Archive pour le 23 mai 2007

Mercredi 23 mai 2007

Comparateur de prix : Carrefour va-t-il porter plainte contre ses filiales colombiennes et espagnoles ?

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C’est un gag. En tout cas, ça se présente comme tel. On se souvient que Carrefour avait saisi la justice et déployé moult arguments pour faire taire notre site « quiestlemoinscher.com ». Eh bien, fi de tous ces arguments ! La filiale colombienne de Carrefour a lancé un comparateur : quasiment le même contenu, la même présentation et, surtout, le même intitulé que le nôtre (en espagnol : « quieneselmasbarato.com ». La Colombie, c’est loin, mais il fallait être bien naïf pour imaginer que cela passerait inaperçu des internautes. Gonflé, Carrefour !

Si ce n’est pas un gag, alors nos amis de Carrefour ne manquent pas d’air ! Je passe sur la contrefaçon outrancière (même pas un petit effort, une petite valeur ajoutée qui ferait la différence sur le plan esthétique ou dans la communication). Mais là où la duplicité est flagrante, c’est dans la reprise du contenu : Carrefour fait en Colombie exactement ce qu’il voulait nous interdire de faire en France. Il met en ligne un ensemble d’informations dont il nous contestait la légalité et l’objectivité, au point qu’il qualifiait notre communication de « mensongère et trompeuse ».

Et pourtant :

- Le site colombien de Carrefour ne propose pas de méthodologie (qui relève les prix ? Comment et par qui sont faits les calculs ?). Il ne donne même pas la liste des produits qui font l’objet de la comparaison.

- En France, Carrefour plaidait : quel que soit le classement de Leclerc, il ne peut généraliser le slogan selon lequel il est le moins cher.

Le site colombien ne s’embarrasse pas de trop de précautions : il se contente d’affirmer que Carrefour vérifie les prix « de plus de 15 000 produits à l’aide de toutes les compétences » (sic). Et déclare, sans autre preuve : « ainsi, nous pouvons garantir les prix les plus bas sur tous les produits, tous les jours et dans tous les magasins du pays ».

Le droit colombien est sans doute moins exigeant que le droit français et le droit communautaire européen.

En revanche, le consommateur colombien mériterait-il moins d’égards que le consommateur français dont Carrefour estimait qu’il serait induit en erreur par le site Leclerc ? Bien sûr que non !

Peut-on imaginer que l’initiative colombienne (Les Echos annonçait la mise en ligne prochaine d’un même site en Espagne) soit le fait d’une décision autonome des filiales étrangères ? En contradiction avec la campagne menée par Carrefour en France contre le site de Leclerc ?

Si c’est le cas, on imagine que José Luis Duran fera fermer ces sites ! Question de cohérence avec les arguments développés auprès des tribunaux.

Si ce n’est pas le cas, preuve sera faite du double langage tenu par nos amis de Carrefour (dont j’imagine alors qu’ils ne feront pas appel de la décision du 29 mars 2007).

En tout cas, ceux qui, journalistes, juristes ou même consommateurs, avaient pu être convaincus de la pertinence des arguments de Carrefour…savent maintenant quoi en penser !

Sans rancune les gars !

Michel-Edouard Leclerc