
© Delfikprod-ALDAG/GRESLE
De gauche à droite : Yann Queffélec, Alan Stivell, Jean Yves Le Drian, Jean Pierre Pichard, Irène Frain, Jean Louis Jossic, Michel Edouard Leclerc
L’Elysée a démenti. Même si Yasmina Reza en a rapporté le propos, Nicolas Sarkozy n’aurait jamais dit « Je me fous des Bretons », dans un accès d’irritation.
Toujours est-il que les Bretons, eux, ont décidé de faire campagne. Pas pour les municipales, même pas pour les présidentielles ! Jean-Yves Le Drian, président socialiste de la région Bretagne, voit plus loin. C’est toute la Celtie qu’il entend rameuter, de gauche et de droite, de terre et de mer, pour rappeler que dans nos globules, il n’y a pas que du rouge, mais aussi une bonne matière dont on a su faire de grands chefs d’entreprise, des écrivains exceptionnels et des bardes que s’arrachent les majors.
Avec humour et non sans panache, les organisateurs de la Breizh Touch offriront aux Parisiens une Breizh Parade tout en couleurs, avec plus de 3 000 sonneurs, souffleurs de binious et bombardes, chapeaux ronds et coiffes au vent, pour le plaisir, pour la fierté.
Mercredi soir, tous ceux qui comptent dans le Landerneau politique et culturel ouvraient le bal sur la terrasse de Publicis. Mais je voudrais juste ici, sur ce blog, vous narrer un temps fort de cette joyeuse manifestation, très émouvant.

M. Levy et M. Yannick Le Bourdonnec, nos hôtes chez Publicis
Ce fut d’abord Maurice Lévy qui, impressionné par le côté jubilatoire et indiscipliné des représentants du Breizh Power, a fini par se demander si cette diaspora des prés salés n’était pas l’héritière d’une de ces tribus perdues d’Israël, au même titre que les Cosaques ou les Kashars qui le revendiquent déjà.
Malicieusement, je lui ai fait remarquer que « Lévy », ça ne sonnait tout de même pas comme « Divellec », « Queffélec » ou « Stivell », et donc que quelqu’un avait dû fauter en d’autres temps historiques. Pas déstabilisé pour un sou, il a rétorqué que Leclerc n’était certainement pas non plus un nom breton. Touché, coulé !
Pendant le discours d’accueil de Maurice Lévy, Irène Frain, très dissipée, m’apprenait que dans l’entre-deux-guerres, et surtout après la montée des Ligues, les Juifs parisiens originaires d’Europe Centrale s’appelaient entre eux « les Bretons », pour évoquer leur statut d’expat.
Yann Queffélec, nous rejoignant, rappelait qu’en Bretagne, il n’y eut jamais de pogroms (je ne suis pas sûr que ce soit vrai, et que notamment il n’y ait pas eu d’exactions au XVIIIème siècle contre la communauté juive en Bretagne Sud. A vérifier.).
Mais c’est Michel Drucker qui a suscité le plus d’émotion en rappelant qu’il doit la vie à des Bretons.
« En 1942, mon père étant parti là où vous savez, ma mère s’est retrouvée en Bretagne avec mon frère Jean. Moi, j’étais encore dans son ventre.
Elle habitait dans un village des Côtes du Nord (ancienne appellation des Côtes d’Armor). Un jour qu’elle se trouvait à la gare de Rennes, un officier de la gestapo l’a interpellée. Par chance, un homme s’est interposé et a su passionner l’officier en l’entraînant dans une discussion sur la culture germanique (les deux hommes étaient manifestement lettrés). Au point que le soldat en oubliât un instant l’objet de son intervention. Et quand, reprenant son rôle, il interrogea ma mère, le Breton l’a prise sous sa coupe en disant tout simplement « c’est ma femme ». L’affaire en resta là.
L’homme en question s’appelait Pierre Le Lay. Prémonition, manifestation du surréel, tout ce que vous voulez, c’est la famille Le Lay qui protégea notre famille. C’est dans ce même village où je suis né que, jusqu’en 1946, j’ai joué dans les copeaux de la scierie de François Pinault. Et si je suis amoureux de la petite reine, c’est sans doute parce qu’on allait chercher le pain chez les parents de Louison Bobet. Vous comprenez ainsi les liens qui m’unissent à la Bretagne.»
Emouvantes, improbables…ces anecdotes ont, mercredi, coloré cette soirée inaugurale d’une charge affective très forte entre les deux diasporas, la juive et la bretonne.
Toujours est-il que cette semaine parisienne s’annonce prometteuse : hommes et femmes de Bretagne animeront des stands, des expositions dans divers endroits de la capitale.
- Sur le quai Saint-Bernard (5ème arrondissement), 3 chalutiers ont jeté l’ancre et ont pris pied dans Breizh sur Seine.
- Le 21, au Zénith, à partir de 16h00 et jusque tard dans la nuit, un Cyber Fest-Noz fera péter les décibels.
- Du 20 au 22 septembre, Harvest Festival et toute la bande de Jean-Pierre Pichard, ancien directeur du Festival interceltique de Lorient, organisent des concerts dans plusieurs salles parisiennes.
La Breizh Attitude, c’est vraiment cool !

Michel Drucker remet le DVD d’Or à Alan Stivell