Dans le train, ce matin, sur la ligne Bordeaux/Paris.
Il y a d’abord, dans la voiture bar, un groupe de jeunes, des étudiants. Ils « montent » sur Poitiers, la colère rentrée. Comme d’autres, à la Bastille hier soir, ils ne digèrent pas le résultat des élections. Certains, encore groggy, restent complètement imbibés des slogans, tout droit sortis du journal Marianne : « On vient d’élire un Bush, les Français sont vraiment cons. Il va falloir entrer en résistance. »
Incroyable les ravages que peuvent provoquer les anathèmes de campagne et surtout l’emprise de cette idéologie (mais en est-ce une ?) qui conduit, plus d’un siècle après la deuxième Internationale Socialiste, à imaginer qu’on puisse gouverner pour le peuple…sans le peuple !
Car enfin, c’est bien le peuple qui a tranché comme jamais.
1) La légitimité du nouveau Président est totale.
- La participation au scrutin a été considérable : il est l’un des Présidents élu par le plus de Français depuis la 5ème République.
- Après quel parcours ! Et quelles embûches ! Oui, ce succès, il ne le doit qu’à lui-même. Longtemps discrédité dans son propre camp (et pas simplement par la chiraquie qui le faisait passer pour fou), il a subi la diabolisation de ses adversaires. « Faire 53 % » avec autant d’ennemis annoncés, c’est exceptionnel et ça témoigne d’une énorme volonté (d’autres diraient « ambition ») et d’une extraordinaire capacité d’adaptation. Chapeau !
- D’autant que Nicolas Sarkozy a pris d’énormes risques en affichant, sans ambiguïté, d’où il parlait : d’une droite rénovée, certes, mais de la droite, avec ses valeurs et ses propositions concrètes ! C’est donc en connaissance de cause que les Français lui ont donné une majorité confortable. Le mandat n’en est que moins contestable.
2) C’est d’ailleurs de la gauche que, finalement, provient le meilleur compliment.
De Fabius, ce matin, qui brutalement, sans aucune forme de précaution, assène aux électeurs et aux militants interloqués cet argument en forme de coup de massue : « Ce que Sarkozy a fait avec la droite, c’est ce qu’il nous reste à faire avec la gauche !!! ». Clarté des propositions, cohérence de la plateforme politique, modernité et ouverture sur le monde…
Et hier soir, même s’ils parlaient d’une autre rive, Kouchner ou Strauss-Kahn ne disaient rien d’autre en appelant à la re-fondation culturelle de la gauche : « On ne va tout de même pas discuter encore avec une direction du PCF qui attend son grand soir avec ses 1,5 %, ni avec cette extrême gauche nihiliste qui s’oppose par principe et par avance à toute réforme. »
Eh oui, au PS, il y a du boulot en perspective. Entre l’alliance avec l’extrême gauche et la tentation centriste, il va bien falloir trancher. Et tout le monde a compris que ça va sacrément saigner entre les éléphants.
3) Le nouveau Président a donc le champ libre et il va falloir faire très vite. Pour autant, et s’il veut être vraiment le Président de tous les Français, Nicolas Sarkozy ne devra pas oublier que :
a) Il n’est majoritaire qu’auprès d’une population âgée de plus de 50 ans. La jeunesse ne s’est pas reconnue en lui, en tout cas pas la majorité des jeunes !
b) Son score a été largement minoritaire à la fois chez les employés (44 %) et les ouvriers (41 %). Beau score, on est d’accord, vu qu’il parlait de la droite. Mais un score qui ne comblera pas toutes les espérances salariales, loin de là !
c) D’ailleurs, le monde salarial est resté, dans l’ensemble, très méfiant. 64 % des salariés (secteurs public et privé) ont accordé leurs voix à Ségolène malgré le caractère fumeux de son programme.
Je n’ai aucun doute. Nicolas Sarkozy va mettre toute son énergie à relancer la machine économique et donner du contenu à la vie politique française et européenne. Son discours, hier soir, à la salle Gaveau, était riche et difficilement attaquable (excellent même, si vous me le permettez).
Mais dans le contexte qu’on vient de décrire, il me paraît vraiment important qu’il nomme au gouvernement les hommes et les femmes les plus à même de crédibiliser les avancées sociales dont Ségolène Royal a suscité, malgré elle, l’espérance : Fillon, Barnier ? Sans doute, mais Borloo surtout ! Et s’il pouvait plus encore intégrer dans l’équipe un Kouchner, ce serait génial !
La droite a trouvé un héraut qui l’a décomplexée ! Mais peut-être aussi que la France, déçue par une gauche finalement passéiste, n’a pas envie que la droite ne soit que la droite. Et qu’elle a entendu les promesses d’une plus grande solidarité. Chacun des trois camps (Bayrou compris) n’a-t-il pas proposé, fût-ce un peu naïvement, de rétablir le mot « fraternité » sur les frontons de la République ? C’est en tout cas en ce sens que j’ai compris la phrase de Sarkozy à la Concorde, devant les militants : « La victoire doit être généreuse ».
Je dis bravo. Je dis, je l’espère.





