Archive pour mai 2008

Lundi 26 mai 2008

Le blog, le service consommateurs et quartier libre (mai 2008)

Nombreux sont ceux qui me disent aujourd’hui à quel point il est difficile de surfer entre des commentaires qui ne répondent pas aux préoccupations de la note sous laquelle ils sont postés. Pas facile en effet de jouer à saute-mouton entre critiques, commentaires passionnés, spams et réclamations commerciales.

Je reprécise donc, à nouveau :

1) Ce blog doit rester un blog personnel. Je veux pouvoir, ici, participer au débat public qu’il s’agisse de questions de société ou même de préoccupations professionnelles.

2) J’écris moi-même les textes en fonction de ma disponibilité.

3) Je ne dispose d’aucune assistance relais pour faire suivre les réclamations commerciales ou même en contrôler la véracité (beaucoup de pseudos émanent souvent d’un même ordinateur ou d’un même réseau d’internautes poursuivant des buts plus ou moins sincères !).

Comme je suis souvent en déplacement, vous pensez bien que je suis incapable de donner suite à un client qui a un problème avec ses achats. Je ne cherche pas à me défiler. Mais ne mélangeons pas forcément le commercial et le débat d’idées.

4) Par souci d’efficacité, j’invite donc les consommateurs qui le souhaitent (demande d’infos ou réclamation) à contacter directement le service consommateurs de l’enseigne (Allo E. Leclerc : 0 810 870 870 -Numéro Azur : prix appel local à partir d’un poste fixe-).

5) Vous avez pu le constater. Il n’y a pas de censure sur ce blog. Ce n’est pas une raison pour le transformer en fourre-tout.

6) Par souci de clarté, je demande à ma dynamique webmaster de reclasser, sous cette rubrique, les commentaires qui ne correspondent pas au thème des notes journalières.

Tout le monde y gagnera en confort de lecture.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 20 mai 2008

Marianne et les hypermarchés : même pas la peine de lire…

Depuis sa création, l’hebdomadaire « Marianne » n’a jamais écrit une seule ligne qui puisse être mise au crédit des hypermarchés. Et certainement pas de mon groupement coopératif. Si les flèches décochées par François Darras, l’éditorialiste, visaient la pomme sur ma tête, il y a belle lurette que je n’en aurais plus (de tête).

Eh oui, Marianne mène une campagne systématique contre les grandes surfaces. Et ce, depuis l’origine. Le saviez-vous ? Cet objectif est même inscrit dans ses statuts fondateurs.

J’en ai récemment reparlé avec Jean-François Kahn, à un moment où il me trouvait quelques vertus (nous parlions littérature sur le plateau de Guillaume Durand) : « Oh, c’était moins une position contre vous et vos pairs qu’une défense du petit commerce et de nos terroirs ! ». En tout cas, François Darras, dans son dernier édito, confirme : « S’il y a un combat qui doit rassembler tous les citoyens et que Marianne mène sans relâche depuis sa naissance, c’est bien celui-là : s’opposer de toutes nos forces à ce cancer urbain qui détruit le lien social et tue à petit feu le commerce de proximité. »

Au moins n’ai-je plus besoin de lire les articles qui sont consacrés à la distribution, à mon groupe ou à son Breton d’animateur : « Il faudra bien un jour (lui) clouer le bec » dit François Darras en parlant de moi.

Je peux comprendre ce choix, qu’il s’agisse d’un engagement personnel ou même d’un parti pris éditorial. Au moins n’ai-je pas besoin de lire les articles qui sont consacrés à mon groupe ou à ma petite personne (je ne suis pas maso !).

Mais, quitte à toujours forcer le trait, Marianne pourrait faire un effort et éviter de reprendre à son compte les arguments des grandes multinationales. Voilà une alliance bien suspecte. Qu’on en juge.

Après avoir fustigé les marges arrière, l’opacité et la brutalité des relations industrie-commerce, voilà que Marianne s’oppose au retour à la transparence des prix et à la libre négociation des tarifs.

Que dit François Darras cette semaine ? Tout simplement, que le retour à la discussion des prix conduira à la faillite « quelque 10 000 PME de l’agroalimentaire et des centaines de milliers de salariés ». Oui, vous entendez bien l’argument opportuniste : hier, le système était pourri parce qu’il ne profitait pas aux consommateurs et aux PME. Maintenant qu’on veut le réformer, faut pas toucher…

Le sait-il seulement, François Darras, que les entreprises qu’il prétend défendre (Marianne au secours du bon capital, ouah !) discutent librement de leurs prix partout ailleurs en Europe et, même en France, quand il s’agit de vendre au secteur de la restauration, aux collectivités locales ou à l’industrie de transformation. Quand une PME française vend aux distributeurs allemands, italiens ou espagnols, croyez-vous qu’elle discute le prix d’une tête de gondole ou du coût d’accès aux linéaires. Non, bien sûr. On parle de prix, on achète, on n’achète pas, on discute les tarifs.

L’enjeu de la réforme actuelle, c’est l’alignement des pratiques commerciales françaises sur les pratiques européennes. Pourquoi ce qui marche bien ailleurs ne devrait pas fonctionner chez nous. A qui fera-t-on croire qu’il en résulterait dépôts de bilan et licenciements. Foutaises.

Je ne reproche pas à Marianne d’être contre les grandes surfaces. Je lui reproche d’être toujours contre. Hier, contre « les marges arrière qui profitaient aux grandes surfaces ». Aujourd’hui, contre « le retour à la liberté des prix qui ferait le jeu des grandes surfaces ». Hier, contre les prix trop chers, aujourd’hui contre le risque de baisse, etc.

Le poujadisme n’est pas l’apanage de la droite, et Marianne sait cultiver son fonds de commerce. « Etre contre », ça fait aussi vendre du papier !

P.S. : J’apprends que Marianne va publier dans son numéro du 24 mai « un portrait de 4 pages » de ma petite personne. Aie, je sens que ça va être ma fête. Il paraît que, pour ma défense, j’aurai le droit à une petite interview. Genre caution démocratique avant le tribunal révolutionnaire. On parie que je vais passer à la casserole ?

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 14 mai 2008

Autour de Vendôme : des rapports producteurs/distributeurs éco-durables

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Aller et retour à Vendôme pour faire le point sur une initiative commerciale qui pourrait faire école (qui « devrait » faire école).

L’idée a germé à l’automne dernier. Il n’aura fallu que 8 mois pour la concrétiser.

Depuis longtemps, plusieurs producteurs de la région de Vendôme approvisionnaient le centre E. Leclerc local. De cette relation commerciale ont émergé des discussions impliquant les acteurs de la filière agricole : comment mieux valoriser nos produits régionaux, comment concurrencer les produits importés, favoriser une fourniture de proximité pour respecter les enjeux écologiques (diminution des émissions de carbone en évitant les transports trop distants des zones de consommation).

Il y avait bien l’expérience des producteurs de l’Ouest réunis sous le label « Produit en Bretagne ». C’est d’ailleurs l’un des centres E. Leclerc de Lannion qui, en collaboration avec un cadre de la coopérative laitière de Ploudaniel, avait déjà initié cette première opération.

Mais si la région vendômoise est riche d’une multiplicité de productions, il était difficile de prétendre atteindre une même dimension.

Plus modestement donc, Jean Huet, notre adhérent local, et son fils David ont proposé à 70 producteurs (agriculteurs et transformateurs locaux) de se constituer en groupement de producteurs pour travailler en direct avec son magasin. L’association s’est fédérée sous le label « C’est d’ici ». Un label qui certifie essentiellement la provenance et valorise les qualités du terroir. « Cette démarche s’applique principalement aux produits frais. Ils seront identifiés dans les rayons par le logo (la porte de Saint-Georges au milieu d’un champ de blé). Et le label sera complété par la photo/signature du producteur qui montrera son engagement dans une démarche de valorisation du principe de proximité. »

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Thierry Fabritti, un apiculteur, préside l’association « C’est d’ici ».

Ici, point de référence à des études scientifiques. L’objectif est certes pédagogique. Mais l’expérience s’appuie d’abord sur le bon sens. Ce nouvel approvisionnement répond à une volonté commerciale de promotion. Avant que d’importer melons et fraises d’Espagne, ce sont les produits de la région du Vendômois qui, en saison, rempliront les paniers.

Cette opération n’aura pas vocation à remplacer les produits de la chaîne classique puisqu’ils représenteront moins de 10 % des produits frais en rayon.

Pas question non plus d’instaurer une entente de prix ou une quelconque forme de protection anticoncurrentielle des producteurs locaux. Non, il s’agit simplement d’optimiser les flux d’approvisionnement en fonction des disponibilités saisonnières, et d’éviter d’avoir recours trop tôt à des importations coûteuses en émission de carbone quand la production locale offre encore des biens disponibles et optimaux en qualité.

Expérience à suivre et à reproduire…

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 6 mai 2008

Loi LME : le forcing de l’ANIA

Mobilisées contre le projet de loi LME (Loi de Modernisation Economique) qui sera débattu au Parlement le 22 mai, 7 grandes fédérations professionnelles se sont, le 24 avril, érigées en rempart de l’industrie et de l’agriculture françaises. Sans complexe, sans pudeur, sans retenue, l’ANIA, maître d’œuvre de l’opération, décidait de s’abriter derrière le sort des « Petits » (CGPME, agriculteurs) menacés de faillite ou de délocalisation. Rétablir la négociabilité des tarifs reviendrait à « remettre les clés de nos entreprises aux mains de la grande distribution », assénait le grand maître de cérémonie, Jean-René Buisson, ancien de Danone, vice-président du MEDEF, président de l’ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires).

JRB n’a jamais fait dans la dentelle. Avec lui, sur un plateau de TV, devant une commission parlementaire, ou même en face du Président Sarkozy, on est dans un film de Coppola. Avec gros plan sur les regards furibonds, la rougeur de peau sensée illustrer la colère, et le doigt pointé pour la détermination ! Les slogans jaillissent spontanément de sa bouche. Avec lui, on n’est jamais dans un cercle distingué d’économistes. Tout est dans le rapport de forces.

Dans son interview télévisée du 24 avril, le Président a coupé court à l’évocation de cette pression des grands industriels. Passablement irrité, il a renvoyé chaque corporation dos à dos. Il fera la négociabilité des tarifs, a-t-il assuré.

Mais JRB entend bien mener sa « blitz krieg » sur les parlementaires UMP, dont il sait que les députés ruraux sont sensibles à la cause des « Petits ». La loi Galland, c’était déjà cette fraction du RPR et de l’UDF qui l’avait votée ! Jean-Pierre Raffarin, Christian Jacob avaient su récupérer les angoisses de la France rurale et habiller cette loi anti-concurrentielle de plusieurs vertus supposées : protection des PME, aménagement du territoire, préservation de l’emploi que « tue le prix bas », etc. Il ne faut donc pas négliger l’impact du lobbying de l’ANIA sur les députés et les sénateurs.

A la lecture des documents émanant de l’ANIA, le rouleau compresseur, JRB, a mis le paquet ! Dans une note adressée aux associations adhérentes, il récapitule les arguments des industriels (nous y reviendrons dans une prochaine note) et les actions « que nous prévoyons d’engager jusqu’à l’adoption du texte par le Parlement ».

Je serais député, je n’aimerais pas trop être cité dans ce genre de document. Personne n’a jamais eu d’illusions sur l’autonomie de certains parlementaires. Les officines sont légion et très actives dans les sous-sols de l’Assemblée. Chaque corporation a ses relais, fait appel à des sociétés spécialisées et tient couvert de manière tout à fait transparente à la Maison de l’Amérique Latine, chez Ma Bourgogne et jusqu’à la table de Le Divellec, de l’autre côté de la place des Invalides.

Il n’empêche ! Il ne faut avoir peur de rien pour confirmer ces déjeuners « avec une vingtaine de députés très positifs et avec lesquels nous gardons un contact serré. Ces échanges nous ont permis d’identifier clairement les députés qui pourront soutenir nos différents amendements, en cours de finalisation. . »

Quels députés ? « Je tiens à votre disposition un fichier à jour avec la liste des députés et sénateurs rencontrés, afin de bien quadriller le dispositif et de n’oublier personne. »

JRB envisage de rameuter devant le Parlement : « Nous vous confirmons par ailleurs que le principe d’une manifestation publique est retenue, si les démarches entreprises actuellement n’aboutissent pas. » Attendons-nous à voir donc défiler la fine fleur des PME françaises, mobilisées par la CGPME, et les agriculteurs. Peut-être même y verra-t-on les représentants de quelques syndicats de salariés de l’industrie agroalimentaire (FGA CFDT) qui ont toujours défendu les intérêts patronaux dans ce débat sur la loi Galland.

Mais j’ai hâte de voir si, dans le cortège, les patrons de Nestlé, de Danone, de Lactalis, de Bonduelle ou des grandes entreprises agroalimentaires oseront s’afficher dans la cohorte des « Petits ». Je ne suis sûr que d’une chose : au milieu des slogans contre les prix bas, il n’y aura aucune pancarte pour afficher la hausse des profits de ces entreprises en 2007.

Michel-Edouard Leclerc