Archive pour le 6 février 2008

Mercredi 6 février 2008

Pouvoir d’achat 2007 : positif (+2 % indicateur E. LECLERC-BIPE), mais moins qu’annoncé par l’INSEE (3,3 %)

Alors que Madame Lagarde reçoit Alain Quinet, rapporteur d’une Commission chargée de « plancher » sur les indices officiels, je fais mettre en ligne les derniers résultats de l’étude E. LECLERC-BIPE sur l’évolution du pouvoir d’achat effectif du consommateur français. Notre indicateur (mon-pouvoir-dachat.com) confirme une progression de 2 % pour 2007. C’est moins que ne l’annonçait l’INSEE (3,3 %). Mais c’est positif.

Cette performance suffira-t-elle a re-booster le moral des ménages, au plus bas niveau depuis douze ans ? Pas sûr, même si le gouvernement puisera dans ces chiffres quelque réconfort. La reprise de l’inflation constatée en novembre et décembre pourrait laminer les projections positives de 2008. Et la frustration des consommateurs reste légitimement marquée par 7 années de très faible progression du pouvoir d’achat effectif (hors dépenses contraintes) : 1 % seulement en moyenne par an depuis l’an 2000 (indicateur E. LECLERC-BIPE).

1) L’indicateur E.LECLERC-BIPE (principe et méthode)

C’est au cours de l’année 2003 que j’ai engagé mon enseigne dans le débat public sur le pouvoir d’achat. Interpellé par les consommateurs sur l’augmentation des prix, et conscient que l’exploitation des indices officiels ne pouvait rassurer les Français sur l’évolution du pouvoir d’achat, j’ai confié au BIPE (groupe d’experts économiques indépendant) la mise en place d’un indicateur plus pertinent.

Il ne s’agissait pas de contester la probité des chiffres de l’INSEE. Simplement, nous semblait-il, les indicateurs macroéconomiques, construits pour la comptabilité nationale et les comparaisons internationales (OCDE), ne reflétaient pas la réalité vécue par les Français.

L’indicateur du pouvoir d’achat effectif des Français E. LECLERC-BIPE se différencie finalement par rapport aux indicateurs de l’INSEE par une prise en compte différente des charges contraintes des ménages et de l’évolution démographique.

Pour l’INSEE, le loyer, les charges de logement (électricité, gaz, eau…), les assurances obligatoires (logement, santé, auto), les remboursements de crédits et les abonnements de transports collectifs…sont des dépenses comme les autres. Dans notre conception du pouvoir d’achat effectif, ces dépenses ne sont pas arbitrables ou re-négociables. Elles participent de l’élévation du niveau de vie, mais leur financement affecte les achats courants.

Tout se passe comme si, en réalité, les consommateurs, après avoir mis de côté dans une enveloppe, les sommes affectées au paiement de l’impôt et des cotisations, remplissaient une deuxième enveloppe du montant de ces dépenses contraintes. Le pouvoir d’achat effectif, c’est donc « le pouvoir d’acheter avec ce qui reste ».

L’indicateur E.LECLERC-BIPE se différencie aussi de celui de l’INSEE par sa prise en compte de l’évolution démographique. L’indicateur de l’INSEE mesure le pouvoir d’achat des ménages, dans leur globalité, alors que l’indicateur E. LECLERC-BIPE tient compte du nombre d’individus par foyer, par unité de consommation.

Les résultats de nos analyses montrent que, depuis 2000, le pouvoir d’achat effectif n’a progressé que de 8 %, une évolution deux fois inférieure à celle annoncée par l’INSEE.

2) Les résultats publiés par l’INSEE pour 2007

On connaît les réserves des organisations de consommateurs sur le calcul de l’inflation mesurée par l’INSEE. Même si l’institution a bien enregistré une augmentation substantielle des prix en novembre et en décembre, l’INSEE retient, pour l’année 2007, une inflation moyenne de 1,5 %.

Fort de cette estimation, l’INSEE affirme que pour 2007, le pouvoir d’achat a assez fortement augmenté : 3,3 % en 2007 (après 2,4 % en 2006).

3) L’indicateur E. LECLERC-BIPE du pouvoir d’achat 2007

Comme nous l’avons dit, notre indicateur repose sur les relevés chiffrés récoltés par l’INSEE. En l’absence d’autre indicateur d’inflation (une commission planche sur ce sujet à l’AN, à la demande de Nicolas Sarkozy), notre travail consiste à reclasser les données nationales en tenant compte de la problématique des charges contraintes.

Celles-ci ont fortement augmenté en 2007 (en moyenne, 6, 2 %), principalement du fait de l’accroissement des remboursements de crédits (6,8 %) et de l’évolution des loyers (6,5 %).

Il en résulte une appréciation toujours positive, mais moins optimiste. L’indicateur E. LECLERC-BIPE constate une progression de 2 % du pouvoir d’achat effectif, et non 3,3 % (indicateur INSEE).

4) Pouvoir d’achat et moral des ménages

Cette estimation positive est-elle de nature à doper le moral des ménages ? La dernière enquête de l’INSEE (janvier 2008) a révélé combien celui-ci est au plus bas. Il n’a même jamais été aussi bas depuis 12 ans. Et ce n’est pas la reprise de l’inflation qui va les rassurer.

Le gouvernement n’a pas tort quand il fait valoir que la plupart des mesures du Plan pour améliorer le pouvoir d’achat « ont besoin d’un peu de temps » pour produire leurs effets. Les lois viennent à peine d’être votées et certains décrets peinent encore à être publiés. Ne rejoignons donc pas trop vite le camp des éternels Cassandre !

Pour autant, l’impatience des Français est légitime. La Commission Attali a ouvert des perspectives pour que le gouvernement étudie dès le printemps les possibilités d’une revalorisation directe des salaires, par transfert des cotisations sur l’impôt. Le SMIC, comme les allocations vieillesse, feront l’objet d’un coup de pouce.

Mais s’agissant de l’évolution des prix, je pense que nous avons suffisamment assez perdu de temps.

Le retour de l’inflation sur les biens de consommation courante n’est pas inéluctable. Il y a une sur-inflation française consécutive au maintien de la loi Galland qui pousse les industriels à augmenter les tarifs bien au-delà de la répercussion de la hausse des matières premières.

Plus tôt Nicolas Sarkozy nous libèrera du carcan de la loi Galland (suppression des marges arrière, négociabilité des tarifs), plus tôt nous pourrons alors attaquer l’inflation à la source.

Je l’affirme comme j’engage mon groupe : avec la suppression de cette loi, nous pourrons diviser les prévisions d’inflation (3,5 à 4 % au premier semestre) par deux d’ici la fin 2008.

Michel-Edouard Leclerc