Archive pour novembre 2008

Lundi 24 novembre 2008

Pub comparative : en France, c’est compliqué !

Beaucoup de déplacements en ce moment ! J’ai beaucoup délaissé ce blog. C’est aussi parce qu’avec la crise qui s’annonce, il me faut organiser la riposte pour 2009. Vous verrez, notre enseigne ne sera pas à la traîne… Je réponds néanmoins rapidement aux interrogations exprimées ici, par André et Augustin, sur la publicité comparative (commentaires du 17/11/2008).

La publicité comparative est légale.

1) La législation européenne :

Les conditions de publicité sont clairement balisées : les comparaisons doivent porter sur des données objectives, vérifiables et les publicités ne sauraient contenir d’allégations dénigrantes à l’égard des concurrents.

Plusieurs distributeurs ont publié des comparateurs (notamment Tesco en Angleterre, Colruyt en Belgique). La jurisprudence est claire. Et au fil des pratiques comme des contestations, elle s’affine et laisse place à une interprétation suffisamment large pour animer la concurrence. Les organisations de consommateurs n’y trouvent rien à redire et soutiennent le principe.

2) En France, c’est moins simple :

Ce n’est pas tant une affaire de jurisprudence. Les occasions de saisir les tribunaux n’ont pas été légion puisque, de fait, peu d’acteurs s’autorisent cette forme de publicité.

Paradoxalement (je dis paradoxalement parce que c’est cette enseigne qui nous a attaqués la première lors du lancement de notre comparateur), c’est Carrefour qui a introduit la pratique de la publicité comparative en France dans le secteur de la grande conso. Et à l’époque, dans les années 70, les centres E. Leclerc de la région nantaise avaient alors contesté la qualité et le bien-fondé des comparaisons de prix. Comme quoi !!!

Dans les années 80, Pierre Bérégovoy et Véronique Neiertz avaient voulu modifier la législation française. Leur objectif était d’inciter « les gros », industriels ou distributeurs, à se comparer entre eux. Mais uniquement « les gros ». J’avais alors rué dans les brancards puisque le projet excluait du champ de la concurrence les commerçants déjà les plus chers (GSS, franchisés, distribution sélective, etc.).

J’avais lancé une campagne de publicité dévastatrice, co-signée Jacques Séguéla et Georges Wolinski, pour montrer l’aberration d’une telle limitation. Tous les professionnels cités dans nos pubs, de la boulangerie à la bijouterie en passant par les pompistes, avaient crié au scandale puisque E. Leclerc avait osé révéler leur indice de cherté.

3) Une ambiguïté cultivée par les pouvoirs publics :

Les pouvoirs publics ont toujours tergiversé. Jugez-en : les distributeurs n’ont toujours pas le droit d’afficher leur prix de carburant à la télévision, malgré un intérêt concurrentiel évident. Mais ils sont obligés (c’est un texte législatif) d’alimenter le site de Bercy qui publie sur Internet les prix des carburants de toutes les enseignes, y compris ceux des majors.

Les pouvoirs publics (les ministres à titre personnel) veulent tirer profit d’une médiatisation maîtrisée par eux sans que chaque acteur économique puisse faire valoir sa propre performance et en tirer avantage.

Avec le panier Darcos (quelques dizaines d’articles incontournables de la rentrée des classes) et celui de Luc Chatel (en projet), on est toujours dans la même épure.

Bref, en théorie, tout le monde pousse à la comparaison, la publicité comparative est autorisée, mais à condition que ça n’apparaisse pas vraiment comme de la publicité. C’est un sacré handicap culturel.

4) Les difficultés techniques :

En Angleterre, Tesco compare sans problème le prix des grandes marques chez ses concurrents, mais aussi les marques de distributeur entre elles et les premiers prix. Rien que de normal : après tout, quand un consommateur vient dans un magasin chercher du café, il raisonne bien en « unité de besoin » pour pouvoir tantôt choisir un café de marque ou plutôt choisir un café premier prix…selon ses goûts ou ses moyens.

En France, il a fallu la validation de la Cour d’appel de Paris pour établir la légalité de « quiestlemoinscher.com ». Mais, pour le moment, ça ne concerne que les produits de marques nationales parfaitement identiques. La plupart des industriels et des distributeurs se refusent jusqu’ici à aller plus loin, alors que la législation européenne autorise la comparaison de produits comparables, c’est-à-dire répondant aux mêmes besoins.

Qu’entend-on par comparables ? Ce sont des produits qui ne sont pas les clones les uns des autres, mais dont les variations dans la composition de l’article, de la présentation ou du packaging n’altèrent pas substantiellement la possibilité de rapprocher les prix et de choisir le moins cher. Bref, ce n’est pas parce qu’il y a deux olives de plus sur une pizza ou une tranche de chorizo en moins, que les produits, par ailleurs composés des mêmes ingrédients, ne répondraient pas au même besoin et ne seraient donc pas comparables.

La plupart des internautes qui m’ont interpellé ici depuis deux ans, ne comprennent pas que l’on exclue les MDD et les premiers prix du champ de la comparaison. Ils ont raison d’évoquer le problème.

La publicité que nous avons lancée très récemment sur les chaînes de télévision (comparaison des prix des flans) ose lever ce tabou. Elle repose sur une analyse technique comparative de produits qui répondent aux mêmes besoins. Je veux qu’on poursuive dans cette voie.

Dans la restauration, l’assurance, la banque, les prestations de services, jamais aucun « produit » n’est vraiment totalement identique. A quoi servira la publicité comparative si on limite ainsi la comparaison aux seuls produits « clonés ».

Mon combat, celui des Centres E. Leclerc, c’est d’obtenir, en France, une application large de la législation européenne. J’y arriverai.

Michel-Edouard Leclerc