Archive pour le 25 octobre 2007

Jeudi 25 octobre 2007

Le pouvoir d’achat et les prix : qui a intérêt à faire échouer les promesses du Président ?

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Depuis un mois, j’essaie d’alerter les plus hautes instances de l’Etat. L’inflation est de retour. Les tarifs sont en hausse de 8 % (en moyenne). Et tous les distributeurs, pour une fois, sont unanimes : même en baissant substantiellement leurs marges comme ils l’ont fait l’année dernière, les prix de l’alimentaire vont sacrément augmenter.

Dans ce contexte, l’attitude du gouvernement est incompréhensible.

Cette hausse n’est pas inéluctable. La hausse des matières premières a bon dos. Comme le démontrent les évolutions contrastées en Europe, la plupart des industriels français ont fait de la gonflette tarifaire. Ils sont acquis à l’idée que Luc Chatel n’aura pas le courage de réformer définitivement la loi Galland. La négociation continuera à se porter sur les marges arrière alors qu’on aurait pu obliger industriels et distributeurs à négocier directement les prix, à faire apparaître les remises sur la facture du fournisseur…sans passer par l’artifice des facturations de services de coopération commerciale qui échoient aux commerçants. Ces fameuses factures tant décriées.

En fait, si Luc Chatel avait, dans son projet, autorisé la négociabilité des tarifs, les hausses auraient probablement pu être diminuées de moitié. Oui, j’affirme, de moitié !

Dans les ministères, on nous répond que la majorité UMP n’est pas prête à cette réforme. On nous dit que les Accoyer, Raffarin, Jacob s’y opposeront. On nous affirme que les lobbies industriel et agricole ont réussi à convaincre députés et sénateurs que les distributeurs « en ont encore sous le pied » et qu’en leur donnant la possibilité de répercuter ce qui reste de marges arrière, ça compensera les hausses tarifaires.

C’est n’importe quoi.

- Sous le pied des distributeurs, il n’y a plus grand-chose à gratter. La réforme Dutreil les avait déjà autorisés à répercuter leurs marges au dessus de 15 %. Les baisses ont eu lieu (3,5 %), Luc Chatel en convient. Sachant qu’un hyper a besoin de générer 25 % de marge brute, on est déjà en dessous du seuil de rentabilité. Les distributeurs profiteront de la réforme Chatel pour faire du prix coûtant sur certains articles, mais ils seront obligés de se rattraper en augmentant les prix d’autres rayons : produits frais, MDD, etc. D’ailleurs, c’est ce qui se passe en cette fin d’année (Cf. publication des indices Nielsen/Panel de Gestion).

- Surtout, il y a une difficulté juridique majeure. Luc Chatel dit en substance : vous pourrez toujours compenser les augmentations tarifaires en demandant plus de marges arrière réintégrables.

- Mais pour compenser une hausse de 15 % sur un produit qui génère déjà 30 % de marges arrière, il faudrait que le distributeur obtienne 15 points supplémentaires de marges arrière. Comment justifier économiquement cette opération ? Les têtes de gondole sont déjà toutes bien remplies…

- D’ailleurs, la DGCCRF poursuit les distributeurs au motif qu’ils facturent exagérément aux industriels des services (coopération commerciale) dont tout le monde s’accorde à reconnaître qu’ils deviennent artificiels et surcotés. Les députés eux-mêmes ont fini par y voir un racket !!!

Alors pourquoi Luc Chatel se propose t-il de maintenir le système ? En quoi la répercutabilité des marges arrière rend-elle le système vertueux ? Et pourquoi nous obliger à pratiquer ce que le ministre lui-même a dénoncé ?

Le comble : alors qu’il accroît l’insécurité juridique pour les distributeurs, le projet gouvernemental réserve les mesures de dépénalisation aux seules CGV des industriels. De qui se moque-t-on ?

Ce qui nous met en colère, ce n’est pas seulement ce mépris dans lequel on tient le distributeur (nous sommes habitués). C’est cette impression de gâchis.

- Le Président avait parlé de supprimer les marges arrière ? Le projet Chatel va les accroître sous prétexte qu’elles sont déductibles.

- Le Président souhaitait que cette réforme profite aux consommateurs et qu’elle génère des baisses de prix pour améliorer le pouvoir d’achat des Français. Or, c’est la réforme Chatel qui nourrit l’inflation tarifaire !!!

C’est à désespérer du politique.

Pour ma part, je ne désarmerai pas : il y aura bien quelqu’un dans la majorité UMP pour dire aux conseillers du Président qu’il serait dangereux d’aller aux municipales avec un mauvais bilan en termes de prix.

Michel-Edouard Leclerc