Archive pour janvier 2009

Vendredi 16 janvier 2009

« Shibumi » : le mystère « Trevanian »

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«Shibumi», publié dans la collection « Noire » de Gallmeister, n’est pas un très grand roman. N’en déplaise à son excellent éditeur et à une critique littéraire trop complaisante, le second roman de Trevanian après «La sanction», se lit facilement, mais on y cherchera en vain les traces d’un génie littéraire.

Il est bien écrit (bien traduit !), mais comme beaucoup de thrillers, ce genre d’histoire a pris un sacré coup de vieux après les attentats du 11 septembre 2001.

Je fais partie de ces globe-trotters qui ont comblé des centaines d’heures d’attente dans les aéroports et les avions en lisant tout Robert Ludlum ou Kent Follet. J’adore. Mais il me faut bien reconnaître que « l’argument » ne fonctionne plus.

Oh, l’histoire se tient, même si elle tire en longueur et n’échappe pas à tous les poncifs du genre : défense de l’axe du bien contre les forces du mal, un méchant reconverti à l’amour et à la morale, goût immodéré des arts martiaux, individu solitaire aux prises avec une organisation supra-mondiale ; enfin, quelques leçons philosophiques inspirées par quelques scènes du Kamasoutra.

La réputation du livre aux USA tient d’abord à la personnalité de son auteur. On a dispersé beaucoup d’encre pour s’interroger sur ce prof de lettres, né en 1931 et décédé en 2005. Mais on ne sait pas grand-chose si ce n’est qu’il a passé toute sa vie à fuir les journalistes et à peaufiner le mystère de son existence. Même si Clint Eastwood a fait connaître une adaptation de son roman «La sanction», même si c’est l’un des auteurs les plus vendus dans le monde (5 millions d’exemplaires), on se perd dans l’utilisation de ses pseudos qui, outre Trevanian, peuvent être William Rodney Whitaker, Nicholas Seare et même Robert Ludlum lui-même !!! Eh oui, beaucoup de ressemblances avec l’inventeur de l’infatigable Jason Bourne («La mémoire dans la peau»). Encore que, personnellement, je reconnaisse plus facilement dans son type d’écriture la patte d’un Eric Van Lustbader. Qui sait ?

Mais si je vous parle de ce livre, ce n’est évidemment pas pour insister sur ses aspects littéraires. C’est tout simplement pour faire le lien avec mon billet précédent sur Philippe Sollers. On connaît l’anti-américanisme primaire de nos germanopratins. Mais de l’autre côté de l’Atlantique, l’auto-flagellation a aussi ses partisans. Dans le cas de Trevanian, la charge anti-américaine est aussi féroce et caricaturale que celle de Sollers. Mais ça n’a pas la même saveur venant d’un gars du cru.

Qu’on en juge : « L’Amérique a été peuplée par la lie de l’Europe…Ce n’est pas une race. Pas même une civilisation. Seulement un ragoût culturel des détritus et des restes du banquet européen…Pour éthique, ils ont des règles…Honneur et déshonneur se nomment « gagner » et « perdre ».

Trevanian est excessif. Il est surtout amer. S’il s’en prend aux Américains, c’est d’abord parce qu’ils symbolisent l’avenir de l’Occident.

« L’Occident est l’avenir ». Trevanian ne croit pas au mélange des cultures qui « donne toujours un assemblage de ce qu’il y a de pire dans chacune d’elles ». Aussi « Dans le monde futur, un monde de marchands et de techniciens, les impulsions primaires du bâtard seront les impulsions dominantes ».

Il y a, derrière l’outrance, un diagnostic implacable que ne renieraient aucun des radicaux des années 70. « Le fondement même du génie américain –de l’esprit yankee- est d’acheter et de vendre. »… Ils vendent « leur idéologie démocratique comme des colporteurs, encouragés par le grand racket de protection des ventes d’armes et des pressions économiques. Leurs guerres (sont) des démonstrations monumentales de productions et d’approvisionnements. Leurs gouvernements, une suite de contrats sociaux. »

Mais contrairement à tout idéal révolutionnaire, Trevanian ne croit pas aux « masses » comme acteurs du changement : « Le prolétariat des Etats-Unis (respecte) des valeurs comparables à celles du vendeur d’assurances ou du cadre supérieur… ». Il n’a qu’un seul but, « accéder à l’échelon de la bourgeoisie possédante ».

Trevanian est fasciné par le Japon, par cette sorte de philosophie orientale syncrétiste qui, du zen à la philosophie du Go, fonde, dans le seul individu, la capacité de rebondir. Il a été marqué par les camps de concentration japonais aux Etats-Unis. Cette image d’une population vaincue empêche de considérer le modèle américain comme un modèle philosophiquement acceptable. Résigné, déçu, frustré, il écrit : « La propagande du vainqueur devient vite l’histoire du vaincu. »

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 15 janvier 2009

E. Leclerc en Corse, l’an I de la baisse des prix

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E. Leclerc en Corse ! Beaucoup n’y croyaient pas. Il faut dire que les prophètes de malheur étaient légion : « Ce ne sont pas les prix qui vont exploser, ce sont tes magasins qui vont sauter ». En prévision de l’implantation de notre enseigne, un tract signé d’un quidam se revendiquant du FLNC (mais c’est à la portée de n’importe quel crétin !) dénonçait « l’exploitation des consommateurs corses par les grandes chaînes continentales ». Super message d’accueil, d’autant que des syndicats de transporteurs, réunis en novembre dans un camping à la sortie de Corte, appelaient à la mobilisation puisque nous avions commencé à mettre un peu de concurrence dans les appels d’offres.

Depuis le 2 janvier, il y a 9 E. Leclerc en Corse. Sans que personne ne puisse invoquer « une quelconque mainmise de ces capitalistes français de la grande distribution » sur l’appareil local. Car ce sont bien des patrons corses, des Acquaviva de l’Ile Rousse, des Padrona d’Ajaccio, des Rossi de Porto-Vecchio qui portent désormais notre enseigne.

Ce sont eux qui ont fait la démarche. Ils exploitaient déjà des super et hypermarchés sous l’enseigne « Système U ». Accusés comme toutes les autres enseignes implantées en Corse (Carrefour, Casino) de pratiquer des prix beaucoup trop élevés, ils se sont remis en cause.

Je les ai reçus à Paris au printemps dernier. Leur démarche m’a plu. Les bonshommes sont hauts en couleur, mais têtus, déterminés, dynamiques, et terriblement attachants. Nous leur avons dit les conditions, les exigences, et notamment les objectifs de prix. Au début, ils ont vraiment hésité. Mais ils ont rencontré les adhérents des centres E. Leclerc du continent, ceux avec qui ils seraient susceptibles de travailler. A la Lecasud, la coopérative d’approvisionnement qui coordonne aussi le développement des Centres E. Leclerc en région PACA, on leur a ouvert tous les livres et les comptes. Ils ont comparé avec les conditions de Système U, avec celles des E. Leclerc « de France », et bâti des scénarios d’exploitation. Nous les avons convaincus. Ils se sont convaincus !

La Corse, jusqu’en cette fin 2008, était chère pour deux raisons essentielles :

- Un facteur objectif : les conditions de livraison sont plus élevées du fait de l’insularité. L’état subventionne, détaxe, pratique une TVA plus faible sur certains produits. Mais les avantages ne couvrent pas forcément les surcoûts et la péréquation n’opère pas toujours sur les mêmes produits.

- Et puis, il y a la raison essentielle : il n’y a pas en Corse de véritable culture de concurrence. Cela est dû à la tradition, au poids d’une histoire économique construite autour de fortes personnalités, devenues notables, liées entre elles et forcément dépendantes ! On connaît le triangle « esprit clanique, notabilisation, comportement corporatiste ». Des dizaines de rapports ont été écrits, depuis 30 ans, pour expliquer et dénoncer les prix élevés de l’essence, des produits agricoles, des produits importés… L’absence de concurrence donc !

La grande distribution, malgré une certaine diversité des enseignes, ne faisait pas exception. Pensez donc. Casino, lanterne rouge du classement des prix en France, faisait figure ici de leader. Par rapport à un indice moyen de prix fixé à 100 sur le continent, les « Casino » et « Système U » se baladaient allègrement entre 110 et 113. Du pur délire. Et, contrairement aux dires du quidam planqué derrière le logo FLNC, on chercherait en vain une enseigne « Pure Corse » pour faire mieux !!!

L’arrivée de E. Leclerc a changé la donne. Par contrat, nos nouveaux affiliés se sont engagés à ne pas dépasser l’indice 98 (ce qui correspond à une baisse des prix de 5 à 12 % lors du changement d’enseigne). Du coup, ce fut la ruée dans les magasins. Cent pour cent d’augmentation de chiffre d’affaires les trois premiers jours. Certes, il y eut quelques problèmes informatiques à Ajaccio et beaucoup de problèmes d’approvisionnement du fait de la paralysie des transports routiers pour cause de neige dans les Bouches du Rhône. Des ruptures donc. Mais si le panier moyen n’a pas encore augmenté substantiellement, la fréquentation a doublé. Et la tendance, cette deuxième semaine, persiste.

Les coups bas ne sont pas venus directement des enseignes concurrentes. Du moins en apparence. C’est le journal local de France 3 qui a soulevé le tollé. Figurez-vous que la rédaction a voulu vérifier si E. Leclerc tenait ses promesses. Elle a mené une investigation approfondie…sur 8 articles. Oui, vous avez bien lu, 8 articles, dont le JT, sans autre argument, a publié le classement de prix. Premier, Casino, deuxième, Carrefour, troisième seulement, E. Leclerc. Même pas peur, les mecs ! Sur le site Internet de France 3, les commentaires vont bon train, amusés ou irrités (Antoinette2A : « Il faut croire que tous les medias de corse sont à la botte de Mr Capia et des Géants Casino…même chez casino depuis quelques mois les prix ne cessent de baisser, on se demande pourquoi ils ne l’ont pas fait plutot ? » – cnat : « il ne l’ont pas fais plus tot car ils avaient le monopole…avant ils faisaient ce qu’ils voulaient, maintenant ils sont obligés de s’aligner… »

Qu’importe ces petites guerres picrocholines. Un petit « Netto » a aussi ouvert en ce début janvier (il n’y avait pas encore de hard-discount en Corse). La bataille est lancée, les prix vont baisser en Corse

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Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 14 janvier 2009

2009 : Vive la crise ?

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(Voeux reçus d’Alain Trampoglieri "White House Reporter")

Rappelez-vous ce questionnement. C’était du temps d’un Bernard Tapie flamboyant, d’un Yves Montand encore vivant ! Ce genre de slogan pouvait encore faire illusion.

Aujourd’hui, personne ne doute qu’une crise offre des occasions de rebond, de remise en cause, oblige les plus inertes à se bouger les fesses et les plus performants à tenter de nouvelles recettes.

Mais si l’on veut ne pas être cynique, sachons dire que 2009 est dans la grisaille. L’économie française sera probablement plus épargnée que les sociétés américaines ou anglaises. Mais enfin, le chômage va frapper et il y aura beaucoup de souffrance au cœur des foyers français.

Oui, sans faire de catastrophisme, il nous faut dire que la crise est devant nous. Elle va diffuser son venin via les faillites et restructurations du système bancaire, via les difficultés de l’industrie automobile et les pertes dans le secteur immobilier. Le secteur des médias ne sera pas en reste puisqu’il perdra une partie des recettes traditionnellement apportées par ces secteurs.

La crise impactera aussi fortement le pouvoir d’achat de chaque Français. D’abord celui des les épargnants dont une partie des actifs vont se trouver dévaloriser pour un temps. Et celui des salariés, bien sûr, du fait d’une stagnation des salaires et peut-être d’une perte d’emploi.

Oui, tout cela n’est pas rose. Et ce n’est pas la peine que les médias passent « en boucle » les informations les plus noires pour que l’horizon apparaisse largement bouché.

Pourtant, j’ose ici annoncer cette bonne nouvelle. Une nouvelle que les dernières indications de l’INSEE semblent désormais enregistrer : l’inflation est en repli.

Avec l’éclatement de la bulle financière, les marchés des matières premières se sont presque tous retournés, entraînant des chutes spectaculaires de prix dans les secteurs du pétrole, des céréales, des produits laitiers et bien d’autres matières premières.

Grâce à la Loi de Modernisation Economique pour laquelle mon groupe s’est fortement battu, les distributeurs vont pouvoir répercuter aux consommateurs très rapidement ces baisses de tarif.

Qu’on en juge : en novembre dernier, pratiquement aucun tarif industriel annoncé pour 2009 n’offrait de possibilité de baisse. Au 1er janvier, après la négociation autorisée par la nouvelle loi, les trois quarts des contrats sont à la baisse !

D’une inflation de 4 % en moyenne dans nos magasins, j’annonçais ici qu’on pourrait ramener ce chiffre à 2 % en 2009. Eh bien, on va faire mieux, je pense qu’on descendra en dessous de la barre de 1 %.

Et cela, voyez-vous, c’est une formidable aubaine pour le pouvoir d’achat de nos concitoyens. Déjà, sur d’autres marchés, des initiatives de baisses spectaculaires apparaissent. La Twingo à 7 000 euros environ, c’est une aubaine ! Les compagnies aériennes ont presque toutes annulé les surprix décidés pendant la flambée du prix du pétrole. Des mutuelles font la publicité, à la radio, sur leurs baisses tarifaires. Et de superbes promos commencent à fleurir dans le secteur de l’électronique grand public pour pallier par avance aux méventes annoncées.

Du fait d’importantes opérations de déstockages, du fait du retournement des marchés et d’une loi qui va pousser à la concurrence, les prix vont s’assagir sur le marché français constituant ainsi une vraie bouffée d’oxygène pour un pouvoir d’achat prévu à la baisse.

Il faut raison garder. Ces bonnes nouvelles ne compenseront pas, de toute façon, les effets négatifs de la crise.

Mais il nous appartient à nous, entrepreneurs, hommes d’action, décideurs, de tout mettre en œuvre pour que le pays sorte le plus vite possible de ce bourbier.

C’est ce message que j’ai fait passer à tous les adhérents de notre mouvement, lundi dernier, en assemblée générale. C’est le témoignage et l’engagement que je veux laisser ici.

Meilleurs vœux à tous.

Michel-Edouard Leclerc