Archive pour avril 2007

Lundi 30 avril 2007

Présidentielles : La saine colère de F.R. Hutin, PDG de Ouest France

Il a raison, François-Régis. Ras-le-bol des polémiques de ruisseau, des défausses sur l’essentiel ! Et que dire encore de ce troublant pas de deux Bayrou-Royal ? Ségolène s’engage-t-elle par exemple à appliquer le programme économique de François Bayrou, si éloigné de celui qu’elle a « vendu » aux électeurs de gauche ? Non, décidément, trop de questions restent sans réponses. Les citoyens que nous sommes ont le droit d’attendre de ce deuxième tour des engagements plus précis.

Je voudrais relayer ici l’excellent éditorial de F.R. Hutin paru dans Ouest France du 28 avril (l’une des deux bibles, pour tout Breton de Paris, avec Le Télégramme). J’adhère, j’applaudis…

« Ce qui compte, dans la semaine capitale qui s’ouvre, c’est d’analyser la situation du pays et, en regard, de comparer les programmes des deux candidats en lice et d’apprécier leurs propositions.

Il ne s’agit pas de nous laisser infantiliser. Il ne s’agit pas d’accroître nos peurs, de décrire nos malheurs ou nos difficultés par le menu pour mieux faire preuve ensuite de compassion. La question est de regarder les réalités en face et nous tenons à dire notre espoir que les questions de politiques étrangère et économique seront davantage étudiées qu’elles ne l’ont été jusqu’à présent.

[…] L’Europe nous paraît le moyen, le passage obligé pour faire face au mieux. L’Europe devrait venir au centre des réflexions et des déclarations des candidats. Se pose aussi, bien sûr, le problème de notre défense, celle de la France, mais aussi celle de l’Europe. On voit bien l’obligation où nous sommes d’y réfléchir au moment où se précise le projet d’implantation des missiles américains en Pologne qui provoque l’irritation et les menaces de la Russie. Et que dire de la poudrière au Moyen-Orient ?

/…/ C’est aussi la dette faramineuse qui écrase notre pays qu’il faut juguler immédiatement. Les candidats doivent nous dire avec netteté comment ils orienteront l’action de leur gouvernement pour y parvenir. De même, dans les relations sociales, comment restaurer un véritable dialogue où les relents idéologiques dépassés seront remplacés par la volonté commune d’aboutir à de meilleures performances économiques et sociales ?

L’élection en cours est une nouvelle donne qui se propose à nous, un nouveau départ et, souhaitons-le, un renouveau. Tout cela est bien plus important que les petites querelles ou les combines mesquines. »

Voilà, toute notre attente est là. Espérons que le 2 mai au soir (puisque c’est le seul débat qu’on nous promet, dingue, n’est-il pas !!!), nous aurons des réponses. C’est ça la démocratie, Madame Royal, ce n’est pas simplement le dialogue, c’est la qualité du contenu qui compte.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 27 avril 2007

Sarkozy, Royal, Bayrou…l’air de la campagne

Pas mal de CO² sur le Landerneau politique depuis dimanche. Sans qu’on puisse parler de pollution maximale, il y a comme l’entretien volontaire d’un brouillard qui rend difficilement visible le projet central (sic) des formations politiques en lice.

Pour ma part, avide qu’on en vienne au débat de fond (à ce qui rassemble ou à ce qui divise !), je fais ces quelques constats (et je réponds en même temps aux commentaires postés sous le précédent billet politique).

1) Sarkozy : oui, je confirme, son discours (et sa position), dimanche soir, était le plus audible. Bien sûr, il y avait de la démagogie, du marketing politique (Cf. les commentaires d’argentine, de Lolo), mais qui en est dupe ? Et si c’est de la tactique, constatons qu’elle est efficace puisqu’elle trouble le jeu de la politique adverse (dont je rappelle que Ségolène s’apprêtait à tenir le même langage). Merci donc, Sacha, d’avoir précisé mon propos. Je ne prenais pas parti sur chaque élément de contenu, mais sur l’intelligence tactique du discours sarkozien. Pour moi, c’est un constat.

2) Ceci étant posé, on comprend bien l’intérêt pour Ségolène Royal de focaliser l’attention des médias sur sa relation avec Bayrou. Elle concentre toute son énergie sur l’organisation future de ce que pourrait être un PS détaché de son extrême gauche et recentré sur une plateforme social-démocrate, fort de l’apport d’une partie de l’UDF.

(Personnellement, j’aspire à cette reconstruction d’un parti social-démocrate à l’allemande, regroupant les héritiers des générations Rocard et Delors (Strauss-Kahn, Kouchner, etc.) et les centristes que représente la tendance Bayrou.)

Mais si tout cela a du sens pour demain (les législatives, en juin, déjà), ça n’en a pas pour aujourd’hui.

a) Parce que l’électorat d’extrême gauche, qui s’est vite mobilisé pour Ségolène Royal, ne pourra que se sentir cocu dans cette affaire. Or, Ségolène a besoin des 7 % de voix de l’extrême gauche pour gagner.

b) Parce qu’au sein même du PS, certains éléphants, Fabius en tête, n’ont aucune raison d’imaginer qu’ils y auront leur place… Ils chercheront forcément à faire capoter le projet.

3) Mais surtout, ce débat (les alliances) dans le débat (l’avenir de la société française) n’offre aucune lisibilité pour les électeurs, vu l’inexistence d’une plateforme politique qui dirait sur quelles bases et pour quel Devenir une telle alliance serait nécessaire.

En l’état, ces manœuvres ne seront interprétées que comme des ralliements d’opportunité, des combinaisons d’appareils, des magouilles ou même des trahisons.

4) La leçon vaut d’ailleurs pour la droite. Avez-vous lu le coup de gueule de l’écrivain, Dan Franck, dans Libé (26/04). A bon droit, il éructe contre la trahison d’Eric Besson, passé du PS à l’UMP : « Ce sont les électeurs que vous offensez, ceux qui vous ont choisi…que ces manières dégoûtent et surtout effrayent… ». L’électorat PS doit le haïr, mais je ne vois pas non plus en quoi ce type de ralliement, plutôt minable, conforte l’électorat UMP.

Si les citoyens ont voté en masse, ce n’est pas pour plébisciter ce genre de pratique, mais pour que la France bouge sur ses principaux chantiers.

Oui, le débat des personnalités passionne, mais tous les sondages le montrent, les Français en ont marre de l’inertie. Ils ont voté utile, et pour la première fois, sans trop de référence idéologique (les petits partis « anti-tout » en ont fait les frais). Ils veulent du fond, du contenu !

Dans ce contexte, réduire l’offre socialiste à, d’un côté, une main tendue à Bayrou, et, de l’autre, un slogan limité à « tout, sauf Sarkozy », n’est pas à la hauteur de l’ambition française.

5) Je prédis que la diabolisation de Sarkozy va produire l’effet inverse. La caricature, telle que celle qui fut publiée dans Marianne la semaine dernière, ne convaincra personne. Transformer le candidat de l’UMP en un Bush néo-conservateur, nationaliste et limite facho…ne peut que susciter de l’empathie pour un homme politique qui, justement, n’en avait pas jusqu’ici suscitée. Il lui suffira de dire, d’un air triste qu’on lui connaît à l’occasion : « Pourquoi tant de haine ». Et ça marche !

6) Donc, place au débat de fond. Il y urgence. Le PS ne peut s’y soustraire. Sur la politique européenne (Renoue-t-on avec les USA ou pas et sur quelles bases, s’immisce-t-on au Proche-Orient, reste-t-on en Afrique et pour faire quoi ? Que dit-on à l’OMC, etc) ; sur l’Europe (on prend la tête de quels projets, avec qui ?) ; sur l’économie (Quelle place pour le service public ? Quels rôles pour l’impôt (sanction, redistribution, incitation) ? Le rôle de la loi ou du contrat dans la relation sociale, etc. ; sur la culture (la loi sur internet et les droits d’auteur, le financement par l’état, les régions ou le privé ? Le statut de la langue ? La place du Spectacle Vivant ? ) ; sur l’éducation (quelle place pour l’université, sélection ou pas à l’école et à partir de quel niveau) etc.

Bon, il reste douze petits jours pour départager les candidats. Il serait grand temps de débarrasser l’atmosphère de toutes ces scories politiciennes pour aborder les vrais sujets.

Personnellement, je suis encore sur ma faim. Et vous ?

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 26 avril 2007

La suppression des caissières ? Ce n’est pas pour demain !

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Je réponds à une question d’Augustin postée le 24/04.

La distribution s’apprête-t-elle à remplacer les caissières par des robots ? C’est la question que l’on se pose depuis quinze jours. Tout cela parce que la CFDT-Auchan a décidé d’en faire un cheval de bataille.

Ah ça, pour un joli coup média, ce fut un coup de maître. Les médias ont super bien relayé. Les politiques, Bayrou bien sûr et Ségolène en tête, ont pris la parole, histoire de dire qu’avec eux, ça ne passera pas.

Les distributeurs, eux, ont dégagé en touche !

A juste titre, voyez-vous ! Il n’y avait vraiment rien à dire, tellement la caricature était parfaite. Devant la caméra, il n’y avait que des coups à prendre pour le méchant commerçant, suspecté par avance de renvoyer les caissières au musée des poinçonneurs du métro, des guichetiers de banque et des placeuses de cinéma ! Rien à y faire, rien à dire. Impossible de contredire tant l’évidence plaidait contre les commerçants.

Et pourtant…que de conneries avons-nous dû entendre, avaler, laisser passer, comme cette affirmation reprise, sans aucune nuance, dans les médias, selon laquelle 200 000 emplois étaient ainsi menacés dans la distribution.

Procédons par ordre :

1) L’enseigne que je dirige n’a aucunement l’intention de remplacer les caissières par des caisses automatiques. Les centres E. Leclerc emploient 85 000 personnes, dont environ 15 000 caissières. Nos adhérents prévoient de continuer à embaucher en France à un rythme annuel de 1 500 à 3 000 emplois dans les cinq prochaines années !

2) Certains magasins, il est vrai, s’intéressent à des technologies nouvelles, permettant un passage plus rapide aux caisses dans certaines conditions.

- Il s’agit, principalement, de ce qu’on appelle des caisses express (moins de 10 articles).

- Les magasins concernés sont des hypermarchés qui subissent des « pics de fréquentation », en zone touristique (retour de plage) et dans certaines zones de chalandise à l’heure où la population rentre du travail ou de l’école.

- Un hyper aligne facilement 20 à 40 caisses traditionnelles. Même si l’on équipait chaque magasin de 2 ou 3 caisses automatiques, il n’y aurait aucune incidence sur l’emploi. Non seulement, elles nécessiteraient une surveillance, mais surtout, elles créeraient un surcroît de chiffre d’affaires : celui de tous ces acheteurs spontanés et occasionnels qui, faute de temps, énervés par les queues, ont fui l’hyper pour d’autres formes de distribution.

3) J’en ai récemment discuté avec les autres distributeurs. Le raisonnement, au sein de leur enseigne, est exactement le même.

Pourquoi n’ont-ils pas réagi aux propos de la CFDT ou de Ségolène Royal ?

Eh, mes amis, ils l’ont fait. Les dirigeants d’Auchan ont répondu, tout comme José Luis Duran (Les Echos, 23/04/07) ou Jérôme Bédier (FCD) (Le Figaro, 05/04/07). Mais que vaut la parole d’un commerçant face à l’affirmation d’un syndicat ou d’un présidentiable. D’autant que le sujet, à forte résonance émotionnelle, ne permet pas, à la télé, l’échange d’arguments raisonnés. Ségolène ne s’y est pas trompée qui, lors de sa visite éclair chez Champion, a refusé le dialogue avec le DRH et préféré poser avec les caissières pour la photo emblématique.

4) La CFDT aurait donc forcé le trait ? Assurément ! Et les protagonistes de cette affaire ne s’en cachent d’ailleurs plus, qui attribuent désormais le risque de chômage non plus aux caisses automatiques, mais à la généralisation future des puces (RFID) incluses dans les packagings qui, par radiofréquence, permettront la « lecture » à distance des codes-barres et donc du prix des produits.

5) Pour autant, je l’affirme, ce n’est certainement pas des caisses express que viendra le danger (si danger il y a) sur l’emploi ! Laissez-moi vous dire la position de la plupart des adhérents E. Leclerc que j’ai pu consulter sur ce thème.

a) A ce jour, et contrairement à une idée répandue, l’automatisation est loin d’être rentable. Marginalement, elle apporte des services. Occasionnellement, un gain de productivité. Mais de là à penser que la généralisation du système soit profitable, il y a un pas, que dis-je un fossé, que peu de distributeurs imaginent sauter.

b) Les consommateurs eux-mêmes restent peu enthousiastes. Les personnes âgées et toutes celles qui ne sont pas à l’aise avec la technologie, fuient ces dispositifs de caisse. Et même s’agissant d’une population supposée être aguerrie, l’affaire est loin d’être entendue : aux heures de pointe, les bornes automatiques d’Air France à Orly ou Roissy ne font pas recette.

c) Dans la distribution, l’une des clés de la performance réside dans la qualité de la relation avec la clientèle (sécurisation du consommateur et convivialité).

Les caissières sont des personnes-clés dans ce dispositif. Ce sont elles qui reçoivent les doléances des consommateurs (erreurs de prix, ruptures de stock, etc.). La complexité du remplissage d’un bon d’achat, la lecture d’une notice explicative, la signature d’un bon de garantie, la confirmation d’un avantage promotionnel…c’est souvent leur affaire. La caissière et, par extension, tout le personnel de la ligne de caisses, constituent, pour longtemps encore, une présence rassurante et indispensable, largement plébiscitée par les consommateurs.

6) Quelles que soient les revendications ou les difficultés exprimées à travers le mouvement syndical (et qui justifient qu’on s’en occupe), il faut en finir avec cette image stéréotypée, caricaturale et totalement négative…d’une caissière, exploitée à outrance, et méprisée.

- La plupart des caissières ont choisi cet emploi. Alors qu’elles ne disposaient souvent d’aucune qualification, la distribution a permis à ces femmes (et maintenant à des hommes aussi) d’y trouver un statut et une rémunération (souvent le deuxième salaire d’un couple).

Le métier est difficile parce que soumis à la pression d’horaires non choisis (mais prévisibles) et d’une clientèle parfois pressée, stressée, pas toujours généreuse. Mais, somme toute, et hormis les cas répréhensibles, ce type de travail a les mêmes contraintes que les métiers de service dans la restauration, l’hôtellerie, le nettoyage, etc. A contrario, si ces métiers sont si terribles, pourquoi s’oppose-t-on à ce qu’ils soient exercés à temps partiel ? Mieux encore, pourquoi s’oppose-t-on à leur suppression ? Il faut arrêter de se contredire.

- Alors, attention, à force de noircir le trait, il va finir par se trouver des employeurs qui, fatigués d’être toujours pris pour cibles dans des propos aussi outranciers, préfèreront effectivement, pour avoir la paix sociale, remplacer, un jour, les caissières par des machines, indépendamment même de toute analyse de rentabilité !

7) Donc, je confirme. A court terme, le métier de caissière, comme tous les métiers qui accompagnent la vente…n’est pas menacé (et certainement pas dans les centres E. Leclerc).

Le vrai débat aura lieu d’ici une dizaine d’années, avec l’extension des ventes par internet.

Déjà, dans la vente par correspondance (La Redoute, 3 Suisses), il n’y a pas de caissière au sens strict. Si demain, les achats se reportent sur les « amazon.com », « leclerc.com » ou autre « carrefour.com », il faudra bien admettre que les postes de caissière en hyper n’auront plus la même raison d’être. C’est évident.

Mais pour autant que la définition des postes évoluera, nous n’envisageons pas de diminution d’emplois. Les métiers changent, mais vu la nature et la complexité des biens consommés, j’affirme que la distribution restera le plus grand employeur dans les dix années qui viennent.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 23 avril 2007

Affrontement gauche/droite ? Mais si chacun pêche au centre, que deviennent les clivages ?

Hier soir, à l’heure des premières estimations, sur nos écrans TV… A les voir, à entendre les candidats, Sarko grand vainqueur de ce premier round leur avait piqué leur discours. Il y avait tout dans le sien. Le credo sécuritaire du candidat UMP, en version plus cool, mais aussi l’ouverture au centre. Il a tiré le premier, les autres ont eu bien du mal à se démarquer.

Ségolène d’abord. Beau score. Elle n’a pas démérité, loin de là. Elle s’est imposée aux militants, elle s’est révélée charismatique, énergique, perso mais déterminée. Elle a fait preuve d’intelligence tactique. Au final, elle s’est offert le luxe de faire oublier la piteuse performance de Jospin en 2002. Et aussi les propos désobligeants des éléphants à son égard. Hormis l’incontournable et omniprésent Jack Lang, ils se sont réfugiés dans un silence pesant.

Mais avez-vous vu Ségolène lire son texte ? Si maladroite ; sans conviction aucune, l’air emprunté. La raison ? Elle a été prise de court par le discours de Sarkozy. Elle s’apprêtait à aborder les mêmes thèmes. Il aura fallu près de trois quarts d’heure à ses conseillers pour réécrire le texte de son intervention.

Malgré cela, la similitude saute aux yeux : la République fraternelle, l’affirmation des préoccupations sociales (le clin d’œil aux ouvriers, aux handicapés, aux « anciens »), l’engagement de protéger le peuple contre les effets négatifs de la mondialisation (les délocalisations). Les mêmes propos que ceux de Sarko. Les socialistes attendaient le candidat de l’UMP ancré à droite. Mais il avait choisi d’ouvrir au centre.

Le piège rend désormais l’exercice compliqué pour Ségolène. Pour se démarquer, elle doit gauchir son propos, au risque de faire fuir l’électorat social-démocrate qui avait suivi le gentil Bayrou.

Le Pen, lui, en a perdu sa superbe. Pourtant passé maître dans l’exploitation des défaites (« la faute aux médias, à l’establisment… »), il en était, lui aussi, tout chiffonné.

Le FN, deux fois violé ! Sarko leur a d’abord fait le coup du « baiser de l’araignée ». Et puis, comme Mitterrand avec le PC en 1981, il s’est transformé en mante religieuse en digérant une grande partie des électeurs de Le Pen.

Sa fille, Marine, avait beau dire que les idées de Le Pen avaient imprégné toutes les thématiques de cette campagne, au final, qu’en restera-t-il dans cette opposition entre chrétiens et socio-démocrates pour récupérer les idées centristes ?

Sarkozy a fait un coup de maître. Quoi qu’on pense de l’homme, son discours, hier soir, était de la belle ouvrage (signé Henri Guaino ?).

Il y avait de la hauteur (« Mes respects, Madame Royal »), de la projection (« I have a dream to-day »), de l’émotion, de la rondeur (y compris dans des gestuelles qu’on ne lui connaissait pas). Bref, de quoi susciter de l’empathie. Toutes les catégories sociales ont été courtisées par le candidat. Une intervention très radsoc (mais version nouvelle cuisine) qui fera date et dont je préconise l’enseignement dans les cours de marketing : « …protection mais pas protectionnisme, nation mais pas nationalisme, diversité mais pas communautarisme… ». Ni Edgar Faure, ni (mais oui !) François Mitterrand ne renieraient l’exploit littéraire. Même Giscard, près de son épée académique, a dû ressentir un petit coup de blues.

On verra bien comment tout cela sera transformé ! Mais incontestablement, à ce stade, Sarkozy prend une longueur d’avance dans la pêche aux électeurs qu’avait séduits Bayrou.

C’était ça le problème de Bayrou. Sur le fond des idées, il ne fut pas le moins intéressant. Qui ne se reconnaîtrait pas dans sa vision d’une République aux institutions rénovées, plus démocratique, plus « société civile ». Une sorte de social-démocratie débarrassée des scories de l’après-68, des vieux relents marxistes et idéologiques ! Personnellement, j’y étais très sensible.

Mais son handicap, c’est l’incapacité d’agir faute de majorité. Après dix années d’immobilisme, les Français veulent que ça bouge et c’est pourquoi ils ont privilégié le vote utile.

Bayrou peut-il encore peser sur son propre électorat, en créant un nouveau parti ou en négociant un espace auprès de l’un ou l’autre des candidats. Je n’y crois pas. Peut-être à long terme… Mais pour l’heure, j’imagine plutôt une cannibalisation de son discours au profit des deux candidats en lice, avec, comme je le disais, une longueur d’avance pour Sarkozy.

A titre posthume (je parle de la fin de ce round), Bayrou aura eu raison contre ceux qui postulent à raviver l’éternel clivage gauche/droite. Mais ce sera au détriment de son propre courant, faute de l’avoir organisé autrement.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 13 avril 2007

La guerre des prix entraîne-t-elle une « destruction de valeur »

A la lecture d’articles récents, la réponse à cette question dépend de « qui fait baisser les prix ». J’explique.

- En début d’année 2006, José Luis Duran prenait l’initiative de baisser ses prix. Leclerc était désignée comme cible (il avait l’élégance de le reconnaître). A l’époque, on pouvait lire dans tous les commentaires qu’il s’agissait d’un « repositionnement stratégique de la politique de prix ». Et l’affaire était plutôt bien appréciée, même du côté des sociétés de bourse, puisqu’on adhérait à la perspective d’une augmentation de la part de marché, reprise à Leclerc.

- Nous avons évidemment réagi, repris le leadership sur le prix des grandes marques (nous ne l’avions jamais perdu sur les indices exhaustifs). Et en ce début d’année, c’est notre enseigne qui creusait l’écart.

- Mais Carrefour vient de publier son chiffre pour le 1er trimestre 2007. C’est à son tour de patiner. Les hypers sont en hausse de 0,9 % et les supers de 2,2 % (hors carburant). Et là, que lit-on : « Carrefour souffre dans un contexte de guerre des prix entre les différentes enseignes, une guerre de prix qui, finalement, est destructrice de valeur ».

Incroyable : quand Carrefour (et, dans une certaine mesure, Géant Casino) prend l’initiative de baisser ses prix, c’est un « repositionnement stratégique ». Quand E. Leclerc fait de même et oblige ses concurrents à s’aligner, c’est de la « destruction de valeur ». Tiens donc !

Cette notion de « destruction de valeur » me laisse perplexe. De quelle valeur parle-t-on ? Et pour qui y a-t-il destruction ?

1) S’agit-il du point de vue des seules entreprises ? Constatons que l’impact est loin d’être homogène. Si l’on assimile la perte de valeur à la « diminution de la marge brute » (concept défendu par Philippe Baroukh, Directeur Général d’Auchan France, dans LSA du 5/04/07), force est de reconnaître que tous les distributeurs ne sont pas à la même enseigne (sic). Celui qui avait déjà une politique de prix bas détruit peu de marge quand, effectivement, le groupe qui se baladait à 5 ou 6 points d’indice du premier doit beaucoup plus investir. En clair, c’est sûr que si Monoprix et Casino veulent suivre Leclerc, ça leur coûte plus cher qu’à Leclerc !!! Et ce n’est pas Leclerc qui s’en plaindra (joke, et, j’espère, sans rancune).

Toujours s’agissant des entreprises, il faut encore nuancer. Philippe Baroukh a raison de dire que « ce n’est pas parce que le jus d’orange est 3 % moins cher que vous allez augmenter votre consommation de 10 % !». Encore que cela dépende des produits. Mais si mon groupe augmente sa part de marché en volume, plus que proportionnellement à son investissement, et sécrète une recette marginale supplémentaire, en quoi détruit-il de la valeur ? Et à terme, que devient la pertinence du concept si nos adhérents augmentent par cette action la valeur de leur fonds de commerce. (Mais cette notion de long terme, de valorisation des marques et des fonds de commerce, ne rentre peut-être pas en ligne de compte (sic) pour les gestionnaires de la cote, alors que pour nous, indépendants, ces notions sont fondamentales).

De toute façon, et a contrario, il ne suffit pas de vendre cher pour prétendre créer de la valeur (comme dans l’industrie du luxe ou le marché de l’art), il faut encore qu’il y ait un public et des acheteurs pour lesquels le niveau de prix ne fait pas obstacle. Ce n’est pas le cas du marché de la grande distribution.

Bref, ce que je veux dire, c’est que cette notion purement comptable et utilisée négativement –la destruction de valeur- mérite d’être affinée avant que d’être agitée comme repoussoir (comme drapeau blanc ?).

2) S’agissant des consommateurs (qui nous font vivre, rappelons-le quand même), le concept n’est absolument plus pertinent.

Car de quoi s’agit-il aujourd’hui, si ce n’est, avec la réforme Dutreil, d’obtenir la restitution au client d’une partie de la marge que le législateur avait gelée chez le distributeur.

Allons, messieurs, la France n’aime ni les libéraux, ni le libéralisme. Mais vu les problèmes de pouvoir d’achat, qui va oser prétendre qu’après 5 ans de hausse des prix, un surcroît de concurrence menace la valeur de nos entreprises. Qui va oser dire qu’une baisse de 2 % des prix des grandes marques, forcément compensée par ailleurs, menace la création de valeur en France.

La concurrence menace l’économie des rentiers, des positions acquises, des enseignes fatiguées. Mais elle est un vecteur de croissance du chiffre d’affaires pour les challengers les plus dynamiques. Elle renforce la satisfaction des ménages.

Et ça, ce n’est pas de la création de valeur ?

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 12 avril 2007

La guerre des prix : cris et chuchotements

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En lisant le dernier LSA, j’ai failli m’étouffer d’indignation. J’avais été interrogé par Olivier Bitoun sur l’effectivité de la guerre des prix entre enseignes, depuis le début de l’année. Il avait lu ma note précédente sur ce blog, je ne pouvais que confirmer. C’est alors qu’il me posa la question de savoir jusqu’où les grandes marques pouvaient continuer de baisser.

J’ai répondu : « Sur ces articles-là, on ne peut pas aller plus loin juridiquement et financièrement ». Pourquoi ? Tout simplement, parce qu’on arrive au nouveau SRP (seuil de revente à perte) autorisé par la réforme Dutreil. Un seuil qui permet de répercuter dans les prix la marge arrière du distributeur, au-delà de 15 %. Point barre, l’explication n’était rien d’autre que technique.

Or, voilà qu’à partir de cette phrase, et sous forme interrogative, on laisserait entendre que je voudrais lever le pied : « Est-ce un SOS que le président des centres E. Leclerc lance sous la pression de ses adhérents qui s’inquiètent de la fonte de leurs marges avec l’arrivée du printemps ? L’appel au cessez-le-feu a été entendu. Carrefour qui vient d’accueillir Bernard Arnault… ».

Non, mais, ça va pas ! Je veux bien croire que la presse reste sensible au venin que distillent, depuis des années, mes concurrents sur une hypothétique division des adhérents au sein du mouvement ! Mais de là à transformer une interrogation en réalité objective, il y a une manip qui appelle de ma part un démenti.

(Pour ceux qui sont passionnés par la guerre psychologique, ou pour ceux qui douteraient de son existence, je cite le responsable de Carrefour dans l’article précité de LSA. Il explique le choix des magasins qui baissent leurs prix dans cette enseigne : « Nous ciblons en priorité les centres E. Leclerc où l’adhérent a acheté son magasin récemment, car ils sont plus fragiles financièrement ». Pipeau, monsieur ! Intox ! C’est à Nantes, à Toulouse, en Bretagne et en Normandie que Carrefour baisse le plus ses prix…tout simplement parce que les Leclerc y sont particulièrement actifs. CQFD.)

Donc, je rappelle pour ceux qui prendraient leurs fantasmes pour des réalités : dans mon groupe, quand nous partons en formation de combat, même avec des préconisations nationales, ce sont les adhérents, et eux seuls, qui calculent les prix et choisissent l’étendue de l’offre promotionnée.

Comme tous leurs collègues de la distribution, ils ont l’œil rivé sur les compteurs. Sans arrêt, il leur faut arbitrer entre l’investissement prix et l’effet retour sur les marges ou la part de marché.

Mais pour l’heure, pas d’états d’âme. Laissez-moi vous faire part de ce scoop : du fait de notre bon positionnement prix, au mois de mars, le chiffre d’affaires a augmenté de 7,5 % (hors carburant). Soit une progression de 5,59 % (HC) au 1er trimestre.

Encore cette dernière remarque.

Mes adhérents et moi-même sommes sollicités par les autres distributeurs pour étudier les suites à donner à la réforme Dutreil. Pas de problème pour participer à une réflexion collective. Nous répondrons présents.

Mais si tous nos collègues agitent par avance le spectre d’un péril financier dès lors que l’on constate une baisse des prix des grandes marques de 1 à 2 % sur quelques mois, de quel crédit disposerons-nous dans l’opinion et vis-à-vis des parlementaires quand nous émettrons le souhait d’aller plus loin dans la liberté des prix.

Bon, ne pas tout confondre ! Après 10 ans de loi Galland, de prix de vente quasi indifférenciés et fixés à partir des seules CGV industrielles, il nous faut réapprendre le métier de commerçant. Sûr que ce n’est pas facile. Sûr qu’il faut savoir être prudent, mais aussi saisir les opportunités offertes par la réforme.

A chacun donc sa politique de prix.

Dans cette occurrence, je me félicite de n’être pas coté en bourse. Tous ces chuchotements témoignent que, décidément, communication financière et communication grand public ne font pas bon ménage !

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 11 avril 2007

Alain Etchegoyen : la mort d’un philosophe

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Dans l’urgence, Etienne de Montety a su trouver les mots pour dire la richesse de la personnalité d’Alain Etchegoyen, décédé, hier, d’un cancer. Chez lui, « Gargantua côtoyait Montaigne » ! Oui, il y a tout dans ce portrait (Le Figaro, 11/04), les forces et les fragilités du philosophe et de l’ami. Je ne veux pas être redondant.

Mais, bon Dieu, il va nous manquer ! Les écrits resteront. Mais c’est sa présence qui fera défaut dans les rencontres, les disputes, et jusque dans les fêtes qu’il adorait. C’est dans la relation personnelle, et aussi dans le suivi de l’actualité qu’il savait être le plus percutant, le plus exigeant.

Pour l’avoir beaucoup côtoyé, j’ose le dire, je lui dois beaucoup.

C’est le philosophe Michel Serres qui a parrainé notre amitié. Tous deux, nous fûmes ses élèves à la Sorbonne. Nous étions passionnés par cette approche transversale de l’histoire des sciences, des idées politiques et de la littérature. Pendant ses cours, Michel passait allègrement (il le fait toujours) d’un champ d’étude à un autre. Je dirais même : d’un champ de vie à un autre. Exemple : pour parler du concept de jouissance, il citait Sade, incontournable, mais aussi Brillat-Savarin, le roi des fourneaux. Et pour parler de « la quête de l’identité », il savait mobiliser Arlequin tout autant que Saint-Augustin. Oui, comme dans le titre de son dernier livre (Editions Le Pommier), il cultivait « L’art des Ponts » entre les disciplines bien sûr, mais pour rappeler que d’abord ils reliaient les hommes « Homo Pontifex ».

Nous étions emballés par cette approche nouvelle, très « Nouvelle Renaissance ». Aussi Alain Etchegoyen n’a jamais, contrairement à d’autres philosophes, méprisé la science économique, ni même le monde de l’entreprise.

Quand d’autres se focalisaient sur le salariat pour décrire le monde du travail, lui, auscultait, hors de ces frontières artificielles, l’univers des professions libérales, des éducateurs et des managers. Le travail, oui, mais dans toute sa dimension, y compris celle qui consiste à faire fructifier le capital (ou à se l’approprier).

Ca paraît complètement évident aujourd’hui, sauf que ça ne l’était pas dans l’atmosphère de l’après-68, et même jusqu’à une époque très récente.

Fils d’un cadre, un temps PDG d’une grande société agroalimentaire, il n’avait ni tabou, ni obsession idéologique pour aborder les relations sociales dans le monde agricole ou dans les usines. Il se battait déjà, à la fin des années 80, pour défendre cette position. Les philosophes académiques le prenaient de haut. Les purs-players du marxisme, même s’ils avaient relooké leurs copies d’un style plus libertaire, le tenaient en méfiance. Et moi, ce que j’aimais, c’était ça, sa volonté de réconcilier l’action et la connaissance, l’engagement et l’efficacité économique.

La première fois que nous nous sommes retrouvés dans la vie professionnelle, c’était lors de la publication des Affaires concernant le financement des partis politiques. Notamment, l’affaire Cora, aujourd’hui classée, suivie par le juge Thiel à Nancy.

J’avais commenté les faits dans Libération (interrogé par Denis Robert, déjà !). Et surtout, j’avais engagé mon groupe dans une campagne de publicité pour dénoncer le mécanisme corrupteur. Nous étions là-dessus d’accord. C’est l’homme qui corrompt, et se corrompt. Mais le politique ne pouvait pas nier sa responsabilité alors qu’il avait lui-même « fabriqué » le cadre qui rendait la prévarication inévitable.

Passionné par la littérature, il m’avait demandé de faire route avec lui pour défendre la place des études littéraires (sujet toujours d’actualité !). « Le Capital Lettres » a ainsi rassemblé les témoignages de plusieurs cadres et chefs d’entreprise issus de cette formation, histoire de dire que nous n’étions pas simplement de joyeux rêveurs, des animateurs de patronage, mais qu’à l’occasion, nous savions aussi être des guerriers sur des territoires où l’on n’attendait que les recrues d’HEC ou de l’ESSEC.

Je suis allé à Vatteville-la-Rue (Seine-Maritime), dans cette grande maison qu’il adorait. Tout, à l’intérieur, partait en quenouille, faute de moyens. Pourtant, à la bonne franquette, il y accueillait ses étudiants, de Louis-le-Grand ou de Gennevilliers. Les gens de l’entreprise, de la recherche ou du spectacle, la plupart ses amis, venaient leur parler. Questions, réponses, ça fusait dans tous les sens. Avec, derrière les premiers rangs, alignés face au soleil du jardin, les habitants du coin, improbables élèves ! Comme ce syndicaliste de la FDSEA qui, venu pour manifester contre le prix du lait dans la distribution, a fini par comprendre que le lieu ne se prêtait pas à cet exercice !

Le philosophe m’aura fait découvrir d’autres horizons. Le Ministre de l’Education, Claude Allègre, lui ayant confié le recrutement des membres de la Commission Attali pour travailler sur la réforme de l’Université, je me suis retrouvé aux côtés de Julia Kristeva, d’Axel Kahn et de Francis Mer. Je pouvais côtoyer pire ! Et de fait, nous avons accouché d’un rapport qui ouvrait bien des perspectives, comme le rapprochement de l’Education Nationale et du privé, la fin du « nivellement par le bas » et la création de pôles d’excellence associant l’Entreprise, la Recherche et l’Enseignement.

Nous étions liés d’amitié. Alors, pour entretenir ce noble sentiment, et par-delà les joutes intellectuelles, il fallait du vin, de la bonne bouffe, tout cela partagé avec quelques autres esthètes. Il faut dire qu’il s’y connaissait en cuisine. Il adorait touiller la casserole. Comme quoi on peut écrire l’Epître aux égarés de l’Ethique et savoir racler les gamelles.

A mon égard, il n’a eu qu’un seul regret : ne pas avoir réussi à me faire apprécier Martine Aubry. Là, il était franchement naïf. Je ne vouais aucune acrimonie à l’égard de l’ancienne Ministre. Mais d’autres veillaient : Antoine Guichard, former patron de Casino, qui parrainait plusieurs associations pilotées par Martine Aubry (dont FACE), avait tout fait pour l’éloigner de ma personne. La rencontre a bien eu lieu. Elle n’a porté aucun fruit.

Il détestait Ségolène Royal. Il s’entendait bien avec Francis Mer. Lui qui fréquentait les allées du pouvoir, essayait néanmoins de se protéger du cynisme des politiques.

Ce serait le caricaturer que de dire combien il aimait brûler la vie. Il savait aussi la créer. A ses enfants, à sa femme, j’aimerais offrir ce témoignage de reconnaissance et d’admiration.

Michel-Edouard Leclerc