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Jeudi 14 février 2008

L’information économique : c’est vraiment le service minimum

Je suis souvent intervenu, pour dénoncer la pauvreté de l’information économique dans les médias. Il y a bien quelques émissions remarquables sur BFM, Radio Classique etc. Et même sur les chaînes généralistes : « Rue des Entrepreneurs » sur France Inter par exemple, et « Capital » sur M6, désormais tenaillées entre le besoin de renouveler le genre et la recherche d’audience. Mais si l’on s’en tient aux JT, aux émissions diffusées aux heures de grande écoute, l’économie est le parent pauvre de l’information. Elle est trop souvent présentée sous des formes caricaturales, lapidaires ou idéologiquement biaisées. Le principe étant : quand cela va mal, on en parle, et quand cela va bien, « on n’est pas là pour servir la soupe aux entreprises ».

On peut comprendre les craintes des journalistes, de moins en moins formés aux choses de l’économie : les politiques, les syndicalistes, les entrepreneurs et même les ONG tentent d’instrumentaliser les données économiques à leurs fins partisanes. Tout le monde essaie de manipuler tout le monde. Mais faut-il que les médias eux-mêmes participent à cette désinformation. Au mieux, ils se retranchent derrière une paresse pédagogique, maquillée en forme de prudence. Plus facilement, ils adoptent le point de vue le plus racoleur.

Dans ce contexte, il n’y a rien d’étonnant à ce que nos concitoyens deviennent définitivement suspicieux à l’égard de tout indicateur, prévision ou information économique.

Pas plus tard qu’en fin de semaine dernière. Je discutais avec un rédac chef sur les bons résultats de l’économie française en matière d’emploi. 10% de chômeurs en moins, en un an, c’est vraiment un bon score ! Eh bien, cherchez dans les journaux : je ne parle pas des Echos ou de La Tribune. Non, je parle du Progrès, de Nice Matin, du Populaire ou des journaux « grand public ». L’affaire est bâclée, traitée comme une brève. Directement reprise de l’AFP. Très peu de commentaires.

On nous tartine des pages et des pages sur les risques de licenciement économique dans une usine Arcelor ou une usine Michelin. Légitime sur le plan social me direz-vous ! Certes ! Mais l’un n’empêche pas l’autre.

Ce rédac chef m’a rétorqué : « Les trains qui arrivent à l’heure n’intéressent personne. Et puis, les gens ne croient plus aux statistiques officielles ».

- « Soit. Mais qu’est-ce qui empêche les journalistes de faire une investigation sur la réduction du chômage en France ? Un article ou une opinion qui émanerait de vous et non du politique ? ».

Il est resté sans voix, perplexe et sceptique. Je reprends alors un autre exemple : cela fait deux mois que j’ai fait le tour de toutes les émissions de radio pour parler de la réforme de la loi Galland. A cette occasion, j’ai annoncé plus de dix fois que mon groupe avait créé près de 6 000 emplois en 2 ans. Bien plus que les licenciements potentiels des usines précédemment citées. Eh bien, figurez-vous, pas une seule reprise de l’info, alors que mes autres propos, critiques il est vrai, ont été largement repris dans la presse.

Un climat de défiance de l’opinion à l’égard de la chose économique ? Allons donc, en matière culturelle, c’est l’offre qui fait la demande. C’est l’offre aujourd’hui qui fait défaut. Une offre de qualité, pédagogique, intéressante.

Je persiste donc : sur les questions qui les concernent directement (pouvoir d’achat, emploi, organisation du travail, produits et mode de consommation, etc.) nos concitoyens méritent plus de respect. L’information économique devrait devenir une priorité. Et puisque l’on parle d’une redéfinition des missions du service public, je me demande s’il ne s’agit pas là de son principal chantier ?

Michel-Edouard Leclerc