
L’année dernière, c’était à la Tour Eiffel. Une vente « sauvage » de fruits et légumes, pour dénoncer les marges excessives de la grande distribution ! Un rituel !
Chaque année, c’est la même mise en scène orchestrée pour passer au JT de TF1 et offrir ainsi à la chaîne de Boulogne le moyen de combler l’absence de sujets autrement plus complexes en cette saison. Seule anicroche durant l’opération de l’été 2006 : des journalistes avaient osé fouiner dans les cageots. Nos beaux produits de terroir avaient été quelque peu mélangés avec des produits espagnols. Histoire, probablement, de gonfler les ventes et de profiter de l’aubaine…
Cette année, c’est à la Bastille. On nous avait annoncé une vente géante : 60 tonnes de fruits, montées en tête de gondole par le MODEF, soutenue par quelques élus communistes et des syndicalistes ruraux du Sud-Ouest, toujours pour protester contre les marges excessives de la grande distribution !
Cela fait 30 ans que je suis dans le métier. 30 ans qu’on nous ressert le même discours.
A y regarder de près, les prix n’avaient pourtant rien à envier à ceux d’un centre E. Leclerc (pourtant, on prétendait assurer, ici, une promotion exceptionnelle !). Et on a bien omis de raconter aux journalistes que les mêmes syndicats agricoles s’opposent, depuis 1997, à toute publicité de prix dans les journaux et à la radio sans leur accord (histoire d’empêcher justement que Leclerc et autres consorts puissent vendre moins cher et s’en prévaloir !).
A une certaine époque (dans les années 60), Alexis Gourvennec, le roi du chou-fleur et fondateur de l’une des plus grandes coopératives de l’Ouest, avait émis une idée géniale : « Si les agriculteurs veulent conserver leurs marges, il faut qu’ils maîtrisent toute la filière, de la transformation à la commercialisation ! ». Il avait alors suggéré la création de magasins verts (propriété des coopératives agricoles ou des agriculteurs) pour concurrencer les autres formes de distribution modernes.
L’idée n’a pas eu de suite, en tout cas pas sous cette forme. A écouter le MODEF, on se demande bien pourquoi, puisque selon ses affirmations, la grande distribution s’en met plein les poches sur les fruits et légumes.
Eh bien, puisque aucun argument rationnel ne sera efficace dans le contexte d’une telle exploitation médiatique, il reste aux distributeurs à lancer ce défi à leurs fournisseurs : « Créez donc vos propres réseaux de distribution, montrez-nous l’exemple, montrez-nous comment vous allez vendre moins cher et pas simplement le temps des promotions ! »
Chiche ?





