Archive pour août 2007

Lundi 6 août 2007

Franchise, forfait ou déremboursement : l’art de ne pas parler du prix des médicaments !

Cela sent les vacances à plein nez. Chez les politiques et dans les médias. Incroyable comme l’annonce effectuée par Nicolas Sarkozy, proposant des franchises sur certains actes médicaux, n’a suscité aucun prurit d’acné chez ceux qui restent farouchement opposés à la « privatisation rampante de la santé ». Pratiquement pas un mot de l’UFC Que Choisir, ni des syndicats de salariés. Personne n’a moufté. Il faut croire que la com autour de cette affaire a été rondement menée.

Et pourtant ! Il existe déjà depuis 2005 différentes formes de franchises.

C’est le forfait de 1 euro non remboursé sur les consultations médicales.

Il y a aussi le forfait de 18 euros sur les actes supérieurs à 91 euros.

Et le forfait de 17 euros sur les actes en secteur hospitalier.

Tout le monde n’est pas touché par ces déremboursements. Mais si l’on compte l’effet du ticket modérateur (souvent prix en charge par une mutuelle) c’est près de 110 euros en moyenne qui restent à la charge de l’assuré français.

Personnellement, je ne suis pas contre une certaine forme de déremboursement. Il faut responsabiliser ! Les Français consomment beaucoup trop de médicaments. Et la sécu n’a plus les moyens de cette gabegie.

Mais l’histoire de ces franchises médicales, c’est un peu comme le coup des heures supplémentaires versus les 35 heures, ou le vote de la grève au septième jour versus l’obligation de service minimum. On tourne autour du pot, on refuse d’affronter les corporatismes ou le confort des gens concernés. On ne dit pas les choses clairement. On invoque la mobilisation contre alzheimer quand d’autres prétendaient affecter l’argent de la quête à la lutte contre le cancer. Mais comme on sait que tout cela passe le pot commun de la sécu, on finit par susciter de l’incompréhension (face à la complexité du système) et certainement aussi beaucoup de méfiance.

Avec 6 milliards de déficit dans la seule branche maladie de la sécu, les arguments ne manquent pourtant pas pour serrer les vis de la dépense. Tout le monde le sait bien en son for intérieur. Faute d’argent, nos organismes sociaux sont condamnés à rembourser moins, et à renvoyer les accros du médicament vers les assurances privées !

Je ne sais pas s’il est techniquement possible de plafonner les franchises médicales en fonction du revenu des Français. Ce serait certainement une bonne chose. Mais une chose est certaine. Pour la moyenne des Français dont le pouvoir d’achat reste modeste, la question centrale va redevenir celle du prix des médicaments.

Pour les pharmaciens de mon groupement (près de 200 diplômés de pharmacie sont actuellement au commande de nos parapharmacies), la question mérite qu’elle soit posée. Devant les instances ordinales, et devant le législateur. Et pourquoi ne pas l’annoncer dès maintenant. Nous avons aussi quelques réponses et propositions à faire. A bientôt donc sur ce sujet.

Michel-Edouard Leclerc

Dimanche 5 août 2007

Les bons mots de l’almanach du marin breton

L’almanach du marin breton est une véritable institution. Depuis 109 ans, il informe les marins de l’horaire des marées, de l’évolution des courants, et des éphémérides. Pour qui ne navigue plus assez souvent (ce qui est mon cas), il contient toutes les informations sur la radio navigation, les phares et les feux, les entrées de port. Un vrai bréviaire. Avec, en guise de psaumes, quelques jolies citations en haut de page, dont la lecture, à l’heure de l’apéritif, reste joliment édifiante.

Je ne résiste pas, entre deux réglages de grand voile de vous en livrer quelques unes :

Maritime

« C’est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle » (Jean Jaurès)

« Les bateaux sont plus à l’abri dans les ports… Mais ils ne sont pas faits pour cela ! »

Philosophique

« La liberté n’est pas de faire ce que l’on veut, mais de vouloir ce que l’on fait ».

« Le plus haut prince du monde n’est jamais assis que sur son cul ».

Spirituel

« Le con ne perd jamais son temps, il perd celui des autres ».

« Tout ce qui branle ne tombe pas ».

Je vous laisse méditer. Je retourne siroter ma bolée de cidre brut (garanti pur Fouesnant).

Michel-Edouard Leclerc

Samedi 4 août 2007

Hausse prix agricoles : Les agriculteurs doivent-ils s’en plaindre ?

Je ne comprends pas l’insistance de Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, à crier sur tous les toits que la hausse des prix alimentaires est inéluctable, qu’elle est structurelle, et que les Français vont devoir s’habituer pour longtemps à payer plus cher leur alimentation. Je ne cherche aucune polémique avec lui, mais je trouve ce discours excessif, et surtout anticommercial. Quel est l’intérêt, pour les agriculteurs, d’effrayer par avance les consommateurs ?

Je ne conteste pas l’importance sectorielle de cette évolution de prix. Mais faut-il que ce soit les agriculteurs qui s’en plaignent ?

Les éleveurs (porc, viande rouge, volaille) vont certainement en faire les frais. Leur approvisionnement en farine va s’en trouver renchéri. Mais pour Jean qui pleure, combien de Jean qui rient ? Je pense aux éleveurs laitiers, dont le cours du lait ne peut qu’augmenter le revenu. Je pense aux céréaliers, aux producteurs de blé, d’orge et de maïs, et même aux producteurs de betteraves dont les marges vont augmenter peut-être de 20 ou 25% dans l’année !

Les discours alarmistes sont d’autant moins fondés que cette évolution des prix a été recherchée par le gouvernement et la FNSEA elle-même. Qu’il suffise de relire les déclarations des ministres de l’industrie et de l’agriculture ou des dirigeants agricoles, s’agissant du lancement de la filière bioéthanol en France : « Le carburant vert, c’est une augmentation de revenu pour nos agriculteurs, un débouché durable…». Ce sont les agriculteurs de la Marne, de Normandie ou de Poitou-Charentes, qui nous ont sollicité pour investir, en pionniers dans un réseau de distribution spécifique, préalable au décollage de ces nouveaux carburants.

Curieuse attitude donc que celle qui consiste à se plaindre d’une évolution des prix qui finalement constitue un effet d’aubaine pour nombre d’agriculteurs, et qui a été recherchée par ceux-là mêmes qui s’en plaignent !

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 3 août 2007

Raymond Carver : un « minimaliste » en littérature ?

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Toute une génération d’écrivains, notamment celle qui a publié depuis la fin des années 80, se revendique de l’héritage de Raymond Carver.

Celui qu’avec une certaine emphase on qualifiait aux Etats-Unis de Tchekov américain a, comme son homologue

Sam Shepard, fasciné nos bons auteurs par la simplicité apparente de son écriture, très « parlée », souvent même sur le mode des contes ou de récits enregistrés.

Je ne l’avais jamais lu. Profitant de quelques jours de repos, je me suis plongé dans « Les feux ». Bercé par la houle faignante qui vient caresser les falaises de l’Ile de Groix, je me suis laissé prendre par la poésie de ce recueil d’interviews et de nouvelles.

Carver y dit son parcours, ses errances, la difficulté d’écrire. Son plaisir aussi.

Ecrire : « Quand j’écris, j’écris tous les jours. Dans ces moments là je suis aux anges. Les journées s’imbriquent les unes dans les autres. Parfois, je ne sais même plus quel jour on est… Je reste accroché à ma table jusqu’à dix, douze, quinze heures d’affilée, jour après jour. Et quand cela se passe comme cela, j’y prends infiniment de plaisir ».

Le travail : « La plus grosse partie de mon temps de travail est absorbé par les révisions et les remaniements.(…) Quand j’écris la première version d’une nouvelle, je l’écris d’un seul jet… Il peut m’arriver de réécrire une nouvelle 20 fois, 30 fois. »

Un métier donc, tout autant qu’une passion. Carver, comme d’autres écrivains bourlingueurs, ou encore comme John Fante, est un self-made man. Il a fait tous les métiers, il a crevé la dalle, beaucoup picolé, plongé dans le désespoir et les échéances de fin de mois. Mais sans être socialement correct (il adule John Steinbeck ou Ernest Hemingway) il n’a pas une conception engagée de la littérature.

La littérature : « Elle n’a aucun devoir. Elle est là pour le plaisir intense que nous prenons à la faire…Le plaisir à lire quelque chose qui a du corps, quelque chose qui a été conçu pour résister au temps, en plus de la beauté qui en est l’essence même… Une braise dont la lueur, pour sourde qu’elle soit, n’en est pas moins opiniâtre ».

« Les feux » sont publiés aux éditions de l’olivier. On trouve en livre de poche biblio deux autres titres majeurs de Raymond Carver : « Les vitamines du bonheurs » et « Parlez-moi d’amour ».

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 2 août 2007

Le distributeur et les touristes : Une provocation ordinaire

Environs de Concarneau, sur une plage. Des familles entières ont pris place sur le sable pour tenter de capter les rayons capricieux d’un soleil qui se fait trop désirer.

La saison touristique sera mauvaise, tous les commerçants et les touristes, dépités et résignés, ont tiré un trait sur l’année 2007.

Tous ?

Non. Certains distributeurs croient encore au miracle, et pouvoir jeter leur ligne, de très haut dans le ciel, pour appâter les derniers chalands.

A mille mètres au dessus de nous, un petit avion tire bruyamment sur sa traîne publicitaire. Il avance en crabe, simulant dans son parcours les anses dessinées par l’embouchure de l’Aven et du Belon. Dans le silence d’un après-midi sans vent, et alors que les enfants achèvent religieusement leur goûter, tous les regards tentent de décrypter le dazibao.

On s’attend à la promotion du breizh cola, des galettes Traoumad, ou du pâté Henaff. Ou même peut-être, en adéquation avec la météo, une pub des cirés Cotten, ou des pulls marins Armor Lux. Pas du tout !

Alors que le marché local du poisson subit de fortes perturbations, Géant propose une savoureuse « crevette d’Equateur » à un prix imbattable et ce… jusqu’au samedi suivant.

Grosse rigolade. Même les enfants s’ébrouent sur le sable, et certains miment l’envoi d’un missile Sol-Air ! Il faut dire que la provoc était improbable. « Si l’avion continue sa route jusqu’au Guilvinec ou Douarnenez, il va se faire descendre par les « péchous », c’est sûr » commente le marchand de glaces.

Sans tomber dans la complaisance régionaliste, on se demande parfois par quel processus de décision, un distributeur qui dépense des millions pour se donner une image locale, sabote ainsi, en quelques secondes, un tel investissement. Je le dis sans chercher de polémique particulière, car cela pourrait très bien se passer chez Leclerc, j’en ai parfaitement conscience. Le vendeur voulait probablement bien faire, en proposant son imbattable promo. Mais il suffit quelquefois d’un bégaiement, d’un ratage, même des plus loufoques, pour que les plus belles mises en scène deviennent des « fours » ! La leçon vaut pour tout le monde.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 1 août 2007

Inflation, le retour ?

Je ne partage pas les propos alarmistes de ceux qui, analystes ou industriels, s’effraient actuellement du retour de l’inflation. Je n’en vois les prémices ni en France, ni en Europe. Et hormis les conséquences d’une crise financière potentielle (la bulle immobilière !) il n’y a vraiment aucune raison de vouloir affoler la populace, aucun facteur objectif qui puisse venir étayer un discours aussi excessif.

Précisons donc

1. Incontestablement, la forte croissance des économies chinoise, indienne et russe tire le marché des matières premières à la hausse. Le pétrole bien sûr, mais aussi le fer, le charbon, le nickel et tous leurs dérivés. Cette tendance, admirablement analysée par l’économiste P. Chalmain dans la revue Cyclope, s’inscrit dans une évolution de long terme.

2. Plus spectaculaire mais largement annoncé par les spécialistes, le déficit de certaines productions alimentaires fait aussi flamber certains prix : le lait, le beurre industriel, les céréales. Mais ce fait est essentiellement conjoncturel, dû à de mauvaises récoltes (la météo !).

3. Malgré ces données, qui font la une des journaux, je maintiens que ces hausses seront d’impact limité pour les consommateurs.

a) Tout d’abord, le coût de ces matières premières n’intervient que pour une part relativement faible du prix final des denrées proposées au consommateur. Si l’on excepte quelques produits consommés à l’état brut, (comme le lait de consommation courante, ou même la farine de cuisine), la valeur ajoutée apportée par le processus de transformation minimise largement l’effet haussier des matières premières. Même s’agissant du prix de la baguette de pain, il faut savoir qu’une hausse de 50% du prix du blé n’aurait qu’un effet de 5% sur ce produit. (et je défie certains boulangers parisiens qui vendent la baguette à 1.30 euros de justifier leur prix par le coût de la matière première !).

Pas de quoi donc rameuter le Raid ou le GIGN pour éteindre une prétendue flambée des prix.

b) Par ailleurs, le marché des produits manufacturés est extrêmement bagarré au niveau mondial. Entre les grandes marques internationales bien sûr. Mais aussi, du fait des importations réalisées par les distributeurs ou les transformateurs eux-mêmes. Ainsi, même si le marché mondial des matières premières est à la hausse, celui des produits manufacturés n’enregistre aucun processus identique.

De toutes ces considérations, il faut retenir la nécessité d’être vigilant, notamment à l’égard des professions non concurrencées (secteur des services domestiques notamment) mais pour le coup, même si je les trouve souvent timides, les projections de l’INSEE prévoyant un taux d’inflation ne dépassant pas 2 ou 2.2% en 2007 me semblent complètement fondées !

Michel-Edouard Leclerc