C’est un phénomène très français. Contrairement aux médias anglo-saxons, la presse généraliste hésite encore à citer les mécènes ou les sponsors. C’est si vrai que les spécialistes en communication conseillent aux entreprises de doubler leur budget pour s’assurer des retombées médias en investissant en publicité parallèlement à l’initiative sponsorisée.
L’exception, c’est le sport ! Les télévisions ne peuvent empêcher la retransmission en directe des marques affichées sur les stades, les circuits automobiles ou les bateaux de course. Mais dès que le contexte exige plus de discrétion en matière de logo (dans le domaine culturel, par exemple), on se demande ce qui peut motiver les entreprises à devenir mécène ou sponsor tant il faut investir en RP(« en évènementiel » !) pour obtenir quelques retombées.
Mercredi 16 juillet dans le journal « Le Monde » :
Plein de bonnes intentions, Francis Gouge signe un papier intitulé « Dix-sept mécènes pour Camille Claudel ». Il relate l’acquisition, au profit du musée de Nogent-sur-Seine (Aube), d’une sculpture de renommée mondiale, « Persée et la Gorgone » de Camille Claudel. « Il s’agit, pour la France, d’une opération « exemplaire » de mécénat pour un musée municipal de cette taille… » Et FG rappelle que cette opération n’a pu se faire que « grâce à l’aide de dix-sept entreprises, qui ont contribué pour 768 500 euros… ».
Voilà effectivement une opération remarquable. Au moment où l’Etat désinvestit (comptes dans le rouge !) et s’attaque aux niches fiscales (dont celles qui incitaient les particuliers à investir dans le patrimoine), le mécénat d’entreprise peut prendre le relais. (Beaucoup d’entreprises sont intéressées à améliorer leur image par des investissements dans le culturel ou l’environnement !).
Oui mais voilà, encore faut-il qu’il y ait quelques retombées. L’article du Monde est de ce point de vue assez « exemplaire ». Car de leur raison sociale, de leur identité ou de leurs marques, pas un mot, pas une référence. Silence total sur le nom des investisseurs.
Ces entreprises auraient pourtant mérité une citation. Pour l’applaudissement, pour la reconnaissance, pour donner envie à d’autres…
Ne me dites pas qu’il s’agit là de pudeur professionnelle. C’est un problème culturel, nourri de préjugés.
Chaque soir, sur nos écrans, nous sommes abreuvés d’émissions dans lesquelles un écrivain vante les vertus de son livre, un réalisateur celles du film qu’il vient de sortir, un chanteur…, etc. Ces gens sont des artistes, ils font aussi du business. Et si ce n’est pas eux, leurs éditeurs s’en chargent.
Comment qualifier alors, si ce n’est par parti pris idéologique, ce refus de citer des entreprises commerciales ou industrielles alors même qu’on qualifie de remarquable leur initiative.
Je rappelle un propos que j’ai rapporté ici. Il émane d’un rédacteur d’une chaîne de télévision : « On n’est pas là pour servir la soupe aux entreprises, ni faire leur publicité ». Mais pourquoi pas ? Le mécénat, le sponsoring d’un industriel, c’est assurément de la pub. Tout comme le financement des institutions (Conseil Régional, Conseil Général) qui bénéficient, elles, d’une médiatisation dont profitent les élus.
Si l’on veut que les entreprises sponsorisent autre chose que les équipes de foot, les circuits de Formule 1 ou les courses cyclistes, si l’on veut qu’elles dotent les musées, défendent le patrimoine, participent à l’entretien des GR ou financent le spectacle vivant, il faudra bien sortir de cette posture caricaturale et en quelque sorte…donner le change !
Vous me direz, les journaux parlent des opérations de mécénat d’un Pinault, d’un Lagardère, ou même font la part belle aux initiatives d’un Michel-Edouard Leclerc, d’un Franck Riboud avec Zidane ou de la Fnac…
Oui, certes, et ceux-là ne sont pas à plaindre. Mais ceux-là, justement, savent payer de leur personne et investir à côté, en parallèle, dans leur propre communication.
Or, ce savoir-faire ou cette capacité financière ne sont pas donnés à toutes les entreprises, loin de là. Des centaines d’artisans, plusieurs milliers de PME sont sollicités, chaque année, partout sur notre territoire, par des élus politiques, des associations, des clubs…pour financer la culture et l’environnement. Ils seraient certainement plus enclins à investir si on traitait leur démarche avec un peu plus de considération et en leur offrant un meilleur écho.






