Lundi dernier, à l’Elysée, Nicolas Sarkozy n’a pas mâché ses mots. Industriels et distributeurs ont compris que le Président, malgré un emploi du temps hyper chargé, continuait de maîtriser parfaitement le dossier, jusqu’à connaître les arguments des uns et des autres, quitte à se référer à nos excès pour justifier de son arbitrage. Impressionnant !
Du coup, son engagement pour obtenir des parlementaires le retour à la négociabilité des tarifs n’en a été que plus ferme. Regardant chacun dans les yeux, pour reconnaître les vieux guerriers des accords Sarkozy 2004, il martèle : « A toi, Jean-René (Buisson, président de l’ANIA), je dis : la négociabilité, je la veux, je la ferai, parce que c’est une ineptie de négocier sur les seules marges arrière et parce qu’on doit pouvoir négocier, en France, des tarifs comme on le fait ailleurs en Europe. » Et aussi : « Et à toi, Michel-Edouard, je dis : je m’engage à faire la négociabilité. Que je sache, je tiens mes engagements. Ce n’est pas la peine de continuer à me mettre la pression avec tes campagnes de publicité. »
Dont acte. Madame Hagelsteen va donc auditionner les acteurs économiques concernés pour en étudier la faisabilité et l’impact. Cette modification substantielle du titre IV (les recommandations de la Commission Attali conduisent à son abrogation) et ses effets ne concerneront pas seulement les rapports entre industries agro-alimentaires et grandes surfaces, mais l’ensemble de l’économie.
Durant cette réunion, les oreilles de nos amis industriels ont sifflé. Car le Président n’y est pas allé de main morte. Citant certaines des augmentations tarifaires que nous avions publiées et d’autres aussi, il a, avec un énervement contenu mais perceptible, fustigé ces hausses excessives « qui n’ont évidemment rien à voir avec l’augmentation des matières premières. Je vous le dis, à vous, amis industriels, ne me prenez pas pour un imbécile, arrêtez d’invoquer le cours du lait et des céréales à tout bout de champ. Je sais très bien ce que certaines hausses doivent à la perversité du système lui-même (gonflage des tarifs anticipant la négo des marges arrière) et je vois bien aussi que certains poussent le bouchon vraiment très loin. »
Et Nicolas Sarkozy de reprendre le discours si efficace en 2004 : « S’il faut, demain, que j’aille dans un JT balancer nominativement telle ou telle hausse, je le ferai, j’en suis capable, croyez-moi. Arrêtez ça, je ne suis pas né de la dernière pluie, arrêtez de raconter des salades. »
Le message sera-t-il entendu ?
En tout cas, mes équipes d’acheteurs sont mobilisées. Elles épluchent la composition des produits pour appréhender « la juste répercussion du coût des matières premières ». Pas question de baisser les marges pour masquer celles que d’autres engrangeraient.
On se rappelle ces aveux trop rapidement exprimés et contraints aujourd’hui au silence tactique. Ce fut d’abord le PDG de Bonduelle qui, annonçant sa volonté d’augmenter le dividende 2008 de 30 %, a révélé sa stratégie de hausse tarifaire. Le PDG de Lactalis a suivi le mouvement en annonçant, dans Les Echos, des hausses supérieures à 15 % et en les justifiant par la nécessité d’améliorer ses résultats en vue d’acquisitions prochaines. Et j’ai déjà cité, ici, les déclarations de Peter Brabeck (Nestlé) qui vont dans le même sens.
Repositionnement marketing, prise de marges, anticipation des hausses, toutes ces raisons sont venues se greffer sur l’argument des augmentations de cours. Mais qu’on me permette d’insister : c’est d’abord le dispositif même de la réforme Chatel qui y a contribué. Tout industriel est fondé à anticiper la continuité des négociations de coopération commerciale puisque la négociabilité des tarifs n’aura lieu qu’au printemps.
Commentant l’évolution du cours de bourse de Danone, Yves Marçais, stratégiste boursier chez Global Equities (AFP du 22/10), indique que l’industriel va pouvoir continuer à imposer ses prix et préserver ainsi ses marges. Et l’AFP de poursuivre : « Selon les investisseurs, cette disposition (réforme Chatel) empêche la grande distribution d’exercer une pression à la baisse des prix de gros, puisque la concurrence entre les enseignes ne joue pas dans ce domaine. »
Voilà l’analyse qui justifiait nos publicités et nos prises de parole.
Il reste à espérer que les députés, en décembre, laisseront une porte ouverte à la négociation et amenderont le texte, au moins pour que nous disposions (comme le dit Jérôme Bédier, FCD) de quelques outils juridiques supplémentaires pour compenser toutes ces hausses tarifaires…
…En attendant, bien sûr, la réforme définitive.





