Archive pour mars 2008

Jeudi 27 mars 2008

Un « Edouard Leclerc » peut en cacher un autre !

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Edouard Leclerc en campagne ! Ce n’est pas un gag. Ce n’est pas non plus une contrefaçon. Et encore moins un clone. Mais on a beau s’être habitué à voir son nom affiché sur tous les murs de France, ça fait un petit choc de le retrouver sur un bulletin de vote … d’un candidat du Parti Communiste Français.

C’est un ami qui me l’a fait parvenir. Il avoue avoir quelque peu hésité, « des fois qu’en contrepartie du vote, il pourrait accumuler des tickets E. Leclerc ou tout autre rabais ».

Bon, plus sérieusement, il s’agit tout simplement d’un homonyme.

Je suis allé sur « Google ». Edouard Leclerc était candidat du Parti Communiste Français à Gournay-en-Bray. Il n’a pas été élu. Il avait pourtant une tête bien sympa. Et apparemment, il ne manquait pas de convictions.

Allez ! Les Edouard Leclerc ne sont pas légion. Saluons avec élégance ce très lointain…cousin normand.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 25 mars 2008

E. Leclerc et Intermarché sortent de la FCD : commentaires et précisions

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Cette note est principalement rédigée à l’attention des professionnels du secteur de la distribution et des médias spécialisés.

La presse professionnelle a commenté, en fin de semaine dernière, le retrait d’Intermarché et de notre enseigne de la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD). Certains y voient le signe d’une crise suscitée par la proximité des débats parlementaires (réforme Raffarin, loi de modernisation économique). D’autres imaginent qu’elle préfigure un regroupement des indépendants…

Précisons donc :

1) Si vous avez manqué les épisodes précédents : chronologie, choix de la date pour annoncer ce retrait :

Ce retrait n’est pas lié aux négociations interprofessionnelles en cours (délais de paiement, réforme de la loi Galland), ni au planning des débats parlementaires.

Les enseignes E. Leclerc et Intermarché ont adhéré à la FCD en tant que membres associés, le 1er janvier 2006.

- EL et Inter n’étaient pas véritablement demandeurs. La FCD, par la voix de Jérôme Bédier et de Christophe Dubrulle, considéraient que la profession devait clarifier son système de représentation institutionnelle pour mieux être à même de peser sur les décisions des pouvoirs publics ou des parlementaires.

- EL et Inter avaient donc accepté deux strapontins, histoire de voir si le partenariat apportait quelque chose aux uns et aux autres, et siégeaient principalement, en tant qu’observateurs, dans 4 commissions : commission sociale, commission formation, commission qualité, comité environnement et développement durable.

Pour les membres de la FCD, il ne faisait pas de doute que cette présence transitoire constituait l’antichambre d’une future adhésion de plein droit.

Le 24 octobre 2007, Christophe Dubrulle, Président statutaire de la FCD, nous invitait cependant à choisir : adhérer complètement ou sortir de la FCD.

Les Mousquetaires et nous considérions que cette décision était prématurée. Transformée en organe représentant l’ensemble des métiers de la distribution, la FCD méritait qu’on s’y investisse. A contrario, la période d’apprentissage n’avait rien de probant. Nous n’avions pas vraiment l’impression d’être si désirés que cela.

J’ai, le 10 décembre 2007, répondu que nous préférions le statu quo, quitte à voir, dans quelques mois, comment les choses auraient évolué.

Mais le 10 mars dernier, la FCD réitérait sa position et nous intimait de choisir : « si E. Leclerc et Intermarché confirment leur souhait de ne pas adhérer à la fédération, l’application de l’article 10 (…) conduirait à considérer que votre enseigne n’a plus de lien avec notre fédération à compter du début de cette année. »

Nous sommes donc sortis. La FCD était maître de la chronologie. Les adhérents fondateurs de la FCD avaient offert de nous accueillir, nous avions accepté les conditions, nous n’avons pas voulu aller plus loin ni aussi vite. Il n’y a pas de polémique particulière à entretenir sur cet aspect de l’affaire.

2) Pourquoi cette adhésion « pour voir ». Pourquoi être sortis sans avoir accepté d’aller plus loin ?

Le premier point a fait débat au sein des trois groupes d’indépendants. Système U adhère complètement à la FCD. Jean-Claude Jaunait, puis Serge Papin ont d’abord servi d’intermédiaires, de facilitateurs. Intermarché a toujours été méfiant à l’égard de ce genre de structure. Nous avons finalement succombé aux arguments de Jérôme Bédier, mais à trois conditions :

a) La FCD devait non seulement s’ouvrir aux indépendants, mais devenir une véritable interprofession, à l’instar des organisations industrielles.

b) Nous devions y débattre essentiellement des problématiques de notre métier (juridiques, fiscales, sociales…), à l’exclusion des thèmes commerciaux ou politiques dont la diversité justifiait qu’ils soient portés par chaque enseigne.

c) Enfin, la spécificité des commerces indépendants devait être acceptée sans que la recherche de compromis n’aboutisse à les assimiler aux préoccupations du seul commerce intégré dont les membres fondateurs étaient les principaux représentants.

Au vu de notre courte expérience, force est de reconnaître que ces conditions n’ont pas été réunies.

a) La FCD n’est pas une interprofession. C’est un club d’hypers, apprécié par les ministères, l’administration et les fédérations industrielles en ce qu’il permet de n’avoir qu’un interlocuteur. C’est un club qui pèse (en chiffre d’affaires, en puissance publicitaire et médiatique !), mais ses opinions n’engagent jamais les grandes surfaces spécialisées (type Fnac, Darty), ni les enseignes franchisées. Enfin, nombre de commentateurs trouvent, comme nos adhérents, que les positions de la FCD sont très alignées sur celles du seul Carrefour.

b) La spécificité des commerces indépendants, ce n’est pas la tasse de thé de la FCD. A ce titre, nous n’avons jamais pratiquement été consultés. Or, c’est une évidence, dans certains dossiers comme la réforme de la loi Raffarin, nous ne pouvons pas avoir la même position que le commerce intégré. Nos adhérents indépendants ont tout à gagner à la libéralisation des autorisations d’équipement commercial. Du point de vue du droit de la concurrence, les parts de marché attribuées à chaque enseigne n’ont pas le même poids. Les mètres carrés cumulés attribués à Carrefour appartiennent…à la société Carrefour. Les mètres carrés attribués aux enseignes Système U, Intermarché ou E. Leclerc appartiennent…à chacune des 2 500 entreprises qui sont des entités juridiquement et patrimonialement indépendantes.

c) Enfin, la FCD est devenue de plus en plus politique. Elle a quitté le territoire de la représentation strictement professionnelle pour aborder des sujets de société tels que le développement durable et même certains aspects de la politique sociale…dont la responsabilité, à notre avis, échoit à chaque enseigne dans le respect de son autonomie et de sa différence (les adhérents E. Leclerc sont opposés à la généralisation de l’ouverture des magasins le dimanche, alors que plusieurs adhérents de la FCD poussent à cette libéralisation !).

3) La distribution risque-t-elle de payer très cher cette division ?

Franchement, je ne le crois pas.

a) Tout d’abord, nous ne nous interdisons pas de travailler encore avec la FCD. L’institution n’est pas incontournable, mais elle concentre une grande expertise sur des sujets juridiques, techniques ou fiscaux. Pas de problème pour réfléchir ensemble sur des dossiers « métier ».

b) Je suis persuadé aussi que la singularité des enseignes, loin de nuire à la profession, est une nécessité qui correspond à l’image trop concentrée du secteur. Alors que la Commission Européenne, les parlementaires français et la Commission Attali prônent une concurrence accrue sur notre territoire, la diversité des positions exprimées par chaque enseigne est le meilleur gage anti-collusion. Et pour sortir des querelles corporatistes, autant parler à plusieurs voix, comme le font aujourd’hui les nouveaux acteurs industriels et commerciaux sur le Net et dans le secteur de l’économie numérique.

Attention, ne croyez pas que je cherche à tout prix la marginalisation pour mon groupe. Il y a aussi des risques à jouer collectif dans un monde médiatique où l’image compte plus que le fond des dossiers. Prenez le cas du débat sur la loi Galland. Je me réjouis de voir aujourd’hui tous les distributeurs applaudir à la réforme. Mais, il y a encore un an, E. Leclerc était qualifié d’extrémiste à vouloir, seul, l’abrogation de la loi scélérate. Il vaut mieux, concernant les prix, par exemple, laisser les plus crédibles en matière de discount faire œuvre de pionniers plutôt que de rechercher des compromis impossibles.

c) De toute façon, les positions récentes de la FCD ont été prises sans que ni E. Leclerc, ni Intermarché n’aient été consultés. Pas plus nous n’avons été invités, ni même informés des dernières réunions au niveau ministériel ou entre fédérations pour discuter de la loi de modernisation économique. La FCD a pu se prévaloir de notre adhésion, mais c’est par Luc Chatel, Hervé Novelli ou les conseillers de l’Elysée que nous en connaissons les contenus. Alors ???

4) Qu’est-ce qui justifiait la précipitation de la FCD pour accélérer le calendrier ?

Le comparateur, vous dis-je, le comparateur. A mon avis, il n’y a aucune autre raison pour expliquer cette précipitation. J’imagine que la situation est devenue très difficilement gérable pour Jérôme Bédier à partir du moment où nous avons décidé de maintenir ouvert le site « quiestlemoinscher.com », malgré les pressions des enseignes concurrentes. Carrefour et Auchan nous font procès et Casino vient d’envoyer du « papier bleu ». Comment voulez-vous faire cohabiter le Landerneau de la distribution dans un tel climat de tension.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 24 mars 2008

Cinéma allemand : Chris Kraus, un très grand chef d’orchestre

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Les « bad girls » fascinent. J’avoue « un faible » pour Anne Parillaud dans Nikita, pour Milla Jovovitch dans le Cinquième Elément. Au Top Ten des femmes qui savent faire exploser les valves de l’émotion et shaker adrénaline et testostérone, je veux nommer Hannah Herzsprung. Elle est Jenny, femme hyper violente mais pianiste ultra douée, dans le film « 4 minutes » de l’Allemand Kris Kraus.

Il y aurait tellement à dire sur ce film plutôt négligé par la critique (et par les réseaux de distribution aussi puisqu’il n’est pratiquement plus possible de le regarder en salle. Reste à espérer une sortie rapide en DVD !). La photo est exceptionnelle, jamais de voyeurisme, la sensation d’enfermement est totale, mais c’est pour nous guider vers l’intimité des êtres. Quant au montage, impeccable, il assure un crescendo inoubliable.

Hannah Herzsprung/Jenny est en prison, incarcérée pour meurtre. Hyper sensible, rebelle, écorchée et même suicidaire, elle est dans la mire de ses compagnes de cellule. La violence est perceptible tant elle traverse la peau, elle a meurtri sa chair. C’est la musique qui fait soupape. Pianiste surdouée, Jenny est repérée entre toutes par Traude Krüger, la professeur de piano (Monica Bleibtreu, remarquable).

Autant Jenny est volcanique et brûle tout ce qu’elle touche, autant Traude est sobre. Elle a l’âge d’être la mère de Jenny. Elle porte les stigmates du passé noir de l’Allemagne. Sans être vraiment autoritaire, elle peut être cassante. Deux générations de femmes brisées (une métaphore de l’histoire allemande contemporaine ?).

Tout les sépare, du moins en apparence (en fait, ce qui les rapproche, c’est ce qui les sépare). Chacune des deux femmes porte sa valise de blessures. Jenny cultive l’insolence jusqu’à masquer son talent par l’excès, la provocation. Malgré ses grosses chaussettes molles et la manière dont elle s’attife, on la devine belle tellement elle s’efforce de ne pas l’être. Dans le processus d’autodestruction, dans l’annihilation des sentiments, son refus sauvage des autres trahit la sensualité refoulée, l’amour nécrosé. La fracture plus que le dépit.

Tout en Traude est raideur. Pour la même raison : un amour détruit, arraché, violemment. Elle a voulu construire un mur froid pour endiguer les souvenirs dont les images sont insoutenables. Mais Jenny ravive la mémoire et ébranle le dispositif de protection. La tendresse, le désir (maternel ? amoureux ?) refait progressivement surface.

Ainsi, leurs parcours parallèles, les barrières qu’elles ont construites chacune de leur côté, ont tissé des passerelles, fussent-elles impraticables. Traude est ostensiblement raciste : « arrête de jouer de la musique de Nègre ! ». Mais Jenny l’est-elle moins dans son rejet/mépris des autres.

La prison va organiser la rencontre de ces deux êtres. Portées par le rythme dramatique d’une histoire qui ne perd jamais en intensité, ces deux femmes luttent sur un ring, sans arbitre, laissées à elles-mêmes, contre elles-mêmes. La musique devient le territoire/exutoire de leur affrontement, jusqu’à provoquer une forme de libération. Une libération tout intérieure puisqu’au terme de l’acte final, la société rappelle autoritairement sa loi et oblige chacune des deux femmes à regagner son vestiaire respectif.

Ah, ce final ! « 4 minutes » est un film qui conclut en apothéose. Le spectateur qui a senti tout au long du film le travail de la lame dans ses tripes, a du mal à contenir son émotion quand Jenny, dans une interprétation surprenante, éblouissante et fusionnelle, tire sa révérence (au sens propre comme au figuré).

Oui, vraiment, « 4 minutes » est un film puissant, bouleversant. Et pour moi, Jenny/Hannah, c’est, pour paraphraser Julien Gracq, « une actrice à l’estomac ». Je conviens qu’il existe quelques lourdeurs. Le personnage du gardien est vraiment trop phallo. Ce n’était pas nécessaire même si l’on comprend que Kris Kraus voulait, par opposition, magnifier la personnalité des actrices. Et l’évocation des anciennes amours lesbiennes de Traude est, à mon sens, un peu trop pesante. Après tout, qu’importait cette référence mélodramatique pour expliquer l’impossibilité d’aimer.

J’ai lu, après la projection, une interview de Kris Kraus. Ce n’est pas tant sur le génie ou la prouesse artistique qu’il a voulu bâtir son film, mais sur la rédemption par l’art (ici, la musique) : « J’ai l’intime conviction que l’art peut, non pas changer le monde, mais provoquer des bouleversements individuels dont l’enchaînement est…susceptible d’orienter le cours des choses d’une façon imperceptiblement différente ». L’intention rejoint, sans aucun doute, celle d’un autre réalisateur allemand, Florian Henckel Von Donnersmarck, dans un autre film remarquable : « La vie des autres ».

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 21 mars 2008

Système U et la réforme de la loi Galland

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Je réponds, ici, à des commentaires d’internautes, notamment Augustin et André, concernant l’initiative publicitaire de Système U. Et aussi aux journalistes auxquels j’ai refusé de commenter cette initiative « à chaud » et dans un esprit polémique.

La réforme définitive de la loi Galland, promise par le Président de la République, vit ses derniers soubresauts (enfin, j’espère !). D’ores et déjà, cette perspective commence à produire ses effets concurrentiels. Pas encore en termes de baisses de prix sonnantes et trébuchantes ! Mais quelques enseignes ont manifestement compris que c’en était fini du confort « des prix de marché déterminés par les seuls fournisseurs » (grâce aux marges arrière).

Tout le monde aura remarqué qu’Intermarché a, depuis 6 mois, musclé sa politique de prix. Dans le comparateur « quiestlemoinscher.com » comme dans les enquêtes UFC-Que Choisir ou INC (rectifiée, depuis, par la DGCCRF), Intermarché est positionné à la deuxième place. Je me demandais comment allait réagir notre ancien allié, Système U.

1) Longtemps, j’ai pesté de voir mes amis U hésitants quant à la suppression complète ou à la réintégration des marges arrière. Jusqu’en juin 2007, Système U était très prudent et se contentait d’aligner sa position sur la plateforme négociée entre la FCD et l’Ilec.

Je me réjouis de ce que Serge Papin exprime, depuis lors, des positions plus tranchées (dans un sens libéral) et qu’il veuille les mettre en pratique à travers son propre groupe.

2) Dans sa dernière publicité, Système U propose une baisse de prix sur environ 100 articles. Pourquoi 100, en fait 111, et pourquoi pas 1 000 ? Et pourquoi seulement jusqu’à la fin avril ? Je le laisse répondre. Mais pour moi, malgré l’habillage très politique, cette opération est d’abord une promo, une bonne promo, dont vont profiter les clients de Système U.

Non, je n’arrive pas à lire dans cette initiative un repositionnement général des prix de l’enseigne U.

3) Je rappelle que les organismes chargés de relever les prix pour le site « quiestlemoinscher.com » donnaient Système U 4,2 % plus cher que nous (sur une base de 2 380 produits et des poussières). U avait donc des marges de baisse (sic) !!!

En baissant le prix d’une centaine d’articles, Système U fait un bout du chemin. Il contribue à raviver la concurrence et c’est bien ! Mais ce n’est tout de même pas la révolution. Pas de quoi faire paniquer l’ensemble de la profession.

4) Reste l’habillage politique du texte. (Je réponds, ici, spécifiquement à André). Système U dit vouloir anticiper la répercussion totale des marges arrière. Evidemment, c’est un contresens. Cette liberté est donnée à tous les distributeurs depuis le 2 janvier 2008 (loi Chatel). Système U ne fait qu’appliquer la loi. L’enjeu de la future bataille parlementaire, c’est la négociabilité des tarifs.

Tiens, pendant que j’écris ces lignes, j’aperçois, dans Le Parisien, la nouvelle pub des Mousquetaires : une pleine page, une accroche : « Voilà à quoi ressemblent les distributeurs qui prétendent être moins chers que nous ». La publicité est illustrée par un Pinocchio pris en flagrant délit de mensonge.

Je ne sais si ce Pinocchio c’est Serge Papin, ma pomme ou Jean-Charles Naouri, actuellement prolixe sur le sujet des prix. Vu le contexte, mes amis et néanmoins concurrents les Mousquetaires accepteront que je dise : avec cette nouvelle prise de parole, leur enseigne aussi a « eu du nez » puisque pour justifier leur performance prix, ce ne sont pas 100 articles qu’ils proposent à la baisse, mais leurs MDD maison.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 20 mars 2008

Béatrice Tillier dans « Le Bois des Vierges » : la dessinatrice n’a pas peur du loup

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Les lecteurs qui avaient été séduits par les trois tomes de « Fée et tendres Automates » (éditions Vents d’Ouest) savent déjà que si elle aime les contes et cultive la grâce dans la passion du dessin, Béatrice Tillier n’est pas une illustratrice pour enfants sages. Ou alors, ce serait pour rappeler que de Barbe Bleue au Petit Chaperon Rouge, le conte permet d’habiller d’une représentation baroque, gothique, fantastique, les obsessions et les fantasmes de chacun d’entre nous.

Les auteurs féminins (« les femelles », comme dirait Philippe Druillet, les « auteuses » ou les « autruches », comme dirait Florence Cestac) ne sont pas légion au pays des phylactères. Mais elles croissent vite. Magnin, Wendling, Dethan…la gente féminine confirme son talent, impose sa patte et, parfois, sort ses griffes.

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Hyper soignée, élégantissime, à l’image de son dessin, Béatrice Tillier cache son jeu. Il faut la voir, pudique et détachée, descendre le grand escalier qui mène au bureau de Robert Laffont. Elle pose, mais ne se donne pas. Timide, elle laisse son compagnon, le dessinateur Olivier Brazao (» Les Sheewowkees» , Delcourt), répondre tranquillement à ses côtés. Mais c’est pour se donner le temps de jauger son interlocuteur et s’assurer de pouvoir tranquillement prendre la main.

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Tous deux habitent sur les hauteurs d’Etaples, loin de toute tentation people et urbaine. Dans leur maison en briques de scories, ils se partagent un même atelier. Chacun son œuvre, chacun sa musique d’ambiance, avec, quelquefois, de belles incompatibilités d’atmosphère quand l’une dessine une scène de torture et l’autre une comédie d’amour.

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Béatrice Tillier n’a pas cédé à la tentation du dessin sur ordinateur. Elle chérit le papier qu’elle choisit minutieusement, comme ses pinceaux, ses couleurs. Elle se nourrit d’une riche documentation : les étoffes, les architectures, les peintures d’époque. Elle revendique la forme la plus visible, la plus réaliste, la plus appuyée du dessin : « Le trait, le crayonné ne doivent pas s’effacer sous la couleur ». Loin de la spontanéité en cours chez les auteurs de sa génération (Sfar, Blutch, Guibert, Blain, David B, etc.), elle s’applique, cisèle, peaufine. Certains la trouveront peut-être trop académique. Mais, personnellement, je suis séduit par la richesse, la complexité de son travail, propice à l’émotion, au mystère.

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Elle maîtrise complètement la couleur directe. Dans « Fée et tendres Automates », elle travaillait avec des bleus, avec des supports séparés. Chaque planche du « Bois des Vierges » est désormais une œuvre d’art complète. Elle assume le qualificatif de « coloriste ». D’aucuns (comme moi) considèreraient que l’adjectif est trop réducteur. Mais elle revendique : elle y trouve une manière de renforcer les effets de perspective. Ca lui a permis aussi dans « Mon voisin le Père Noël », de faire cohabiter deux récits parallèles, l’un monochrome, plutôt gris, et l’autre très contrasté. « Des encres acryliques délicatement posées sur un premier crayonné en craie, et l’encrage final au pinceau, à l’encre de Chine… »

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Elle, qu’on imagine solitaire, dit aimer travailler avec ses scénaristes, Philippe Bonifay ou Jean Dufaux. Quand on connaît la manière délicatement perverse et provocatrice dont ce dernier joue avec ses dessinateurs féminins (Ana Mirales en parle encore avec fébrilité !), ça donne forcément des relations très complexes. Elle s’en est plutôt bien sortie, même si elle dit avoir été relativement déstabilisée. Jean Dufaux n’avait pas facilité la chose en l’obligeant à travailler sur les amours contrariés d’un animal et d’une jeune princesse. « Comment retranscrire les expressions humaines à travers un personnage animalier ? Comment révéler la part animalière des êtres humains… Et puis, vous vous rendez compte, comment allais-je dessiner les enfants nouveaux-nés issus d’une union de poils et de peau (rire). »

Avec, pour référence, l’ambiance mythique de « La Belle et la Bête » de Jean Cocteau, mais aussi plus proche d’elle, Frank Pé (« Zoo ») et Claire Wendling (« Les Lumières de l’Amalou »), elle a largement convaincu le milieu de la BD. Ils sont évidemment sous le charme. Et ils sont unanimes : ce premier tome du « Bois des Vierges » (Robert Laffont) est objectivement (sic) de toute beauté.

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Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 13 mars 2008

Le blog, le service consommateurs et rebelote

Plus de 10 000 commentaires depuis sa création, voilà qui témoigne de la vitalité de ce blog. Je n’en espérais pas tant. Je remercie tous les contributeurs pour leur fidélité, même si, parfois, ils ne ménagent pas leurs critiques.

Mais enfin ! Nombreux sont ceux qui me disent aujourd’hui à quel point il est difficile de surfer entre des commentaires qui ne répondent pas aux préoccupations de la note sous laquelle ils sont postés. Pas facile en effet de jouer à saute-mouton entre critiques, commentaires passionnés, spams et réclamations commerciales.

Je reprécise donc :

1) Ce blog doit rester un blog personnel. Je veux pouvoir, ici, participer au débat public qu’il s’agisse de questions de société ou même de préoccupations professionnelles.

2) J’écris moi-même les textes en fonction de ma disponibilité.

3) Je ne dispose d’aucune assistance relais pour faire suivre les réclamations commerciales ou même en contrôler la véracité (beaucoup de pseudos émanent souvent d’un même ordinateur ou d’un même réseau d’internautes poursuivant des buts plus ou moins sincères !).

Comme je suis souvent en déplacement, vous pensez bien que je suis incapable de donner suite à un client qui a un problème avec ses achats. Je ne cherche pas à me défiler. Mais ne mélangeons pas forcément le commercial et le débat d’idées.

4) Par souci d’efficacité, j’invite donc les consommateurs qui le souhaitent (demande d’infos ou réclamation) à contacter directement le service consommateurs de l’enseigne (Allo E. Leclerc : 0 810 870 870 -Numéro Azur : prix appel local à partir d’un poste fixe-).

5) Vous avez pu le constater. Il n’y a pas de censure sur ce blog. Ce n’est pas une raison pour le transformer en fourre-tout.

6) Par souci de clarté, je demande à ma dynamique webmaster de reclasser, sous cette rubrique, les commentaires qui ne correspondent pas au thème des notes journalières.

Tout le monde y gagnera en confort de lecture.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 12 mars 2008

Obésité infantile : plus de friandises sucrées pour enfants aux caisses

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Je me suis attiré les foudres du Président de l’ANIA, Jean-René Buisson. Son association d’industriels « juge intolérable la décision prise par les Centres E. Leclerc, la semaine dernière, de retirer les confiseries sucrées pour enfants des présentoirs de caisses, d’ici le 1er juin ». Et l’ANIA m’a fait l’honneur d’un communiqué au vitriol, suspectant ma petite personne de vouloir en revenir « à l’économie administrée des magasins d’Etat » ?

1) De quoi parle-t-on ?

En septembre 2007, l’association de consommateurs UFC-Que choisir a lancé une campagne sur l’obésité infantile « Obésité : protégeons nos enfants ». Après avoir demandé aux parlementaires d’interdire la publicité TV pour les produits gras et sucrés au sein des programmes pour enfants, l’UFC interpellait toute la filière et sollicitait les distributeurs pour « juguler un marketing outrancier à l’égard des enfants, incitant à la surconsommation de produits sucrés ». L’association demandait le retrait des produits installés de manière trop tentatrice au devant des caisses.

Le gouvernement français et les autres gouvernements européens sont interpellés de la même manière. Ainsi, les Anglais ont interdit les publicités pour les aliments gras, sucrés et salés dans les programmes destinés au moins de 12 ans. Les Suédois, eux, ont totalement interdit les publicités pendant les émissions jeunesse.

Le Ministre français de la Santé, Roselyne Bachelot, a annoncé, le 4 février, une série de mesures dans un premier temps basées sur l’autodiscipline et le volontarisme des acteurs concernés. Avec une deadline fixée en juin pour apprécier les propositions et les résultats éventuels.

2) Les réponses des industriels et des distributeurs

Tout le monde convient de l’importance du fléau. 13 % des jeunes Français sont en surpoids, dont 7 % atteints d’obésité. Le mouvement ne fait que s’accélérer. Outre que l’obésité hypothèque l’espérance de vie des individus, elle préfigure une charge supplémentaire pour la collectivité.

Les industriels ont d’abord réagi viscéralement. « Consommés modérément, les produits sucrés ne sont pas dangereux. On n’est pas chez les Soviets. Les pouvoirs publics ne peuvent montrer du doigt et diaboliser le sucre ou tout autre produit festif à base de sucre tout simplement par qu’ils ont été surconsommés ». Ou alors disent-ils, il faut aller jusqu’au bout du raisonnement : supprimons la vente d’alcool puisqu’il y a trop d’alcooliques, supprimons le rayon des crèmes desserts et des fromages pour que plus personne ne mange des produits trop gras.

Derrière ce débat qui prend des airs trop passionnés et caricaturaux, il y a bien sûr des lobbies qui cherchent à forcer le trait.

Je concède cependant que :

1) Industriels et distributeurs ont raison de dénoncer la tentation des pouvoirs publics de refiler la gestion des problèmes de santé au secteur privé alors qu’elle doit d’abord émaner de l’Etat (ne serait-ce que, justement, pour qu’elle ne soit pas dictée par des intérêts privés).

2) L’origine de l’obésité est multifactorielle. Si l’on veut s’attaquer à la source, il faut mettre en place un plan de prévention global : auprès des parents, à l’école, dans les médias. Bref, chacun doit agir à son niveau de responsabilité.

3) La position de mon enseigne

Nos cadres et nos adhérents ont eu le même réflexe que les autres professionnels. Pas question de se laisser refiler la gestion exclusive d’une problématique qui nous dépasse.

Mais le dossier de l’obésité infantile rejoint celui, plus global, de la nutrition, du « bien manger » dont nous sommes évidemment un acteur à part entière.

Le distributeur doit pouvoir garantir le libre choix, mais rien ne l’empêche à travers ses gammes, ses choix marketing et publicitaires, d’adapter son offre commerciale à une demande sociale dès lors qu’elle est incontestée. C’est même un gage de sa performance commerciale future.

J’ai engagé mon groupe depuis trois ans pour revoir à la hausse tous les critères qualitatifs, gustatifs et sanitaires de notre offre alimentaire. C’est un travail de longue haleine (probablement 3 ou 4 ans pour arriver à des résultats significatifs). Par exemple, tous nos produits à Marque Repère voient leur étiquetage reprécisé, leur lisibilité améliorée, et les recettes des produits sont retravaillées pour diminuer les taux de sucre, de sel et de gras. Des nutritionnistes sont mobilisés sur ce projet, et des instruments pédagogiques à l’égard des usagers ont été mis en place (http://www.e-leclerc.com/marquerepere/Nos-valeurs/Accueil.aspx).

C’est dans ce contexte que sans se référer à une quelconque morale anti-festive, nous avons décidé de recaser les produits concernés dans l’offre classique de l’hyper d’ici le 1er juin.

4) Etoffer l’action

Il y a certes un enjeu commercial (manque à gagner situé entre 5 et 10 millions d’euros par an). Mais si elle restait isolée, nos adversaires auraient beau jeu de qualifier cette action de publicitaire. Aussi ne faut-il pas s’arrêter là.

Dans les semaines qui viennent, mon enseigne va lancer la recherche de produits de substitution, plus diététiques. Les magasins recevront des PLV informatives et pédagogiques expliquant cette action aux clients.

Enfin, j’ai demandé à ce que l’enseigne s’engage plus fort encore sur des recommandations nutritionnelles et sur la valorisation des bons comportements alimentaires.

Voilà donc ce qui me vaut le courroux de quelques apparatchiks du lobby de la malbouffe. Je ne donnais pourtant de leçons à personne, je les appliquais à nous-mêmes. C’est le paradoxe de l’ANIA : cette fédération regroupe des industriels qui, depuis 5 ans, et avec succès, ont fait de la santé un argument de vente (Danone avec Actimel, ses alicaments, etc.). Curieux de voir que le discours sur le bien manger devient « démagogique » quand il émane du seul distributeur.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 11 mars 2008

Carlos Nine et la BD : les Argentins ne sont pas manchots !

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Carlos Nine – © Philippe Germanaz

Carlos Nine est un de ces grands auteurs argentins à qui le Festival d’Angoulême avait eu la bonne idée de remettre le prix « Alph-Art » du meilleur album étranger 2001. Avant « Le canard qui aimait les poules », les lecteurs français avaient peu entendu parler de cet artiste généreux et plein d’humour. Pas plus d’ailleurs ils ne connaissaient toute cette génération d’artistes sud-américains si follement épris du 9ème Art.

Cette année, c’est Jose Munoz, Président du Festival, qui a imposé et imaginé une superbe exposition dont le beau catalogue édité par Vertige Graphic donne une idée des talents et de la vitalité des auteurs argentins.

Carlos Nine a profité de cette exposition pour venir s’encanailler à Paris. Je l’ai rencontré dans l’étroit boyau qui sert de galerie à l’éditeur, Daniel Maghen, quai des Grands Augustins, au milieu des planches encadrées qu’il aime commenter dans un français approximatif mais si chaleureux !

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Carlos Nine et Daniel Maghen – © Philippe Germanaz

J’étais en retard (certains diraient comme d’habitude !), l’homme avait manifestement très faim, mais il tenait à m’expliquer pourquoi il était devenu, sans le vouloir, la coqueluche de ces jeunes auteurs italiens, français et même new-yorkais qui, tel Peter de Sève, se sont précipités sur le site de Maghen pour réserver la plupart des planches.

Humblement, pudiquement, il caresse du doigt le dessin fluide de sa féline héroïne, inspirée de sa propre chatte, et décrit son tango meurtrier avec une pauvre souris condamnée d’avance. Il rit des ébats érotiques d’icelle avec un immense trône en bois dont les nœuds et moulures sont évidemment trop protubérants pour être honnêtes.

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L’univers de Carlos Nine est celui d’un Lewis Carroll qui serait passé chez Disney. Qu’il dessine pour ses copains, Lewis Trondheim et Sfar, dans la série « Donjon », ou qu’il publie ses propres histoires, « Le canard qui aimait les poules », « Fantagas », il confère aux objets (chapeau, cape, fauteuil, cheminée) une capacité de personnification. Il joue avec les formes géométriques pour leur donner vie. Il les propulse dans une sorte de ballet orphique, immoral et sensuel.

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Chat et souris… (Fantagas)

Les histoires de Carlos Nine ne se racontent pas. Ce sont pour la plupart des fables dont les errances visuelles, tout en fluidité, suffisent à la narration. Le scénario reste secondaire. Sous son pinceau (il est fou d’aquarelles), son bestiaire devient anthropomorphe. Sa mise en scène projette, sur une mini scène de théâtre, les turpitudes de notre société humaine. L’alcool fait des ravages mais reste de bon compagnonnage. Le muscadet va jusqu’à prendre la forme d’un personnage.

Ses publications sont éparses, quelquefois vraiment trop confidentielles. Pas facile de trouver en librairie « Meurtres et châtiments » (Albin Michel, 1991), ni même « Pampa » (Dargaud, 2003). Sur le Net, il faut fouiller pour trouver une présentation un petit peu exhaustive de son travail. C’est dommage.

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Pour l’heure, Carlos Nine travaille sur plusieurs projets. Un polar avec « un tout petit détective centro-américain qui, lassé par mes décisions d’auteur, commence à se rebeller contre mon scénario. Il essaie de se suicider, n’arrivant plus à me supporter. »

Carlos Nine œuvre aussi sur un court métrage de 15 minutes, « qui fera partie d’un long métrage composé de 5 histoires autour du tango ». Il ne le confirme pas, mais à mon avis, il y aura aussi du Munoz là-dessous.

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Cochon et canard (Fantagas)

15 heures ! Le restaurant risque de fermer. On se précipite. Que croyez-vous qu’il arriva une fois l’assiette remplie ? Carlos Nine sortit son appareil photo et mitrailla chaque composition. « J’aime photographier les assiettes. J’ai pris des photos des plats typiques de la cuisine lyonnaise, dont le héros principal est un habitué de mes histoires, le cochon. Le cochon est mon ami. »

A ce moment-là de notre rencontre, j’ai vraiment cru que les gambas flambées et les escargots de Bourgogne allaient reprendre vie et repousser la sauce pour venir jouer avec lui.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 6 mars 2008

Publicité sur les prix : la législation est trop frileuse !

Tout le monde en convient : les prix les plus bas sont offerts dans les zones de chalandise les plus concurrencées. C’est ce constat qu’ont retenu les experts de la Commission Attali pour demander le démantèlement de la loi Raffarin, véritable créatrice de rentes de situation. Mais pour que les consommateurs puissent choisir entre enseignes de distribution, encore convient-il qu’ils aient accès à une information accessible et lisible sur les prix, préalablement à leur déplacement.

Les publicités dans la presse, dans les catalogues, et les relevés de prix effectués par les organisations de consommateurs peuvent les y aider.

Mais paradoxalement, la législation a limité cet exercice. Dans deux secteurs !

  1. A la télévision d’abord :

    Les distributeurs ont accédé à la publicité télévisée depuis le 1er janvier 2007. Mais allez savoir pourquoi, ils n’ont pas le droit d’y parler de prix si ce n’est en termes génériques. Quel curieux paradoxe. En pleine période de retour de la hausse des prix, les distributeurs peuvent paraphraser le fameux sketch de Fernand Raynaud : « Elle est belle mon orange pas chère ». Mais ils ne peuvent pas en dire le prix.

    De même, les industriels de la téléphonie peuvent racoler pour leur réseau (SFR, Orange, Bouygues, Virgin, etc.). Mais les distributeurs concurrents ne peuvent rivaliser dans le discours en faisant valoir la pertinence prix de leur offre.

    J’ai donc écrit à Luc Chatel, hier, pour que, dans son projet de loi de modernisation de l’économie qui sera présenté au printemps aux parlementaires, figure l’autorisation d’effectuer des publicités de prix à la télévision.

    Vous doutez de l’effet ? Allons donc. Imaginez E. Leclerc, Auchan ou Intermarché publiant leurs prix de carburants avant les départs en vacances… Laissez-moi vous dire que ça pèserait sacrément sur les prix du réseau !

  2. La publicité des fruits et légumes :

    J’en ai déjà parlé sur ce blog. Feuilletez, dépouillez les catalogues des enseignes de la grande distribution, ou même des enseignes spécialisées. Vous y verrez de belles photos d’asperges, de salades, de carottes ou de bananes. Mais jamais, ou rarement, des prix indiqués. La législation, dans ce domaine, est parfaitement hypocrite. Oui, elle autorise la publicité de prix, mais à une seule condition : les distributeurs doivent, préalablement à leur publication, obtenir l’accord de l’interprofession agricole. Ces mêmes interprofessions qui se sont battues depuis dix ans pour que nous limitions les prix bas et les rabais censés faire chuter les cours sur les marchés de gros !!!

Je reconnais que les syndicats agricoles n’en font plus un casus belli. La FNSEA et la FNPL ne défendent plus cette position que du bout des lèvres. Mais le meilleur moyen de faire baisser le prix des fruits et légumes n’est-il pas d’inciter les commerçants à rivaliser sur ce sujet.

Le maintien de cette disposition produit, à mon sens, deux inconvénients :

a) Il n’incite pas les consommateurs à aller voir ailleurs. Ceux-ci, fidèles à leur hypermarché, y achètent des fruits et légumes presque en « clients captifs ». Pourquoi quitter leur magasin favori s’ils sont maintenus dans l’aveuglement des prix pratiqués par les concurrents.

b) Même les distributeurs, du coup, ne voient pas l’intérêt de faire la publicité sur ces produits. Une belle photo ne saurait constituer un bon argument de vente. Et alors que les pouvoirs publics incitent, dans le cadre du plan santé, à consommer des fruits et légumes, cette législation freine toute communication sur ce secteur, à contre-courant des réels besoins.

La balle est dans le camp des pouvoirs publics. Cette liberté retrouvée sur la communication TV et les fruits et légumes pourrait constituer un élément positif d’une activation de la concurrence en France. J’espère avoir convaincu Luc Chatel.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 4 mars 2008

Le Sénateur Jean Arthuis et la tentation de la démagogie

Il n’y a pas plus vachard ni revanchard qu’un homme politique blessé par la certitude de ne plus pouvoir jouer un grand rôle de décideur, au sein d’un gouvernement par exemple. Les propos tenus par Jean Arthuis dans les médias, ces derniers jours, traduisent cette aigreur et, venant de sa part, c’est vraiment un sacré gâchis.

Je connais bien le sénateur Jean Arthuis. Il fut, dans sa vie professionnelle, commissaire aux comptes dans plusieurs de nos structures commerciales. Il fut par la suite un plutôt bon ministre de la consommation. Mais il s’est enfoncé, depuis une dizaine d’années, dans une attitude purement inquisitrice à l’égard de la grande distribution. Sans aucune nuance, ni finesse. C’est lui qui signa, du temps de Jacques Chirac, ce rapport parlementaire qui accusait la grande distribution d’être à l’origine des délocalisations et d’un surcroît d’importations (alors même que la France était exportatrice nette !!!). Dieu sait s’il nous a fallu ramer pour dénoncer ces contrevérités tant l’homme s’obstinait à vouloir briller en jouant de cette posture critique.

Jean Arthuis a trouvé un nouveau cheval de bataille. Il feint de découvrir les centrales d’achat établies depuis une dizaine d’années à Zurich ou à Genève. «…j’ai pointé du doigt les pratiques de cinq grandes enseignes nationales qui ont pour habitude de demander à leurs fournisseurs de verser une redevance soi-disant destinée à contribuer au développement international de leur groupe ».

L’accusation aurait été de faible portée si nous n’étions pas dans un contexte nauséabond d’affaires financières et fiscales (l’affaire UIMM, fraude fiscale au Lichtenstein). Jean Arthuis ne pouvait méconnaître ce contexte. Autant dire qu’en prenant le risque de cultiver l’amalgame, le sénateur jette sciemment l’opprobre sur notre secteur.

Je ne sais pas s’il vise une enseigne particulière. Il vaudrait mieux qu’il le dise. A contrario, son coup de sang n’est pas crédible.

Il n’est pas concevable qu’il fasse semblant de découvrir l’existence de ces centrales d’achat. Une dizaine d’entre elles (EMD, AMS, AGENOR…) exercent, depuis une vingtaine d’années en Europe, une activité d’achat, de référencement ou d’échange de savoir-faire. Elles couvrent le secteur des GMS mais aussi de la distribution spécialisée. Pratiquement toutes les grandes enseignes européennes, GSA ou GMS, intégrées, franchisées ou associatives, adhèrent à ces réseaux qui font l’objet périodiquement d’observations et de directives émanant de la Commission Européenne. Il n’y a pas en la matière de spécificité française.

Qu’en est-il pour notre enseigne ?

Longtemps, nous avons tâtonné. Nous avons adhéré quelques années au groupement EMD, aux côtés d’une trentaine d’autres enseignes. Sans réel intérêt, ni efficacité. Puis en 2004, nous avons créé, avec quatre autres enseignes de la distribution européenne, la coopérative « Coopernic ». L’objet social de cette société est complètement transparent : son activité a pour finalité d’améliorer la performance et la compétitivité des magasins de Colruyt (Belgique), Coop (Suisse), Conad (Italie), Rewe (Allemagne) et E. Leclerc. Cette performance concerne évidemment la surveillance des prix au niveau européen, mais aussi le développement en commun des gammes de produits répondant aux nouvelles demandes sociales (commerce équitable, développement durable, produits éthiques, etc.). Coopernic abrite beaucoup d’échanges bilatéraux (E. Leclerc/Coop sur le commerce équitable ; E. Leclerc/Conad sur les carburants ou la parapharmacie ; E. Leclerc/Rewe/Iki pour la promotion des marques régionales françaises dans l’Est de l’Europe). Je me suis déjà exprimé sur ce sujet sur ce blog.

Qu’en est-il des accusations du perfide sénateur ?

a) « Cinq grandes enseignes demandent une redevance » ?

  • Il ne s’agit pas d’enseignes, mais de plusieurs milliers de supermarchés, supérettes, hypermarchés ou magasins spécialisés répartis dans 18 pays du marché européen. Au sein de Coopernic, on compare les hausses de prix, on lance des appels d’offres, on traque les prix les plus bas.

  • Coopernic ne touche pas de redevance. Quand les adhérents de la coopérative viennent y négocier avec les grands industriels une meilleure couverture européenne des ventes, un plan promotionnel lié à un investissement TV (par exemple) ou au lancement d’une innovation dans plusieurs pays en même temps, c’est pour en faire profiter ses membres nationaux. Les conditions d’achat ou de prestations sont directement répercutées aux adhérents de chaque pays.

b) « Les fournisseurs se voient obligés de verser une somme à une société basée en Suisse ». Des sommes qui échapperaient au fisc ?

  • Coopernic est basée en Belgique et non en Suisse.

  • Coopernic est installée à quelques centaines de mètres des services de concurrence de la Communauté Européenne. Sa constitution est connue de tous.
  • C’est une coopérative dont les statuts se réfèrent spécifiquement à la nouvelle législation européenne favorisant le regroupement de commerçants indépendants. Elle est complètement transparente (aux sens financier et juridique) à l’égard de ses membres. La totalité de ses produits éventuels (elle n’a qu’un an d’existence) est reversée directement à ses coopérateurs.
  • Coopernic n’a pas vocation à faire des profits. Elle ne garde rien, elle est financée par des appels de cotisations. En aucun cas, elle ne finance le développement international des enseignes.
  • Tous les fournisseurs n’ont pas de stratégie ou de conditions européennes de vente. D’autres ne souhaitent pas profiter des prestations de Coopernic. Seules quelques dizaines de grandes sociétés ont conclu des accords avec la coopérative.
  • Enfin, fiscalement, tous les produits de Coopernic sont soumis à la fiscalité des pays d’origine des adhérents. Dans le cas de la France, ils sont intégrés aux déclarations fiscales de chaque centre E. Leclerc.

Voilà. Normalement le sénateur Jean Arthuis devrait être rassuré. Malheureusement, je crains que ça ne fût pas sa réelle intention.

Michel-Edouard Leclerc