Archive pour mai 2007

Jeudi 31 mai 2007

Commerce équitable : L’économiste Christian Jacquiau et ses « ptites manips »

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Je réagis à un article paru dans le numéro hors série de « Politis » (n° 45, mai/juin 2007) consacré au commerce équitable « L’empreinte bio ».

En parcourant ce numéro spécial, fort bien fait, vous constaterez que les militants du « produire et consommer autrement » restent idéologiquement pétris d’une grande méfiance à l’égard des initiatives éthiques des entreprises (industrie, distribution) dès lors qu’elles ne seraient pas du secteur coopératif, petites ou artisanales.

Ainsi, la grande distribution était, hier, jugée coupable de ne pas s’intéresser au commerce équitable. Aujourd’hui qu’elle en vend, là voilà suspectée de récupérer et de salir une belle idée.

Bon, j’en rajoute un peu. Mais tout cela est tellement caricatural…

Dans cette publication, donc, un débat oppose Francisco Van der Hoff, co-fondateur de Max Havelaar, à Christian Jacquiau qui s’est fait une vertu de fustiger la grande distribution. (Il est l’auteur de deux livres excessifs, Les coulisses de la grande distribution (Albin Michel, 2000) et Les coulisses du commerce équitable (Mille et Une Nuits, 2006)

Je ne rentrerai pas, ici, dans le contenu de cet échange qui au demeurant est fort instructif. Je veux juste dénoncer un mauvais procès.

Posant une question à Francisco Van der Hoff, CJ tient ce propos : « En France, le patron des hypermarchés Leclerc, membre influant de la distribution européenne (il préside notamment Coopernic, la deuxième plus grande centrale d’achat en Europe), a récemment déclaré au magazine L’Entreprise : « Actuellement, nous sommes dans une phase de promotion et de soutien du commerce équitable qui ne constitue qu’un marché émergent. Avec les volumes, les fournisseurs vont pouvoir écraser leur coût de production et nous pourrons ainsi augmenter nos marges. » Qu’en pensez-vous ? Les matières premières étant déjà au plus bas, ne faut-il pas craindre que les salaires et la protection sociale servent au géant de la grande distribution de variables d’ajustement pour écraser les coûts de production ? Que reste-t-il de la démarche équitable dans ce contexte où l’équitable devient un produit comme un autre, sujet aux pires pressions, telles les fameuses marges arrière ? ».

Je conteste.

1) Je n’ai jamais tenu de tels propos.

2) La phrase entre guillemets n’est pas de moi. Elle est celle d’un salarié travaillant sous notre enseigne. Mais elle est tronquée et sortie de son contexte.

- Ici, elle donne l’impression que Leclerc va se servir du commerce équitable pour augmenter ses marges !

- En fait, ce cadre répondait à une question du journal L’Entreprise (Avril 2006). Il disait que pour favoriser le lancement des produits équitables, les marges avaient été sacrifiées. Mais qu’après promotion, les marges redeviendraient « normales » (c’est-à-dire de l’ordre de 25 %).

3) Donc, il n’a jamais été question d’essayer de compenser nos marges en faisant pression sur les producteurs. Pas plus d’ailleurs sur les salaires de la filière ! C’est de la pure invention.

En revanche, ce collaborateur disait qu’avec l’augmentation des volumes et du chiffre d’affaires réalisée à travers nous, les charges fixes des producteurs et les coûts logistiques allaient s’en trouver minimisés (remplissage des containers, augmentation de la rotation des stocks, etc.). C’est d’ailleurs ce qui nous permet de vendre des produits équitables, aujourd’hui, moins chers qu’ailleurs sans remettre en cause le sur-prix aux producteurs (un gain d’économie d’échelle…pour ceux qui n’auraient pas compris).

Je comprends que pour certains la commercialisation de produits équitables en grande distribution puisse poser problème : des problèmes de concurrence, des problèmes de marketing, des problèmes de cohabitation, des problèmes de susceptibilité…

Mais, moi, ce qui m’importe, ce n’est pas la pureté de l’idéologie, c’est de garantir des débouchés à tous ces producteurs qui sont bien contents d’être commercialisés par nous. Pas un de nos fournisseurs équitables n’a d’états d’âme. Et pas un de nos salariés n’a jamais émis de critiques sur la vente de produits équitables sous notre enseigne. Alors, qui a intérêt à développer ces polémiques. Quels intérêts sert Christian Jacquiau en semant ainsi le trouble ?

Si l’objectif est de développer le commerce équitable, à l’instar des pays dans lesquels ce marché atteint des niveaux plus substantiels, alors force est de reconnaître que nos enseignes de distribution peuvent jouer un grand rôle. Personne ne fait en Suisse de procès aux hypermarchés Coop, leaders mondiaux pour la commercialisation du commerce équitable. Aucun citoyen danois, finlandais, norvégien ne s’offusque de ce que les produits équitables soient principalement vendus en supermarchés.

De ces querelles très françaises, peut-être pourrions-nous faire table rase…

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Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 30 mai 2007

Etonnants Voyageurs à Saint-Malo : Près de 4 000 jeunes ont participé au concours d’écriture

Franchement, j’ai été particulièrement bluffé.

Selon des enquêtes récentes, nos enfants passeraient, chaque jour, entre deux heures trente et trois heures devant leur écran : pour chatter, faire des recherches sur Internet (cadre scolaire), pour télécharger de la musique ou, tout simplement, regarder une émission à la TV. Et dans ce contexte, on pouvait légitimement s’interroger : quel temps reste-t-il pour la lecture ?

A mon avis, pas beaucoup ! On peut toujours se laisser bercer par le chiffre d’affaires des librairies (secteur de l’Edition Jeunesse). Mais sauf à considérer que nos jeunes zappent les cours dans la journée ou qu’ils lisent en nocturne, il y a (soyons réalistes !) un vrai problème.

En tout cas, la baisse du lectorat, si elle est prévisible, ne semble pas devoir toucher la création littéraire elle-même. Le succès rencontré, à Saint-Malo, par le concours d’écriture de nouvelles, laisse prévoir l’émergence d’une nouvelle génération d’écrivains de très bonne qualité.

Qu’on en juge : 3 920 collégiens et lycéens se sont inscrits à ce seizième concours organisé par le Festival Etonnants Voyageurs, en partenariat avec le Ministère de l’Education Nationale et notre enseigne.

Les participants étaient âgés de 11 à 18 ans. Ils étaient issus de 30 académies françaises. Sollicités la plupart du temps par leur professeur de lettres, ils ont imaginé la suite d’un « incipit » écrit par Marie Desplechin sur le thème « les villes-monde ».

Dans les académies participantes, un jury régional était composé de professeurs, journalistes, auteurs, éditeurs et libraires. Ils ont sélectionné les cinq meilleures nouvelles. Et les noms des premiers lauréats de chaque académie ont été soumis à l’appréciation d’un jury national présidé par Marie Desplechin, et composé de libraires, de professeurs de littérature, avec la participation de l’incontournable Jean-Luc Fromental, écrivain et chef d’orchestre de l’opération.

Voici les cinq gagnants :

- Zoé FREUND, « Une mare de boue » (classe de 4ème au collège Victor Hugo, Nantes)

- Pierre GAUVIN, « Mimo » (classe de terminale au lycée de la Fontaine des eaux, Dinan)

- Théo LECLERE, « De l’autre coté » (classe de 4ème au collège de Montalembert, Nogent sur Marne)

- Tibault LETOUT, « Ailleurs » (classe de 1ère au lycée Fénelon, Elbeuf)

- Caroline PARTIOT, « Les fleurs de l’aube (classe de 1ère au lycée franco allemand, Buc).

Retenez bien ces noms. Ils sont enthousiastes et ne rêvent que d’une chose : devenir de « vrais écrivains ».

Ils espèrent un jour être publiés ? Eh bien, c’est déjà fait !

Edité par nos soins à 62 000 exemplaires, l’opus des meilleures nouvelles 2007 est distribué gratuitement dans les 120 espaces culturels à notre enseigne.

Le premier prix a aussi été sélectionné par la revue Je Bouquine qui publiera intégralement sa nouvelle dans le numéro de juillet.

C’est quand même sympa d’être publié à 15 ans ! N’est-il pas ?

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© Philippe Matsas

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 28 mai 2007

Cinéma : « Le Marché de la faim » par Erwin Wagenhofer

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…Vu cette semaine « We Feed the World » (le Marché de la faim) d’Erwin Wagenhofer.

Sur un plan purement cinématographique, rien à voir avec le professionnalisme du film d’Al Gore, « An Inconvenient Truth » (Une vérité qui dérange). Ici, on cultive un côté brouillon, un scénario chancelant, une image peu exigeante, sans doute pour respecter un look « docu militant », à l’instar du film « Le Cauchemar de Darwin » (Cf. la note du 21/06/05).

Sur le fond, les questions sont pertinentes et certains arguments font mouche.

Dommage que le lecteur soit obligé de rester « sur sa faim » (sic). EW flingue les trusts de l’agrobusiness, charge les multinationales (ça ne mange pas de pain, re-sic !). On a le droit au recensement de toutes les critiques contre l’hyper productivisme industriel et les excès du libéralisme. Faute de tenter l’ébauche de quelques solutions, le film est finalement assez frustrant.

1) Le scandale de la faim !

On pourrait synthétiser comme suit l’argument du film :

a) « L’agriculture mondiale pourrait nourrir 12 milliards d’individus » (J. Ziegler). Tous les moyens existent pour nourrir les populations démunies. De ce fait, « tout enfant qui meurt actuellement de faim est en réalité assassiné ». La phrase peut choquer. Elle me semble juste : il y a bien aujourd’hui « non assistance à personnes en danger ».

b) Comment en est-on arrivé là ? Par la guerre, la guerre économique que se livrent les riches nations. Elles ont choisi de produire toujours plus et au-delà de leurs besoins nationaux. Pour vendre à l’extérieur, pour gagner des devises. (L’arme alimentaire !)

L’amélioration de la productivité, mais aussi la course aux subventions…ont contribué à faire baisser les prix sur les marchés mondiaux et jusque dans les pays sous-développés. Ce qui rend impossible, dit EW, l’éclosion d’une agriculture locale, vivrière, faute qu’elle soit suffisamment rémunératrice.

c) La thèse n’est pas nouvelle. C’est celle de la plupart des ONG. Elle trouve un écho favorable dans le mouvement altermondialiste (jusqu’à José Bové, en France). Mais paradoxalement aussi, auprès des libéraux pour qui les subventions américaines ou européennes altèrent le fonctionnement du libre marché.

2) Les dégâts sociaux et écologiques à l’échelle planétaire

Le film a le mérite de présenter une critique globale et de l’illustrer.

- Critique des dégâts sociaux issus de l’hyper spécialisation agricole : on voit notamment des fils d’agriculteurs qui ont quitté leur Maghreb ou leur Centrafrique. Ils viennent travailler pour des producteurs de tomates du Sud de l’Espagne. Situation d’autant plus paradoxale que pour un même salaire, ils pourraient exercer chez eux le même métier, avec le statut de propriétaire.

- Focus sur les conséquences écologiques de ces choix alimentaires, telle la destruction de la forêt primitive (ici amazonienne, mais le cas est patent aussi en Indonésie ou en Afrique) pour laisser place à des productions plus rentables (l’huile de palme, par exemple).

- Evocation, enfin, des problèmes de qualité et la perte du goût liés à des modes de production hyper industriels (de la culture sous serres et hors sol aux OGM !). (Mais là, pour le coup, le sujet n’a plus vraiment de lien avec la démonstration principale sur la faim dans le monde).

On peut chipoter sur certaines affirmations, mais l’analyse globale « tient la route ». En tout cas, les spectateurs sortent de ce film convaincus des perversités, et surtout de l’injustice du système de répartition de la nourriture dans le monde.

3) Les limites du film

Le problème avec ce genre de documentaire militant, c’est le manichéisme. C’est aussi une forme de manipulation qui joue avec l’émotion du spectateur. Et c’est au final la frustration d’avoir adhéré à une analyse sans que ne nous soit proposée aucune alternative concrète, en tout cas à la mesure du drame qu’on a mis en scène.

a) Trop de manichéisme

Le film est construit autour des interventions de Jean Ziegler, rapporteur à l’ONU sur les questions alimentaires. Il est, sans conteste, un bon expert. Mail il est aussi un homme politique engagé à gauche (en Suisse). Quand il dit que ce film « est extraordinaire par son refus de l’émotionnel, un film purement analytique ». Ce n’est pas vrai. Exemples :

- Les témoins à charge sont systématiquement valorisés. Ils ont forcément raison (personne ne les contredit). Quant aux accusés (les dirigeants de Pioneer, Nestlé, les géants du food business), ils sont désignés coupables par avance et très peu interrogés. Si ce n’est ce pauvre Brabeck (PDG de Nestlé), piégé par un habile montage, caricatural dans son éloge d’un libéralisme qu’il ne pratique même pas lui-même. Tout entier à faire le panégyrique du Marché, il n’oppose à la famine qu’un discours surréaliste sur la nécessité de faire de l’eau une marchandise !

- Le film n’aborde pas la responsabilité des Etats, dont les carences en matière d’aide internationale sont pourtant flagrantes, dont les choix à l’OMC sont pourtant critiquables, et dont les pratiques commerciales perturbent le marché. EW fait l’impasse sur tous les facteurs géopolitiques de la malnutrition (au Darfour, dans la ceinture sahélienne, en Asie, etc.).

- Pas plus, EW ne dénonce l’idéologie de tous ces régimes politiques, héritiers des modèles communiste ou tiers-mondiste (cubain, algérien, coréen et vietnamien du Nord, chinois, mozambiquien, etc.) dont la corruption et les faillites ont conduit les peuples à la misère…sans qu’il n’y ait évidemment besoin d’invoquer, ici, les multinationales !

b) L’émotion plus que l’argument

Il y a des procédés qui « médiatiquement » fonctionnent toujours bien pour susciter l’adhésion ou l’empathie…mais qui, moi, me révoltent ! Une longue visite d’abattoir, des milliers de volailles électrocutées, décapitées, sur fond d’émulsions sanguines ? Qui n’en sort pas écoeuré, convaincu que nous avons là une métaphore exceptionnelle « des excès auxquels conduit le productivisme ». Et tout ça pour prouver que le bio c’est mieux ? Que small is beautiful ? Allons ! Plantez donc une caméra devant la mine réjouie d’agriculteurs qui saignent le cochon en famille, ça produira le même effet. Filmez encore tous ces moutons égorgés en plein air, le jour de l’Aïd, et vous verrez que le plus inoffensif des croyants aura l’air de participer à un délire collectif trash, plus gore encore que celui de nos abattoirs aseptisés ! Franchement, le procédé ne saurait tenir lieu d’argument.

Moins spectaculaire, mais tout aussi perverse : l’opposition systématique entre les petits (bons) et les gros (mauvais). OK pour dire que la pêche industrielle fait plus de dégâts que la pêche artisanale. Mais la pêche artisanale non plus n’a pas su gérer ses ressources. C’est bien parce qu’il n’y a plus assez de poissons nobles sur nos côtes qu’aujourd’hui, on est obligé d’aller « à perpète » chercher les poissons des grands fonds. L’artisanat ne constitue plus une alternative à l’industrie. Même si on ressemait de la sole et du turbot en baie de Somme ou au large de Penmarch, je doute qu’il en « pousse » suffisamment pour satisfaire le marché. Et comme les écologistes sont aussi contre les élevages !!!

c) Un goût de frustration

C’est au final ce que j’ai ressenti en quittant l’une des rares petites salles qui projetait le film. EW reste en posture contestatrice mais n’aborde pas la question des politiques alternatives.

- Ziegler explique que sur le marché de Dakar, le prix bas des légumes européens subventionnés empêche l’émergence d’un marché local mieux rémunéré. Mais supposons qu’on supprime nos subventions à l’export, les produits locaux seraient donc plus chers. Question toute bête : qui aura les moyens de les acheter ? Peut-on développer un marché théoriquement plus rémunérateur pour les agriculteurs sénégalais « alors que le pouvoir d’achat local fait défaut » ? Pas évident du tout !

On peut multiplier les exemples et les questions de ce type. C’est vraiment la limite du film et d’un discours trop simpliste.

- Plus surprenant, EW ne tente pas de brosser le schéma concret d’une nouvelle régulation des marchés. Quel rôle pour l’OMC, comment introduire les clauses sociales dans les négociations en cours ? Suppression des subventions ou réaffectation vers les systèmes de production dans les pays sous-développés ? Quels mécanismes de contrôle ? En fait, trop préoccupé à dénoncer les seules multinationales, EW reste prisonnier de son parti pris.

- Du coup aussi, EW n’a d’autre solution que de culpabiliser les consommateurs en leur suggérant de boycotter (comme le font quelques associations italiennes) certaines grandes marques ou de modifier leur comportement (ne pas manger des fruits hors saison, acheter bio et éthique). Mais il fait l’impasse sur toutes ces initiatives actuellement en germination partout dans le monde. Le microcrédit, bien sûr, qui soutient tant de projets au Bengladesh, en Inde, et désormais en Afrique australe. Et le commerce équitable, grand absent du film. Et alors, là, on ne comprend pas vraiment pas pourquoi.

J’ai été trop long. Il y aurait encore beaucoup à dire. En fait, c’est le mérite du film. Même « mal ficelé », il relance le débat. C’est tant mieux !

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 23 mai 2007

Comparateur de prix : Carrefour va-t-il porter plainte contre ses filiales colombiennes et espagnoles ?

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C’est un gag. En tout cas, ça se présente comme tel. On se souvient que Carrefour avait saisi la justice et déployé moult arguments pour faire taire notre site « quiestlemoinscher.com ». Eh bien, fi de tous ces arguments ! La filiale colombienne de Carrefour a lancé un comparateur : quasiment le même contenu, la même présentation et, surtout, le même intitulé que le nôtre (en espagnol : « quieneselmasbarato.com ». La Colombie, c’est loin, mais il fallait être bien naïf pour imaginer que cela passerait inaperçu des internautes. Gonflé, Carrefour !

Si ce n’est pas un gag, alors nos amis de Carrefour ne manquent pas d’air ! Je passe sur la contrefaçon outrancière (même pas un petit effort, une petite valeur ajoutée qui ferait la différence sur le plan esthétique ou dans la communication). Mais là où la duplicité est flagrante, c’est dans la reprise du contenu : Carrefour fait en Colombie exactement ce qu’il voulait nous interdire de faire en France. Il met en ligne un ensemble d’informations dont il nous contestait la légalité et l’objectivité, au point qu’il qualifiait notre communication de « mensongère et trompeuse ».

Et pourtant :

- Le site colombien de Carrefour ne propose pas de méthodologie (qui relève les prix ? Comment et par qui sont faits les calculs ?). Il ne donne même pas la liste des produits qui font l’objet de la comparaison.

- En France, Carrefour plaidait : quel que soit le classement de Leclerc, il ne peut généraliser le slogan selon lequel il est le moins cher.

Le site colombien ne s’embarrasse pas de trop de précautions : il se contente d’affirmer que Carrefour vérifie les prix « de plus de 15 000 produits à l’aide de toutes les compétences » (sic). Et déclare, sans autre preuve : « ainsi, nous pouvons garantir les prix les plus bas sur tous les produits, tous les jours et dans tous les magasins du pays ».

Le droit colombien est sans doute moins exigeant que le droit français et le droit communautaire européen.

En revanche, le consommateur colombien mériterait-il moins d’égards que le consommateur français dont Carrefour estimait qu’il serait induit en erreur par le site Leclerc ? Bien sûr que non !

Peut-on imaginer que l’initiative colombienne (Les Echos annonçait la mise en ligne prochaine d’un même site en Espagne) soit le fait d’une décision autonome des filiales étrangères ? En contradiction avec la campagne menée par Carrefour en France contre le site de Leclerc ?

Si c’est le cas, on imagine que José Luis Duran fera fermer ces sites ! Question de cohérence avec les arguments développés auprès des tribunaux.

Si ce n’est pas le cas, preuve sera faite du double langage tenu par nos amis de Carrefour (dont j’imagine alors qu’ils ne feront pas appel de la décision du 29 mars 2007).

En tout cas, ceux qui, journalistes, juristes ou même consommateurs, avaient pu être convaincus de la pertinence des arguments de Carrefour…savent maintenant quoi en penser !

Sans rancune les gars !

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 9 mai 2007

Fournisseurs/Distributeurs : La Cour d’appel de Versailles recadre l’action du Ministre des Finances

La Cour d’appel de Versailles a tranché. Elle renvoie le Ministre des Finances dans ses cordes : Leclerc n’aura pas à restituer 23,3 millions d’euros à ses fournisseurs. Et l’Administration est rappelée à l’ordre : elle n’a pas à s’immiscer de son propre chef (ou sur injonction politique) dans la négociation industrie-commerce, dès lors qu’il n’y a pas atteinte au fonctionnement du marché.

Voilà un arrêt important : il est exemplaire par sa clarté. Il va faire jurisprudence (d’autres affaires de même nature sont pendantes devant d’autres juridictions). Nul doute aussi qu’il alimentera la réflexion des parlementaires en charge de redéfinir la politique de concurrence.

1) De quoi s’agit-il ?

L’affaire avait fait grand bruit. Et pour cause ! Le Premier Ministre de l’époque (Jean-Pierre Raffarin) entendait mettre au pas les distributeurs. Doublé par Nicolas Sarkozy qui s’était investi dans la refonte de la loi Galland, JPR voulait, pour plaire à Chirac, donner des gages et alimenter l’image prédatrice de la grande distribution.

La DGCCRF avait donc été missionnée pour éplucher contrats et pratiques commerciales. Des contrôles comme jamais il n’y en eut en France. J’en atteste (du haut de mes 25 ans (déjà !) d’activité professionnelle).

Dans le cas d’espèce, elle a contesté 23 conventions signées entre Leclerc et ses fournisseurs (pas des petits !). Ces industriels avaient consenti des conditions moins favorables à Leclerc qu’à Carrefour. Ils le reconnaissaient. Ils proposaient de réparer le préjudice et de mettre ainsi un terme à toute polémique. Des conventions transactionnelles furent signées.

Le Ministre des Finances y a vu l’œuvre du diable. Il a disqualifié par avance ces protocoles en soutenant qu’en réalité il s’agissait « de contrats de coopération commerciale rétroactifs »…donc « sans contrepartie »…donc « illégaux »…donc « passibles d’amendes ». Sans autre argument, il a plaidé que ces transactions ne constituaient qu’un « habillage juridique destiné à écarter son action ». Rien moins que cela.

En novembre 2005, le TC de Nanterre avait suivi la requête de la DGCCRF et condamné Leclerc à rembourser « l’indu » aux fournisseurs (23,3 millions d’euros, une paille !), plus une amende civile de 500 000 euros. (Avec, il est vrai, un dispositif ménageant la chèvre et le chou puisque le Trésor Public devait restituer ces sommes à Leclerc au cas où les fournisseurs ne les réclameraient pas !!!).

C’est ce jugement que la Cour d’appel vient d’infirmer en déboutant le Ministre des Finances de toutes ses demandes.

2) Un arrêt qui va faire jurisprudence

Cet arrêt (qui ne sera définitif qu’après que la Cour de Cassation ait statué) va faire du bruit dans le Landerneau de la distribution.

a) D’abord, parce que la Cour ne conteste pas le caractère transactionnel de ces protocoles, ni la liberté pour les industriels et les fournisseurs d’avoir de telles pratiques.

b) Mais surtout, parce qu’elle décrète irrecevable l’action du Ministre en ce qu’il outrepasse sa mission légale.

Certes, le législateur a autorisé le Ministre à élargir ses prérogatives en matière de concurrence en lui « donnant le droit d’agir à la place des victimes » en ce domaine. (Certaines petites entreprises n’oseraient pas saisir le juge par elles-mêmes de peur d’être déréférencées ou de subir toutes autres représailles commerciales !).

Néanmoins, la Cour rappelle que même dans ce contexte, le Ministre exerce alors cette action « par substitution à la victime…dont il met en œuvre les droits privés et non de manière autonome ».

En clair, le Ministre des Finances ne peut pas se prévaloir de son rôle de régulateur pour introduire des actions en justice « sans en informer les fournisseurs titulaires des droits ». Chose qu’il n’avait pas faite. Pire, « il a poursuivi la procédure sans les y associer alors que, de surcroît, 17 d’entre eux avaient expressément exprimé leur volonté contraire ».

Le message est fort : même si la Direction de la Concurrence est le bras armé du Ministère, on n’est en France ni chez les Soviets, ni dans un système de lettre de cachet !

3) Les limites de l’économie administrée

Au-delà du cas d’espèce, cette affaire, disais-je, va nourrir la réflexion des parlementaires chargés de poursuivre la réforme de la loi Galland.

Une Commission, pilotée par la DGCCRF, composée de juristes et de professeurs d’économie, auditionne actuellement les professionnels pour faire le bilan de cette phase transitoire. La plupart des opérateurs ont repris à leur compte nos critiques antérieures sur les rigidités d’une économie trop administrée.

L’arrêt de la Cour d’appel de Versailles tombe à bon escient.

- Il confirme bien la légitimité de l’action des pouvoirs publics dès lors qu’apparaît une atteinte au bon fonctionnement du marché et qu’il faille y remédier.

- Mais il rappelle aussi que l’action du Ministre, intervenant en substitution des acteurs économiques, doit « nécessairement se conformer aux principes fondamentaux protecteurs de la liberté des personnes au nombre desquels figure ceux énoncés par la Convention Européenne des Droits de l’Homme ».

Bref, les acteurs sur le marché ne doivent pas être, par avance, présumés coupables ou désignés comme de vulgaires délinquants !

C’est une belle claque à Jean-René Buisson, président de l’ANIA qui, toujours prompt à souffler sur les braises des tensions industrie-commerce, s’était proposé pour aller rechercher ces 23,3 millions d’euros au cas où les fournisseurs n’en voudraient pas.

Mais c’est surtout une réhabilitation du droit commercial commun, celui des contrats.

Une vraie bombe culturelle pour booster une politique française de concurrence qui a décidément beaucoup de mal à se libérer d’une approche étatique.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 7 mai 2007

Présidentielle : Pour une victoire généreuse

Dans le train, ce matin, sur la ligne Bordeaux/Paris.

Il y a d’abord, dans la voiture bar, un groupe de jeunes, des étudiants. Ils « montent » sur Poitiers, la colère rentrée. Comme d’autres, à la Bastille hier soir, ils ne digèrent pas le résultat des élections. Certains, encore groggy, restent complètement imbibés des slogans, tout droit sortis du journal Marianne : « On vient d’élire un Bush, les Français sont vraiment cons. Il va falloir entrer en résistance. »

Incroyable les ravages que peuvent provoquer les anathèmes de campagne et surtout l’emprise de cette idéologie (mais en est-ce une ?) qui conduit, plus d’un siècle après la deuxième Internationale Socialiste, à imaginer qu’on puisse gouverner pour le peuple…sans le peuple !

Car enfin, c’est bien le peuple qui a tranché comme jamais.

1) La légitimité du nouveau Président est totale.

- La participation au scrutin a été considérable : il est l’un des Présidents élu par le plus de Français depuis la 5ème République.

- Après quel parcours ! Et quelles embûches ! Oui, ce succès, il ne le doit qu’à lui-même. Longtemps discrédité dans son propre camp (et pas simplement par la chiraquie qui le faisait passer pour fou), il a subi la diabolisation de ses adversaires. « Faire 53 % » avec autant d’ennemis annoncés, c’est exceptionnel et ça témoigne d’une énorme volonté (d’autres diraient « ambition ») et d’une extraordinaire capacité d’adaptation. Chapeau !

- D’autant que Nicolas Sarkozy a pris d’énormes risques en affichant, sans ambiguïté, d’où il parlait : d’une droite rénovée, certes, mais de la droite, avec ses valeurs et ses propositions concrètes ! C’est donc en connaissance de cause que les Français lui ont donné une majorité confortable. Le mandat n’en est que moins contestable.

2) C’est d’ailleurs de la gauche que, finalement, provient le meilleur compliment.

De Fabius, ce matin, qui brutalement, sans aucune forme de précaution, assène aux électeurs et aux militants interloqués cet argument en forme de coup de massue : « Ce que Sarkozy a fait avec la droite, c’est ce qu’il nous reste à faire avec la gauche !!! ». Clarté des propositions, cohérence de la plateforme politique, modernité et ouverture sur le monde…

Et hier soir, même s’ils parlaient d’une autre rive, Kouchner ou Strauss-Kahn ne disaient rien d’autre en appelant à la re-fondation culturelle de la gauche : « On ne va tout de même pas discuter encore avec une direction du PCF qui attend son grand soir avec ses 1,5 %, ni avec cette extrême gauche nihiliste qui s’oppose par principe et par avance à toute réforme. »

Eh oui, au PS, il y a du boulot en perspective. Entre l’alliance avec l’extrême gauche et la tentation centriste, il va bien falloir trancher. Et tout le monde a compris que ça va sacrément saigner entre les éléphants.

3) Le nouveau Président a donc le champ libre et il va falloir faire très vite. Pour autant, et s’il veut être vraiment le Président de tous les Français, Nicolas Sarkozy ne devra pas oublier que :

a) Il n’est majoritaire qu’auprès d’une population âgée de plus de 50 ans. La jeunesse ne s’est pas reconnue en lui, en tout cas pas la majorité des jeunes !

b) Son score a été largement minoritaire à la fois chez les employés (44 %) et les ouvriers (41 %). Beau score, on est d’accord, vu qu’il parlait de la droite. Mais un score qui ne comblera pas toutes les espérances salariales, loin de là !

c) D’ailleurs, le monde salarial est resté, dans l’ensemble, très méfiant. 64 % des salariés (secteurs public et privé) ont accordé leurs voix à Ségolène malgré le caractère fumeux de son programme.

Je n’ai aucun doute. Nicolas Sarkozy va mettre toute son énergie à relancer la machine économique et donner du contenu à la vie politique française et européenne. Son discours, hier soir, à la salle Gaveau, était riche et difficilement attaquable (excellent même, si vous me le permettez).

Mais dans le contexte qu’on vient de décrire, il me paraît vraiment important qu’il nomme au gouvernement les hommes et les femmes les plus à même de crédibiliser les avancées sociales dont Ségolène Royal a suscité, malgré elle, l’espérance : Fillon, Barnier ? Sans doute, mais Borloo surtout ! Et s’il pouvait plus encore intégrer dans l’équipe un Kouchner, ce serait génial !

La droite a trouvé un héraut qui l’a décomplexée ! Mais peut-être aussi que la France, déçue par une gauche finalement passéiste, n’a pas envie que la droite ne soit que la droite. Et qu’elle a entendu les promesses d’une plus grande solidarité. Chacun des trois camps (Bayrou compris) n’a-t-il pas proposé, fût-ce un peu naïvement, de rétablir le mot « fraternité » sur les frontons de la République ? C’est en tout cas en ce sens que j’ai compris la phrase de Sarkozy à la Concorde, devant les militants : « La victoire doit être généreuse ».

Je dis bravo. Je dis, je l’espère.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 3 mai 2007

Pas d’OGM dans les croissants vendus chez Leclerc à Olivet (Orléans)

 L’information est dans Le Parisien, ce 3 mai 2007. Toujours en chasse de produits OGM, un enquêteur de Greenpeace serait tombé sur des lots de croissants en promotion au centre E. Leclerc d’Olivet (banlieue sud d’Orléans dans le Loiret). Avec une étiquette mentionnant « la présence d’OGM ».

A juste titre, Arnaud Apoteker m’interpelle : j’avais dit, sur ce blog, que je ne souhaitais pas lancer mon enseigne dans la commercialisation de produits à base d’ingrédients génétiquement modifiés. (Dans un cadre légal, certains produits sont autorisés, même dans l’alimentation, mais dès que la présence d’OGM dépasse 0,9 %, ils doivent être repérables par une mention spéciale informant les consommateurs). Et donc, les croissants d’Olivet faisaient tache dans la démonstration.

Vérification faite (même dans mon enseigne, j’agis tel Saint Thomas et exige des vérifications et preuves), les croissants ne contenaient pas de produits transgéniques.

C’était une simple erreur d’étiquetage. Très localisée. Plutôt incompréhensible d’ailleurs, mais enfin, une erreur d’étiquetage, je confirme !

Afin qu’aucun doute ne subsiste, nous avons proposé aux enquêteurs de Greenpeace de faire analyser les produits.

Comme effectivement sur ce blog, nous avons eu quelquefois des échanges assez vifs sur les risques OGM, je tenais à rectifier l’information, dès à présent.

Michel-Edouard Leclerc