
Je réagis à un article paru dans le numéro hors série de « Politis » (n° 45, mai/juin 2007) consacré au commerce équitable « L’empreinte bio ».
En parcourant ce numéro spécial, fort bien fait, vous constaterez que les militants du « produire et consommer autrement » restent idéologiquement pétris d’une grande méfiance à l’égard des initiatives éthiques des entreprises (industrie, distribution) dès lors qu’elles ne seraient pas du secteur coopératif, petites ou artisanales.
Ainsi, la grande distribution était, hier, jugée coupable de ne pas s’intéresser au commerce équitable. Aujourd’hui qu’elle en vend, là voilà suspectée de récupérer et de salir une belle idée.
Bon, j’en rajoute un peu. Mais tout cela est tellement caricatural…
Dans cette publication, donc, un débat oppose Francisco Van der Hoff, co-fondateur de Max Havelaar, à Christian Jacquiau qui s’est fait une vertu de fustiger la grande distribution. (Il est l’auteur de deux livres excessifs, Les coulisses de la grande distribution (Albin Michel, 2000) et Les coulisses du commerce équitable (Mille et Une Nuits, 2006)
Je ne rentrerai pas, ici, dans le contenu de cet échange qui au demeurant est fort instructif. Je veux juste dénoncer un mauvais procès.
Posant une question à Francisco Van der Hoff, CJ tient ce propos : « En France, le patron des hypermarchés Leclerc, membre influant de la distribution européenne (il préside notamment Coopernic, la deuxième plus grande centrale d’achat en Europe), a récemment déclaré au magazine L’Entreprise : « Actuellement, nous sommes dans une phase de promotion et de soutien du commerce équitable qui ne constitue qu’un marché émergent. Avec les volumes, les fournisseurs vont pouvoir écraser leur coût de production et nous pourrons ainsi augmenter nos marges. » Qu’en pensez-vous ? Les matières premières étant déjà au plus bas, ne faut-il pas craindre que les salaires et la protection sociale servent au géant de la grande distribution de variables d’ajustement pour écraser les coûts de production ? Que reste-t-il de la démarche équitable dans ce contexte où l’équitable devient un produit comme un autre, sujet aux pires pressions, telles les fameuses marges arrière ? ».
Je conteste.
1) Je n’ai jamais tenu de tels propos.
2) La phrase entre guillemets n’est pas de moi. Elle est celle d’un salarié travaillant sous notre enseigne. Mais elle est tronquée et sortie de son contexte.
- Ici, elle donne l’impression que Leclerc va se servir du commerce équitable pour augmenter ses marges !
- En fait, ce cadre répondait à une question du journal L’Entreprise (Avril 2006). Il disait que pour favoriser le lancement des produits équitables, les marges avaient été sacrifiées. Mais qu’après promotion, les marges redeviendraient « normales » (c’est-à-dire de l’ordre de 25 %).
3) Donc, il n’a jamais été question d’essayer de compenser nos marges en faisant pression sur les producteurs. Pas plus d’ailleurs sur les salaires de la filière ! C’est de la pure invention.
En revanche, ce collaborateur disait qu’avec l’augmentation des volumes et du chiffre d’affaires réalisée à travers nous, les charges fixes des producteurs et les coûts logistiques allaient s’en trouver minimisés (remplissage des containers, augmentation de la rotation des stocks, etc.). C’est d’ailleurs ce qui nous permet de vendre des produits équitables, aujourd’hui, moins chers qu’ailleurs sans remettre en cause le sur-prix aux producteurs (un gain d’économie d’échelle…pour ceux qui n’auraient pas compris).
Je comprends que pour certains la commercialisation de produits équitables en grande distribution puisse poser problème : des problèmes de concurrence, des problèmes de marketing, des problèmes de cohabitation, des problèmes de susceptibilité…
Mais, moi, ce qui m’importe, ce n’est pas la pureté de l’idéologie, c’est de garantir des débouchés à tous ces producteurs qui sont bien contents d’être commercialisés par nous. Pas un de nos fournisseurs équitables n’a d’états d’âme. Et pas un de nos salariés n’a jamais émis de critiques sur la vente de produits équitables sous notre enseigne. Alors, qui a intérêt à développer ces polémiques. Quels intérêts sert Christian Jacquiau en semant ainsi le trouble ?
Si l’objectif est de développer le commerce équitable, à l’instar des pays dans lesquels ce marché atteint des niveaux plus substantiels, alors force est de reconnaître que nos enseignes de distribution peuvent jouer un grand rôle. Personne ne fait en Suisse de procès aux hypermarchés Coop, leaders mondiaux pour la commercialisation du commerce équitable. Aucun citoyen danois, finlandais, norvégien ne s’offusque de ce que les produits équitables soient principalement vendus en supermarchés.
De ces querelles très françaises, peut-être pourrions-nous faire table rase…






