
A la lecture des journaux depuis lundi dernier, une évidence apparaît. Pour un Kerviel poursuivi par la direction de la Société Générale, combien de clones faudra-t-il dénoncer pour blanchir ou dédouaner toutes ces directions bancaires prises en flagrant délit d’irresponsabilité ? La question est cruelle, mais n’en déplaise à nos élites financières, le châtiment est mérité.
Je ne connais rien de « l’affaire Kerviel » si ce n’est ce qu’en ont dit les journaux. Mais ce qui m’a semblé évident, c’est qu’unanimement le staff de la Société Générale fut prompt à dénoncer l’individu…et bien moins prolixe pour expliquer le manque de contrôle. Au niveau des médias, l’affaire fut circonscrite : on tenait un responsable ou le bouc émissaire.
La partie de dominos qui se joue désormais aux USA et en Asie, met à mal tout ce dispositif de défense. C’est bien le système (« le modèle ») de gestion du risque bancaire qui est en cause. Et à l’évidence, les conseils d’administration comme les autorités publiques auront bien du mal à se contenter de fournir des listes de nouveaux Kerviel.
Oh, certes, on a eu droit au super couplet concernant le laxisme des Agences de Notation. Elles n’ont pas fait leur boulot ou l’ont mal fait. Mais à casser le thermomètre ou à accuser le météorologue, on ne fera pas descendre la température pour autant. Plus personne n’est dupe. Le marché n’avait point de maître, les Règles c’était pour les Autres ! Déshabillés de l’aura de leur expertise, nos grands argentiers apparaissent crûment comme des gens sans vision, irresponsables, et pour beaucoup d’entre eux sans scrupule.
Dans la rue, dans les cénacles patronaux, les artisans, chefs d’entreprises, ou même les salariés endettés vont ronger leur frein. Pour négocier quelques milliers d’euros d’emprunt, on leur aura demandé un engagement personnel si ce n’est celui de leur conjoint, la caution de leur patrimoine, voir de celui de leur grand-mère. Voilà qu’ils découvrent que les mêmes banquiers engageaient leurs petites économies, leurs SICAV et leur assurance-vie sur un tour de passe-passe qui consistait à faire passer des dettes pour des actifs (la titrisation). Et dire qu’en plus, à la baisse ou à la hausse, une foultitude de courtiers, d’intermédiaires, de placeurs ou de placiers continueront à prélever leur commission, même après la dépréciation finale !
Dans un bel élan d’unanimité, tous les protagonistes de ce Monopoly en viennent aujourd’hui à réclamer un surcroît de régulation par les instances internationales ! La belle affaire si, une fois les nouveaux ratios adoptés, chaque acteur tente de s’en exonérer comme ce fut le cas ces dix dernières années. Après l’explosion de la bulle Internet, cette crise des subprimes porte un coup (hélas non définitif !) aux prétentions des libéraux les plus intégristes. On reviendra, ici, sur cette affaire. Il faut retenir déjà cette leçon : dans une crise comme dans l’autre, la loi des outils (financiers ou informatiques) s’est imposée à celle des hommes. Elle a fait miroiter de nouveaux territoires d’échanges, de liberté et de création de richesses. Elle nous a rendus accros et aveugles. La politique (« la gestion des affaires de la cité ») doit reprendre ses droits.
A suivre…





