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Vendredi 25 janvier 2008

Société Générale : arnaque ou manip ? Où est le loup ?

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Ce n’est pas possible, ce n’est pas crédible ! Ou alors, c’est pire que grave.

N’en déplaise à Christian Noyer, Gouverneur de la Banque de France, qui, sur RTL ce matin, assurait que la Société Générale était plus saine aujourd’hui qu’hier ; n’en déplaise à Daniel Bouton, PDG de la Société Générale qui, dans sa conférence de presse, lundi, rejetait toute la responsabilité sur son trader.

Les 5 milliards d’euros perdus de la Société Générale remettent en cause tous les discours sécurisants que, de la Commission Bancaire aux guichets de quartier, l’on rabâche aux clients !

Tous ces ménages surendettés auxquels on oppose des règles de saine gestion. Toutes ces PME auxquelles on refuse des crédits pour ne pas avoir su mobiliser l’hypothèque des grands-mères, tout ce baratin sur les ratios Cooke, la sécurité des engagements, les comités de contrôle, les audits et les injonctions de la Commission Bancaire…tous ces argumentaires sont relégués au rang de mascarades, si l’on s’obstine, à la direction de la Société Générale, à faire passer des vessies pour des lanternes.

Moi, je n’ai rien contre cette banque. Les Centres E. Leclerc en sont clients. La Société Générale nous a souvent accompagnés sur des dossiers d’investissements lourds (mais jamais à risques). Donc je ne règle pas mes comptes (sans jeu de mots).

Mais tout de même ! Qu’on arrête de nous faire croire qu’un homme seul ait pu gérer des positions de 40 à 50 milliards, en solitude complète, sans rendre des comptes, sans limitation d’enveloppe. Et faire perdre à la Société Générale 5 milliards d’euros sans que, sur une année, personne n’ait été au courant ! Pas de comité de suivi, pas de contrôle d’opérations journalier, pas d’évaluation des positions ? Allons donc ! Foutaises !

Ou alors, c’est encore plus grave. C’est la révélation, sur la place publique, qu’une de nos plus vénérables institutions ne dispose d’aucune cellule de contrôle efficace de ses traders (on parle tout de même de plusieurs centaines de contrôleurs administratifs), qu’elle est incapable de suivre des opérations d’une telle importance, qu’elle est un danger public pour ses actionnaires, petits ou grands !

Pour l’explication donc, il faudra choisir : le bouc émissaire, ou la remise en cause générale du système !

A moins que…

A moins que ce ne soit l’un des représentants des actionnaires, entendu ce matin sur BFM, qui aurait raison. Il posait cette bonne question : tout cela et le caractère rocambolesque d’une découverte effectuée le samedi et révélée le lundi, jour de publication des comptes annuels, ne cacheraient-ils pas tout simplement l’irresponsabilité d’une direction qui, poussant le risque trop loin, n’a pas hésité à spéculer sur les sub-primes ou des marchés pourris, comme ces banques américaines dont on disait en France : pas nous, ça ne peut pas nous arriver. On chercherait aujourd’hui à nettoyer les positions sur le dos, bien large, du trader indélicat qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

En tout cas, le mal est fait ! C’est la confiance dans le système bancaire qui est ébranlée. Il suffisait d’entendre, ce matin, après les journaux de 8 heures, animateurs et journalistes inciter les auditeurs à cracher carrément dans la soupe. La radio a ses quarts d’heure d’émissions beaufs (vous savez, cette manière de demander à tout le monde ce qu’il pense de tout !). L’onde de choc va s’amplifier. Les professionnels et les institutionnels vont avoir bien du mal à rattraper le coup.

Dégâts assurés pour la Société Générale, pour l’ensemble des banques, et pour la confiance dans l’économie française.

On se serait bien passé de ce tintamarre rocambolesque et coûteux.

Michel-Edouard Leclerc