Archive pour décembre 2008

Lundi 29 décembre 2008

Antiaméricanisme : Philippe Sollers Simplicissimus !

Philippe Sollers tient « chroniques » dans le JDD. Dans sa livraison du 28/12, il ne peut s’empêcher d’opposer la littérature française (de Lévi-Strauss à Le Clézio), à « la propagande américaine qui ne finit pas de décréter notre mort ». Une propagande dont le résumé serait « représenté par l’extraordinaire arnaque financière de Bernard Madoff ».

Vous me direz : « je ne vois pas le lien entre l’arnaque financière et la littérature ». Moi non plus ! Pas plus, vous n’acceptez, je pense, de réduire la civilisation américaine à la politique de Bush et des néo conservateurs ! Et c’est pourtant ce que fait Sollers.

Quel raccourci, quelle posture indigne du grand écrivain. Et pourtant si fréquente dans nos milieux germanopratins. Ne peut-on, après les attentats du 11 septembre et après l’élection d’Obama, penser l’Amérique autrement que par ces paresseux et injustes décrets ?

Je viens de revoir l’excellent film du réalisateur américain Paul Haggis : « Collision » dans la lignée de Robert Altman (qui vaut bien notre Lelouch) et de Gonzalez Inarritu dans « Babel », Paul Haggis décrit avec intelligence, avec finesse, une Amérique loin de tous les poncifs et toute de contradictions. Et il le fait avec une transparence, une sincérité (je dirai, une brutalité !) qui caractérise rarement nos littérateurs nationaux trop préoccupés à faire le tour de leur nombril.

J’exagère, soit ! Mais enfin, ne sait-il pas notre pilier des Deux Magots (ou du Flore, je ne sais), que c’est en Amérique même, en son cœur multiple et historique, que Jean-Marie Le Clézio justement a choisi, depuis des années, d’élire domicile et d’y enseigner ? Oui, Le Clézio qu’il oppose au « mensonge américain » a vécu à Albuquerque 6 mois par an ? Tout comme Alain Mabanckou à Los Angeles, et Edouard Glissant, l’inventeur de la Littérature Monde, à New York ! Séjours financés par des universités américaines !!!

Alors, fi de cet antiaméricanisme primaire.

Le comble, dans cette imposture, c’est de voir notre intellectuel si prompt à brocarder le Grand Satan, décerner par avance les palmes académiques à Obama et lui faire hommage, avant tout changement politique. Ce sont les mêmes qui fustigent l’inculture américaine, mais déroulent à Deauville un tapis rouge à Clint Eastwood, à Woody Allen…

Car l’Amérique ne se réduit pas à une seule image, pas plus que nous n’aimons être relégués dans l’histoire passée de la Vieille Europe.

L’élection d’Obama, saluée par bien des écrivains américains, renvoie, en creux, à nos discriminations, nos chauvinismes, nos archaïsmes, nos doubles discours. Elle est le symbole (victorieux) d’un système qui, justement, a su dépasser ses contradictions et du coup, gagner son aura.

La propagande américaine, mon cher Sollers, a ceci de bon : oui « elle décrète la mort » de notre suffisance et de notre prétention cocardière à dire la pensée universelle, une attitude à laquelle ni Le Clézio, ni Lévi-Strauss n’ont jamais prétendu adhérer. Inutile donc de les utiliser pour justifier une attitude par trop manichéenne.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 23 décembre 2008

Supercarburant sous la barre de 1 € !

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Joyeux Noël à tous ! Les actes valent mieux que les promesses… Les stations-service à l’enseigne E. Leclerc ont été les premières à faire passer le gasoil en dessous du seuil symbolique de 1 €. A partir d’aujourd’hui, et au rythme de l’épuisement des anciens stocks, toutes les stations baisseront le prix du SP 95 en dessous de 1 €.

Nous nous sommes engagés à répercuter dès que possible les baisses des matières premières. Pour le carburant, démonstration est donc faite.

Tout au long de 2009, nous agirons de même pour tous les produits dont les coûts d’approvisionnement ont baissé (produits à base de céréales, de lait, de matières plastiques, etc).

La déflation, c’est dur à vivre pour les entreprises, mais ça doit être aussi une aubaine pour les consommateurs dont le pouvoir d’achat avait été miné par six ans d’inflation. Place à la baisse donc.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 23 décembre 2008

Le blog, le service consommateurs et quartier libre (décembre 2008)

Nombreux sont ceux qui me disent aujourd’hui à quel point il est difficile de surfer entre des commentaires qui ne répondent pas aux préoccupations de la note sous laquelle ils sont postés. Pas facile en effet de jouer à saute-mouton entre critiques, commentaires passionnés, spams et réclamations commerciales.

Je reprécise donc, à nouveau :

1) Ce blog doit rester un blog personnel. Je veux pouvoir, ici, participer au débat public qu’il s’agisse de questions de société ou même de préoccupations professionnelles.

2) J’écris moi-même les textes en fonction de ma disponibilité.

3) Je ne dispose d’aucune assistance relais pour faire suivre les réclamations commerciales ou même en contrôler la véracité (beaucoup de pseudos émanent souvent d’un même ordinateur ou d’un même réseau d’internautes poursuivant des buts plus ou moins sincères !).

Comme je suis souvent en déplacement, vous pensez bien que je suis incapable de donner suite à un client qui a un problème avec ses achats. Je ne cherche pas à me défiler. Mais ne mélangeons pas forcément le commercial et le débat d’idées.

4) Par souci d’efficacité, j’invite donc les consommateurs qui le souhaitent (demande d’infos ou réclamation) à contacter directement le service consommateurs de l’enseigne (Allo E. Leclerc : 0 810 870 870 -Numéro Azur : prix appel local à partir d’un poste fixe).

5) Vous avez pu le constater. Il n’y a pas de censure sur ce blog. Ce n’est pas une raison pour le transformer en fourre-tout.

6) Par souci de clarté, je demande à ma dynamique webmaster de reclasser, sous cette rubrique, les commentaires qui ne correspondent pas au thème des notes journalières.

Tout le monde y gagnera en confort de lecture.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 9 décembre 2008

Prix du lait (III) : les bases pour reconstruire…

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Donc, nous disions : Ni E. Leclerc, ni les autres distributeurs ne sont pour rien dans le dysfonctionnement des mécanismes actuels. Pas plus d’ailleurs que la loi LME.

Qui fixe les prix ?

Il faut ici le rappeler, même si tout cela est volontairement occulté par la profession : c’est sur injonction des autorités de la concurrence que la filière laitière est appelée à remettre à plat le mécanisme de détermination des prix jugé incompatible avec le droit de la concurrence !!!

Jusqu’à mi-2008, c’est l’interprofession qui fixait les prix d’achat du lait. Une interprofession qui n’en était pas vraiment une puisqu’elle excluait les distributeurs. Ce sont les agriculteurs et les transformateurs qui, jusqu’à l’année dernière, en fonction des qualités et des produits, établissaient les barèmes de fixation des prix du lait.

E. Leclerc ne réclame aucunement d’en faire partie, malgré l’ostracisme et la discrimination qu’illustre cette situation. Et de toute façon, les autorités de la concurrence ont conclu que ce système s’apparentait à une entente prohibée. Il est incompatible avec un droit européen qui prône la libre concurrence. C’est donc un premier chantier que celui qui va consister à réorganiser les critères (collectifs ?) qui vont présider à la détermination des prix (a priori au stade de chaque entreprise).

La maîtrise des volumes :

Puisqu’on retourne vers un système de confrontation offre-demande, c’est bien la question des volumes qui est centrale plus que celle du prix qui est une résultante. Les secteurs de la transformation, de la distribution et de la restauration doivent incontestablement aider les agriculteurs en améliorant les dispositifs de prévisions de commandes et en contractualisant dans la durée leurs appels d’offres (pour les MDD ?). Mais nous ne le contestons pas, la profession doit s’organiser en amont pour maîtriser les volumes mis en marché.

Prix de vente au consommateur et marge du distributeur :

En revanche, faire procès au distributeur de « s’enrichir sur le dos du producteur laitier », c’est entretenir l’illusion « d’un meilleur partage des marges ». D’abord parce qu’elles ne sont pas excessives (sauf cas particuliers), ensuite parce qu’elles ont été sacrément comprimées, l’année dernière, pour que le consommateur ne subisse pas les effets de l’augmentation trop forte des tarifs.

De quelles marges parle-t-on ?

Je me réfère au même article de l’Huma (03/12/2008) : «quand le producteur récupère 28 centimes, le consommateur en paie 75 au minimum dans les grandes surfaces.» Oui, c’est vrai, sauf que :

1) Ce n’est pas le même lait. Le consommateur n’achète pas de lait de ferme avec sa mousse, sa crème et son onctuosité. Il trouve en rayon un lait (c’est selon) pasteurisé, écrémé, vitaminé, packagé et conditionné pour être conservé ou non…

2) Le distributeur lui-même n’achète pas son lait au paysan. Il l’achète à une coopérative, au tarif d’un transformateur (0,51 € et non pas 0,28 € payés au paysan) qui a pris sa marge pour couvrir les frais des opérations dont on vient de parler.

Prix de vente et marge du distributeur :

70 % des produits laitiers vendus par la GD sont des produits transformés et hypermarketés. Ils incorporent de moins en moins de matière première. La valeur ajoutée est considérable s’agissant des desserts lactés, des crèmes glacées, etc. La marge nette du distributeur sur ces produits est de 4 à 5 %, et pour des industriels comme Nestlé ou Danone 10 à 12 %. Plus le produit est transformé, moins le prix payé à l’agriculteur « pèse » dans le prix de vente consommateur. Et probablement y a-t-il sur ces gammes une discussion possible sur l’amélioration de la valorisation au producteur.

Mais sur les produits laitiers bruts, il faut arrêter de rêver. Le tableau ci-dessous, fourni par les Centres E. Leclerc du Sud-Ouest, témoigne que la « marge de négociation » est ridicule puisque la marge brute sur un lait 1er Prix est à peine suffisante en 2008 pour sortir un résultat net positif.

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J’ajoute, pour ceux qui l’ignorent encore, que les prix de vente indiqués ici sont ceux qui nous sont imposés par le syndicalisme agricole. Le magasin qui baisse son PVC avait jusqu’ici toutes les chances d’être dévalisé ou saccagé. Faites le tour des magasins de votre ville, vous verrez, tout le monde est, au centime près, au même prix.

Les distributeurs ont-ils profité de l’inflation ?

Puisque les prix d’achat du lait sont fixés par l’interprofession et les prix de vente sous contrôle de la FNSEA, il faut être sacrément culotté pour affirmer que les distributeurs auraient gonflé leurs marges, profitant de l’augmentation des cours en 2008.

Continuons donc à donner des chiffres concrets. Les évolutions de marge des E. Leclerc de Normandie, comme celles de leurs collègues du Sud-Ouest, témoignent qu’au contraire nous avons pris sur nos marges pour diminuer l’impact inflationniste des tarifs laitiers :

- L’augmentation des tarifs du lait Candia (brique 1 litre Viva Candia ½ écrémé) a été de 23,92 % (2008 vs 2007). L’augmentation au consommateur n’a été que de 10,39 %.

- Idem, l’augmentation du prix de la bouteille Candia (Viva TGV 1 litre ½ écrémé) de 26,73 % (tarif 3xnet) n’a été répercutée au consommateur que pour 9,20 %.

- Lactel entier UHT bouteille : augmentation du tarif de 13,59 % versus hausse du prix au consommateur de 11,46 %.

- Enfin, un lait 1er prix Lactel : tarif en hausse de 9,57 %, mais hausse consommateur « seulement de » 5,45 %.

Conclusion provisoire

Nous voulons sortir d’un contexte polémique. Nous ne réclamons pas des félicitations, mais, s’il vous plaît, laissons tomber l’opprobre et le dénigrement systématique. Aucun autre client européen de l’agriculture française ne paie plus cher que nous. Et pourtant nos prix consommateur sont moins chers. Plutôt que de vilipender notre modèle économique qui a la confiance des Français (+ 4 % de CA en 2008), nous proposons d’utiliser notre crédit pour travailler à la valorisation des produits, à la communication des signes de qualité, des labels, des marques de terroir…pour permettre aux agriculteurs d’échapper à la dictature des marchés des matières premières et à la volatilité des cours.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 8 décembre 2008

Prix du lait (II) : vérités et mensonges…

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Photos Libres

Si l’on veut renouer le dialogue et œuvrer à la recherche de solutions durables, il faut certes en finir avec la violence, mais aussi accepter une part d’autocritique, et surtout travailler hors de tout mensonge et de toute intox. Commençons par rectifier :

«La faute à MEL» :

L’Humanité du 03/12/2008 titre : «Les laitiers victimes de la « loi Michel-Edouard». Un peu partout, les tracts de la FNSEA reprennent cette antienne. Pourquoi cette assimilation (loi LME : Loi Michel-Edouard) ? Tout simplement, parce que les opposants à la réforme de la loi Galland auraient voulu en limiter la portée et ramener l’affaire à la défense des intérêts de Michel-Edouard Leclerc et de ses compères de la distribution.

C’est trop d’honneur, messieurs. Certes, je revendique d’avoir engagé le combat contre la loi Galland (les Centres E. Leclerc étaient les seuls à s’opposer à cette loi). C’est bien nous qui avons alerté le Président et les consommateurs en investissant dans des campagnes de presse et d’affichage. Mais au final, c’est bien la majorité parlementaire qui a voté le projet présidentiel (dont le volet urbanisme commercial s’est limité à libéraliser le hard-discount au détriment des hypermarchés, y compris les nôtres !!!). Permettez donc que je n’assume pas complètement la paternité (sic).

«La faute à la LME ?»

De toute façon, en véhiculant cette thèse, la FNSEA se tire une balle dans le pied. Qu’est-ce que la loi LME, si ce n’est la suppression des marges arrière que la centrale syndicale semblait dénoncer.

Sauf à révéler un double discours (contre les marges arrière en apparence mais d’accord avec l’ANIA pour les maintenir), ceux qui attribuent leurs difficultés à la LME commettent un énorme contresens.

Cette loi ne concerne pas les agriculteurs. Même sous la loi Galland, il n’y avait presque pas de marges arrière sur les produits agricoles. Et indirectement, elle les favorise en ramenant de la transparence sur le marché des grandes marques agroalimentaires, en supprimant les remises opaques et artificielles dont les agriculteurs n’avaient jamais connaissance.

Dans le cas d’espèce, la réforme n’a aucun impact sur la détermination du prix du lait. Sinon, comment expliquer qu’en Allemagne, en Hollande, en Espagne ou en Italie, les cours du lait s’effondrent aussi alors que les négociations commerciales ne sont évidemment pas soumises (tout le monde en conviendra) à la législation française !

La baisse des cours :

Si les cours mondiaux du lait baissent, c’est d’abord pour une question de volume : «nous croulons sous les stocks, et il n’y a plus de marché à l’exportation pour les produits dérivés. Je pense à la Russie ou encore à la Chine, où la demande n’existe plus depuis le scandale du lait…» (Olivier Picot, président de l’Association des Transformateurs Laitiers, Le Monde du 5/12/2008).

Je n’arrête pas de le dire ici (Cf. ma note du 30/10/2008). Le marché mondial s’est retourné parce que les excédents atteignent des niveaux records (7 à 8 milliards de litres de lait). Jean-Michel Lemétayer, comme le former président de la FNSEA, Luc Guyau, s’est évertué à dire le contraire depuis un an. Du coup, anticipant un manque d’offre (et une aubaine en matière de prix), des agriculteurs de l’Ouest ont racheté des vaches en Pologne et en Ukraine, plaidé l’augmentation des quotas, et fait « pisser les vaches » pour bénéficier de la période de hausse. Dur retour à la réalité. C’était une bulle. Il faut maintenant se rendre à l’évidence : trop de lait (notamment sous forme de poudre), voilà l’ennemi.

Nouvelles règles:

La profession s’est prise à son propre piège. Hier, elle a justifié des demandes de hausses tarifaires de 12 à 30 % en se référant à la flambée des cours mondiaux. Aujourd’hui que les cours s’effondrent, elle voudrait changer de système de référence et ne pas avoir à baisser les prix. C’est incompréhensible pour le reste de la profession, mais surtout pour les consommateurs. « Le prix du carburant descend à la pompe parallèlement à celui du pétrole brut. Pourquoi pas celui du lait ou des céréales ? »

Personnellement, je n’ai aucun tabou. Je veux bien croire qu’il faille changer l’étalon du système de fixation des prix. Je ne suis pas expert, pas plus que nos acheteurs. Qu’on définisse donc une règle mais qu’on s’y tienne.

Nous ne cherchons pas être mauvais joueurs. L’important, c’est que nous puissions répondre aux attentes des consommateurs en leur tenant un discours de filière qui soit cohérent et crédible. A défaut, qu’on comprenne combien la situation sera pour nous intenable. Si les prix baissent en Allemagne (30 % chez Penny et Lidl) et pas dans nos magasins, il y a fort à craindre que les distributeurs seront accusés de ne pas avoir répercuté la baisse. Et combien vous pariez qu’il se trouverait des agriculteurs pour nous le reprocher !!!

A suivre, demain.

Michel-Edouard Leclerc

Dimanche 7 décembre 2008

Prix du lait (I) : sortir de la violence

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Nouvelle réunion à Rennes, demain à 16 heures, autour du préfet de la région Bretagne. Participeront : les éleveurs, les transformateurs (coopératives ou secteur privé), la distribution. En fait, il s’agit avant tout, dans ce travail en commission, de déminer les conflits en faisant un peu de pédagogie. Ce n’est pas dans cette instance que se détermineront les nouvelles formules qui serviront de calcul au prix du lait. Le problème est technique, compliqué. La situation des éleveurs mérite qu’on s’y investisse. Et sur cet objectif, il est donc grand temps de balayer les fausses accusations qui ont alimenté les tensions dans la filière. L’occasion, ici, d’apporter quelques précisions sur les comportements qu’on attribue à mes adhérents ou à mes propres prises de position.

Violences inadmissibles :

A plusieurs reprises, j’ai dénoncé le marketing désastreux d’un syndicalisme paysan, incapable de faire son autocritique, toujours à la recherche d’un bouc émissaire facile : le distributeur. Les exactions commises, il y a quinze jours, auront causé 1 million d’euros de dégâts dans le seul Finistère. Elles ont provoqué la démobilisation complète des acheteurs et chefs de rayon de la distribution qui en ont ras-le-bol d’être pris pour cible.

Des salariés motivés :

Il faut comprendre que nos salariés sont aussi des fils ou des filles d’agriculteurs, et en tout cas, ils sont passionnés par leur métier. Plus que toute campagne collective de publicité ou les déclarations des hommes politiques, ce sont nos bouchers, nos charcutiers qui ont reconquis la confiance des consommateurs après la crise de la vache folle. Ce sont nos responsables de rayon fruits et légumes qui organisent la promotion des productions bio, rassurent les clients sur l’utilisation des pesticides ou des nitrates. Dans chaque magasin, nos acheteurs sont autonomes. Ils cherchent à privilégier l’offre locale, malgré les propositions alléchantes d’Italie ou d’Espagne (fruits et légumes), d’Allemagne ou des Pays-Bas (porcs et produits laitiers).

Quand le syndicalisme n’a d’autre mot d’ordre que de casser du chariot ou de dévaster les gondoles, il scie la branche sur laquelle sont assis les agriculteurs. Tout ça, finalement, pour passer au JT qui relayera complaisamment. Et l’on entendra le blues du petit producteur devant l’écran de fumée masquant l’enrichissement des céréaliers et des grandes sociétés agroalimentaires.

Hypocrisie :

Comment voulez-vous que, dans ces conditions, les réunions distribution-transformation-agriculture puissent aboutir à un quelconque partenariat. Si la FNSEA veut que les responsables de la distribution donnent un coup de main à la résolution des problèmes du secteur, qu’elle commence par respecter le travail de ses salariés, ce sera plus efficace.

Les leaders syndicaux qui se sont pointés à la Scarmor (Landerneau), jeudi 27 novembre, pour proposer crânement leur médiation et négocier la levée de siège, avaient un sacré culot. Ce sont les mêmes qui, la veille, dans une réunion à Saint-Ségal (Finistère), avaient chauffé la salle, désigné la cible, et dans une atmosphère franchement imbibée, poussé des agriculteurs à venir « bouffer du distributeur ». Voilà qui, aux yeux de nos salariés et de nos adhérents, outrés et très en colère, achève de discréditer une parole syndicale qui fait finalement obstacle à la résolution pratique des problèmes.

Car les problèmes sont réels. Nous ne le nions pas. Mieux, nous sommes prêts à mettre toute notre force de vente et notre crédibilité commerciale pour aider à la recherche de solutions.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 5 décembre 2008

Agrocarburants : toujours d’actualité !

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Une publicité, ce matin, me fait réagir. Elle est signée de Abengoa Bioenergy. Je trouve que c’est une contribution positive au débat (devenu impossible parce qu’irrationnel) sur l’avenir des agrocarburants et de ce qu’on appelle désormais « la chimie verte ».

- D’abord, les entreprises ont raison d’alimenter désormais directement le débat public, à l’instar de ceux qu’ont initiés les campagnes publicitaires des Centres E. leclerc.

- Ensuite, les statistiques qui nous sont proposées constituent les preuves incontestables (et vérifiables) qu’on nous a fait gober des balivernes ces deux dernières années.

Qu’on se rappelle ! Tout juste deux ans après (2006) que les pouvoirs publics français et européens aient lancé un premier plan d’envergure pour développer les agrocarburants, la flambée des prix alimentaires de 2008 leur était déjà imputée. Presque tout le monde s’y est mis, pétroliers et chimistes classiques, constructeurs automobiles, politiques et ONG…

Même les agriculteurs (céréaliers surtout) ont été pris par le doute quand leurs propres représentants syndicaux se sont mis à justifier les hausses par l’accroissement durable de la demande et le risque de pénurie alimentaire.

Sans qu’aucun argument ne soit venu étayer cette thèse, les agrocarburants sont devenus les fauteurs de l’inflation des prix agricoles. Ils n’étaient pas nombreux ceux qui, comme nous, dénonçaient des comportements spéculatifs sur le marché des matières premières.

Là ! La bulle financière a explosé, entraînant la chute des matières premières agricoles (sauf le riz). Et comme le démontre la publicité de Abengoa Bioenergy, l’exploitation des agrocarburants a pourtant continué de croître.

Je sais bien que nous avons affaire à une bataille de lobbies. Les plaidoyers des uns et des autres doivent être passés au crible du bon sens critique.

Mais puisque j’ai engagé les Centres E. Leclerc sur la voie des agrocarburants, je trouve aujourd’hui, dans l’analyse objective de la crise, des arguments pour continuer. En tout cas, il me semble que le débat peut et doit reprendre, à la lumière de ces considérations.

Une politique alternative de production d’énergie n’est pas une mince affaire à élaborer. L’installation de centrales éoliennes, photovoltaïques, tout comme l’énergie d’origine agricole, ne constitueront probablement que des productions d’appoint pour couvrir nos besoins futurs. Mais même à ce niveau d’investissement, il est important qu’on sorte des attitudes obscurantistes pour justifier des investissements qui coûteront de toute façon très cher et qui nécessitent qu’on leur accorde le bénéfice de la durée.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 4 décembre 2008

Aravind Adiga signe « Le Tigre blanc », premier roman prometteur

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Au fil d’une rentrée littéraire qui a finalement livré une production « bien moyenne », sans chef-d’œuvre aucun, il arrive qu’émergent quelques ouvrages dignes d’un joli « coup de cœur ».

«Le Tigre blanc» d’Aravind Adiga (Buchet-Chastel) est de ceux-là.

Ce roman m’est tombé dessus dans l’univers cosmopolite d’un voyage d’affaires, alors que j’étais entouré de passagers plongés dans la lecture d’articles sur les attentats de Bombay. Dans la fièvre de cette actualité angoissante, loin des images traditionnelles d’une Inde de pacotille, j’ai reçu ce livre comme une assignation.

« Les habitants de ce pays attendent toujours que la guerre de libération vienne d’ailleurs : de la jungle, des montagnes, de Chine, du Pakistan. Cela n’arrivera pas. Chaque homme doit accomplir son propre pèlerinage de libération.

Le livre de ta révolution est dans tes tripes, jeune Indien. Chie-le, et lis. »

Pour un premier roman, Adiga ne prend pas de gants.

Oh, certes, ce n’est pas l’œuvre du siècle. Ce roman souffre d’une construction trop académique, un peu scolaire même. Le récit abuse du mode épistolaire. Un peu facile et trop prévisible. Chaque chapitre correspond à un envoi au Premier Ministre chinois, dont on se demande d’ailleurs ce qu’il vient faire ici, dans tous les sens du terme (géopolitique et romanesque).

Mais si Adiga a obtenu le « Booker Prize » pour ce «Tigre blanc», c’est parce que les libraires d’Outre-manche ont su repérer, dans ce récit biographique, les signes d’un manifeste littéraire dont les Amitav Ghosh (Le pays des marées), les Tarun J. Tejpal (Loin de Chandigarh) plus que Vidiadhar Surajprasad Naipaul ont été les précurseurs. Ici, on est plutôt dans l’univers de Suketu Mehta (Bombay maximum city), mais sans les enluminures esthétiques et les conventions d’une littérature flirtant avec le reportage documentaire.

Maintenant que l’édition occidentale (et notamment anglo-saxonne) a su reconnaître le caractère majeur de la contribution des écrivains indiens et consentir à leurs romans le statut de « nobélisables », la nouvelle génération n’a plus de gage à donner. Elle attaque crûment mais résolument.

Dans l’Inde d’Adiga, la vie commence par la mort. C’est le ferment de sa révolte.

D’abord, la mort de sa mère : «Des bûches…furent empilées sur elle. Après quoi le prêtre mit le feu. Alors que les flammes dévoraient le satin, un pied pâle jaillit comme une chose vivante ; les orteils…se recourbèrent en signe de résistance…Ma mère refusait de se laisser détruire. Sous la plateforme où étaient empilées les bûches…s’accumulait un énorme amas suintant de vase noirâtre…Un chien au pelage pâle maraudait dans les pétales, le satin et les eaux carbonisées…Ma mère essayait de lutter contre la boue opaque…mais la boue l’aspirait, l’aspirait. Bientôt, ma mère se fondrait dans ce magma noir et le chien viendrait la lécher…A ma mort, je suivrai le même chemin. Moi aussi, on me conduirait ici, où rien ni personne ne pouvait trouver la délivrance…Depuis ce jour, je ne suis jamais retourné sur les rives du Gange. Je laisse le fleuve aux touristes américains !».

La mort du père, ensuite : «…Il est tubard…Peut-être que le docteur se pointera ce soir….Le docteur ne vint pas. Vers six heures, ce jour-là, mon père fut définitivement guéri de la tuberculose. Les garçons de salle nous obligèrent à faire le ménage avant de l’emporter. Une chèvre vint renifler son corps pendant que nous lavions le sol souillé avec une serpillière. Les garçons de salle caressèrent la chèvre et lui donnèrent une grosse carotte.»

De son village natal à New Delhi, des bancs d’école à l’emploi à vie (servitude) auprès d’un potentat, de la description des mesquineries locales à celle d’une corruption généralisée, l’auteur écrit son parcours loin des lieux communs sur les rites et les palais de l’Inde. Avec Adiga, la démocratie indienne (« la première démocratie du monde ») est une farce bollywoodienne, avec ses stups, ses stucs et ses stupres, l’hypocrisie du système de castes (il est lui-même de la caste des confiseurs bien que conducteur de rickshaw) et le cynisme des gens de pouvoir.

Adiga n’est ni Darwin, ni Nicolas Bouvier. Il a le regard d’un ethnographe, mais il porte, même si c’est dit avec tendresse parfois, la douleur d’un peuple devenu servile, toujours servile, plus de soixante ans après la révolution nationale.

Les politiques ne trouvent pas grâce à ses yeux : socialisme ? communisme ? Avec humour, il décrypte ce slogan : « Fonds social progressiste all India » (faction léniniste) » et commente ironiquement « C’était le nom du parti des propriétaires !!! ».

La religion ? Un instrument de l’aliénation générale : «Là haut dans le ciel, Dieu étire sa paume sur les plaines, tout en bas, pour montrer au petit homme le village…et tout ce qui s’étend au-delà : un million de villages semblables, un milliard d’individus semblables. Et Dieu demande au petit homme…n’es-tu pas reconnaissant d’être mon serviteur ?» Au fond Adiga préfère le diable qu’il décrit comme le premier des révoltés. «Pour les musulmans, le diable était jadis un acolyte de Dieu qui finit un jour par se fâcher avec lui et se mit à travailler en free lance… Lorsque je songe au diable…j’imagine une petite silhouette noire…je vois le petit homme…cracher vers Dieu encore et encore.»

Mais Adiga n’est pas un violent hérétique. Sa haine est progressive. Elle est intériorisée jusqu’au meurtre final. Et l’auteur nous entraîne subtilement vers son plaidoyer : «Haïssons-nous nos maîtres derrière une façade d’amour, ou les aimons-nous derrière une façade de haine ?».

Sur le maintien des castes, les mariages pré-arrangés, les rapports maîtres-esclaves et aussi sur l’imagerie d’Epinal d’une nouvelle génération d’entrepreneurs, véhicules de la modernité indienne, Adiga tient l’argument d’un procureur, mais toujours avec ce petit air ironique qui nimbait le cinéma réaliste italien des années 60 («Le Voleur de bicyclette»). Il pose sur son parcours personnel des petits cailloux noirs et entraîne le lecteur dans la partie sombre, puante, d’une économie indienne dont les images, en Occident, continuent à nous parvenir comme des cartes postales post-coloniales, remasterisées au goût d’une croissance à deux chiffres.

L’Inde est un poulailler : «Des centaines de poules blanchâtres et de coqs bariolés…aussi entassés que des airs dans un intestin, se béquettent, se chient dessus et se bousculent pour avoir un peu d’air… Pourtant, ils ne se rebellent pas, ils ne cherchent pas à fuir la cage.»

Plus que dans l’espérance du grand soir auquel il n’a jamais cru, c’est dans l’appel à la vie et le refus sauvage d’une mort préprogrammée qu’Adiga transforme son héros en criminel. Mais la morale, au risque d’être immorale, finit par convaincre le lecteur.

«En résumé, il y avait autrefois mille castes et destins en Inde (1973). De nos jours, il ne reste que deux castes : les gros ventres et les ventres creux. Et deux destins : manger ou être mangé.»

Adiga (son personnage central) a choisi de ne pas être mangé.

Michel-Edouard Leclerc