
© Nouvelle République du Centre (27/01/2008)
La semaine dernière, déboulant dans un couloir de l’Assemblée Nationale, je me suis fait interpeller par un Jean-François Copé autoritaire et en colère : « Ton type (l’adhérent E. Leclerc –NDLR-) à Chartres a un comportement inadmissible. C’est scandaleux. Tu n’as pas le droit de laisser faire ça. C’est anti-citoyen, anticonstitutionnel, antidémocratique. Leclerc va avoir sur le dos les députés de l’UMP qui sont très en colère contre ton groupe. »
Passé la surprise, j’ai, sans surenchérir sur le ton, remis les choses au point avec JFC. Je le connais depuis longtemps. Il a toujours été cordial et bien plus mesuré. Mais je ne pouvais pas laisser passer de telles allégations sans taper quelque peu, moi aussi, sur la table.
De quoi s’agit-il ? De l’affrontement de deux hommes : l’un, Jean-Pierre Gorges, maire de Chartres, ex-candidat UMP aux législatives, battu ce week-end ; et Olivier Ducatel, adhérent E. Leclerc à Luisant, qui exploite un magasin trop petit, coincé entre plusieurs zones d’habitations.
Olivier Ducatel travaille depuis une dizaine d’années sur un projet de transfert-agrandissement dans une zone commerciale au sud de Chartres. Son projet rencontre très peu d’opposition sur le plan local tant il répond à une nécessité économique et urbaine.
Le projet, soutenu par les deux maires socialistes (de Luisant, ville d’implantation, et de Barjouville, ville d’accueil), était en bonne voie lorsque le nouveau maire de Chartres a voulu y mettre le holà.
Jean-Pierre Gorges (que je ne connais pas et contre lequel je n’ai aucun autre grief) a sciemment décidé de sacrifier le projet commercial de notre adhérent (qui émarge aussi à l’UMP !) pour essayer de racoler les voix des commerçants de Chartres. Après avoir appuyé des projets concurrents (Carrefour et Casino), il a fait modifier in extremis le SCOT (schéma d’aménagement urbain) pour empêcher notre adhérent d’obtenir son autorisation d’urbanisme.
Malgré la médiation d’élus ou de chefs d’entreprise locaux, et même d’Hervé Novelli, Ministre de l’Industrie, Jean-Pierre Gorges n’a été réceptif à aucune contre-proposition. Il s’est enferré dans une politique agressive à l’égard d’Olivier Ducatel en comptant bien récupérer quelques voix supplémentaires auprès des administrés des Chambres des Métiers et de Commerce.
Les rapports entre les deux hommes se sont évidement envenimés. Et, par moment, disons-le, ces deux-là nous ont joué Pepone et Don Camillo (sauf qu’ils sont du même parti) en plus burlesque !
Toujours est-il que le maire de Chartres n’a jamais lésiné sur les moyens et sur les diatribes, allant jusqu’à souhaiter la radiation de notre adhérent de notre enseigne et son départ de la ville.
Alors, que voulez-vous. Notre épicier ne s’est pas laissé faire (normal, il a été à bonne école !), il a fustigé JPG et mobilisé par tract ses consommateurs et tout son environnement social. Au point que 12 000 clients ( !!!) ont signé une pétition soutenant sa démarche.
J’ai découvert, dans cette affaire, à quel point le corporatisme n’était pas l’apanage des seuls épiciers, agriculteurs ou pharmaciens. Non, à cette occasion, la classe politique (dans le cas d’espèce, les élus de l’UMP) sait faire bloc en maniant hypocrisie, cynisme, et arrogance.
Qu’auraient voulu Jean-Pierre Gorges et Michèle Alliot-Marie, Xavier Bertrand ou Jean-François Copé, appelés en renfort la dernière semaine des législatives ? Ils auraient voulu que notre adhérent accepte de perdre ses droits, mette en péril son projet d’entreprise et se sacrifie dans le seul but de devenir le bouc émissaire du maire de Chartres à l’égard des petits commerçants ? Sans aucune promesse, sans aucune solution alternative (re-modifier le SCOT, par exemple ?). Non, mais pour qui nous prennent ces gens-là. Comment ont-ils pu croire qu’en m’interpellant, j’allais être de connivence et radier notre adhérent !
Jean-Pierre Gorges a été battu. Largement (45 % contre 55 % à la candidate socialiste, Françoise Vallet). Il bougonne : « Dans cette campagne, il y a eu l’intervention d’une grande surface qui a appelé à voter contre moi. Je pourrais dire à tous ceux qui ont voté pour moi de boycotter ce magasin. Il y a eu un déni de démocratie. » (4/02/08) Chiche !
Il réfléchit : il envisage de déposer un recours en annulation des élections parce que « Françoise Vallet a participé à une manifestation des salariés de la grande surface devant la mairie de Chartres » et qu’elle s’est rendue au centre E. Leclerc avec Ségolène Royal. Son collègue, le sénateur Gérard Cornu, l’approuve : « La problématique Leclerc a été déterminante. Je pense qu’il y aura un recours. Ce n’est pas possible de continuer dans de telles conditions. Aujourd’hui, c’est Leclerc, mais demain, ce pourra être un autre hypermarché qui attaquera un candidat en déployant de grands moyens. On ne peut supporter une telle ingérence dans les campagnes électorales. Il faut arrêter ça pour défendre la démocratie. »
Le discours de Jean-Pierre Gorges sera-t-il entendu à l’Elysée ? J’en doute : Nicolas Sarkozy lui rappellera que bien avant la visite de Ségolène Royal chez Leclerc à Luisant, lui-même a usé de ce tremplin pour annoncer la réforme de la loi Galland et sa politique du pouvoir d’achat.
Mais s’il continue ainsi à se défausser, Jean-Pierre Gorges pourrait bien connaître quelques retours de bâton. Lundi, il s’en prenait à E. Leclerc. Mais alors qu’on lui objectait qu’un tract, même virulent, ne saurait expliquer l’importance de sa défaite, c’est à Nicolas Sarkozy lui-même qu’il a adressé ses reproches : à l’impact de son mode de vie, à son impopularité nouvelle et aux frustrations des Français sur le pouvoir d’achat.
Décidément, il n’aura rien compris.





