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Lundi 15 octobre 2007

L’Ilec et la réforme de la loi Galland : les industriels font de la résistance

La publication des premiers travaux de la Commission Attali a au moins ce mérite. Les loups sortent du bois ! On approche de l’opération vérité.

Ah ! Il faut prendre le temps de le lire le communiqué de presse publié par l’Ilec, cette association qui regroupe tous les grands industriels des biens de consommation (Procter, Coca Cola, Nestlé, Danone, etc.). Un vrai morceau d’anthologie.

1) L’Ilec ne conteste plus la nécessité de permettre aux distributeurs de répercuter les marges arrière dans les prix. Vous me direz, c’est bien, c’est déjà un grand pas de fait. Oui, sauf que ça revient à faire compenser les hausses tarifaires des industriels par la baisse de marge des distributeurs. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé l’année dernière. Le système peut fonctionner, mais pas dans la durée.

2) Mais s’il est partisan de leur réintégration, l’Ilec est contre la suppression des marges arrière. Il veut, après avoir dénoncé cette pratique, maintenir l’obligation pour le commerçant de facturer ses services (têtes de gondole, catalogues, etc.). Au fond, ce n’est pas la loi qu’il estime perverse dans son principe, mais le comportement des distributeurs qu’il voudrait endiguer soit par une barémisation de la coopération commerciale, soit par une limitation.

3) Mais surtout, l’Ilec ne veut pas entendre parler de libre négociation des tarifs. Son argument choc : cela entraînerait la légalisation de la discrimination ! Non mais, je rêve…

Qu’y a-t-il de plus discriminatoire que les rémunérations de services facturés par les distributeurs. La coopération commerciale, c’est le siège de la discrimination légale. Ce que le fournisseur A donne à E. Leclerc, il n’a pas à le justifier face à Carrefour ou Auchan…et réciproquement ! Comme les contrats sont spécifiques à chaque enseigne, ils ne sont pas comparables. La discrimination, les adhérents de l’Ilec la pratiquent allègrement depuis 10 ans, et en toute légalité puisque, faut-il le rappeler, seul l’abus de discrimination est répréhensible.

C’est donc une sacrée hypocrisie que de s’opposer à la transparence et à la négociation tarifaire en invoquant un risque de discrimination ! Au moins, pourrait-on dire que de ce seul point de vue, la suppression des marges arrière ne changera pas la donne. La différence, c’est que les consommateurs n’en feront plus les frais.

Les entreprises de l’Ilec qui pratiquent la libre négociation des prix partout dans le monde, annoncent que sa réalisation en France provoquerait « la ruine annoncée de notre industrie, à commencer par celle d’un grand nombre de PME très actives dans le secteur de l’agroalimentaire, notre premier secteur manufacturier, c’est toute notre économie qui sera à la peine avec des répercussions désastreuses pour l’emploi, le niveau de vie, et en dernier ressort, la distribution elle-même. »

Oui, vous avez bien lu ! Voici les grands industriels, défenseurs de la veuve PME et des orphelins agriculteurs ! Ils vont encore une fois nous faire le coup de plaider le sort des « petites entreprises » alors que leur développement s’est construit à coups de rachats d’icelles, sans trop d’états d’âme.

Nos dames patronnesses de l’industrie auraient donc aujourd’hui des scrupules ? Je propose que les entreprises de l’Ilec appliquent à leurs fournisseurs PME la recette qu’elles attendent des distributeurs. Je propose que les Nestlé, Unilever, Danone et autres Pernod prennent « à leurs frais » la hausse des produits agricoles en s’engageant à réduire leurs propres marges pour l’année 2008. Comme ça, ils pourront même revendiquer d’avoir contribué au co-financement de la stabilité des prix !

Ami Desforges, toi qui présides aux destinées de cette institution, ne sens-tu point le ridicule de cette prise de position de l’Ilec ?

Michel-Edouard Leclerc