Archive pour mai 2010

Lundi 31 mai 2010

Pouvoir d’achat : nuages à l’horizon ?

Malgré les mauvais chiffres d’avril, le rythme de la consommation continue de tirer la croissance française. Les consommateurs ont bénéficié jusqu’ici d’une réelle politique de soutien (allocations, prime à la casse pour les voitures, aide au logement, etc.). Ils ont surtout bénéficié de la désinflation. Quoi qu’on en dise, et malgré l’absence de baisse substantielle dans les tarifs des fournisseurs, la distribution a joué le jeu. On est passé d’une inflation annuelle de 4 % à une inflation négative dans les magasins. C’est tout bonus pour le pouvoir d’achat.

Mais voilà ! On est au bas de la courbe. Sans doute en raison d’un trop plein de liquidités financières sur le marché mondial, les matières premières repartent à la hausse et l’inflation re-pointe le petit bout de son nez. Oh, rien de spectaculaire, mais de quoi grignoter, dans les prochains mois, les faibles augmentations de salaire.

Mais surtout, les dépenses contraintes des ménages (loyer, charges de logement, transports collectifs, remboursement de crédit, assurances, services de télécommunications et de télévision) augmentent plus vite que la musique.

Le pouvoir d’achat effectif moyen pourrait bien être négatif en 2010. Ce sont les prévisions des études BIPE/E.Leclerc à ce jour. Après les années 2003 et 2005, 2010, contrairement aux apparences, augure d’une baisse de pouvoir d’achat effectif des consommateurs de 0,3 %.

Tout cela mérite d’être affiné bien sûr (après notamment la prise en compte d’une nouvelle parité dollar/euro favorable à la croissance).

Mais pour nous, professionnels de la consommation, c’est un mauvais indicateur. Immanquablement, il va peser sur le moral des ménages au deuxième semestre.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 27 mai 2010

Saint-Malo : Des Etonnants Voyageurs…

Temps superbe le week-end dernier sur Saint-Malo. Les détracteurs d’une Bretagne toujours accusée d’une météo désastreuse ont eu leur coup de chaleur. En bordure de mer, les promeneurs, souvent de blanc vêtus, mataient la jeunesse dorée sur le sable, arborant les derniers maillots H&M et Zara. Tandis qu’aux terrasses des cafés , sur le Sillon, toute la filière livre (éditeurs, auteurs, agents…) passait allègrement et directement des crêpes-beurre-sucre… aux huîtres sauvages de Cancale.

Les écrivains ? Ils étaient nombreux à avoir fait le déplacement. Ceux d’Haïti bien sûr : Milcé, Lahens, Castera, Saint-Eloi, Trouillot…, privés d’un festival déprogrammé pour cause de tremblement de terre. Des Russes : Kourkov, Prilépine, Guerassimov, Maslov, (la Russie était la nation invitée). Pléthore de représentants de la francophonie : Alain Mabanckou, Waberi, Konaté, la plupart signataires du manifeste pour une « Littérature Monde ». Et toute la bande à Michel Le Bris, écrivain infatigable, prolixe, qui nous gratifie cette année d’un formidable dictionnaire amoureux des explorateurs et offre à redécouvrir N.C Wyeth, l’ancêtre du dessinateur Roca.

Les politiques, aussi figurez-vous, étaient là. Mais en mode mineur, et souvent, à leur corps défendant.

Samedi 13 heures : accueil du « train des écrivains ». Ils arrivent en groupe dans la cour du château. Pendant que la délégation russe se positionne près du bar à huîtres, je capte le sourire d’une jeunette. Je cherche son visage dans le supplément « Ecrivains » de Télérama. Waberi voit mon manège et se marre. Sans vouloir apparaître trop ignare, et encore moins entreprenant, je réfléchis à mettre un patronyme sur un titre de livre. J’essaie d’entendre son nom quand d’autres viennent lui serrer la main. Loupé ! Cet écrivain(e) m’est inconnu(e). C’est alors qu’un jeune sénior s’approche. Et se plantant devant moi : « bonjour, je suis le compagnon de la dame ». Hein ? Dis-je déstabilisé, « et vous, vous avez écrit quoi ? » Il sourit et répond : « je préside la Saône-et-Loire ». Impressionnant, en effet !… Mais personne ne vient à mon secours, en fait, je comprends que les autres, aussi, méconnaissent notre hôte… (Cf. l’expression de mon désarroi sur la photo prise par Philippe Matsas !). C’est dans le train au retour, en feuilletant mon Ouest-France, que je découvrirai la photo d’Audrey Pulvar (mon écrivaine supposée) et d’Arnaud Montebourg. Il va vraiment falloir que je rebranche la télé à la maison…

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photo : Philippe Matsas

Bon, ce qui me sauve la mise, c’est que Couanau, le jovial maire de Saint-Malo, lui est passé trois fois sous le nez sans le reconnaître. Pourtant, il a des lunettes.

Un autre homme politique gagnerait à se faire connaître. C’est Hervé Novelli. Enfin, ce que j’en dis, c’est pour lui !

Nous étions, (l’équipe des Espaces Culturels, et les organisateurs du festival) attablés à la terrasse du « Chateaubriand ». De temps en temps, un Malouin, offrant un sourire ou sa poignée de main : « c’est sympa d’être revenu au pays etc.… ». Aveuglé par le soleil (mais si si j’insiste !), je devine l’ombre d’un cinquantenaire en baskets : « comment ça va Michel-Edouard ? » je pique les Ray Ban de mon ami Serge Roué (organisateur aussi du Marathon des Mots à Toulouse), j’ajuste l’oculaire, et découvre mon ministre, vous savez, celui qui est tantôt du commerce, tantôt de l’industrie, tantôt de l’artisanat, tantôt de la consommation. On s’est envoyé un petit échange de piques ironiques par JDD interposé la semaine dernière. Il est là, sympa, juste en touriste, incognito, quoi !

Il prend manifestement plaisir à être là, mais le directeur du restaurant ne l’a pas reconnu non plus. Il lui a pourtant présenté la facture, sans baisse de TVA apparente ! Risqué ! Novelli est aussi ministre du tourisme !

Frédéric Mitterrand, figurez-vous, est aussi passé par Saint-Malo. Je dis « passé par », car il est resté trois heures ! Une étape dans un sprint aux frontières de la Bretagne et de la Normandie où il comptait se lover tranquille pour la fin du week-end.

A l’heure du dîner, les discours sont toujours trop longs. Et la délégation russe (qu’on aurait imaginé volontiers carnivore plus qu’amatrice de fruits de mer), trépigne un peu et fait savoir qu’un toast en son honneur ferait bien plaisir…

Couanau et les organisateurs ont justement retenu un salon privé au premier étage de « la Duchesse Anne » (une des meilleures tables de Saint-Malo !). Petit discours, remerciements, l’interprète tente de nourrir le dialogue. Las ! Notre Frédéric, heureux mais manifestement à bout de rouleau, piétine (ah ! quelle faute de goût ces socquettes rouges sous costume sombre. On dirait presque du Jean-Pierre Coffe !). Il a repéré Florence Aubenas , les voilà comme chez Lapérouse, au grand dam de Couanau, not’ bon maire qui n’en peut plus de devoir disserter mi-russe, mi-malouin sur la production littéraire de l’ère postsoviétique.

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photo : Philippe Matsas

J’adore ces à-côtés du festival. Sûr qu’ils n’en disent pas la richesse, ni même le contenu. Mais de l’anecdote ressort la morale de l’Histoire. C’est la littérature qui fait le monde. Au pays de Chateaubriand, la république des lettres fait la pige à la république des lois.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 19 mai 2010

Angus & Julia font les hippies au Café de la danse : un pur-rocker leur dit merci !

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Je vous ai déjà branchés là-dessus : trois étages en dessous de mon bureau, il y a une équipe de fêlés de musique. Hey, 14 % du marché du disque en 2010, ça ne s’improvise pas ! Espérant que je les soutienne un peu plus, ils m’embarquent volontiers dans leurs soirées de repérage. Comme au concert des Stranglers (Bataclan) : une vraie équipe de bûcherons ! Ou au Café de la danse (8 mai) qui produisait des jeunes pousses, Angus & Julia from Australia.

Lors de nos baroudes, nous nous sommes fait des amis. Parmi lesquels des experts des réseaux concurrents. Raoul Volfoni est de ceux-là. Sûr que c’est un pseudo. (Je ne vais pas faire la pub pour un super pro de chez Virgin !). Ce type, il connaît tout. Vingt ans plus jeune que moi, mais une mémoire et une culture à faire passer Nik Cohn, Nick Kent ou même Hornby pour des pigistes. Angus & Julia, il a franchement aimé. Je le laisse, ici, narrer son plaisir…

Un rocker chez les Hippies

Un concert d’Angus & Julia au Café de la danse, un des nombreux temples de la « branchitude » parisienne. La soirée paraissait mal embarquée, pour un rocker plus attiré par le son strident des guitares électriques des White Stripes ou autre Queens of the stone age.

Joshua Morris

Crédit : Joshua Morris

Tiens ? Deux ados anglais montent sur scène, serait-ce la première partie tant vantée par la jeune femme au guichet ? Le jeune homme empoigne la guitare et la met à plat sur ses genoux et la demoiselle s’installe derrière un violoncelle. Tout ça ne dit rien qui vaille au rockeur excité que je suis. J’ai peur qu’il ne s’agisse d’une de ces nombreuses copies de Ben Harper ou de John Butler Trio. Horreur, pas de batteur ni de bassiste, comment vont-ils s’y prendre pour ne pas m’assommer ? Le jeune ado nous fait une démonstration de « guitare percu » absolument bluffante .Sa voix puissante à la limite de l’épilepsie et son jeu de guitare en picking, qui fait mal aux cordes, me plaisent de plus en plus. D’autant que l’intervention du violoncelle reste très discrète, et au service de la mélancolie qui se dégage des compositions, pourtant moins surprenantes que la manière dont elles sont jouées. Ca y est, je suis dedans, pris au piège par ces deux minos britanniques. Le public est conquis et l’euphorie dégagée par ces deux musiciens, à l’aspect si banal, est enivrante. Qui sont-ils ? Ben Howard me dit-on ? Connais pas, mais ils sont bons, ils ont réussi à me tenir éveillé et plus encore. J’attendais, non sans crainte, l’arrivée d’Angus et Julia et je me suis vu en redemander. Malgré cette très bonne première partie, Angus & Julia se font cruellement attendre. On est quand même venu voir le phénomène folk australien du moment.

Ca y est, les voilà, dans cette ambiance intimiste et tamisée, on se croirait revenu 35 ans en arrière au « Alice’s restaurant » d’Arlo Guthrie. Elle s’assied derrière son piano à queue pour commencer en mode piano voix, et on comprend tout le charisme et la virtuosité vocale dont elle est capable. C’est après cette intro intimiste et profonde que les musiciens arrivent. Un groupe sur scène, ça change tout. Angus caché derrière son chapeau, sa Barbe et ses cheveux longs, qu’on devine un peu crades, fait lui aussi comprendre que sa voix cassée est capable d’une grande puissance. Ils jouent amoureusement leurs morceaux sans jamais nous faire tomber dans la mélancolie ambiante de la scène folk du moment .Tout est feutré, la joie et l’insouciance, telles que les hippies californiens des années 70 décidaient de les vivre, paraissaient renaître sans anachronisme aucun. Au fil des chansons, une vraie complicité entre le groupe et l’audience permet, même à un simple rockeur comme moi, de s’approprier ce concert comme si j’avais invité des potes à jouer dans mon salon.

Plus tard, Julia se permettra même une reprise de Grease, toute seule avec sa guitare. Dire que Travolta aurait pu être remplacé par Joan Baez pourrait faire froid dans le dos, mais sa reprise nous rappelle que tout peut être joué dans n’importe quel style et avec n’importe quelle formation.

Pour moi, la plus grosse surprise de ce concert restera l’aisance avec laquelle ces musiciens finiront par nous faire un dub, nous emmenant au plus près des Sly & Robbie et Lee Perry.

J’avais écouté l’album de ce duo australien, je l’avais même beaucoup aimé, mais j’espère que tout ça restera entre nous, je ne suis pas sûr que mes compagnons de concert de Motorhead comprennent, j’ai une réputation à tenir,  « it’s a long away to the top if you want Rock’ n’ roll ».

Raoul Volfoni (provisoirement hébergé aux frais de MEL, et dans l’attente d’un autre concert…)

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 11 mai 2010

Roselyne Bachelot va-t-elle autoriser la vente de médicaments sur Internet ?

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 Getty Images©

Depuis décembre 2003, c’est chose possible. La Cour de Justice des Communautés Européennes a admis la possibilité de vendre des médicaments sans ordonnance sur le Web. Oh, pas n’importe lesquels. Sont concernées les préparations vendues sans ordonnance et sans remboursement. Pensez à « Maalox », au « Nurofen » ou au « Strepsil », etc. Du coup, l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), le Syndicat National de l’Industrie Pharmaceutique et Bercy…cogitent ! Un groupe de travail doit se réunir en juin. Ah, voilà un sacré dilemme pour notre Roselyne nationale. D’un côté, il y a le discours anti-E.Leclerc. Pas question de laisser le Landernéen mettre la pagaille sur les prix des médicaments. De l’autre côté, il faut bien faire passer la pilule du déremboursement. La mise «en libre accès » de ces produits n’a pas donné les résultats escomptés, sans compter que la profession traîne la patte sur ce sujet. Et voilà maintenant que Bruxelles réclame l’ouverture au Net. D’ici à ce que les potards anglais ne lancent leurs lignes dans la mare de nos officinaux… ! Eh bien, voyez-vous, je suis d’accord avec Gilles Bonnefond (USPO) lorsqu’il dit « personne ne peut aujourd’hui contrôler la vente des médicaments sur Internet ». 1 milliard d’euros, c’est le CA de la contrefaçon, selon les laboratoires Pfizer ! D’accord aussi (j’en conviens, c’est cocasse) avec les syndicats de pharmaciens : « Les médicaments ne sont pas des produits de consommation ordinaires ». Pas question de les vendre comme des tomates sur les étals ou sur n’importe quel site web. Leur vente doit être strictement encadrée par des professionnels compétents, diplômés, dans des espaces dédiés à la santé (par exemple, des parapharmacies). Or, sur le Net, on n’est pas bavard question conseils. Et du conseil, je ne veux pas faire table rase. Dans la prétention de l’enseigne E. Leclerc à vendre moins cher le médicament déremboursé, il n’y a aucune volonté de pousser à l’automédication. Aspirine ? Paracétamol ? Quand on puise dans sa propre trousse à pharmacie, on assume ses choix. Quand on vend aux autres, il faut savoir mettre en garde et contrôler, même si les populations à risque (et les risques !) ne sont pas légion s’agissant de produits sans ordonnance. Entre la vente libre sur un site Internet (même propriété d’une officine) et la vente sous contrôle d’un diplômé de pharmacie chez E. Leclerc, il n’y a pas photo. D’après vous, quelle est la priorité, Docteur Bachelot ?

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 7 mai 2010

Le Président et les marges sur les produits agricoles : banco pour un dispositif de crise

Le Président l’a fait savoir : il réunira le 17 mai à l’Elysée les distributeurs, les agriculteurs et l’industrie agro-alimentaire. Objectif : définir un dispositif portant sur la modération des marges des fruits et légumes en période de crise.

Si nous y sommes invités, évidemment nous irons. D’ailleurs sur le principe, nous ne sommes pas contre :

- d’abord, parce que notre droit de la concurrence prévoit déjà un tel dispositif, même s’il n’a jamais été mis en œuvre jusqu’ici ;

- ensuite, parce que passé un certain niveau de chute des cours, c’est l’existence même des entreprises qui est menacée. Personne ne peut plaider sérieusement que notre droit commercial primerait sur l’ordre social et la préservation du tissu économique.

Banco, donc, pour un dispositif de crise. L’important, c’est qu’il soit appliqué sans discrimination par l’ensemble des partenaires de la filière.

Mais l’accouchement du dispositif a l’air bien laborieux. Je reste perplexe sur les mesures annoncées (prix minimum ? coefficient multiplicateur maximum ? blocage des marges ? engagement de baisse de marges, de prix ?).

On laisse entendre que seront fixées par des Arrêtés les variations de cours à partir desquels une situation sera qualifiée « de crise ». C’est combien ? 10, 20, 30 % ? Que fait-on quand le cours repasse à la hausse ? Et s’il s’agit de « diminuer les marges », comment les calcule-t-on : uniquement en magasin ? En incluant le stade de gros ?

Bon, vous avez bien compris. Le risque, c’est l’usine à gaz.

Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics se sont disqualifiés en laissant les professionnels s’étriper entre eux et le monde agricole désigner ses boucs émissaires (tantôt l’industrie, tantôt le commerce, tantôt la Commission Européenne). On comprend qu’un engagement des distributeurs puisse les dédouaner, ou même servir d’exutoire.

Mais soyons clairs, quel que soit son poids, la distribution n’est plus le premier client d’une agriculture qui vend aussi aux industries transformatrices, au secteur de la restauration et à l’export. Que Casino ou Monoprix baisse ses marges ou que E. Leclerc et Système U les remontent, ça ne fera pas varier les cours européens. Ni des fruits, ni des légumes et encore moins celui du lait qui est largement mondial !

A l’Elysée, nous irons. Mais il faudra que l’Etat s’engage et assure la légalité du montage surtout s’il s’agit d’un accord entre professionnels ou d’un engagement d’enseignes. On ne peut pas à Bercy stipendier les accords interprofessionnels de prix (tels que pourtant préfets et élus régionaux ont longtemps cautionnés au sortir d’un affrontement saisonnier), les faire sanctionner par le Conseil de la Concurrence pour les réorganiser aujourd’hui à l’Elysée, fût-ce sous un  autre montage.

Michel-Edouard Leclerc