
Je fais suite aux remarques concernant la faible activité promotionnelle dans le secteur des fruits et légumes (Cf mon précédent billet du 20/08/07). Beaucoup de consommateurs ont pu constater qu’il n’y avait pas, ou très peu, de publicité sur les fruits et légumes dans les journaux régionaux, et pratiquement jamais de prix sur les catalogues publiés par les enseignes.
J’en donne donc, ici, une explication succincte.
C’est un débat qui avive les relations agriculture/commerce depuis la fin des années 90.
Les syndicats agricoles (représentant des horticulteurs principalement) ont longtemps été hostiles à des publicités de prix dans les catalogues.
Il faut savoir que, compte tenu des délais de fabrication d’un catalogue, le délai entre la conclusion d’un prix…et la commercialisation du produit peut atteindre plusieurs semaines.
Dès lors, le risque existe qu’en période d’augmentation des cours, telle enseigne casse la tendance en proposant un prix très bas et empêche ses fournisseurs de profiter de la hausse.
En 2001, la loi NRE a donc imposé l’interdiction de toute publicité de prix hors lieu de vente, sauf accord de l’interprofession.
Et jusqu’en 2005, ce dispositif a été en vigueur, avec menace de procès à la clé, limitant ainsi les possibilités d’animer le marché.
Les résultats commerciaux furent catastrophiques. Les syndicats agricoles ont commencé à lâcher du lest. En février 2005, la publicité des fruits et légumes frais, hors point de vente, a été autorisée, notamment à la radio, mais toujours sous réserve de respecter les exigences suivantes :
. Accord préalable de l’interprofession sur le prix de vente proposé par le distributeur.
. Il faut que l’offre soit valable 5 jours maximum.
. Diffusion du catalogue 3 jours au plus avant le début de l’offre.
Pour nous, distributeurs, et même pour les producteurs les plus « push-vendeurs », c’était mission impossible, en tout cas, une opération sans intérêt.
1) Vous imaginez bien que nos acheteurs, mais aussi nos fournisseurs, n’ont pas envie de passer l’information à une interprofession où siègent leurs concurrents.
2) De plus, on estime que pour qu’une offre catalogue ne soit pas mensongère, il faut qu’elle soit valable au moins 10 jours, soit deux fois plus que les exigences syndicales. On n’allait pas ramasser les catalogues au bout de 5 jours !!!
Il faut bien reconnaître qu’actuellement, les syndicats et l’interprofession ont mis un peu d’eau dans leur vin. En clair, ils sont plus tolérants et font moins de fixation sur ce problème, surtout quand il s’agit d’écouler de la marchandise en surabondance comme en cette fin d’été.
Il n’en reste pas moins que ce type de réglementation produit des publicités dont on finit par se demander quel est l’intérêt, à l’instar de celle du groupe G20 (catalogue du 26/09 au 6/10). Elle consacre la moitié d’une page à la promotion des chou-fleur, laitue, tomate, poire et autre raisin… Elle ne comporte donc aucune indication de prix. Les consommateurs sont invités à aller en prendre connaissance dans les magasins.
C’est ainsi : la France réussit à classer quelques belles écoles de commerce dans le classement européen des meilleures institutions. Mais dans certains secteurs, on croit manifestement encore, comme dans le sketch célèbre de Fernand Raynaud (« Elles sont belles mes oranges pas chères »), que les consommateurs achètent aveuglément !





