? Il leur faut, pour exister, forcer le trait, provoquer, pratiquer sans cesse la dérision.

Alors, va pour le punk. Place au spectacle. Rien à voir avec les pratiques de ces mecs underground qui cherchent à se faire du mal. « Le sadomaso, c’est pas mon genre ». Hors le spectacle, il y a la vraie vie. Mais pendant le spectacle, on peut tout faire et tout dire. A fond la mob, donc, et vroum…le plaisir et le soufre. On est dans le fantasme, et tant pis si c’est trash !

img_blog_160207_cromwell_04.jpg

Anita Bomba, son héroïne, n’a pas traversé la vie en Golf Polo. Qu’elle flingue ou qu’elle baise, c’est de la consommation sur le pouce, du grignotage. Ne lui parlez pas d’amour. Si les hommes repassent dans ses bras, c’est que ça a été bon, point barre ! Avec Joé Ruffner, Cromwell a conçu pour Casterman un cycle d’aventures qui tient à la fois des contes sanglants de l’héroïque fantaisie (les personnages sont des sortes d’Allien, mi-humains, mi-robots), avec des accents de la Commedia dell’arte (les dialogues sont truculents) et l’expressionnisme d’un graphisme vengeur, au hachoir et pas de quartier.

Ses BD sont adulées par une génération qui fréquente aussi bien le dessin de Tarquin que le monde des mangas. Un univers que se disputent les éditions Glénat et Soleil, deux maisons qui abritent actuellement les travaux de Cromwell.

Pour l’heure, sirotant son Martini, Cromwell se prépare au concert. Il va se produire dans une boîte du 20ème, avec deux complices. Ils ont formé un groupe qu’ils qualifient de punk spaghetti, « La bonne, la brute et le truand ». Sachant qu’il n’y a qu’une seule femme (la brute, femme du dessinateur Fred Beltran), on ne vous dira pas des deux autres types qui fait « la bonne ».

Il s’en va, lonesome rocker, déposer dans sa chambre, les multiples carnets et croquis sur lesquels « il fait ses gammes » (une mine, une liasse de crobars géniaux). Et aussi, sa trousse de couleurs. Quatre tubes lui suffisent : il ne travaille qu’en mélangeant le noir avec le jaune sable, le rouge rouille, le vert olive. Et il va, dans quelques minutes, tel Iggy Pop qu’il vénère, épauler le harnais d’une guitare. Pour s’approcher d’un micro et cracher tout plein de décibels. A 45 ans, Cromwell n’arrête pas de déménager…

img_blog_160207_cromwell_02.jpg

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 15 février 2007

Profits records des entreprises : et après ?

A lire les journaux, hier et aujourd’hui, les Français pourraient se demander si l’eldorado n’est pas à la portée d’une élection présidentielle. Dans Le Figaro comme dans Les Echos, l’affirmation de « profits records » colore titres, manchettes et sous-titres.

Incroyable ! Il y a à peine une semaine, on ne parlait que d’une France en retard de croissance par rapport à la zone Europe ou même au reste du monde ! Et aujourd’hui, c’est tout bon ! Les sous rentrent dans la caisse de l’économie française !

Délires et dérives du marketing médiatique qui pousseraient nos quotidiens à forcer le trait ? Engagement des mêmes journaux dans une campagne anti-morosité d’intérêt national ? Toujours est-il que ces annonces tranchent avec la sinistre comptabilité, chaque jour sur France Info, des licenciements collectifs chez Alcatel-Lucent et autres entreprises !

Jamais, de mémoire récente, on ne vit autant de dollars et d’euros amassés dans les coffres de nos Picsou hexagonaux !

Ce sont les pétroliers d’abord, Total en tête, qui pavoisent ! Les banquiers, pas mal non plus : BNP et Société Générale emmagasinent des profits records. Et à la bourse, les élégantes affichent leur parure : LVMH, bien sûr, mais aussi toutes les valeurs du luxe.

En fait, toutes les stars du CAC 40 sont à la fête. Pepsi Cola affiche un profit de 6,4 milliards de dollars (+ 9 %) et fait la nique à Coca Cola avec 6,3 milliards (+ 4 %). Michelin, Danone, L’Oréal (résultat et chiffre d’affaires) sont en train de se confectionner de confortables « plis de bouddha ». Dans le non alimentaire, Electrolux, Rexel (+ 56 %), Air France/KLM…la liste n’en finit plus des profits records annoncés…

« Des profits sains et indispensables » écrit, dans un édito des Echos, Patrick Lamm qui fustige les anathèmes de Ségolène Royal et de l’UFC contre les super profits.

Patrick Lamm ne manque pas d’arguments :

- Dans la compétition internationale, nos entreprises n’ont pas volé cet argent. C’est la raison d’un effort impressionnant pour emporter et pénétrer les nouveaux marchés émergents. Ce n’était pas facile. La réussite n’en est que plus appréciable.

- A la toise, et malgré ces formidables résultats, nos entreprises ne sont pas encore assez riches, ni capitalisées. Elles restent des pois chiche, elles restent opéables dans un monde où les ogres affichent des dimensions colossales.

Tout cela est vrai…

Mais au baromètre de l’émotion, salariés et consommateurs sont tout de même en droit de s’interroger.

- L’argument de l’effort ne doit pas masquer que toutes les restructurations et les améliorations de productivité ont été réalisées au détriment de l’emploi immédiat. Oui, oui, j’entends vos commentaires. Si ça permet aux entreprises de repartir d’un meilleur pied, ces opérations sont bonnes pour les emplois futurs. D’accord ! Mais à court terme, c’est bien la « variable salaire » qui a servi d’ajustement.

- L’argument du chiffre d’affaires est aussi en trompe-l’œil. Il suffit de lire les commentaires boursiers. Les résultats ont été boostés par l’inflation des cours (pétrole, matières premières) et des prix (agroalimentaire, luxe, cosmétiques). Tout cela n’est peut-être que conjoncturel. Aucune entreprise n’est à l’abri d’un retournement de situation. Mais ce sont bien les consommateurs qui ont payé le prix fort ! Vous vous rappelez : ceux à qui il a été dit qu’il n’y avait pas d’inflation ! D’ici à ce qu’ils se considèrent comme les dindons de la farce…

- Quant à l’argument de la nécessaire recapitalisation, il ne sera pertinent que le jour où l’investissement repartira. Servir des dividendes, rémunérer des fonds de pension, pourquoi pas…pas de populisme, comme dit Jacques Attali ! Mais si l’argent sort du circuit et des filières, qu’il n’est pas réinvesti dans l’innovation, la recherche, le développement, alors c’est le rentier qui gagnera et le salarié n’aura que des miettes…

Attention à l’euphorie. Tous les Français, rappelons-le, ne sont pas actionnaires. Si l’esprit d’un nouveau capitalisme souffle sur une France qui retrouve de l’allant, perd ses complexes…tant mieux.

Mais le politique, surtout pendant la campagne présidentielle, doit veiller à maintenir la bonne cohésion sociale. Il se doit d’être attentif aux dégâts collatéraux qu’un affichage trop provocateur de la réussite des uns…peut entraîner chez les autres. Plus que jamais, pour éviter la « fracture sociale », les candidats, comme les responsables politiques, devront trouver les mots et surtout les mesures qui remettent en marche « l’ascenseur social ».

Tout le monde le reconnaît : le thème du pouvoir d’achat est devenu prioritaire dans les préoccupations des Français. Le pouvoir d’achat, ce ne sont pas simplement des revenus immédiats. Ce sont aussi des perspectives d’enrichissement et de bien-être. Et dans notre pays, c’est cette perspective-là qui fait défaut. C’est cette absence de perspective qui génère la frustration.

(Je reviendrai, la semaine prochaine, sur cette passionnante question : Faut-il taxer les super profits ?)

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 13 février 2007

La Fnac ne fait plus de réduction systématique sur les livres ! E. Leclerc maintient les rabais

img_blog_140207_fnac.jpg

Alors là, pour le coup, je révise l’opinion que j’avais exprimée le 7 novembre 2006 sur ce blog (Cf. ma note).

A l’époque, conforté d’ailleurs par des propos personnels de François-Henri Pinault et de Denis Olivennes, je m’opposais au simplisme d’un diagnostic selon lequel le modèle économique de la Fnac était devenu caduc. Je développais des arguments selon lesquels, quel qu’en soit le propriétaire ou l’acquéreur, la Fnac restait (avec 3,5 % de résultat net) la plus belle entreprise de diffusion culturelle en Europe. Je persistais à lui reconnaître une « vraie différence » dans le discours et la pratique consumériste par rapport aux autres acteurs du secteur (Virgin, Extrapole, les GMS et la plupart des librairies). Mais voilà…

Depuis le 5 février 2007, la Fnac a mis fin à la réduction automatique de 5 % sur le prix des livres !

Pour les jeunots, je rappelle que la loi Lang (du nom de l’ancien Ministre de la Culture) autorise les éditeurs à fixer un prix unique de leurs livres. Tous les diffuseurs doivent respecter ce prix légal, dans la limite de 5 % de rabais autorisé. A l’époque de son vote (1981), les Centres E. Leclerc avaient exprimé leur opposition, estimant que les éditeurs ne pouvaient à la fois vanter les mérites du livre de poche et nier l’impact d’un prix élevé sur l’achat de livres pour des lecteurs à faible pouvoir d’achat. Mais c’est surtout la Fnac qui, par la voix d’André Essel et de ses successeurs, avait dit son courroux et le refus d’être désignée comme un ennemi de la diffusion culturelle…parce qu’elle essayait de rendre le livre plus accessible…

Les entreprises savent manifestement faire fi de la mémoire populaire. En supprimant l’automaticité du rabais sur les livres, la Fnac rentre dans le rang. Fini l’agitateur ! La Fnac passe du camp des militants de la culture (démocratisation de l’accès à la culture pour tous) aux lois du marketing nourries de préoccupations financières.

1) Les motivations de la Fnac

Hier, c’était potentiellement les 15 millions de clients de la Fnac qui pouvaient bénéficier de la réduction légale de 5 %. Désormais, seuls les 1,8 millions d’adhérents (porteurs de la carte Fnac) et les acheteurs sur fnac.com pourront en bénéficier. La motivation de l’équipe dirigeante est double :

- Il s’agit pour la Fnac de créer un avantage prix réservé aux clients porteurs de cartes payantes (12 euros pour une carte de 1 an, 30 euros pour 3 ans).

- Il s’agit aussi (surtout !) d’obtenir un gain de 6 à 10 millions d’euros, soit 1 à 2 % de marge additionnelle sur le livre. Comme le livre représente à peu près 13 % du CA, la suppression de l’automaticité de la réduction concourra à l’amélioration de 0,1 à 0,2 point de la marge d’exploitation totale de la Fnac.

2) Où trouver désormais les livres neufs moins chers ?

C’est la question que posait Hélène Colau dans Le Monde du 9 février 2007.

- Eh bien, sur Internet, puisque fnac.com continuera à appliquer la réduction autorisée par la loi Lang. Idem sur des sites comme amazon.com ou alapage.com. Ou même sur des sites qui fédèrent des libraires indépendants tels que abebooks.com. Mais attention, il faut sur certains de ces sites, ou à l’occasion de certains achats, tenir compte des frais de port, quelquefois offerts à partir d’un certain montant, mais souvent payants.

- Certaines librairies indépendantes (pas toujours d’ailleurs les plus grosses) continuent à systématiser le rabais de 5 %, à partir de la souscription d’une carte de fidélité gratuite. Mais souvent, ce rabais n’intervient qu’à partir d’un minimum d’achats, ou en présentant une carte d’étudiant ou d’enseignant.

3) Quelle politique pour les espaces culturels E. Leclerc ?

Vous vous en doutez bien. C’est le moment où jamais d’affirmer la continuité de l’engagement de notre enseigne.

- Comme la Fnac, les espaces culturels ont choisi de développer une offre multimédia beaucoup plus importante. D’ici 5 ans, nous comptons bien devenir le 4ème ou 5ème réseau de diffusion de ces produits. Mais à l’inverse du mouvement de la Fnac, nous développons résolument le secteur du livre en lui consacrant plus de place dans nos librairies, en étoffant l’assortiment (jusqu’à 70 000 titres dans certains espaces culturele) et en travaillant avec les maisons d’édition pour donner encore plus de visibilité au livre.

- Mais surtout, nous maintenons l’automaticité du rabais de 5 % à l’ensemble des acheteurs. Nous incitons les lecteurs à souscrire à une carte de fidélité, mais elle est gratuite. Pas de barrage financier, pas de ségrégation de clientèle.

Oui, je le confirme, dans les Espaces Culturels, c’est « – 5 % pour tout le monde et sur tous les livres. Et la carte de fidélité est gratuite ! »

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 12 février 2007

Muñoz, président : Le Festival BD d’Angoulême s’offre une belle affiche !

img_blog_munoz_120207.jpg

…Et j’aimerais rajouter : une des plus belles âmes du 9ème art, un homme généreux, un artiste au grand cœur.

Lors de la soirée de remise des prix du FIBD, Lewis Trondheim n’a pu s’empêcher de conclure son année de présidence par une discrète, mais généreuse poignée de main. Elle m’était destinée. Il faut dire que le bougre n’avait eu de cesse, tout au long de l’année, de distiller son venin à l’encontre de ma personne, jugée par lui emblématique du méchant capitaliste fomentant l’autodafé des livres de littérature et de bande dessinée. C’était un peut n’importe quoi. Curieux d’ailleurs qu’il ait été aussi mal conseillé. Invoquer les combats d’il y a vingt ans contre la loi Lang (alors que la hache est enterrée depuis belle lurette !)…tout cela était incompréhensible pour la jeune génération qui s’est encore une fois précipitée au festival (200 000 visiteurs). Tout comme était complètement stupide sa demande de m’évincer du festival. C’est lui qui est parti, par la grande porte d’ailleurs, et c’est aux côtés des autres partenaires que j’accueille aujourd’hui Muñoz pour le remplacer. (Tchao Lewis, à bientôt autour d’un verre !).

img_blog_120207_munoz_1.jpg

Muñoz donc :

Les moins de 30 ans, les accros du manga ou des jeux vidéo ne connaissent probablement pas cette belle figure de la bande dessinée. En tout cas, j’espère que son éditeur (coucou, amis de Casterman) aura trouvé là l’occasion de mettre un éclairage supplémentaire sur une œuvre graphiquement remarquable, très personnelle, toute en intimité.

Dans un premier recueil d’entretiens publié chez Flammarion, « Itinéraires dans l’univers de la Bande Dessinée », j’ai déjà décrit le bonhomme et son art.

1) Il faut le voir, chez lui, entre Italie urbaine et confins populaires du Sentier parisien. Il a la bougeotte, José Antonio. Il masque sa fébrilité derrière des cigarettes sans cesse rallumées (à moins qu’il n’ait changé de pratique). Il parle une langue mélangée de français, d’italien, de castillan et d’anglais. Dans la pure tradition de ces exilés cosmopolites, il slalome autour des difficultés de langage pour faire partager sa passion de la justice, son mépris de la spéculation, et foudroie toutes les formes d’oppression. Pas de militantisme, non vraiment, pas de harangue : « le monde est un dessein (sic) sans scénario ! ».

Alors, nul besoin de justification idéologique. C’est dans les bars, les salles de danse, les rues et les assemblées populaires qu’il saisit des regards, décrit les mouvements, recrée une atmosphère et recherche « l’essentiel ».

img_blog_120207_munoz_4.jpg

2) Et ça donne une œuvre toute intimiste : Le Bar à Joé, Billie Holliday, Le Train sur l’eau, et bien évidemment Les Carnets argentins.

Avec Sampayo, son scénariste et ami, il a écrit les aventures d’Alack Sinner. Avec Jérôme Charyn, il a illustré Le Croc du serpent. Il a multiplié les travaux pour des périodiques (A Suivre, Charlie Mensuel, et aussi des publications portugaises, italiennes ou argentines).

3) On pourrait le croire désenchanté. Mais s’il parle de rébellion, s’il cite Che Guevara ou Don Elder Camara, c’est d’abord pour justifier l’irresponsabilité de ceux qui envoient les jeunes, armés de simples couteaux, se faire faucher par la mitraille des armes automatiques. S’il évoque Régis Debray, c’est pour s’intéresser à l’expression de ce christianisme coupable qui hante toute une population d’intellectuels progressistes. « Il faut savoir voir la vérité. Mais il y a trop de raisons de ne pas rejeter le rêve, le désir de guérir ».

img_blog_120207_munoz_2.jpg

4) Passionné par la peinture expressionniste dont il emprunte souvent l’épaisseur du trait, il aime Grosz, Egon Schiele et Schmidt-Rottluff, peintre de Die Brücke. Mais, voyez-vous, c’est l’œuvre du Français Georges Rouault qui l’interpelle. De la vie de cet artiste qui a vécu plus qu’aucun autre le désarroi des Chrétiens face aux malheurs du monde, il a retenu cette leçon : « Il faut essayer de racheter le monde à partir de soi ».

Bon, tout ça nous le rend sérieux, charismatique, génial à coup sûr. Mais ne vous fiez pas aux apparences de ses tenues cléricales (il aime le noir). Passé aux fourneaux, il sait s’activer sur un plat de pâtes. Au crayon, il vous campe avec passion la naissance d’un désir de femme. Et si d’aventure vous lui parlez de jazz, de tango, de musiques argentines, alors son regard pétille et le dessinateur s’efface devant le mélomane, le danseur, l’esthète.

Bon vent à toi, José Antonio. Avec toi, l’édition 2008 du FIBD s’annonce passionnante.

img_blog_120207_munoz_3.jpg

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 9 février 2007

Pub comparative : quiestlemoinscher.com s’enrichit d’une 3ème version

img_blog_qelmc_050207.jpg

Je l’avais promis. Notre enseigne poursuit l’optimisation de son site de comparaison de prix. Elle a lancé, le 8 février 2007, la 3ème version de « quiestlemoinscher.com ».

L’objectif est de comparer toujours plus de références : le site met en ligne 670 000 prix comparés.

« quiestlemoinscher.com » propose aussi au consommateur une nouvelle fonctionnalité interactive : le panier, qui permet de constituer sa propre liste de courses, et ainsi de personnaliser la comparaison.

Les résultats ? E.Leclerc, toujours 1er, creuse l’écart avec l’ensemble de ses concurrents.

1) Avec 670 000 prix relevés, « quiestlemoinscher.com » est désormais le premier comparateur européen de prix des produits de grande consommation

Du 8 au 17 janvier, 670 000 relevés de prix ont été effectués par Pole Communication, société d’études spécialisée :

- Une comparaison des 8 plus grandes enseignes nationales de grande distribution (hypermarchés ou supermarchés de plus de 1 200 m2).

- Un échantillon de 383 magasins visités (France entière) soit 12,3 % des 3 104 magasins appartenant à cet univers, respectant la méthode des quotas. Les critères de quotas choisis restent les mêmes (taille et situation géographique des magasins). Et pour préserver un effet de surprise, les magasins visités sont différents de la dernière vague de relevés.

- 2 327 produits de grandes marques nationales strictement comparables appartenant à 37 familles de produits dans 7 rayons différents.

2) En janvier, E.Leclerc creuse les écarts de prix avec tous ses concurrents

L’enseigne confirme sa performance prix. Elle est moins chère que ses principaux concurrents de 3.8 % (Carrefour) à 11.7% (Cora) (soit 2 à 5 années d’inflation d’écart).

Cette performance globale se vérifie à tous les niveaux de comparaison : E.Leclerc est la moins chère des enseignes sur chacun des 7 rayons et pour 36 des 37 familles de produits.

3) Innovation : Chaque consommateur peut comparer son panier : une nouvelle fonctionnalité interactive qui permet de personnaliser la comparaison

Au-delà de la comparaison au niveau national du prix moyen d’un même produit dans 8 enseignes de grande distribution, le « panier » offre une innovation majeure. Il permet au consommateur de constituer son propre panier à partir des produits le plus souvent achetés (parmi les 2 327 produits étudiés), et de comparer le prix de ce panier entre 2 enseignes de son choix, au niveau national, pour déterminer l’enseigne la plus compétitive.

4) Pub télé : la démonstration par la preuve

Pour la première fois en France, un comparateur de prix des produits de grande consommation fait son apparition à la télévision. Depuis le 8 février et pendant trois semaines, un film de publicité sera diffusé sur les principales chaînes hertziennes et du câble/satellite afin de développer la notoriété et la fréquentation de « quiestlemoinscher.com ». Ce film, qui dénonce la surenchère publicitaire pour l’obtention du titre d’enseigne la moins chère, annonce la fin des affirmations sans fondement. « Désormais, avant de clamer partout qu’on est le moins cher, il faudra le prouver. Quiestlemoinscher.com ».

Bon, vous l’aurez compris, ça va râler un max dans quelques enseignes. Carrefour et certains magasins du groupe Auchan (Atac) avaient attaqué devant les tribunaux les première et deuxième versions du site. Fi des intimidations. Je suis persuadé que notre initiative aura le mérite de relancer la concurrence par les prix. Le procès ou la baisse, ne faut-il pas choisir.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 1 février 2007

Questions sociales : pression médiatique et respect des personnes

Certains, sur ce blog, ont fait semblant de s’interroger sur mon attitude, suite à la médiatisation de deux récents contentieux sociaux, à Montbéliard et à Vandoeuvre. J’ai eu beau répondre concrètement aux questions ici émises, par exemple sur l’affaire de Montbéliard (Cf. mes réponses à phichev, Messager, Krysalia, Rodriguez, hugues, RR, Véro du 3/10/06, à Xavier71, hugues, laurent 10, RR du 6/10/06, à Sandrine et Ay_15 du 27/10/06), la pression reste savamment entretenue. Jusqu’à samedi dernier où même dans les colonnes du Parisien, on pouvait lire « Le très médiatique patron des Centres E. Leclerc a choisi cette fois de garder le silence ».

Eh bien oui, je confirme, je n’ai pas l’intention de tomber dans tous les pièges qu’on essaie de me tendre.

a) En écho à l’affaire de Montbéliard, il y a eu, sur ce blog, plus d’une trentaine d’interpellations. Spontanément, j’ai failli répondre à chacune. Mais il semblerait que plus des deux tiers des commentaires, tous signés de pseudos différents, émanant tantôt de salariés, tantôt de consommateurs indignés…proviennent du même numéro IP, alors que les auteurs prétendaient s’exprimer de divers coins de France !!! Ca m’a évidemment refroidi. Pourquoi voulez-vous que je me laisse manipuler à si bon compte.

b) Des contentieux prud’homaux, il en existe chaque année quelques dizaines dans le groupe (85 000 salariés), comme dans d’autres entreprises. On n’en entend pas parler au JT de 20 heures. J’ai tout de suite trouvé suspecte la surmédiatisation de l’affaire de Vandoeuvre (comme celle de Montbéliard) : un traitement médiatique national habituellement réservé à des fermetures d’usines, des délocalisations, des grèves… Alors quand Le Parisien consacre une demi-page à une affaire locale pour titrer sur un éventuel contentieux national « FO contre Leclerc »…ça vous pousse à adopter une certaine prudence avant que de grimper au cocotier médiatique.

Ceci étant dit, je tiens à m’expliquer sur mes positions, mon statut et, à travers moi, les capacités d’intervention au sein de notre association.

1) Je suis quelqu’un « d’ouvert », qui se veut le plus possible disponible. Je laisse quiconque m’interpeller directement sur ce blog, d’où qu’il parle. Sans filtre, sans censure, hormis les attaques contre les personnes. Peu de patrons en Europe osent pratiquer ce même exercice. Tenter de manipuler les internautes sur ce blog, ce serait faire peu de cas d’une initiative dont je crois qu’elle peut être profitable à tout le monde, y compris aux salariés de mon groupe qui, loyalement, ont cherché à attirer mon attention sur telle ou telle situation locale.

2) Aussi bien à titre personnel que dans l’exercice de mon mandat, je ne cautionnerai jamais les pratiques illégales, les atteintes avérées au droit du travail de la part de qui que ce soit (adhérents ou cadres salariés) sous notre enseigne. Nos adhérents doivent respecter les conventions collectives et toutes les mesures de droit social.

3) E. Leclerc n’est pas une entreprise. Ni Edouard, mon père, ni moi, ni aucun membre de ma famille, ne possédons d’actions dans les magasins, ni dans aucune société du groupe.

L’enseigne appartient à une association loi 1901 qui regroupe 515 exploitants individuels. Ils gèrent des sociétés indépendantes et sont tous responsables sociaux de leur magasin.

4) En tant que président d’une association, je « fonctionne » comme un président de coopérative agricole, de groupement industriel ou commercial fédérant des entreprises indépendantes. Ou encore comme un industriel concessionnaire ou franchiseur de ses marques.

Imagine-t-on que Carlos Ghosn ait à répondre d’un contentieux prud’homal dans un garage concessionnaire de Renault en province ? Rendrait-on Yves Rocher responsable d’une indélicatesse commise par l’un de ses franchisés ? Certainement pas. Quand bien même ils interviendraient, les concessionnaires ou les franchisés pourraient leur reprocher une immixtion dans leur gestion. Ceux qui font semblant aujourd’hui de venir « me chercher » le savent bien. Tout cela ne cache qu’une volonté de faire grossir médiatiquement le dossier.

5) En matière sociale, notre association n’est pas inactive. Là où le droit ne l’autorise pas à intervenir, les statuts des Centres E. Leclerc respectent un esprit de compagnonnage et de coopération qui permet de tirer les pratiques sociales vers le haut. En sélectionnant de plus en plus drastiquement les candidats à l’adhésion ; en valorisant, à l’interne, les meilleures pratiques. En développant la formation continue des responsables sociaux.

Dans l’ensemble, l’enseigne n’a vraiment pas à rougir de son bilan social. Trois exemples :

a) Nous créons entre 1 500 et 2 000 emplois nets par an depuis 10 ans (quand d’autres parlent de réduction d’effectifs).

b) 87 % des 85 000 salariés sous notre enseigne sont employés en CDI (alors que ce chiffre tourne jusqu’à 40 % dans d’autres enseignes).

c) Même s’il y a de fortes disparités dans la répartition des résultats aux salariés, l’analyse globale des comptes de chaque magasin fait apparaître que, sur le dernier exercice, nos adhérents ont distribué 24,8 % de leur bénéfice avant impôt sous forme de gratifications, participation et intéressement. (Peu d’entreprises affichent cette performance).

6) Bien sûr, ce bilan positif peut masquer des pratiques managériales individuelles moins bonnes. Dans le cadre d’obligations de parrainage, le système coopératif permet de solliciter, dans chaque région, la pression des collègues qui sont implantés dans la même zone de chalandise et qui pourraient pâtir d’une détérioration de l’image de l’enseigne.

Enfin, l’association peut convoquer un adhérent indélicat pour radiation (en cas d’atteinte à la marque ou au non respect des clauses statutaires). Encore faut-il, pour qu’elle ne soit pas contestée, que les faits soient dûment établis et probablement déjà jugés ! (Ce qui n’est le cas dans aucune des deux affaires dont nous parlons.)

Dans ce contexte qui est celui de presque tous les groupements européens de commerçants indépendants, je ne vois pas pourquoi je laisserais salir la réputation de mon enseigne par des accusations trop générales pour être honnêtes.

S’agissant de pratiques individuelles, je renvoie évidemment mes adhérents à leurs propres responsabilités. J’ai parfaitement conscience qu’il y a des injustices à réparer, des situations difficiles pour certains salariés. Mais dans tous les cas, j’insiste, j’éviterai de répondre à toute surenchère médiatique (quel est d’ailleurs l’intérêt des salariés si l’on doit au final enlever un panonceau E. Leclerc ? Et pour privilégier quelle autre enseigne ?).

De toute façon, je ne me substituerai jamais à la justice en sanctionnant, par avance, sans respecter aucun droit de la défense, un adhérent local ou même un cadre salarié.

Non, décidément, quelles que soient les situations, la justice médiatique n’est pas le Droit.

P.S. : Ce texte a été publié le 2/02, mais je l’ai compacté et re-rédigé, ce lundi 5 février, pour répondre plus complètement aux interpellations diverses qui me parviennent.

Michel-Edouard Leclerc