Archive pour août 2007

Jeudi 30 août 2007

Laurence Parisot, les entreprises et les consommateurs

Sans chercher à polémiquer, je veux rebondir, ici, sur l’entretien (intéressant) que Laurence Parisot, la patronne du MEDEF, a réservé au journal Le Monde (daté du 30/08).

Sur l’essentiel du contenu, je suis en phase avec ses opinions : ne pas tout attendre de l’Etat, plaider la flexibilité du marché du travail, le droit à la négociation, l’intérêt de l’expérimentation d’une TVA sociale,etc.

Mais dans le débat qui oppose les partisans d’une « relance par l’offre » à ceux qui préconisent un « soutien de la demande », Laurence Parisot prend parti. Elle estime qu’en privilégiant systématiquement la « demande », plutôt que la compétitivité des entreprises, les politiques économiques antérieures ont contribué à plomber la performance de notre économie.

Elle dit : « Il faut cesser de raisonner à partir du consommateur » Et pour argument, LP rappelle que « entre 2000 et 2007, la consommation des ménages a progressé de 19 %, les importations de 57 %, mais la production n’a augmenté que de 8 %» .

Elle avait déjà défendu cette position, il y a deux jours, sur BFM, en rappelant qu’il n’était pas illogique que les entreprises essaient d’augmenter leurs prix puisque « c’est en augmentant leurs marges qu’elles peuvent créer des emplois et investir ».

Dans le contexte actuel, je n’adhère pas à cette argumentation. Ou plus exactement, je me refuse à opposer ces deux discours.

1) Sur le fond, tant du point de vue de la théorie macroéconomique que de l’observation, LP a raison de dire que c’est l’investissement, l’innovation et la recherche qui permettent que la croissance reste durable. L’amélioration des conditions de production (fiscalité et coût du travail) est indispensable. Nos entreprises souffrent de réglementations et de ponctions financières tellement décalées par rapport aux enjeux de la mondialisation…qu’une réforme structurelle est, à tous niveaux, nécessaire.

2) Mais pour que les entreprises investissent, il faut qu’elles puissent en attendre une perspective d’augmentation de chiffre d’affaires.

Or, dans la conjoncture française, c’est la consommation qui tire la croissance (le peu de croissance !). C’est la demande des ménages qui constitue le moteur principal de notre économie.

3) Dès lors, quoiqu’en disent les entrepreneurs, la clé de la relance est entre les mains du consommateur. La question du pouvoir d’achat est la question centrale.

Depuis 3 ans, je ne cesse de le marteler. La consommation n’est pas l’horizon indépassable de la croissance économique, mais c’est ce qui marche encore le mieux en France.

Dès lors, je soutiens que :

a) Le Président a raison de vouloir s’attaquer aux rigidités qui empêchent les consommateurs de bénéficier d’une meilleure concurrence entre industriels et entre distributeurs. Oui, bravo, il faut réformer les lois Raffarin, les lois Galland, abolir les pratiques tarifaires qui s’apparentent à des ententes verticales (téléphonie mobile), à des ententes horizontales (tarification bancaire) et toutes ces réglementations qui limitent la capacité d’acheter moins cher.

b) Les distributeurs sont dans leur rôle quand ils déclarent la guerre aux entreprises qui, au-delà du coût réel de l’augmentation des matières premières, essaient de reconstituer des marges…sur le dos des consommateurs.

Quand j’entends Peter Brabeck, le président de Nestlé, dire qu’il a déjà anticipé les hausses pour couvrir l’éventuelle flambée des matières premières, mais aussi améliorer les bénéfices de ses actionnaires… Quand notre groupement d’achats reçoit des hausses tarifaires (2007/2008) de 6 à 10 % sur des laques, des shampooings ou des lessives incorporant peu de de matières premières… Et même quand j’entends les boulangers justifier une augmentation uniforme du prix du pain de 5 centimes d’euro au motif que 2 centimes couvriraient le surcoût des approvisionnements, mais 3 les augmentations de salaires et de charges…, je me dis qu’on veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Il y a bien un lobby de l’offre qui pousse à la hausse des prix et des marges. Mais il n’y a pas d’inéluctabilité. Il faut simplement vouloir s’y opposer. C’est tout l’intérêt des réformes annoncées que de nous en donner les moyens.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 29 août 2007

Rentrée des classes : le prix de la fébrilité médiatique

J’étais, ce matin, en direct, interrogé par BFM. Question : « Pourquoi vous êtes-vous prêté à cette mascarade chez Darcos ? Pourquoi laisser le Ministre annoncer que vous allez vendre à prix coûtant alors que vous dites que c’est déjà le cas ? » (Je cite à peu près).

Bonne question, sauf que je peux aussi la retourner à l’envoyeur !

Dans la cour du Ministère de l’Education Nationale, avant la réunion, les journalistes dont celui de BFM, interpellaient chaque distributeur : « Qu’allez-vous faire face à la hausse des prix ? Qu’avez-vous à proposer au Ministre et aux associations de consommateurs ? ».

Donc, Mr BFM, si vous mettez la pression, on est bien obligé de trouver une réponse : OK ? Mais je conviens que toute cette opération mérite un petit décryptage.

  1. Xavier Darcos était-il dans son rôle pour interpeller ainsi les distributeurs ?

    Bon, on peut discuter. Le Ministre le plus directement concerné, c’est Luc Chatel puisqu’il est en charge des problèmes de consommation. Mais après tout, pour une fois qu’un Ministre de l’Education s’intéresse aux préoccupations des parents d’élèves et pas seulement des états d’âme de la corporation, je ne vois pas pourquoi on s’en plaindrait !

    Xavier Darcos dispose, via le réseau des profs dans les académies, d’un pouvoir de préconisation, ne serait-ce que pour orienter les recommandations d’achat vers les produits vraiment nécessaires (ce que les enseignants ne font pas toujours).

  2. quoi se sont engagés les distributeurs ?

    Le Ministre a pris conscience que les 5 enseignes invitées à le rencontrer étaient certainement les moins chères sur le marché français. Chacun a sorti son catalogue, ses promotions et a plaidé l’agressivité de son offre.

    Du coup, les collaborateurs de Xavier Darcos ont découvert que pratiquement tous les produits sur lesquels ils souhaitaient une action étaient déjà vendus à prix coûtant, et souvent même en baisse par rapport au prix de 2006.

    Dans l’impossibilité d’annoncer des réductions supplémentaires (qui auraient entraîné des ventes à perte), les enseignes ont proposé ceci : les distributeurs déjà à prix coûtant s’engagent à poursuivre leurs promotions au-delà des dates de péremption de leur catalogue (jusqu’au 15 septembre) ; les autres, ceux qui sont plus chers, s’engageront sur ce même caddie de rentrée à baisser leurs prix jusqu’à garantir d’être à prix coûtant ou au même prix qu’en 2006.

  3. Quand ces dispositions rentreront-elles en application ?

    Dès que nous en aurons circularisé l’engagement auprès de tous les magasins. Le temps d’imprimer les affiches et de reformater les rayons pour mettre en scène le « caddie Darcos »… Dès la fin de la semaine ou lundi au plus tard.

  4. Cette opération est-elle trop tardive ?

    Oui, évidemment, puisque pratiquement 60 % des ventes (en tout cas en province) ont déjà eu lieu. (Je rappelle que l’installation des rayons « rentrée des classes » démarre, dans certaines régions, dès juillet).

  5. Faut-il accuser le Ministre de s’être réveillé trop tard et les distributeurs de jouer les hypocrites dans cette opération ?

    Les distributeurs n’étaient pas demandeurs. Je m’en expliquerai plus bas. Mais le Ministre lui-même n’a fait que réagir à la polémique lancée par les publications de la Fédération des Familles de France. Publications qui ont donné lieu à des polémiques relatées dans la presse.

    Fallait-il ne pas réagir ? Moi, je pense que oui ! Mais puisqu’il l’a fait, reconnaissons qu’il a réagi plutôt rapidement.

    En revanche, pourquoi ne pose-t-on pas la même question aux organisations de consommateurs ? Fallait-il attendre la dernière quinzaine d’août pour interpeller Ministre et distributeurs ?

    C’est là toute la limite de la crédibilité de leur démarche.

    Nos catalogues sont imprimés et en circulation depuis très longtemps. Tous les prix sont transparents et largement comparables d’enseigne à enseigne depuis plus d’un mois. Pas besoin de confier à des statisticiens ou à des informaticiens un travail de comparaison qui est somme toute relativement facile.

    Seulement voilà, dans cette affaire, chacun veut entretenir sa posture médiatique au risque, probablement, d’en perdre l’efficacité. Une chose est certaine : ce battage médiatique aura empêché les distributeurs de valoriser une offre qui avait toutes les raisons d’être considérée comme performante.

  6. La distribution était-elle vraiment trop chère ?

    Tout est toujours trop cher. Et la rentrée des classes, c’est cher. Les Français éprouvent de vraies difficultés en termes de pouvoir d’achat. Normal qu’ils s’expriment sur ce type de dépenses.

    Mais j’affirme. Dans le contexte de hausses des matières premières qui poussent les industriels à augmenter considérablement leurs tarifs, la distribution a été extrêmement efficace dans ses négociations.

    Je rappelle : augmentation du coût du papier de 14 % ! Augmentation des matières plastiques : 30 %. Et malgré cela, l’augmentation des prix de vente mesurée par Familles de France n’est que de 2,1 % !!!

    Jamais, dans mon groupe, je n’ai vu les acheteurs, prendre autant de risques pour acheter le papier par anticipation, bloquer l’augmentation des tarifs malgré les pressions des fournisseurs, rechercher des produits de substitution…

    J’affirme encore : l’offre des centres E. Leclerc n’a pratiquement pas augmenté depuis 2006 (hormis les produits sous licence type cahiers Harry Potter, etc.). 60 % des articles sont même en baisse !

    L’offre s’est élargie, elle est peut-être trop confuse. Le marketing agressif des produits à marque ou sous licence (forcément plus chers, très chers quelquefois) occulte peut-être les efforts considérables sur nos marques génériques (30 à 80 % moins chères !). Mais la réalité est là, le caddie français de la rentrée scolaire est le moins cher d’Europe !

Conclusion Il faut raison garder. L’année prochaine, il faudra s’y prendre autrement. J’invite les associations de consommateurs et le ministère à nous faire parvenir, dès maintenant, leurs préconisations pour la rentrée 2008. Car les achats sur ces marchés internationaux, c’est maintenant que ça démarre.

Ainsi, plutôt que de chercher à se marquer pour exister médiatiquement, associations et ministère nous aideront à préparer très en amont, et selon leur demande, une offre qu’on n’attendra pas qu’elle soit écoulée pour la critiquer.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 28 août 2007

Hausse des prix : avant la psychose, un état des lieux (1)

Je développerai, tout au long de ces quinze prochains jours, les arguments qui me font dire :

1) Qu’il n’y a pas de tension inflationniste majeure sur l’ensemble de la consommation des Français.

2) Qu’il existe bien des risques de hausses de prix suite à l’évolution du prix des matières premières agricoles sur les marchés mondiaux et aussi de certaines matières premières non alimentaires (énergie).

3) Mais pourvu que le gouvernement poursuive la réforme de la loi Galland et donne ainsi aux distributeurs les moyens de négocier les tarifs des fournisseurs, les prévisions d’inflation, pour l’année 2007 et même pour le premier semestre 2008, devraient rester inférieures à 2 % en hypermarché.

Avant de continuer d’en débattre, d’argumenter et de justifier, qu’on me permette de faire le point sur la période présente.

Il y a, aujourd’hui, beaucoup de confusion. Ce n’est pas parce que les fournisseurs annoncent des hausses de tarifs que celles-ci vont se répercuter systématiquement dans les prix.

- D’abord, parce que le coût des matières premières n’intervient pas toujours de manière importante dans le prix de vente d’un produit transformé.

- Ensuite, parce que depuis les accords Sarkozy (juin 2004) et les deux premières étapes de la réforme de la loi Galland, la concurrence joue positivement dans l’intérêt des consommateurs.

Cela se voit peu, mais c’est efficace.

Il faut bien se rendre compte que cela fait déjà 6 mois que les propositions tarifaires des industriels sont à la hausse (en épicerie : + 3,9 % depuis mars 2007).

Mais E. Leclerc a continué à baisser ses prix, plus vite que ses concurrents. Et l’impulsion déflationniste lancée par notre action commerciale entraîne les autres distributeurs dans un cycle de baisse durable, au moins jusqu’à la fin de l’année.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 20 août 2007

Vente directe à Paris de fruits et légumes : le marronnier de l’été

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L’année dernière, c’était à la Tour Eiffel. Une vente « sauvage » de fruits et légumes, pour dénoncer les marges excessives de la grande distribution ! Un rituel !

Chaque année, c’est la même mise en scène orchestrée pour passer au JT de TF1 et offrir ainsi à la chaîne de Boulogne le moyen de combler l’absence de sujets autrement plus complexes en cette saison. Seule anicroche durant l’opération de l’été 2006 : des journalistes avaient osé fouiner dans les cageots. Nos beaux produits de terroir avaient été quelque peu mélangés avec des produits espagnols. Histoire, probablement, de gonfler les ventes et de profiter de l’aubaine…

Cette année, c’est à la Bastille. On nous avait annoncé une vente géante : 60 tonnes de fruits, montées en tête de gondole par le MODEF, soutenue par quelques élus communistes et des syndicalistes ruraux du Sud-Ouest, toujours pour protester contre les marges excessives de la grande distribution !

Cela fait 30 ans que je suis dans le métier. 30 ans qu’on nous ressert le même discours.

A y regarder de près, les prix n’avaient pourtant rien à envier à ceux d’un centre E. Leclerc (pourtant, on prétendait assurer, ici, une promotion exceptionnelle !). Et on a bien omis de raconter aux journalistes que les mêmes syndicats agricoles s’opposent, depuis 1997, à toute publicité de prix dans les journaux et à la radio sans leur accord (histoire d’empêcher justement que Leclerc et autres consorts puissent vendre moins cher et s’en prévaloir !).

A une certaine époque (dans les années 60), Alexis Gourvennec, le roi du chou-fleur et fondateur de l’une des plus grandes coopératives de l’Ouest, avait émis une idée géniale : « Si les agriculteurs veulent conserver leurs marges, il faut qu’ils maîtrisent toute la filière, de la transformation à la commercialisation ! ». Il avait alors suggéré la création de magasins verts (propriété des coopératives agricoles ou des agriculteurs) pour concurrencer les autres formes de distribution modernes.

L’idée n’a pas eu de suite, en tout cas pas sous cette forme. A écouter le MODEF, on se demande bien pourquoi, puisque selon ses affirmations, la grande distribution s’en met plein les poches sur les fruits et légumes.

Eh bien, puisque aucun argument rationnel ne sera efficace dans le contexte d’une telle exploitation médiatique, il reste aux distributeurs à lancer ce défi à leurs fournisseurs : « Créez donc vos propres réseaux de distribution, montrez-nous l’exemple, montrez-nous comment vous allez vendre moins cher et pas simplement le temps des promotions ! »

Chiche ?

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 16 août 2007

Jean-Edern Hallier, un revenant d’outre-tombe

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J’aimais bien Jean-Edern. Notre « clown céleste », de retour dans sa Bretagne natale, adorait venir à Concarneau, pour narguer quelques écrivains parisiens invités du Festival Livre & Mer. Il arrivait à l’heure du repas, s’asseyait près de mon père ou moi, et d’un air entendu, poussant le regard au-dessus des lunettes, interrogeait, jaugeant le public : « Qui sont tous ces cons qui ne mangent pas leurs pattes de crabe ? ».

Les cons ? Jean-Edern cherchait leur contact. C’était sa manière irritante et puérile, d’aborder les éditeurs, les libraires, ou les écrivains, avec cette morgue qui lui valut son isolement.

Dommage pour lui. Jean-Edern était un merveilleux écrivain. Qui ne se souvient de « La cause des peuples » (1972), de « Chagrin d’amour » (1974), ou « L’évangile du fou » (1988).

Jean-Edern s’était fourvoyé en Mitteranderie. Se croyant interdit d’édition, mais effectivement surveillé par le pouvoir (les grandes oreilles), il nous avait sollicités mon père et moi pour publier ce qui devait être sa grande charge hugolienne à l’encontre du marcheur de Solutré. (Ce qui nous valut évidemment aussi d’être « écoutés »). Mais c’était nul, vraiment nul, et dans les quatre épreuves (du synopsis au livre complet) qu’il nous soumit, il n’y eut que bassesse, médiocrité, et bave de cabot.

Pauvre Jean-Edern, éternel enfant gâté, qui gâcha son intelligence et sa vie à trop fréquenter les gens de pouvoir, puis à les fustiger.

Hier, dans la bibliothèque de mes parents, j’ai retrouvé son « Journal d’outre-tombe » (édition Michalon 1998). Tout entier dévoué à l’éloge de sa personne, et parcourant les frontières de son nombril, le journal de Jean-Edern est insignifiant. Mais j’y ai trouvé quelques clefs de lecture pour comprendre ces auteurs qui essaient désespérément de transformer le brouillon de leur vie en suaire d’écrivain :

« Quand c’était une blonde que j’avais dans mon lit, je lui demandais de me lire du Pouchkine, et une brune du Hemingway. Et comme elles lisaient toutes très mal, je finissais par les baiser pour les faire taire. Et hop une deuxième vodka !

Je trouvais quand même le moyen de travailler trois heures, et pendant trois autres heures je me donnais l’illusion vodkaisée que je travaillais. Disons les choses comme elles sont : C’était un superbe travail de démolition. Commentaires : Ne pas s’apitoyer, ne pas répandre de la vilaine sentimentalité. Ne pas plaire aux bourgeois qui guettent le moment où ils pourront enfin admirer votre viande froide. La maîtrise, c’est de donner à la souffrance tout son ressentiment comique. »

« Moi je ne vois pas en quoi l’homme frivole que je suis a manqué un seul instant, dans sa vie au sérieux véritable des choses… J’imagine que les mêmes réactions durent avoir lieu avec Voltaire ou Cocteau. Pour la plupart, le sérieux, c’est l’air sérieux ».

« Au fond, qu’a-t-il, mon personnage ? Son crime est-il d’être populaire auprès de simples gens, et d’être haï par la camarilla toute puissante des imposteurs au pouvoir ? Je n’aurais donc jamais de repos… A part le repos éternel, bien sûr ! »

Ainsi a péri, à petits feux, un représentant honorable et sympathique de la gauche caviar, qui n’avait de cesse de dénoncer la « droite poilane ». Une triste entreprise de démolition. Il lui aura manqué d’écrire le chef d’œuvre qui aurait fait de lui le dernier poète maudit du XXème siècle.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 13 août 2007

James Patterson « Sur le pont du loup » (JC Lattès)

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Depuis le 11 septembre, tout est crédible en matière de menace terroriste. Mais j’ai vraiment du mal, hors contexte de l’humour anglais d’une série telle James Bond, d’imaginer dans le rôle du méchant, un démiurge sans caution idéologique. Pourtant, James Patterson connaît les grosses ficelles. Et on se laisse prendre.

Son roman, c’est du Jean-Pierre Granger, sans finesse il est vrai. C’est du rythme et de la tension, mais sans réelle émotion. C’est total visuel. Un scénario de film, avec un héro mythique, Alex Cross, suffisamment humain pour que n’importe quel lecteur puisse opérer un transfert narcissique sur le personnage.

Alors, emmitouflé entre deux blocs de granit sur la falaise, cela se laisse lire, cela se lit vite. Un livre de plage, quoi !

Michel-Edouard Leclerc

Dimanche 12 août 2007

L’Amérique empêtrée ! Français et Européens devraient-ils se réjouir en cette hypothèse ?

Libération consacre sa une et cinq pages au déclin supposé de l’influence américaine : « hyper puissance empêtrée, l’Amérique regarde sa bannière s’étioler ». Beau travail de rédaction, un dossier en apparence bien traité, avec quelques synthèses pertinentes. Mais tout cela, observé à la loupe, laisse tout de même perplexe.

Première observation

Même si le journal justifie cette cover, en le rattachant à sa thématique d’été « nouvelles tendances », l’argument ne trompe personne. C’est bien la présence de notre président aux USA qui rend l’article « opportun ». Et le journal, sans en avoir l’air, inscrit son argumentaire dans le courant des critiques émis par le PS selon lequel, l’américanophilie de Sarkozy est une erreur, voire une faute (Pierre Moscovici).

Personnellement, j’adhère à l’idée que Sarko en fait trop dans le côté Kennedy people. Mais tout de même ! Pouvait-on en rester à l’ère du coq gaulois, d’un Villepin ou d’un Chevènement porteur d’un étendard d’arrogance et de mépris ! L’heure est au dialogue avec notre allié. Qui s’en plaindra ? Dialoguer nécessairement avec Bush, puisque c’est lui le président ! Avec l’Amérique médiatique ou politique qui ne s’y est pas trompée et reconnaît là une sympathique et nécessaire occasion de se remettre au travail ensemble (il suffit pour s’en convaincre de lire les journaux US ! Ils sont quasi unanimes).

Et puis, pourquoi faudrait-il laisser les Poutine, les Blair, les présidents indiens ou palestiniens s’afficher avec le président américain, en étant les seuls à pratiquer la chaise vide. Ce que fait Sarkozy n’est pas mauvais pour notre image, notre retour sur la scène internationale.

Deuxième observation

Quand elle ne sert que de prétexte, l’analyse finalement devient partiale.

On connaît la propension des intellectuels français à bouder systématiquement tout ce qui vient des USA et à caricaturer la politique de ce pays (bah, ils nous le rendent bien !).

On reconnaît que leur politique étrangère a subi de sévères déboires, en Irak, en Afghanistan peut-être aussi.

On voit bien aussi que relevant la tête, la Russie, la Chine et l’Inde réclament leur part du gâteau et imposent leur présence sur la scène internationale.

Et c’est trop facile de dire, sans avoir à le justifier, que les peuples du monde n’ont jamais autant manifesté leur antiaméricanisme qu’aujourd’hui…

Il ne faut pas être fin observateur pour constater que

1. Militairement, malgré le bourbier irakien, l’armée US reste de loin, de très loin, la première armée du monde, la seule à pouvoir couvrir le globe de sa capacité d’intervention.C’est elle qui nous transporte et sécurise nos troupes en Afrique et au Proche-Orient, et jusqu’au cœur de l’Europe (ex Yougoslavie !!!).

2. Commercialement, les USA exportent admirablement leur technologie (accord récent en Inde et en Chine sur le nucléaire) en dégageant de très fortes valeurs ajoutées, donnant totalement le change aux Européens et aux Japonais.

3. Au Maghreb, en Afrique, au Moyen-Orient et dans l’est de l’Europe, tout autant qu’en Asie du sud-est, c’est la technologie et l’efficacité de l’économie américaine qui fascinent et qu’on sollicite ! Si crispation russe il y a, c’est bien la cause de l’influence supposée des USA en Pologne, en Ukraine, en Géorgie et dans les Etats Baltes.

Je ne parle évidemment pas non plus du secteur culturel : cinéma, littérature, TV. On aime ou on n’aime pas, mais question influence, jamais les productions américaines ne se sont autant imposées dans le monde !

Troisième observation

Alors, passe qu’on veuille se faire plaisir ou qu’on jouisse d’une pseudo déroute de nos alliés. La question importante est la suivante : A qui profite cet hypothétique déclin ? Et subsidiairement, l’Europe y trouve-t-elle son compte ?

Et bien justement, de l’Europe, il n’est pas question une seule fois dans les cinq pages de Libération. On cherchera en vain une seule référence sur le terrain militaire commercial ou culturel, qui démontre en quoi l’Europe a fait mieux !

Et oui, c’est là tout le problème. Tout occupée à critiquer son allié, l’Europe, Français en tête, cherche inconsciemment des raisons de ne pas se regarder en face. J’en veux pour preuve ce commentaire acerbe, aussi caricatural que faux-cul, qui amène le journaliste à faire la moue sur la faible performance de la croissance américaine : « Le chômage US est au plus haut depuis janvier ».

Tu parles ! 4.6% de chômeurs. Nous, avec nos 10%, on a toutes les raisons de se focaliser sur la paille dans l’œil du grand cousin.

Décidément, l’analyse géopolitique ne fait pas bon ménage avec les états d’âme.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 10 août 2007

Jacques Chessex : « Le vampire de Ropraz » (Grasset)

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C’est une histoire glauque, dans un univers angoissant, de maisons tristes, entourées de sombres forêts. Ce pourrait être dans les Carpates, dans les Ardennes, mais cela se passe en Suisse, tout prêt de chez Jacques Chessex.

Un scénario à la Werner Herzog (Gaspard Hauser). Cela commence comme la chronique journalistique d’un fait divers : Un saccage de tombe. Et puis très vite, on est plongé dans le sordide : L’alcoolisme, l’inceste, la misère sexuelle. On aurait tort de n’y voir que la description d’une série de crimes sexuels dans des campagnes les plus reculées, loin de toute urbanité. D’abord, parce que l’actualité de cet été, comme celle de tous les étés, sait rattraper le temps de « ces histoires là ». Mais tout simplement, parce que derrière l’anecdote (une histoire de vampire et de rumeur), on rentre dans un conte métaphysique, qui renvoie un regard bien sombre sur les conditions de notre normalité, avec sa part d’interdit refoulé, de bonne conscience policée et de fantasmes inavouables.

Un petit livre envoûtant, dérangeant, merveilleusement et simplement écrit.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 9 août 2007

Polar : « Danse de mort » Preston et Child (édition L’Archipel)

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Suite des aventures de l’inspecteur Pendergast. J’aime cette série : On se ballade chez Conan Doyle. Tout est improbable, mystérieux, avec des rebondissements à foison.

Du tandem Preston et Child, j’avais aimé « Les croassements de la nuit » (2005). Mais surtout les deux précédentes livraisons de ce serial thriller construit autour de la personnalité churchillienne de Pendergast : « La chambre des curiosités » (2003) et le magistral « Violon du diable » (2006). Le cycle devrait d’ailleurs être bouclé avec le prochain volume.

Il y a des moments, comme cela, où je ne peux plus « avaler » de journaux, de littérature qualifiée comme sérieuse. Ni même, pourquoi ne pas le dire… de beaux textes. La fatigue, un besoin d’irrationnel, de délire, de loufoque, de surprise. Alors, dans l’avion, dans le train, mais quelquefois aussi une nuit entière et jusqu’à l’aube, j’adore me plonger dans un bon polar. C’est un genre littéraire que l’on redécouvre aujourd’hui à travers des festivals (Cognac) ou des rééditions.

Mais pour moi, c’est aussi un territoire d’écriture qui reste à explorer, un univers où réalité et fiction s’entremêlent sans que l’on ait à justifier les lignes de démarcation. C’est probablement dans cet univers que l’on trouve aujourd’hui une liberté de plume inégalée, exigeante, attentive, curieuse, pour décrire la profondeur des caractères humains et des comportements dans les sociétés bouleversées par les changements de notre environnement.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 7 août 2007

Cannabis : l’idéologie libertaire mise à mal par les scientifiques

J’ai bien aimé l’édito de Laurent Joffrin dans Libé ce matin (7/08/07) oh rien d’héroïque, rien de spectaculaire. Mais quand on sait la surenchère de mauvaise foi développée dans les milieux libertaires par les partisans des drogues douces, et la révulsion des lecteurs de Libé face au discours anticannabis, on ne peut qu’applaudir au courage de l’éditorialiste.

Cela fait pourtant plusieurs années que la communauté scientifique tirait les sonnettes d’alarme à propos des effets néfastes du pétard. Et notamment, les médecins en charge d’étudier l’impact de la fumette sur les conducteurs.

Rien n’y faisait. Ce discours était tout de suite disqualifié, requalifié « de droite » et suspect d’émaner des partisans du seul consommer correct.

Oui mais voilà. Comme le dit Laurent Joffrin, « confirmant les données qui s’accumulent depuis plusieurs années, les autorités les plus crédibles (les scientifiques) viennent de rendre leur verdict. Le cannabis favorise les maladies cardiovasculaires ; il est très dangereux au volant à forte dose, il est soupçonné de faciliter le développement de la schizophrénie ». Pas moins que cela.

Seul constat en guise de lot de consolation : Le cannabis rend moins addict que la nicotine.

S’il n’est pas question de céder à la tentation idéologique du « tout répressif », la lutte contre la profusion du cannabis est donc bien légitime. Elle passe forcément par des campagnes de prévention et beaucoup de pédagogie. Mais certainement aussi, par un peu moins de cette naïveté véhiculée par toute une génération d’adultes qui oublient que 11% des Français tirent sur leur joint très régulièrement.

Je vise par exemple ici la position de Dominique Voynet, dans ce même journal. Ah que le jeunisme des Verts prend des airs désormais sacrément hypocrites. Et irresponsables ! Comment peut-on encore plaider pour la légalisation du cannabis, au motif qu’elle pourrait « être contrôlée » (sic) et que seul dans ce cadre l’Etat pourrait mieux organiser la prévention. Laure Equy, qui interviewe la sénatrice des Verts, lui tend pourtant une perche plus grosse qu’une barrette : « pourquoi ne pas seulement proposer la dépénalisation du cannabis ? ». Dominique Voynet a la réponse bien fumeuse : « S’il ne légalise pas, l’Etat n’a aucune prise sur les trafics et la composition des produits qui circulent ». Pitoyable ! Comme si la légalisation de l’alcool était la condition nécessaire à la lutte contre l’alcoolisme.

Allez Laurent ! C’est bien d’oser parler ainsi. Ce n’est pas être conservateur que de s’afficher responsable. Et le combat pour la liberté n’a de toute façon de sens que pour qui préserve sa santé !

Michel-Edouard Leclerc