Archive pour juin 2007

Vendredi 29 juin 2007

TVA sociale : il faudra en reparler…

Je réponds à Augustin et je poste, ici, l’extrait d’une interview parue dans La Tribune du 26/06/07.

Le projet de création d’une TVA sociale a créé la polémique entre les deux tours des élections législatives, l’opposition critiquant une mesure inflationniste qui aurait grevé le pouvoir d’achat des Français. Quelle est votre position en tant que grande enseigne de distribution ?

Je regrette beaucoup la confusion qui a entouré l’ouverture de ce débat. Elle a empêché la réflexion sur le principe lui-même. La TVA sociale, qui consiste à transférer la part patronale des cotisations sociales sur la TVA reste une bonne idée. Elle est moderne et intelligente. Cela fait des années que mon père et moi militons en sa faveur. Toutes les entreprises qui exportent sont demandeuses. Ce transfert de charge peut se faire sans augmentation de prix au consommateur et donc sans impact négatif sur le pouvoir d’achat. Mais c’est un dispositif complexe, et il aurait fallu prendre le temps de l’expliquer aux Français.

Comment pouvez-vous garantir que l’instauration de cette TVA sociale n’aurait pas d’effet sur les prix?

Comme dans la plupart des secteurs exposés à la concurrence mondiale (automobile, textile…), les prix des produits de consommation courante s’inscrivent aujourd’hui dans une tendance déflationniste. Elle va même s’accélérer grâce à la poursuite de la réforme de la loi Galland. Le point noir, c’est le secteur des services (réparation automobile, restauration). Pour être indolore, le dispositif doit s’accompagner d’engagements de la part des acteurs du secteur. On peut imaginer que les industriels et les distributeurs soient conviés à signer des accords de baisses de prix « Sarkozy 2 », comme ceux qui furent négociés en 2004. Ils ont fait leurs preuves puisque les prix en hyper ont évolué depuis deux fois moins vite que l’indice Insee.

Comment aurait-il fallu aborder ce dossier?

Je suis persuadé qu’à l’issue d’un dialogue tripartite entre l’Etat, les entreprises et les représentants des salariés, la réforme pouvait être bouclée. Mais la cacophonie d’avant le deuxième tour des législatives a focalisé l’attention exclusivement sur la hausse de la TVA. Résultat, aucune simulation de ses effets n’a eu le temps de sortir des ordinateurs. Dommage !

Le gouvernement n’a pourtant pas renoncé, il se donne juste un peu plus de temps pour aboutir.

Vu la majorité au Parlement, la réforme reste faisable. Mais c’est sacrément risqué, même si nous nous engageons à jouer le jeu. En agitant le spectre de la hausse des prix, on a déclenché un réflexe anxiogène chez les consommateurs. Cette affaire démontre à quel point nos dirigeants n’ont toujours pas mesuré l’importance qu’a pour les Français la préoccupation de leur pouvoir d’achat. Il ne suffit pas d’en faire un argument électoral. C’est aujourd’hui une question politique centrale. Les Français ont compris que l’ETAT-PROVIDENCE, c’est fini ! Chaque foyer sait qu’il lui faudra investir de ses propres deniers pour garantir l’éducation, la santé, les retraites, ce qui suppose de mieux maîtriser son pouvoir d’achat. « Travailler plus pour gagner plus », ce n’est pas seulement un slogan opposable à celui des 35 heures ; c’est une nécessité financière qu’impose la diminution prévisible des revenus de transferts sociaux (allocations, remboursement des médicaments, etc.).

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 25 juin 2007

Les Echos, La Tribune : pourquoi j’ai signé la pétition des journalistes !

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Ce matin, vers 7h55, Nicolas Demorand (France Inter) m’interpellait à peu près en ces termes : « Est-ce que ça vous dérange, vous aussi, de voir un grand capitaine d’industrie, du secteur du luxe, proche du pouvoir, accaparer les deux fleurons de la presse économique française ? ».

Sur le fond, oui, je l’avoue…il y a quelque chose qui me dérange profondément dans le fait que ce soit de grandes entreprises, influentes sur le marché, qui deviennent propriétaires des principaux journaux français ! Cela en dit long sur les difficultés d’un secteur qui n’arrive pas à intéresser d’autres investisseurs… Une telle situation n’a rien d’inédit outre-Atlantique, mais nulle part ailleurs qu’en France, on ne trouve une telle concentration de magnats industriels dans la presse. Cela pose d’évidents problèmes d’éthique. Comment rédiger un article critique sur une firme détenue par l’actionnaire? Et peut-être encore plus difficile : comment s’exprimer sur les agissements d’une entreprise concurrente sans participer à ce qui pourrait être interprété comme un dénigrement ?

Mais ce n’est pas la raison principale pour laquelle j’ai signé le manifeste pour « garantir l’indépendance rédactionnelle des Echos ».

Je n’ai aucun procès à faire à Bernard Arnault particulièrement.

Je ne vois pas pourquoi on focaliserait l’attention sur lui alors que Bouygues, Dassault, Bolloré et Lagardère sont dans la même situation.

Si on aborde ce problème d’éthique, il faut le traiter de façon globale non discrimante à l’égard du patron de LWMH. Par exemple, en suscitant un débat parlementaire.

Je ne soutiens pas plus l’argument qui plaide pour la préférence à l’acheteur étranger. Cela ne change rien à l’affaire. Si c’est un fonds de pension anglo-saxon ou une veuve irlandaise, la garantie qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêt est illusoire. L’investisseur a forcément aussi des participations dans les sociétés françaises. Et de toute façon, rien ne garantie un actionnariat stable.

Et puis, le problème principal est-il le statut de l’acquéreur ? Il faut vraiment avoir la mémoire courte : combien de candidats socialistes, et même de la droite nationale, ne se sont-ils pas privés de qualifier Les Echos de « journal du MEDEF, acquis à Sarkozy » … alors qu’il était encore la propriété du groupe anglais Pearson !

Non, ce qui me choque dans cette affaire, c’est l’accaparement dans les mains d’un seul propriétaire des deux grands journaux économiques, hier encore concurrents. Les autorités de notre pays se targuent de vouloir garantir la diversité culturelle et le pluralisme des idées. De ce point de vue, l’information économique n’est pas neutre. Qu’on se rappelle les récentes querelles sur l’évaluation du pouvoir d’achat, du nombre de chômeurs, ou le chiffrage des programmes économiques des candidats. L’enjeu, ici, ce n’est pas simplement l’accès à l’information, c’est son objectivité, son degré de sincérité.

Dans tous les domaines économiques, le Conseil de la Concurrence ou la Commission Européenne sont intervenus pour empêcher la constitution de monopoles et pour que la concurrence puisse profiter aux usagers. C’est quand même un paradoxe que, s’agissant de la presse économique, personne n’ose poser très sérieusement les mêmes questions !

Et puis, au-delà des aspects économiques, il faut s’interroger plus fondamentalement sur le sort des hommes (journalistes et autres salariés). Transformation de La Tribune en site Web, fusion avec Les Echos ? Les discours sur l’avenir du journal La Tribune ont de ces petits airs d’hypocrisie qui ne sont vraiment pas supportables.

A qui fera-t-on croire qu’un même actionnaire gardera les deux équipes au feu ?

Oui, patron je suis, mais citoyen je reste. J’ai signé, aux côtés de Jacques Attali, Nicolas Baverez, Patrick Arthus, Jean-Noël Jeanneney, Jacques Delors ainsi qu’une centaine d’autres personnalités un manifeste pour témoigner « notre profond attachement à l’indépendance rédactionnelle»  de ces titres.

Dans mon jeune temps, je fus pigiste et rêvais d’être reporter. J’ai toujours gardé un œil sur les médias (ils gardent d’ailleurs un oeil sur ce que je fais!!!).

Par passion, mais aussi par convictions politiques, je veux rester attentif à l’évolution d’un secteur qui, à l’heure de la concentration des pouvoirs, reste un des meilleurs remparts de la démocratie.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 22 juin 2007

TVA sociale : en parler, mais surtout ne pas en débattre ?

C’est vraiment une spécificité française : on ouvre un dossier et avant même que les arguments ne soient présentés, on polémique entre « experts », on assène des affirmations qu’aucune analyse ne viendra étayer ! On agite, selon le bord politique, des épouvantails ou des slogans populistes. Tant pis si le sujet est complexe ! Ca passe ou ça casse : ainsi de la TVA sociale, déjà plus ou moins passée à la trappe.

Et pourtant, il ne s’agissait, aux dires du Premier Ministre, que d’expérimenter. Au mieux, d’en analyser les scénarios. Avec cet engagement : on ne mettra en pratique la TVA sociale que si elle n’obère pas le pouvoir d’achat des Français !

Alors ? Faut-il que l’intelligence des Français soit ainsi prise en otage par des factieux qui, à gauche, n’ont pas compris qu’ils ont perdu les élections, et à droite, tel Jean-Pierre Raffarin qui nous prend pour des nases. Comme si on avait oublié qu’il soutînt, il y a seulement trois semaines, le « former » Président de l’UMP dont les promesses de réforme fiscale incluaient la TVA sociale !

De la mesure des risques comme des avantages commerciaux, le bon peuple n’aura le droit à aucun débat. Une honte, vous dis-je. Une démocratie française réduite aux slogans !

Et pourtant…

1) Sur le papier, la TVA sociale reste un scénario possible. Un scénario intéressant :

a) Intéressant du point de vue de l’emploi : les économistes ne sont certes pas unanimes sur l’impact du coût du travail dans le mécanisme des délocalisations. Mais les chefs d’entreprise, eux, savent qu’en abaissant de 20 % le coût du travail, on redonne des chances à l’industrie nationale du textile, du jouet, de l’automobile, des arsenaux, etc.

Quant aux politiques, notamment au PS, il faudrait qu’ils nous expliquent ce rejet trop rapide pour être honnête : ils ne peuvent à la fois réclamer le statut de zone franche, des possibilités de subventions pour faire venir les entreprises, et plaider que la réduction des coûts, pourtant moins onéreuse, est contreproductive !

b) Intéressant du point de vue du financement des dépenses sociales : tout le monde sait, de Dominique Strauss-Kahn (PS) à Jean Arthuis (UMP) qu’on ne peut faire porter à une part décroissante des entreprises françaises (celles qui créent des emplois) le financement des dépenses sociales. On peut discuter du transfert de charges vers la CSG ou la TVA. Mais qu’on en discute, bon Dieu !

2) Dans la pratique, la TVA sociale, c’est risqué politiquement et économiquement !

Absolument. Personne ne dit le contraire. L’opération est complexe. Et d’ailleurs, toutes les réformes susceptibles de bousculer les acquis sociaux font peser sur le gouvernement un risque considérable.

C’est pourquoi, il faut baliser l’exercice. L’impact de la TVA sociale doit être quantifié, justifié. La question à ce jour n’est pas de la mettre en œuvre, mais d’estimer sa faisabilité.

Des expériences (certes limitées) ont été réalisées au Danemark et en Allemagne. Sans inflation ! Sans trop d’effets pervers. J’ai eu beau relire mes dossiers de presse, je n’ai pas repéré de grand tollé syndical ou politique lorsque les gouvernements de ces pays ont procédé à leur réforme fiscale. Et en tout cas, aujourd’hui, ces querelles sont apaisées.

J’ai écouté le Président Sarkozy au JT de TF1, mercredi soir. J’ai trouvé sa détermination remarquable. Fi de l’audimat et de la popularité, il faut ouvrir le dossier de la TVA sociale, quitte à ne pas la mettre en œuvre si, d’aventure, l’opération n’est pas réalisable.

C’est maintenant ou jamais que de telles réformes peuvent être mises en chantier. Le gouvernement a deux ans devant lui ? Pourvu qu’il ne commette pas l’erreur des gouvernements chiraquiens. Top chrono, messieurs, et ayez de la tripe !

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 20 juin 2007

Hausse des loyers : une moyenne « ça trompe énormément »

Hier, j’ai été interpellé, dans l’avion, par un consommateur. Il me demandait mon avis sur la manière dont l’INSEE intègre l’évolution des loyers dans l’indice du coût de la vie. Et du coup, m’est revenue en mémoire la lettre d’un habitant de Nanterre, reçue début juin, dont je vous livre cet extrait :

…Pour l’INSEE, les Français consacrent tout juste 6 % de leurs revenus pour leur loyer. Cette interprétation ne peut que laisser perplexe la « moyenne»  des locataires !

Les administrateurs de l’INSEE tiennent compte du fait qu’il y aurait 50 % de propriétaires dans notre pays. Ils raisonnent de manière aussi simpliste que dans l’exemple suivant :

« Monsieur Dupont trompe sa femme 6 fois par mois. Mr Durand, lui, ne trompe jamais sa femme. Si on applique les principes de l’INSEE, on fera dire aux statistiques que Mr Dupont et Mr Durand trompent chacun leur femme 3 fois par mois ! Ce qui est aberrant ! Pour le calcul de l’indice des loyers, l’INSEE fait pareil ».

Bien sûr, l’illustration donnée par ce consommateur caricature la méthodologie de l’INSEE. Car cette institution, bien évidemment, produit des analyses bien plus approfondies tenant compte des situations démographiques et des revenus sur une échelle très diversifiée.

Il n’empêche : ce dont nous parlent tout le temps politiques et médias, ce sont de moyennes. Et ce discours réducteur ne peut que heurter chaque Français qui ne se reconnaît pas dans ces moyennes.

Si l’on veut s’attaquer au problème de la perception, par les Français, de l’inflation ou de leur pouvoir d’achat, il est impératif de leur donner des repères plus en phase avec leur situation réelle.

C’est, s’agissant de l’indice des prix, ce que j’ai voulu faire en lançant le comparateur de prix que je m’engage à améliorer et à faire vivre en multipliant les publications.

C’est, s’agissant du pouvoir d’achat, ce que j’ai essayé de faire avec le site « mon-pouvoir-dachat.com » : un site qui permet à chaque foyer, dans le respect de l’anonymat, de comparer son pouvoir d’achat à ces fameux indices moyens dont la publication reste difficilement compréhensible pour beaucoup de gens.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 19 juin 2007

Le blog, les spams, et tutti quanti…

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Vous avez pu remarquer peut-être que, depuis deux mois, mon blog était envahi de spams. D’où une lecture fastidieuse, et la nécessité de recourir au « tue-mouches » pour voir un peu plus clair dans la jungle des commentaires.

Je pestais moi-même d’autant plus que je suis résolument et farouchement rebelle à ce mode de publicité intrusive, parasite, obsessionnelle…et au demeurant contre-productive ! C’est la troisième fois que nous testions un filtre dont la trame théoriquement imperméable au « bon grain » aurait dû permettre de trier « l’ivraie ». Peine perdue !

Mais voilà, depuis ce week-end, je crois au miracle ! (Mais je me précipite pour toucher du bois). Voici donc notre écran nettoyé.

Il y a un effet pervers : dans le goulot d’étranglement mis en place, quelques commentaires peuvent être malencontreusement écartés et finir dans la corbeille !

Amis blogueurs, il ne faut pas m’en vouloir. Tous les deux jours, j’irai y jeter un œil et m’engage à remettre en ligne le billet ainsi évincé !

Mais je pense que c’est mieux qu’une « chambre d’attente ». Les internautes préfèreront, j’en suis sûr, ce système qui permet d’afficher les posts en temps réel, plutôt que de subir l’attente d’un tri sélectif !

N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 14 juin 2007

Du bon usage des heures supplémentaires

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Beaucoup de questions sur l’impact de la « détaxation » des heures supplémentaires sur l’emploi. J’aurai l’occasion de plancher sur le sujet plus en détail… Mais comme dans bien des articles de presse, on m’attribue des positions parfois très tranchées, je préfère, dès à présent, argumenter sur deux ou trois points.

1) Impact global sur l’emploi

A court terme, pas d’impact, je n’en vois pas. Je partage l’avis de la plupart des économistes qui se sont déjà exprimés sur ce sujet (Patrick Artus, notamment). Mais si l’on prend la peine de se « projeter » à 3, 4 ans et plus, le dispositif gouvernemental (intégré à un dispositif global d’abaissement du coût du travail) prend une tout autre dimension. Il rompt avec l’idéologie du partage du travail qui opposait emploi et pouvoir d’achat (« travailler moins, gagner moins pour que d’autres puissent travailler aussi »), et recrée une dynamique sur le marché du travail en revalorisant l’espérance d’un gain supplémentaire.

Depuis trop longtemps, la perspective d’augmentation du pouvoir d’achat était corrélée avec la capacité quasi exclusive de l’Etat de transférer, allouer, subventionner…sur fonds publics ! La mauvaise gestion des gouvernements précédents, la gabegie des 35 heures et l’appel exagéré à la contribution publique…ont tari les caisses de Bercy. Dans les corporations (agriculture, fonction publique), et même dans le syndicalisme le plus aguerri, on ne se fait plus d’illusions. Il ne suffit plus de descendre dans la rue ou de bloquer les transports publics pour faire cracher l’Etat qui se « referait » sur les riches, etc. L’opinion ne suit plus.

Chacun a compris, qu’au moins pour une part, il ne faudra compter que sur soi. Question santé ou retraite, l’Etat-providence, « ça paie plus » (comme disait Fernand Raynaud). Question pouvoir d’achat, ce n’est pas le partage du travail (les 35 heures) qui permet les augmentations de salaires. Alors autant chercher du revenu en travaillant plus. Bâtir une carrière ou un plan de rémunération, c’est le slogan d’une France qui, à défaut d’en avoir cultivé le goût, doit se remettre au travail !

Bien sûr, tout ça est trop rapidement dit. A lui seul, le dispositif sur les heures supplémentaires n’y suffira pas, il faut aussi poser la question du niveau des salaires. Mais il a un mérite. Sans toucher au montant du RMI, il recreuse l’écart avec les revenus de salariés au SMIC. Dans les secteurs où il y a pénurie de main-d’oeuvre (BTP, plomberie, maçonnerie, emplois de services, etc.), j’y vois une incitation supplémentaire à se remettre sur le marché du travail.

2) Les heures supplémentaires dans la distribution

On attribue à la Présidente du MEDEF, Laurence Parisot, un propos certifiant que les projets gouvernementaux vont requinquer l’emploi dans la distribution, notamment s’agissant du métier de caissière ! Sans la contredire complètement, je nuance le propos concernant les caissières, mais le confirme pour d’autres emplois pour lesquels il est aujourd’hui difficile de recruter, faute de main-d’œuvre disponible sur le marché.

a) D’abord, établissons bien ceci : un groupement de commerçants indépendants comme Leclerc embauche 1 500 à 3 000 salariés nets supplémentaires par an. Nos adhérents ne recrutent pas en fonction d’avantages fiscaux ou sociaux. Ils recrutent parce que nous avons une stratégie de développement. Nous allons, par exemple, créer au moins 2 000 emplois en 2007. Tout simplement parce que nous ouvrons 18 espaces culturels, 20 à 25 autres concepts spécialisés (sport, optique, parfumerie, etc.). Et aussi parce que nous agrandissons et modernisons des magasins. Bref, c’est la perspective de chiffre d’affaires qui détermine le taux de création d’emplois et leur niveau de qualification.

b) Dans ce plan de recrutement, la détaxation des heures supplémentaires nous intéresse, s’agissant, par exemple, des « métiers de bouche » (charcuterie, traiteur, boucherie, fruits et légumes, pâtisserie, poissonnerie), ou des ateliers auto (emploi de mécanicien, assistance technique, etc.). Sur ces marchés, la main-d’œuvre de qualité se fait de plus en plus rare. L’apprentissage est trop dévalorisé, tout autant que le travail manuel. L’augmentation des heures sup. ne se fera donc pas au détriment de l’emploi.

Prenons l’exemple d’un rayon boulangerie-pâtisserie qui emploie une dizaine de personnes dans un hyper. Ce rayon subit dans l’année 4 ou 5 pics d’activité (les bûches de Noël, la galette des rois, la fête des mères, etc.). On ne recrutera pas à temps plein une ou deux personnes supplémentaires pour couvrir ces pics de production. En revanche, le recours aux heures sup permettra d’augmenter l’offre, donc le CA. Et en corollaire, la rémunération des boulangers. Salariés et chef d’entreprise sont alors gagnants-gagnant.

c) Le cas des caissières est différent. Dans beaucoup de régions, ces métiers s’exercent à temps partiel et font l’objet d’un contrat d’annualisation. Dans la législation actuelle, l’accroissement des heures de travail se fait le plus souvent sous le régime des « heures complémentaires ». Le gouvernement semble ouvrir le nouveau dispositif à ce type de situation, mais je n’ai pas encore compris comment il s’insérera dans les contrats actuels (substitution ?). Toujours est-il que les demandes d’heures supplémentaires me semblent être moins importantes d’autant que juridiquement, elles ne peuvent excéder 10 % du temps travaillé (10 % d’un mi-temps !).

L’effet sur l’emploi sera forcément plus ambigu puisque, sur ce marché, l’offre de travail est plus abondante que dans les métiers techniques.

En conclusion, je suis favorable aux mesures gouvernementales concernant les heures supplémentaires. Mais j’insiste : je crois vraiment que c’est par l’abaissement général du coût du travail que dans les PME, et notamment dans le secteur des services, les chefs d’entreprise seront tentés de recruter plus abondamment. C’est vraiment dans ce sens qu’il nous faut aller. La TVA sociale ? Oui, bien sûr, mais pas à n’importe quelles conditions. On en reparle.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 6 juin 2007

Délire judiciaire ! Un délit de facturation coûterait-il deux fois plus cher qu’un délit de pollution !

Petite incursion dans le droit des affaires…Où Zadig se demande pourquoi il est moins risqué d’être le capitaine d’un navire pourri et pollueur plutôt que d’être chef d’entreprise.

Distributeurs et industriels conviennent qu’il faut désormais « dépénaliser » les délits économiques mineurs, ceux qui concernent, par exemple, les problèmes de facturation ou de revente à perte.

Dans le projet de plateforme commune industrie-commerce (réforme de la loi Galland), il est recommandé, qu’en échange de cette dépénalisation, on porte les amendes civiles jusqu’à 750 000 euros par infraction. Soit le double du maximum jusqu’ici appliqué par les tribunaux ! Ca fait beaucoup. D’autant qu’on ne parle pas à ce stade de « réparation du préjudice ». Il s’agit bien d’amendes versées au Trésor Public.

Les défenseurs de cette augmentation des sanctions civiles plaident pour leur caractère dissuasif. Ah ça, c’est certain. Mais je rappelle qu’on parle, ici, de problèmes commerciaux. Voilà qui risque de créer beaucoup d’insécurité, notamment dans les PME, qui n’ont pas toutes les moyens de se payer d’imposants services juridiques.

Mais pourquoi industriels et distributeurs proposent-ils aux politiques de les sanctionner deux fois plus fortement que les pollueurs de l’Erika ? Faut-il être maso ?

Dans le Figaro et le Parisien d’hier (05/06), je lis : « Lourde sanction ». « Sanction exceptionnelle ». A l’encontre de Total (affréteur), le Parquet a demandé l’amende maximale de 375 000 euros pour pollution. 375 000 euros aussi à la société de classification italienne Rina, chargée de l’audit du tanker. Seulement 75 000 euros au propriétaire du bateau, et 10 000 euros enfin pour le capitaine !

Il ne s’agit encore que d’une réquisition, pas d’une condamnation. Mais tout de même : voilà ce qu’un pollueur encourt pour avoir souillé 400 kilomètres de côtes, mobilisé des milliers d’agents publics, et avoir contrevenu aux règles élémentaires de sécurité et de respect de l’environnement.

Alors, pourquoi 375 000 euros maxi pour nos pollueurs…et jusqu’à 750 000 euros pour un industriel ou un distributeur qui aurait mal rédigé ses contrats commerciaux !

Oui, je sais : vous allez m’objecter : la distribution n’est pas à plaindre et vous n’êtes pas des petits saints ! Mais moi, je vous rappelle qu’il s’agit, ici, de principes juridiques, applicables à toutes les entreprises !

Et de ce seul point de vue, celui de l’égalité des droits, je trouverais délirant que le législateur taxe une infraction commerciale d’une amende deux fois supérieure à celle infligée à nos satanés pollueurs.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 4 juin 2007

Musée du quai Branly : L’absurdité des contraintes linguistiques

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On connaissait les absurdités d’une loi Toubon qui, appliquée à la lettre, aurait obligé toutes les entreprises à traduire leurs documents internes en français, quand bien même elles échangeaient principalement avec l’Etranger.

On reste pantois quand on découvre les centaines de personnes qui, pour respecter l’équité linguistique au niveau européen, passent leur temps à traduire en langues communautaires, les milliers de tonnes de rapports émis dans la cadre de la Commission à Bruxelles.

Mais l’absurdité d’une réglementation aussi restrictive saute aux yeux quand, le temps d’un week-end, vous parcourez le dernier joyau des musées français : celui du quai Branly.

Tiens, ça tombe bien. Le musée va bientôt fêter l’anniversaire de son ouverture. E. de Roux, dans Le Monde (samedi 2 juin), annonce un record de 1 650 000 visiteurs. Illustration d’un bel intérêt : « 20 % des visiteurs disent ne pas avoir l’habitude de fréquenter les musées ». Ce qui fait dire à son directeur : « Le musée est en train de passer de l’âge des dévots à celui des usagers ».

Eh bien, pourquoi ne pas parler des usagers : 20 % des visiteurs seraient des touristes. Avec la notoriété, ce taux ne peut que croître.

Mais à vous pencher sur les étiquettes, dans les vitrines, vous constaterez que toutes les informations sont exprimées en français. Il y a bien, çà et là, quelques panneaux trilingues (français, anglais, espagnol), mais c’est pour les généralités. Si l’étudiant étranger veut connaître l’histoire d’un masque, l’origine d’un instrument de musique ou la composition textile d’un tapis, il lui faudra l’aide d’un audio-guide ou du catalogue (payant, bien sûr !).

La faute à la législation européenne, nous dit-on ! Pas du tout ! Un simple parti pris : pour ne pas fâcher le Japonais ou le Russe de passage, on évite toute discrimination. Facile, mais pas courageux !

Si Paris, à juste titre, revendique sa place dans les capitales mondiales de la culture et si la France veut faire de la culture française une référence, nous nous devons de soutenir la langue française, mais pas de la momifier au point d’empêcher le rayonnement de nos installations culturelles !

Avec ce genre de bêtise-là, notre culture pourrait bien, un jour, finir, comme ces langages esquimaux ou aborigènes, au Musée des Arts Premiers.

Michel-Edouard Leclerc