Pas mal de CO² sur le Landerneau politique depuis dimanche. Sans qu’on puisse parler de pollution maximale, il y a comme l’entretien volontaire d’un brouillard qui rend difficilement visible le projet central (sic) des formations politiques en lice.
Pour ma part, avide qu’on en vienne au débat de fond (à ce qui rassemble ou à ce qui divise !), je fais ces quelques constats (et je réponds en même temps aux commentaires postés sous le précédent billet politique).
1) Sarkozy : oui, je confirme, son discours (et sa position), dimanche soir, était le plus audible. Bien sûr, il y avait de la démagogie, du marketing politique (Cf. les commentaires d’argentine, de Lolo), mais qui en est dupe ? Et si c’est de la tactique, constatons qu’elle est efficace puisqu’elle trouble le jeu de la politique adverse (dont je rappelle que Ségolène s’apprêtait à tenir le même langage). Merci donc, Sacha, d’avoir précisé mon propos. Je ne prenais pas parti sur chaque élément de contenu, mais sur l’intelligence tactique du discours sarkozien. Pour moi, c’est un constat.
2) Ceci étant posé, on comprend bien l’intérêt pour Ségolène Royal de focaliser l’attention des médias sur sa relation avec Bayrou. Elle concentre toute son énergie sur l’organisation future de ce que pourrait être un PS détaché de son extrême gauche et recentré sur une plateforme social-démocrate, fort de l’apport d’une partie de l’UDF.
(Personnellement, j’aspire à cette reconstruction d’un parti social-démocrate à l’allemande, regroupant les héritiers des générations Rocard et Delors (Strauss-Kahn, Kouchner, etc.) et les centristes que représente la tendance Bayrou.)
Mais si tout cela a du sens pour demain (les législatives, en juin, déjà), ça n’en a pas pour aujourd’hui.
a) Parce que l’électorat d’extrême gauche, qui s’est vite mobilisé pour Ségolène Royal, ne pourra que se sentir cocu dans cette affaire. Or, Ségolène a besoin des 7 % de voix de l’extrême gauche pour gagner.
b) Parce qu’au sein même du PS, certains éléphants, Fabius en tête, n’ont aucune raison d’imaginer qu’ils y auront leur place… Ils chercheront forcément à faire capoter le projet.
3) Mais surtout, ce débat (les alliances) dans le débat (l’avenir de la société française) n’offre aucune lisibilité pour les électeurs, vu l’inexistence d’une plateforme politique qui dirait sur quelles bases et pour quel Devenir une telle alliance serait nécessaire.
En l’état, ces manœuvres ne seront interprétées que comme des ralliements d’opportunité, des combinaisons d’appareils, des magouilles ou même des trahisons.
4) La leçon vaut d’ailleurs pour la droite. Avez-vous lu le coup de gueule de l’écrivain, Dan Franck, dans Libé (26/04). A bon droit, il éructe contre la trahison d’Eric Besson, passé du PS à l’UMP : « Ce sont les électeurs que vous offensez, ceux qui vous ont choisi…que ces manières dégoûtent et surtout effrayent… ». L’électorat PS doit le haïr, mais je ne vois pas non plus en quoi ce type de ralliement, plutôt minable, conforte l’électorat UMP.
Si les citoyens ont voté en masse, ce n’est pas pour plébisciter ce genre de pratique, mais pour que la France bouge sur ses principaux chantiers.
Oui, le débat des personnalités passionne, mais tous les sondages le montrent, les Français en ont marre de l’inertie. Ils ont voté utile, et pour la première fois, sans trop de référence idéologique (les petits partis « anti-tout » en ont fait les frais). Ils veulent du fond, du contenu !
Dans ce contexte, réduire l’offre socialiste à, d’un côté, une main tendue à Bayrou, et, de l’autre, un slogan limité à « tout, sauf Sarkozy », n’est pas à la hauteur de l’ambition française.
5) Je prédis que la diabolisation de Sarkozy va produire l’effet inverse. La caricature, telle que celle qui fut publiée dans Marianne la semaine dernière, ne convaincra personne. Transformer le candidat de l’UMP en un Bush néo-conservateur, nationaliste et limite facho…ne peut que susciter de l’empathie pour un homme politique qui, justement, n’en avait pas jusqu’ici suscitée. Il lui suffira de dire, d’un air triste qu’on lui connaît à l’occasion : « Pourquoi tant de haine ». Et ça marche !
6) Donc, place au débat de fond. Il y urgence. Le PS ne peut s’y soustraire. Sur la politique européenne (Renoue-t-on avec les USA ou pas et sur quelles bases, s’immisce-t-on au Proche-Orient, reste-t-on en Afrique et pour faire quoi ? Que dit-on à l’OMC, etc) ; sur l’Europe (on prend la tête de quels projets, avec qui ?) ; sur l’économie (Quelle place pour le service public ? Quels rôles pour l’impôt (sanction, redistribution, incitation) ? Le rôle de la loi ou du contrat dans la relation sociale, etc. ; sur la culture (la loi sur internet et les droits d’auteur, le financement par l’état, les régions ou le privé ? Le statut de la langue ? La place du Spectacle Vivant ? ) ; sur l’éducation (quelle place pour l’université, sélection ou pas à l’école et à partir de quel niveau) etc.
Bon, il reste douze petits jours pour départager les candidats. Il serait grand temps de débarrasser l’atmosphère de toutes ces scories politiciennes pour aborder les vrais sujets.
Personnellement, je suis encore sur ma faim. Et vous ?





