Archive pour le 4 juin 2007

Lundi 4 juin 2007

Musée du quai Branly : L’absurdité des contraintes linguistiques

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On connaissait les absurdités d’une loi Toubon qui, appliquée à la lettre, aurait obligé toutes les entreprises à traduire leurs documents internes en français, quand bien même elles échangeaient principalement avec l’Etranger.

On reste pantois quand on découvre les centaines de personnes qui, pour respecter l’équité linguistique au niveau européen, passent leur temps à traduire en langues communautaires, les milliers de tonnes de rapports émis dans la cadre de la Commission à Bruxelles.

Mais l’absurdité d’une réglementation aussi restrictive saute aux yeux quand, le temps d’un week-end, vous parcourez le dernier joyau des musées français : celui du quai Branly.

Tiens, ça tombe bien. Le musée va bientôt fêter l’anniversaire de son ouverture. E. de Roux, dans Le Monde (samedi 2 juin), annonce un record de 1 650 000 visiteurs. Illustration d’un bel intérêt : « 20 % des visiteurs disent ne pas avoir l’habitude de fréquenter les musées ». Ce qui fait dire à son directeur : « Le musée est en train de passer de l’âge des dévots à celui des usagers ».

Eh bien, pourquoi ne pas parler des usagers : 20 % des visiteurs seraient des touristes. Avec la notoriété, ce taux ne peut que croître.

Mais à vous pencher sur les étiquettes, dans les vitrines, vous constaterez que toutes les informations sont exprimées en français. Il y a bien, çà et là, quelques panneaux trilingues (français, anglais, espagnol), mais c’est pour les généralités. Si l’étudiant étranger veut connaître l’histoire d’un masque, l’origine d’un instrument de musique ou la composition textile d’un tapis, il lui faudra l’aide d’un audio-guide ou du catalogue (payant, bien sûr !).

La faute à la législation européenne, nous dit-on ! Pas du tout ! Un simple parti pris : pour ne pas fâcher le Japonais ou le Russe de passage, on évite toute discrimination. Facile, mais pas courageux !

Si Paris, à juste titre, revendique sa place dans les capitales mondiales de la culture et si la France veut faire de la culture française une référence, nous nous devons de soutenir la langue française, mais pas de la momifier au point d’empêcher le rayonnement de nos installations culturelles !

Avec ce genre de bêtise-là, notre culture pourrait bien, un jour, finir, comme ces langages esquimaux ou aborigènes, au Musée des Arts Premiers.

Michel-Edouard Leclerc