
Bon, disons-le tout de suite, tout le charabia qu’on nous a servi ces derniers jours sur l’ouverture à la concurrence des marchés de l’électricité et du gaz n’aura pas vraiment contribué à éclairer notre lanterne. Aussi, même si je trouve la position de l’UFC-Que Choisir excessive, je ne peux qu’inciter les consommateurs à la prudence. Malgré les engagements de Charles Beigbeder, le dynamique PDG de Poweo (« Je garantis d’être toujours les moins chers du marché » !!!), je ne vois pas ce qu’à court terme, les consommateurs ont à gagner. A terme, je conçois la nécessité de la réforme. Mais c’est une autre histoire.
1) A court terme, rien à gagner !
Je n’ai pas encore analysé toutes les possibilités d’offres alternatives. Mais à ce jour, elles me paraissent bien maigrichonnes.
La raison en est simple : les tarifs d’EDF sont aujourd’hui, en Europe, parmi les plus bas, du fait notamment des choix stratégiques opérés par les gouvernements français, du temps de sa nationalisation. L’hydraulique et le nucléaire s’avèrent extrêmement rentables et compétitifs.
Et puis, surtout, les tarifs actuels sont contractuellement garantis par l’Etat.
L’UFC-Que Choisir a raison de rappeler que tout changement devient irréversible. Alors avant de quitter la proie pour l’ombre, prenons le temps d’analyser les scénarios de nos consommations futures.
Après tout, les entreprises elles-mêmes qui étaient autorisées à modifier leur contrat ne l’ont fait qu’en minorité ! C’est tout simplement qu’en l’état du marché, comptables et stratèges n’ont pas vu plus d’intérêt que cela à se précipiter.
2) A long terme, cependant, je n’en doute pas, la réforme est nécessaire. Pour s’adapter à la concurrence européenne ! Et pour que, sur des critères d’écologie, d’économie d’énergie ou même de prix, les usagers puissent profiter de la recomposition d’une offre dont on sent bien qu’on est encore au début des restructurations.
Inéluctable la réforme ? Oui ! Nous ne pouvons pas prétendre aller conquérir les marchés voisins sans ouvrir le nôtre à la concurrence d’autres opérateurs européens.
Et dans cette nécessité, on voit bien que la garantie d’Etat accordée aux seules tarifications EDF ne saurait perdurer. Facile aujourd’hui de la revendiquer ! La position est intenable à terme puisqu’il s’agirait de faire bénéficier EDF d’une tarification discriminatoire à l’égard des autres opérateurs. Un peu comme la distribution du livret A réservée aux Caisses d’Epargne…objet du courroux de la Commission Européenne et des autres concurrents bancaires.
Et puis, il faut savoir regarder plus loin l’horizon :
- Tous les analystes le confirment : l’énergie va devenir de plus en plus chère.
- Si les différences tarifaires ne sont pas évidentes aujourd’hui, elles risquent, d’ici quelques années de devenir flagrantes. L’économiste, Daniel Cohen, le rappelle à qui veut bien l’entendre : « Les tarifs de l’électricité et du gaz sont alignés sur ceux du pétrole. Même moins chers, ils nous sont promis à la hausse. » Les consommateurs seront alors bien contents de pouvoir mettre en concurrence, comme sur le marché de la téléphonie, des opérateurs qui pourront les faire bénéficier des meilleures politiques tarifaires.
Oui, tout cela c’est pour demain. Pour l’heure, il n’y a pas d’urgence. Mais ne crachons pas pour autant sur la réforme.





