Le cours du lait et des céréales s’envole ? Tous les analystes qui nous annonçaient la fin du productivisme agricole au nom de la suffisance alimentaire…tournent leur veste. Voici qu’on justifie le retour à des politiques nationales par le risque d’insécurité alimentaire à l’échelle mondiale.
Moi, ça m’a toujours épaté de voir l’aplomb avec lequel les analystes ou les conjoncturistes pouvaient affirmer, sans sourciller, ce genre de prévisions qui tiennent plus du calcul de probabilité ou de l’idéologie…que d’une rationalité étayée. Mon ami Bernard Maris, économiste iconoclaste, avait en son temps produit un petit ouvrage recensant toutes les erreurs de prévisions commises par les « meilleurs économistes ». Un petit jeu de massacre !
Comme pour corroborer cette critique jubilatoire, Libération publiait hier, sous la plume de Christian Losson, un intéressant petit article dans une rubrique judicieusement intitulée « Le capital décrypté ».
Christian Losson s’est penché sur l’évolution du prix du sucre. Il est aujourd’hui à la baisse (et sacrément), alors que de 2004 à 2006, il avait augmenté de 300 %, suscitant à l’époque les prévisions les plus alarmistes. Principal acteur de ce retournement ? L’Inde aurait doublé, en deux ans, sa production, dépassant le Brésil (premier producteur mondial avec 32 millions de tonnes). C’est désormais le trop-plein et le marché se casse la figure.
L’observation ne fera pas la Une des grands journaux, trop focalisés aujourd’hui sur d’autres hausses spectaculaires, carburants ou céréales. Pourtant, elle devrait nous inciter à relativiser les commentaires souvent trop lapidaires.
Allez jeter un œil sur « Google ». Listez les facteurs qu’on suppose à l’origine de l’augmentation du prix du blé. Vous verrez qu’on attribue aux biocarburants un effet accélérateur. Comme si la demande avait été boostée dans des proportions aussi importantes, alors qu’en Europe et en Asie, les constructeurs n’y ont introduit que chichement les moteurs flexfuel. Osez dire que ça pourrait être un phénomène non durable et spéculatif, et vous passez pour un ignare. Il y a tellement de corporations qui ont intérêt à plaider pour une hausse durable des cours.
Pourtant, les fabricants de biocarburants s’approvisionnent aussi auprès de l’industrie sucrière (alcool de betterave). L’article de Libé met bien l’accent sur cette contradiction : quelles que soient les explications techniques, la demande de biocarburants n’a pas enrayé la baisse du cours du sucre. Etrange, non ?
Bon, ce que je veux dire ici c’est qu’il faut arrêter de gober n’importe quel discours alarmiste. Contrairement aux énergies fossiles, les produits agricoles constituent une offre renouvelable.
Une variation conjoncturelle d’un cours, ou même une variation de cycle ne doit pas conduire à des révisions stratégiques inconsidérées.






