Archive pour avril 2008

Lundi 28 avril 2008

L’inflation se nourrit des querelles corporatistes !

Je reviendrai dans les prochains jours sur le problème du prix des médicaments OTC après la décision du Tribunal de Colmar. L’actualité, ce matin, c’est la loi LME.

Serait-ce la dernière ligne droite ? Le Conseil des Ministres a bouclé ce matin ce qui doit constituer la réforme définitive de la loi Galland (1997).

Définitive ? Cela dépendra des parlementaires. Il faut s’attendre à une foire d’empoigne. Et vu la manière dont le lobby agroalimentaire a présenté les choses, c’est peu dire que les cartes sont sacrément brouillées !

J’ai pris position pour ce projet. Il n’est pas optimal. J’aurais préféré une réforme plus radicale…(nous y reviendrons) des règles d’urbanisme commercial.

Mais enfin ! J’affirme que si le projet n’est pas trop galvaudé, il permettra de faire baisser les prix de milliers d’articles. Il permettra d’aborder le deuxième semestre avec une inflation divisée par deux. On est actuellement sur un rythme annuel de 4 %. Je parie qu’on peut, avec ce texte, arriver à 2 %.

1) Jusqu’ici, les distributeurs ne pouvaient pas s’opposer directement aux hausses tarifaires des industriels. Certes, ils compensaient ces hausses en négociant des prestations commerciales rémunérées. Mais c’était juridiquement périlleux, avec des difficultés réelles de répercutabilité aux consommateurs que même la dernière réforme Chatel n’a pas complètement résorbées.

2) La nouvelle loi prévoit la négociabilité des tarifs. En clair, les distributeurs pourront refuser des hausses excessives, et obliger les industriels les plus chers à s’aligner sur les offres les moins chères. Ils pourront négocier l’étalement des hausses dans le temps ou sur des gammes élargies, afin d’en diluer les effets. Ils pourront introduire des clauses d’indexation pour que les tarifs baissent automatiquement en cas de retournement des marchés des matières premières par exemple.

Les fédérations industrielles poussent des cris d’orfraie, font l’éternel chantage à l’emploi menacent de délocaliser, annoncent des dépôts de bilan. Quelle hypocrisie ! Le texte vise essentiellement les industriels de grandes marques, des entreprises multinationales qui sont largement rompues à cet exercice de négociation. Partout en Europe, c’est la norme, c’est la pratique usuelle. Coca Cola, Nestlé, Procter, Unilever adaptent sans arrêt leur politique tarifaire aux différents marchés nationaux. C’est d’ailleurs ce qui fait que dans les autres pays européens, les tarifs des grandes marques sont inférieurs aux tarifs français.

Curieux attelage donc qui voit Jean-Michel Lemétayer, Président de la FNSEA, venir servir de caution aux multinationales.

a) D’abord, les agriculteurs ne sont pas directement concernés par ce texte. Et ils bénéficient déjà d’une réglementation privilégiée sur les délais de paiement.

b) Il n’existait pas, ou pratiquement pas, de marges arrière sur les produits agricoles. Jean-Michel Lemétayer disait s’opposer aux pratiques commerciales issues de la loi Galland. Pourquoi s’oppose-t-il aujourd’hui à la négociation directe, à la transparence des prix retrouvée, à la déductibilité directe des prix sur les factures plutôt que le passage obligé par le financement des têtes de gondole, etc.

Alors, soyons sérieux. S’il faut muscler le texte pour protéger plus encore les petites entreprises, faisons-le ! Mais que des industriels comme Danone ou Nestlé (qui affichent des profits de 10 % nets en pleine crise du lait) essaient de se planquer derrière les problèmes des petits éleveurs du Massif Central, voilà qui frise le ridicule.

Dans son interview télévisée, Nicolas Sarkozy a semblé être irrité de ces pressions corporatistes. J’espère qu’il tiendra le cap.

A suivre donc…

Michel-Edouard Leclerc

Dimanche 27 avril 2008

Andreas : je fais de l’art ? Non, de la BD

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© FEP – Jean Bibard

Dans le grand immeuble de verre qui sert de siège aux Centres E. Leclerc, Andreas a l’air complètement perdu. Il regarde le système de badges comme s’il représentait la quintessence d’un monde carcéral. Traversant couloirs et bureaux, on le sent amusé, curieux, mais inquiet, tel un personnage d’outre-monde ayant atterri sur une planète inconnue.

Ce n’est pas le monde du travail qui l’impressionne. Il revendique volontiers ses origines allemandes, cette culture de la rigueur qui a façonné son œuvre et son emploi du temps depuis qu’il est sorti de l’Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf. C’est un stakhanoviste du dessin. Des vacances ? « Au bout d’une semaine, j’ai la nostalgie de mon atelier » Le cinéma, les sorties ? « Oui, de temps en temps, mais quelquefois, au moment où je m’apprête à sortir, je passe devant une planche inachevée, et je cède. C’est en dessinant que je me sens bien. »

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Ce n’est pas non plus la ville, ses immeubles, son architecture qui le rebutent. Andreas n’a rien d’un rural. Après une première vie à Bruxelles, il s’est établi en Bretagne. Mais il n’a pas choisi d’habiter sur le front de mer, pas plus qu’en campagne. S’il envisage d’acquérir une petite maison d’un village proche de Ploërmel, il travaille aujourd’hui (et vit) à la lumière artificielle d’un appartement du centre de Rennes, discret, sans trop d’ouvertures sur l’extérieur.

Solitaire ? Assurément. L’auteur de « Arq » (1997), de « Rork » (Le Lombard, 1984) et de « Cromwell Stone » (Deligne, 1984) travaille seul, si possible. Mais il ne déteste pas la collaboration avec un scénariste.

A l’Institut Saint-Luc de Bruxelles, il a fréquenté des illustrateurs et dessinateurs tels Philippe Berthet, Antonio Cossu et Philippe Foerster. Il a gardé des liens d’amitié discrets, mais renouvelés, avec quelques artistes choisis (Schuiten). Malgré une revendication d’individualiste, il se dit heureux d’avoir trouvé par exemple au Lombard une équipe éditoriale qui lui a fait confiance en toute circonstance.

Si certaines de ses œuvres tirent à plus de 10 000 exemplaires, Andreas n’est pas très connu du grand public. Il ne s’en émeut pas et ne manifeste aucune fébrilité pour modifier cet état de faits. C’est très prudemment qu’il adhère à l’idée éventuelle d’une exposition rétrospective de ses planches.

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Pourtant, cet homme est un maître. L’ancien élève d’Eddy Paape qui collabora un temps avec André-Paul Duchâteau pour le journal de Tintin (« Udolfo »,1980) ou François Rivière (« Révélations posthumes », Bédérama 1980), a multiplié des collaborations diverses et éparses. Mais son œuvre personnelle (dessins et scénarios) constitue un univers vraiment extraordinaire.

Etonnant de l’entendre avec des accents d’humilité : « Je ne suis pas un très bon dessinateur ». Il prétexte que les décors l’ennuient, ne sont pas si importants que cela. Mais chaque planche de « Cromwell Stone » est une merveille de composition.

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A la différence de Schuiten, lui aussi influencé par l’architecture, les personnages d’Andreas se meuvent parfaitement au diapason des pliures, des déchirures et des mouvements du décor. Andreas a été très influencé par les comics américains et cette liberté revendiquée par des auteurs comme Neal Adams, Stuart Immonen, John Romita Jr., qui donnent la priorité à l’expression corporelle des personnages.

« Je reconnais que s’agissant de certains comics américains, des travaux de Schuiten ou des miens, les planches peuvent séduire et parler d’elles-mêmes par leur expression graphique. Mais je ne cherche pas cet objectif. Même si je me suis appesanti, notamment dans « Cromwell Stone II », sur certaines mises en page, je ne veux pas perdre de vue que l’histoire est plus importante que le dessin.»

Des histoires fantastiques, hors des préoccupations sociales et politiques du moment, mais génératrices d’utopie, d’émotion !

J’aurai l’occasion, dans le prochain tome de « Itinéraires dans l’Univers de la Bande Dessinée » (Flammarion, septembre/octobre 2008) de montrer les différentes facettes du talent d’Andreas. Mais pour l’heure, quittant mon bureau, il va regagner le centre de Paris, et probablement passer dans quelques librairies. J’en fais le pari : il n’a qu’une seule idée en tête, regagner Rennes, son atelier et se remettre à l’ouvrage.

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© FEP – Jean Bibard

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 17 avril 2008

Le blog, le service consommateurs et quartier libre (avril 2008)

Nombreux sont ceux qui me disent aujourd’hui à quel point il est difficile de surfer entre des commentaires qui ne répondent pas aux préoccupations de la note sous laquelle ils sont postés. Pas facile en effet de jouer à saute-mouton entre critiques, commentaires passionnés, spams et réclamations commerciales.

Je reprécise donc, à nouveau :

1) Ce blog doit rester un blog personnel. Je veux pouvoir, ici, participer au débat public qu’il s’agisse de questions de société ou même de préoccupations professionnelles.

2) J’écris moi-même les textes en fonction de ma disponibilité.

3) Je ne dispose d’aucune assistance relais pour faire suivre les réclamations commerciales ou même en contrôler la véracité (beaucoup de pseudos émanent souvent d’un même ordinateur ou d’un même réseau d’internautes poursuivant des buts plus ou moins sincères !).

Comme je suis souvent en déplacement, vous pensez bien que je suis incapable de donner suite à un client qui a un problème avec ses achats. Je ne cherche pas à me défiler. Mais ne mélangeons pas forcément le commercial et le débat d’idées.

4) Par souci d’efficacité, j’invite donc les consommateurs qui le souhaitent (demande d’infos ou réclamation) à contacter directement le service consommateurs de l’enseigne (Allo E. Leclerc : 0 810 870 870 -Numéro Azur : prix appel local à partir d’un poste fixe-).

5) Vous avez pu le constater. Il n’y a pas de censure sur ce blog. Ce n’est pas une raison pour le transformer en fourre-tout.

6) Par souci de clarté, je demande à ma dynamique webmaster de reclasser, sous cette rubrique, les commentaires qui ne correspondent pas au thème des notes journalières.

Tout le monde y gagnera en confort de lecture.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 16 avril 2008

Affichage C02 des produits alimentaires à Templeuve et Wattrelos

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C’est parti. Lors du Grenelle de l’environnement, nos adhérents s’étaient engagés. J’ai parlé ici, à plusieurs reprises, d’initiatives au sein de l’enseigne : la suppression des sacs de caisse, les agro-carburants (désormais contestés), les couvertures solaires sur les magasins, etc. Depuis le début du mois d’avril, les adhérents E. Leclerc de Wattrelos et Templeuve (famille Pocher) ont décidé de faire figurer sur les étiquettes de milliers de produits alimentaires les quantités d’émission de gaz à effet de serre, converties en équivalent carbone. L’opération a été possible grâce à l’investissement personnel (j’oserais dire militant) de Thomas Pocher et de ses équipes. Ils se sont entourés des conseils et des prestations de l’ADEME. Ils ont su, malgré les difficultés, mobiliser le savoir-faire informatique d’INFOMIL, société organiquement rattachée à l’enseigne, pour proposer un affichage sur les étiquettes produits, mais surtout, véritable innovation, une information sur le ticket de caisse. En effet, celui-ci permet de calculer le total du poids carbone des achats, en cumulant tous les produits alimentaires achetés par le client.

Le Conseil Régional a apporté son soutien au projet dont les données (calcul du CO2 émis) ont pu être scientifiquement établies grâce aux prestations de GREENEXT.

Parallèlement à ce balisage en rayons, Thomas Pocher a mis en ligne le site www.jeconomisemaplanete.fr qui détaille les méthodes de calcul et permet au consommateur de s’initier aux concepts et aux problématiques liées à l’empreinte carbone.

Je laisse parler Thomas Pocher :

L’origine du projet :

« Avec mon équipe, j’avais été sensibilisé au traitement des déchets ménagers. Ca m’a permis de comprendre à la fois l’intérêt, mais aussi la complexité des sujets dont on parle facilement sans imaginer à quel point les mises en œuvre peuvent être lourdes et difficiles. J’ai regroupé plusieurs partenaires compétents, dont GREENEXT. Et à partir d’informations génériques, chaque catégorie d’aliments a été affectée d’un poids « CO2 ». Ce ne sont pas moins de 20 000 produits, toutes marques confondues, qui porteront l’indication de leur équivalent en carbone.

Quelle information ?

Le calcul inclut, dans un premier temps, l’impact de fabrication, de l’emballage, et celui des manipulations et stockage dans le magasin. A terme, le calcul portera sur la totalité du cycle de vie du produit : de l’extraction des matières premières à sa transformation incluse.

Nous ne prétendons pas à l’exhaustivité. Nous restons pour le moment sur des informations qui sont des « moyennes ». Mais tout cela est fortement pédagogique. J’ai moi-même découvert, par exemple, que les yaourts, de la vache à la petite cuillère, pèsent presque l’équivalent de leur poids en CO2 (environ 0,4 kg équivalent point CO2 vs 4 fois 125 g de produit).

La réaction des consommateurs ?

Le public a d’abord été interloqué, mais nous avons beaucoup communiqué. Il a fallu clarifier l’information. Nous avons profité de ce projet pour revoir tout le balisage en rayons et le rendre plus lisible. Et comme pléthore d’informations nuit à la qualité de celles-ci, nous avons décidé de supprimer l’information du prix « en franc » pour laisser sa place à cette information environnementale.

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Quels développements prévoir ?

Casino (dont on attend l’initiative) dit vouloir procéder à une démarche plus fine, applicable à chaque produit et à chaque marque, dans chaque zone de chalandise. Pour notre part, nous nous sommes rendus compte que cet objectif générait des contraintes quasi insurmontables, du moins à notre niveau. Je ne parle pas que des aspects financiers : un bilan CO2 inscrit sur le produit lui-même ? Mais voyez-vous, une bouteille d’eau qui part du Massif Central n’a pas le même impact sur l’environnement selon qu’elle est vendue à Wattrelos, à Dreux, à Blagnac, et encore plus à Brest. Le coût environnemental n’est évidemment pas le même selon les distances de transport. Ce genre de calcul qui nécessite une réelle expertise, n’est pas à la portée d’une PME locale. Faire faire les calculs par une société experte au niveau national ? Cela supposerait que les modes d’approvisionnement ne changent pas,…etc.

On peut le faire sur quelques produits. Nous étudions cette voie. Mais c’est quasiment impossible d’étiqueter 25 000 références d’autant qu’il nous faudrait assumer les risques d’erreur ou d’approximation que nous ne maîtrisons évidemment pas.

Mais déjà, l’étiquetage générique permet au consommateur d’orienter ses choix, d’éviter les suremballages, de privilégier une offre de proximité par rapport à une offre importée. Ce n’est pas le seul critère bien sûr. Il reste le prix, la qualité, la praticité, etc. Mais la donnée CO2 est désormais composante intégrale de l’offre.

Trois pistes sont actuellement explorées. La première consiste à élargir progressivement le spectre des produits concernés. Nous nous intéressons actuellement à des produits non alimentaires comme les produits d’entretien dont on connaît les capacités polluantes.

Nous allons aussi créer un club affinitaire de consommateurs avec lesquels nous discuterons de l’évolution de l’opération.

Enfin, cette opération a techniquement été construite pour pouvoir être dupliquée dans les autres points de vente de l’enseigne. D’autres collègues s’apprêtent à faire la même expérience dans leur zone de chalandise. »

Si cette expérience vous intéresse, je propose que vous interpelliez directement, ici, sur ce blog, les équipes de Thomas Pocher qui n’hésiteront pas à solliciter leurs correspondants à l’ADEME ou à GREENEXT pour plus de détails.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 14 avril 2008

Art Spiegelman dans « Breakdowns » : portrait de l’artiste après le chef-d’œuvre

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Art Spiegelman – © FEP – Jean Bibard

Art Spiegelman est (et restera) l’auteur d’un très grand chef-d’œuvre : « Maus , a survivor’s tale » (un survivant raconte).Edité en 30 langues (Casterman pour la France), « Maus » est la seule bande dessinée à avoir reçu le Prix Pulitzer (en 1992).

« Maus » retrace, sous la forme d’une société animalière, la vie d’une famille juive (celle des parents de Spiegelman) pendant la Shoah, dans les camps. Sous la plume de l’artiste, les souris juives essaient de survivre aux nazis (des chats), les Polonais sont des cochons, les libérateurs américains sont des chiens. Une fable noire qui a permis à Art Spiegelman de créer la distance et l’humour nécessaires pour décrire l’indicible.

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Le problème, quand on a conçu une œuvre majeure de cette importance, c’est d’exister « avec ». Et aussi « après ».

Au début, l’artiste trouve dans le succès une sorte de piédestal confortable, mais finalement bourré de chausse-trappes. Difficile de remettre le couvert, qu’il s’agisse d’écrire des livres pour enfants ou d’évoquer, dans une nouvelle BD, le drame du 11 septembre et la schizophrénie américaine « A l’Ombre des Tours Mortes » (Casterman).

La situation devient très vite intenable. Art Spiegelman en a vécu l’expérience. « Maus » est devenu le succès exclusif qui occulte le reste de son œuvre. Pire, il efface sa propre personne d’autant que « Maus » relatait avant tout la vie des parents de l’auteur. Comment parler de soi (problème très freudien dont sont friands les artistes de la communauté juive new-yorkaise) quand tout vous relie au cordon ombilical. Un cordon d’autant plus visible que vous en avez exprimé l’indestructibilité.

C’est la mission impossible de « Breakdowns », paru le mois dernier et, gage d’amour pour le public français, chez un éditeur bien de chez nous, en prime time, avant la version que découvriront les Américains prochainement.

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Je dis mission impossible parce qu’avant et après « Maus », il n’y a rien, il ne peut rien exister qui ne paraisse petit, mesquin, annexe.

L’auteur tente bien de nous rappeler, à travers les périples d’une mémoire qu’il aimerait partager, qu’il fut d’abord un auteur d’avant-garde, un auteur expérimental dans le mouvement underground américain des années 70, « un acteur majeur » (comme le rappelle Mathieu Lindon dans Libé du 20/03). Et c’est vrai ! On a oublié le caractère novateur, risqué de ces BD décalées, résolument anti-académiques (Robert Crumb et le collectif d’artistes déjantés de MAD). Elles se référaient à deux ou trois générations de comics publiés par Marvel, mais pour revendiquer, afficher, jeter à la face des consommateurs robotisés d’une société hyper matérialiste la part intime de chacun de nos êtres : la culpabilité sociale, l’identité par le sexe, le rejet des idéologies, des religions, et même le droit au non-engagement… Ouf !

Mais Dieu, que tout cela a terriblement vieilli. Ce discours fait déjà partie de notre histoire, de l’histoire de l’Art. Peut-être Art a-t-il cru que les Français méconnaissaient cette aventure éditoriale ! Toujours est-il que le résultat n’est pas celui qu’il escomptait.

Oh, je ne parle pas des critiques officiels, des experts, des sachants ! Ils font tous les gorges chaudes de cette re-visitation du passé. Ils entretiennent complaisamment le besoin de reconnaissance de l’artiste. Et, probablement, la thérapie fonctionnera-t-elle. Mais pour moi, tout ça a des petits airs nécrologiques. Ces compliments dénotent une vraie absence de sens critique vis-à-vis des survivants du radicalisme américain réduits au rôle de radoteurs, de vieux beaux qui, de feu Norman Mailer à Don DeLillo, ressassent leur appartenance à la Gauche, mais dans un combat résumé à la seule posture anti-Bush.

Art Spiegelman, à mon sens, se méprend. Il a raison dans sa dénonciation de l’hypocrisie culturelle US : celle qui interdit de fumer mais qui continue à polluer, celle qui affiche son puritanisme, mais pour mieux mater, etc. Mais cet engagement de l’artiste reste finalement commun, quasi banal, insuffisant pour le faire exister en tant que personne, autrement que comme l’auteur de « Maus ».

Oui, n’en déplaise à Art à qui je voue une énorme admiration, il lui faudra, toute sa vie, assumer sa grande œuvre.

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Ce qui est justement intéressant dans « Breakdowns », c’est l’osmose de l’artiste avec son sujet. « Breakdowns » met en scène l’obsession quasi woodienne (Woody Allen) qui le hante et qui le place, malgré lui, au centre du drame familial.

La mère rêvait d’un fils artiste. Elle l’incitait à transformer tout gribouillis en un génial dessin. Elle s’est suicidée sans lui laisser un mot. Le père a survécu au camp de concentration. Mais n’a jamais considéré « Maus » comme une œuvre artistique. Il « n’a jamais regardé mes dessins…ni jamais remarqué mes souris ».

Art Spiegelman va ainsi d’un miroir à l’autre, à la recherche du lien avec ses parents. Terrible révélation de sa non-identité propre. Art, c’est le diminutif d’Arthur, leur fils. Mais Art, c’est aussi comme « artiste ». Tel le Hollandais volant, il est condamné à n’être que l’éternel auteur d’une « fiction non fictionnelle ». Il n’est qu’au service de son œuvre.

« Breakdowns » est le portrait d’un artiste en camisole.

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Art Spiegelman – © FEP – Jean Bibard

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 9 avril 2008

Prix des médicaments : le débat interdit !

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© Le moniteur des pharmacies n° 2724 du 05/04/2008

Il suffit de lire les commentaires outranciers affichés sur ce blog depuis le week-end dernier : le débat sur le prix des médicaments, fussent-ils sans ordonnance et promis par le gouvernement à passer « devant le comptoir », est impossible. A l’image de cette caricature parue dans Le Moniteur des Pharmacies de cette semaine, la profession n’aurait d’autre argument que l’invective, le mépris : « T’es épicier, donc t’es un commerçant, donc t’es un voleur, donc touche pas à mes médicaments ! »

Je le dis tout net, je ne répondrai pas à cette vague d’opprobre. Je n’avais pas l’intention de partir en croisade contre les pharmaciens. Je les respecte et respecte leur métier. Je ne rentrerai pas dans une querelle corporatiste. Et pas plus, je ne me livrerai à une polémique inutile avec Roselyne Bachelot. (Si notre publicité est mensongère, qu’on la fasse cesser. Mais je rappelle que déjà le CSA a rectifié le BVP, et que le Juge des référés n’a pas eu à donner suite.)

De toute façon, à chaque fois c’est pareil. Tout le monde convient qu’il faut ouvrir l’industrie et le commerce français à la concurrence, que notre économie est paralysée par les rentes et les chasses gardées. Mais c’est toujours pour mieux cibler l’assiette du voisin. « Touche pas à mes stations-service, ma pharmacie, mon grand magasin, ma parfumerie, ma librairie… ».

Le marché des produits d’automédication et plus encore celui des produits de santé est en constante expansion. Il y a de place pour un réseau pluriel de distribution (y compris, demain, avec l’arrivée d’internet et des chaînes de pharmacies).

1) Les faits, rien que les faits

Je peux comprendre l’amertume d’une profession empêtrée dans de réelles difficultés (baisse de CA dans les zones rurales, accroissement des charges d’exploitation et de la paperasserie, difficulté de transmettre le patrimoine, impossibilité pour les jeunes d’amortir l’acquisition de fonds trop chèrement évalués, etc. !). Mais les faits sont là.

Ce n’est pas E. Leclerc qui a enjoint au gouvernement français d’ouvrir le secteur à la concurrence, c’est la Commission Européenne, depuis que des chaînes succursalistes de pharmacies (type Boots en GB) se sont vues interdire l’accès du territoire français.

Ce n’est pas E. Leclerc qui a décidé de dérembourser les produits d’automédication familiale, ce sont les derniers gouvernements, sans que d’ailleurs les pharmaciens n’y aient trouvé à redire.

Et ce n’est surtout pas à cause de E. Leclerc que ces produits, une fois déremboursés, ont augmenté de 36 % en moyenne (chiffre IMS) pour ceux de la vague de 2006 et de 30 % pour la dernière vague.

L’impact sur le pouvoir d’achat des Français est double : ce qui était remboursé devient payant ; et les prix étant dérégulés, la facture augmente. Voilà qui vient mal à propos plomber le budget des Français déjà mis à mal par l’augmentation du prix de l’énergie et des denrées alimentaires.

2) L’offre des parapharmacies E. Leclerc

Conscient que le dérapage des prix pourrait relancer le débat sur la politique même du déremboursement (sur son bien-fondé), le gouvernement a sollicité la profession pour souscrire un accord de modération. Le gouvernement imagine aussi que les consommateurs / patients seront enclins à comparer et à faire pression sur les étiquettes.

Qu’on me permette d’avoir des doutes sur le résultat. Dans tout secteur d’activités (fussent-elles hyper spécialisées), c’est la concurrence qui modère ou fait baisser les prix. Le maintien du numerus clausus ne se justifiera qu’à ce prix.

Partout en Europe, il existe plusieurs réseaux de distribution des produits d’automédication familiale. En Espagne, au Portugal, en Allemagne, en Angleterre, ces médicaments sans ordonnance sont vendus tantôt en libre-service (ce que je ne souhaite pas), tantôt sous le contrôle d’un pharmacien-conseil.

En Italie, la dérégulation du marché de la santé a été l’une des premières mesures du gouvernement Prodi (2006). Les parapharmacies E. Leclerc/Conad ont été pionnières. Aujourd’hui, le système est banalisé et les médicaments OTC sont commercialisés dans plusieurs enseignes de distribution, grands magasins et chaînes spécialisées.

En France, rien de tel. La profession a toujours défendu un modèle économique exclusif. Mais nous avons des parapharmacies dirigées par des diplômés. (Les laboratoires avaient exigé dès 1985 que nous commercialisions les produits de dermo-cosmétique et les compléments alimentaires sous le contrôle d’un docteur en pharmacie). Ces hommes et ces femmes ont fait les mêmes études que les officinaux. Ils ont la même expertise.

J’ai proposé que, dans un espace dédié de la parapharmacie, sous leur contrôle, et avec une prestation de conseils renforcée, ils puissent assurer la commercialisation des produits d’automédication familiale, avec une politique de prix conforme aux promesses de notre enseigne.

Ailleurs, en Europe, c’est possible. Ailleurs, en Europe, ça marche. Expliquez-moi pourquoi, en France, on mettrait en péril le système de santé en faisant de même ?

Je me doute bien qu’avec le poids des lobbies, ce n’est pas demain la veille…que le gouvernement français ouvrira ce marché pour autoriser notre initiative. Mais, il nous faut être prêts.

Le gouvernement s’engage-t-il à ce qu’il n’augmente pas le nombre de spécialités déremboursées ? Les laboratoires, les grossistes et les pharmaciens s’engagent-ils à refaire baisser les prix qui ont flambé ? Si les réponses sont positives, il n’y a rien à craindre de notre initiative. Mais je ne crois pas avoir entendu ces engagements. En tout cas, nous voulons prendre date. Nous allons suivre l’évolution des prix.

Eric Woerth vient d’annoncer un nouveau plan d’économies sur le médicament (5 milliards d’euros) !

Plutôt que d’essayer de jeter le discrédit sur les 150 diplômés de pharmacie qui travaillent sous notre enseigne (« de vulgaires chefs de rayon », a-t-on dit), j’invite la profession à méditer sur le mot de Pierre Harmel, Président de l’UNPF pour l’Ile de France, dans Le Moniteur des Pharmacies (29/03/08) : « Le plus important (est) de baisser les prix de 15 à 30 % selon les catégories de médicaments…sinon, c’est du pain béni pour Leclerc ».

Tout le reste, c’est du buzz. Certains comprendront peut-être qu’à trop nous caricaturer et nous vilipender, on nous offre là, bien grande publicité. Le public (les patients, les consommateurs) n’est pas dupe. On peut vouloir tout lui raconter, tout occulter. Mais au final, c’est lui qui va devoir payer.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 1 avril 2008

Florence Cestac : gros nez / grand coeur

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Florence Cestac – © Philippe Germanaz

Quand ils ne dessinent pas, les auteurs de BD ont quelquefois une vie professionnelle, parfois une vie sexuelle, et encore moins une vie politique. Eh oui, malgré le stéréotype selon lequel un dessinateur est d’abord un autiste penché sur sa planche (8 heures par jour minimum) il lui arrive de redescendre sur terre et d’émettre une opinion (sur le sport, sur l’argent, sur le « système » etc.). Mais, de là à s’engager dans l’arène politique…

C’est pourtant ce qu’a fait Florence Cestac, en apportant son soutien à Pierre Castagnou, candidat vert dans le 14ème arrondissement de Paris lors des récentes municipales.

Oh, la donzelle n’a pas donné son corps à la cause. Mais elle s’est fendue d’un petit « strip » (pas « tease ») afin que nul n’ignore ses intimes convictions.

Flo, c’est une chouette de femme. Celle-là est copine des meilleurs ! Julliard, Druillet, Desbois (le galeriste) en pincent pour elle. Tiens, même Annie Goetzinger, autre dessinatrice de talent, laisse la cofondatrice de Futuropolis approcher son sérail.

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Fasciné par ses aînés masculins qui occupent le devant de la scène (Bilal, Moebius, Tardi…) le public la connaît comme auteur du « Démon de midi », hilarante comédie adaptée au théâtre par Michèle Bernier. Mais il en oublierait que cette dessinatrice talentueuse du 9ème art a su raffler un Alph’Art de l’humour à Angoulême en 89 (pour les « Vieux copains pleins de pépins ») ; un deuxième Alph’Art pour le « Démon de midi » en 1997 ; et le Grand Prix de la ville d’Angoulême en 2000. Ce qui lui a valu la présidence du Festival.

Pour ceux que la bande dessinée d’humour intéresse, je recommande son album « La vie d’artiste », véritable autobiographie, dont la lecture peut être prolongée par « La véritable histoire de Futuropolis », librairie et maison d’édition dont elle fut cofondatrice.

Moi ce que j’aime, dans sa production foisonnante, c’est la série « Les ados ». J’adore aussi la vie extraordinaire d’Edmond-François Ratier, et je recommande « Du sable dans le maillot » plutôt que la série « Des Déblocks ».

Et puis il y a « Super catho ». Une fresque déjantée, mais si réaliste ! Je me suis « reconnu » dans cette bande dessinée truculente dont le scénario flirte avec quelques effluves culturelles bretonnes. Normal : cette BD, écrite à deux mains, a bénéficié de l’amicale contribution de René Pétillon, (L’affaire corse) originaire de Lesneven !

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L’autre jour, à la galerie Desbois, des journalistes se sont étonnés de son franc-parler : ils étaient tous là, les people amoureux de la BD pour boire un godet à la santé d’André Julliard, auteur du nouveau « Black et Mortimer ».

On demande à Florence : « aimez-vous cette bande dessinée ? »

Réponse : « non, ce n’est pas mon truc, c’est de la nostalgie pour garçons ! »

Eh oui, même devant ses potes, Flo reste entière. Pas question de tordre le nez (qu’elle a « gros » et dont elle revendique la gourmandise !). On peut avoir l’amitié fidèle, et ne pas sacrifier à l’hypocrisie ambiante.

Pour Playboy, Cosmopolitan, Pif Gadget, Metal ou le Journal de Mickey, elle fut maquettiste, directrice de collection, dessinatrice et attachée de presse. Mais la fidélité, l’amitié, c’est son truc.

Pourquoi je vous parle aujourd’hui de Florence Cestac. Tout simplement pour lui rendre hommage. Nous avons elle et moi un ami commun, un ami qui revient de loin, qui est allé faire un petit tour vers le ciel mais qui finalement a préféré rester avec nous.

Chaque dimanche matin, le couple Druillet / Cestac chine aux Puces de Vanves. La belle et la bête ! Lui, un peu abîmé par le trop plein de vie, pose sa patte fatiguée sur l’épaule virginale de Florence Cestac.

Florence est désormais « nounou d’auteur ». Voilà encore un prix littéraire à mettre à son actif.

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Michel-Edouard Leclerc