C’est vraiment une spécificité française : on ouvre un dossier et avant même que les arguments ne soient présentés, on polémique entre « experts », on assène des affirmations qu’aucune analyse ne viendra étayer ! On agite, selon le bord politique, des épouvantails ou des slogans populistes. Tant pis si le sujet est complexe ! Ca passe ou ça casse : ainsi de la TVA sociale, déjà plus ou moins passée à la trappe.
Et pourtant, il ne s’agissait, aux dires du Premier Ministre, que d’expérimenter. Au mieux, d’en analyser les scénarios. Avec cet engagement : on ne mettra en pratique la TVA sociale que si elle n’obère pas le pouvoir d’achat des Français !
Alors ? Faut-il que l’intelligence des Français soit ainsi prise en otage par des factieux qui, à gauche, n’ont pas compris qu’ils ont perdu les élections, et à droite, tel Jean-Pierre Raffarin qui nous prend pour des nases. Comme si on avait oublié qu’il soutînt, il y a seulement trois semaines, le « former » Président de l’UMP dont les promesses de réforme fiscale incluaient la TVA sociale !
De la mesure des risques comme des avantages commerciaux, le bon peuple n’aura le droit à aucun débat. Une honte, vous dis-je. Une démocratie française réduite aux slogans !
Et pourtant…
1) Sur le papier, la TVA sociale reste un scénario possible. Un scénario intéressant :
a) Intéressant du point de vue de l’emploi : les économistes ne sont certes pas unanimes sur l’impact du coût du travail dans le mécanisme des délocalisations. Mais les chefs d’entreprise, eux, savent qu’en abaissant de 20 % le coût du travail, on redonne des chances à l’industrie nationale du textile, du jouet, de l’automobile, des arsenaux, etc.
Quant aux politiques, notamment au PS, il faudrait qu’ils nous expliquent ce rejet trop rapide pour être honnête : ils ne peuvent à la fois réclamer le statut de zone franche, des possibilités de subventions pour faire venir les entreprises, et plaider que la réduction des coûts, pourtant moins onéreuse, est contreproductive !
b) Intéressant du point de vue du financement des dépenses sociales : tout le monde sait, de Dominique Strauss-Kahn (PS) à Jean Arthuis (UMP) qu’on ne peut faire porter à une part décroissante des entreprises françaises (celles qui créent des emplois) le financement des dépenses sociales. On peut discuter du transfert de charges vers la CSG ou la TVA. Mais qu’on en discute, bon Dieu !
2) Dans la pratique, la TVA sociale, c’est risqué politiquement et économiquement !
Absolument. Personne ne dit le contraire. L’opération est complexe. Et d’ailleurs, toutes les réformes susceptibles de bousculer les acquis sociaux font peser sur le gouvernement un risque considérable.
C’est pourquoi, il faut baliser l’exercice. L’impact de la TVA sociale doit être quantifié, justifié. La question à ce jour n’est pas de la mettre en œuvre, mais d’estimer sa faisabilité.
Des expériences (certes limitées) ont été réalisées au Danemark et en Allemagne. Sans inflation ! Sans trop d’effets pervers. J’ai eu beau relire mes dossiers de presse, je n’ai pas repéré de grand tollé syndical ou politique lorsque les gouvernements de ces pays ont procédé à leur réforme fiscale. Et en tout cas, aujourd’hui, ces querelles sont apaisées.
J’ai écouté le Président Sarkozy au JT de TF1, mercredi soir. J’ai trouvé sa détermination remarquable. Fi de l’audimat et de la popularité, il faut ouvrir le dossier de la TVA sociale, quitte à ne pas la mettre en œuvre si, d’aventure, l’opération n’est pas réalisable.
C’est maintenant ou jamais que de telles réformes peuvent être mises en chantier. Le gouvernement a deux ans devant lui ? Pourvu qu’il ne commette pas l’erreur des gouvernements chiraquiens. Top chrono, messieurs, et ayez de la tripe !





