
Avez-vous fait ce constat : pas un patron de l’industrie sur les plateaux de télévision, alors que prolifèrent les émissions sur le pouvoir d’achat ! Pas de Franck Riboud, de Peter Brabeck pour venir plaider la justification des hausses tarifaires. Sur les plateaux de « Ripostes » ou de « C dans l’air », nos amis les industriels sont invisibles. Seuls, les distributeurs (Serge Papin, Jérôme Bédier ou moi-même) répondent aux sollicitations des experts (Robert Rochefort, Jacques Attali, Philippe Moatti) et des organisations de consommateurs.
Faut-il y voir les conséquences de ces mystérieux coups de téléphone de Luc Chatel à l’ANIA ou à l’ILEC ? Toujours est-il que les adhérents de ces associations ont bien reçu les consignes : « Arrêtez de participer à la dramatisation des hausses sinon on ne coupera pas à un amendement sur la négociabilité ! »
Et puis…c’est tellement plus facile de se planquer derrière les petits, en l’occurrence les agriculteurs.
1) Dans la presse ce week-end, un pavé publicitaire de la Fédération des Producteurs de Lait tente de disqualifier la campagne des Centres E. Leclerc. Avec une idée phare : la hausse des matières premières est nécessaire au monde agricole et doit être répercutée aux consommateurs. Mais qui dit le contraire s’agissant des denrées agricoles brutes ? Personne. Et la Fédération des Producteurs de Lait le sait bien. Aucun distributeur ne prétend faire obstacle à l’augmentation des matières premières.
Il n’en est pas de même s’agissant des produits transformés.
2) Je lis dans Le Figaro du 30/10/07 la réaction d’un porte-parole de Lactalis à notre pub sur le « Président » (celui qui est en hausse, le camembert). Il dit (je synthétise) : « Normal que ça monte : le lait bout, le camembert est fait à 98 % de lait, donc il augmente. » Tu parles ! A qui fera-t-on croire que les paysans toucheront les dividendes d’un camembert Président augmenté de 18 %. Personne ne conteste la part laitière dans la composition du fromage. Pour autant, le coût de la matière première ne doit pas excéder 30 % dans un produit qui a nécessité main-d’œuvre, immobilisations, affinage, transport et publicité.
3) La Coordination Rurale a fait ses calculs (communiqué du 21/10/2007) : « Les hausses annoncées par Lactalis et Danone sont largement exagérées. Le prix du lait ne représente en moyenne que 20 % du produit fini, voire beaucoup moins. La hausse actuelle du prix à la production ne représente que 1,4 %… C’est l’impact réel de la hausse du prix du lait sur le prix de revient des produits laitiers, bien loin des 10 ou 17 % annoncés par les industriels. » La Coordination n’exclut pas la répercussion d’autres hausses, mais pour le moins, ses affirmations remettent les pendules à l’heure.
4) En réalité, l’augmentation des matières premières a bon dos. Elle existe bien sûr, mais beaucoup d’industriels jouent l’effet d’aubaine. Nestlé vient indirectement de le reconnaître. Après avoir annoncé une hausse de 15,60 % de son eau « Aquarel », le groupe de Vevey a fait marche arrière. Il admet avoir cherché à repositionner l’image de son produit sur le segment de l’eau d’Evian, une démarche complètement marketing donc. Nestlé procède auprès de tous ses distributeurs à une proposition « d’aménagement technique »… (ce qui m’a amené à enlever la bouteille d’Aquarel dans nos publicités dénonçant les hausses).
5) Pas convaincu de la démonstration ? Il suffit pourtant de constater qu’à composants identiques, les hausses vont quelquefois du simple au triple, selon le poids marketing de la marque. Les œufs « Cocorette » augmentent de 5,30 % (seulement !) quand ceux de « Matines » augmentent de 18 % et ceux de « Lustucru » de plus de 25 % !!! Idem sur le marché des fromages à pâte molle où Bongrain n’augmente que de 13 % (« Cœur de Lion ») quand Lactalis (« Président ») dépasse les 18 %.
6) C’est le même écart qu’on retrouvera entre les grandes marques et les MDD. 4 points de hausse séparent la bière MDD du groupe Auchan de celle d’Heineken.
7) De toute façon, les récalcitrants à cet argumentaire resteront forcément sans voix pour tenter de trouver une explication à l’augmentation de produits d’entretien comme l’Ajax (19,72 %), ou même des boîtes 6 x 33 cl d’Orangina (15 %), du Tahiti Douche de Colgate (8,62 %) alors qu’il n’y a pas de hausse sur les produits de La Phocéenne (PME) qui distribue les marques « Le Petit Olivier » et « Senteurs Provençales ».
Non, décidément, il ne faut pas nous prendre pour des gogos. Les distributeurs sont fondés à demander de pouvoir négocier ces augmentations tarifaires. Et c’est pour le moins une drôle de réponse que de les renvoyer à une nouvelle négociation des marges arrière alors que tout le monde s’accorde à les dénoncer.
A suivre, demain…





