A Bourg-en-Bresse, hier, avant l’inauguration d’un centre E. Leclerc flambant neuf, je rencontrai des représentants du monde agricole. Une réunion à l’initiative de notre adhérent local, très impliqué dans le développement de sa région.
A l’ordre du jour, analyse des problèmes spécifiques à chaque secteur : volaille, viande bovine et porcine, produits laitiers.
Les hommes en face de moi sont clairement des exploitants, des chefs d’entreprise aguerris et bien dans leur peau. La logorrhée syndicale tente de percer dans le discours de certains qui occupent des fonctions à la FDSEA ou au CNJA. Mais vu la qualité des hommes et de l’échange, on a pu aborder sans fard la question des prix payés aux producteurs.
Ce fut l’occasion pour moi de repréciser mes propos (Le Parisien du 23/09/2010) et de confirmer les consignes données aux équipes d’achat des Centres E. Leclerc.
Je synthétise :
1)  L’inflation ne repartira pas par nous. J’y veille et je m’y engage.
Le BIPE, organisme d’études indépendant qui travaille pour nous, a clairement fait apparaître que le pouvoir d’achat effectif des Français, fin 2010, serait négatif, et les prévisions pour 2011 ne sont pas bonnes. La question du pouvoir d’achat reste centrale pour les Français. Donc, pas question de lâcher les vannes de la hausse des prix. On a mis deux ans pour passer d’une inflation annuelle de 4 % à une inflation 0.
L’accroissement du nombre de clients témoigne que cette action a été largement plébiscitée.
Nous ne cèderons pas à la pression de ces économistes, de ces politiques, et même de certains membres du Gouvernement qui, s’abritant derrière les problèmes des « petits » dans la crise, osent nous dire : « Après tout, un peu d’inflation, ça ne fera de mal à personne, ça ne se verra pas, et c’est bon pour les caisses de l’Etat ».
2)  Concrètement, cela se traduira par une attitude très claire de nos acheteurs :
a)  Pour les produits agricoles, peu transformés, nous répercuterons les accords interprofessionnels de hausse (lait, porc, etc.). Nous comprenons très bien que les petites entreprises n’ont pas pu se couvrir contre les errements de cours des marchés des matières premières. A charge évidemment pour elles de justifier de cet impact dans leurs propositions tarifaires.
b)  Mais 80 % de notre chiffre d’affaires est réalisé avec de grandes marques nationales et multinationales qui transforment largement le produit et dont le prix est beaucoup moins impacté par l’augmentation des cours de matières premières. Elles commencent à nous proposer des augmentations qui n’ont rien à voir avec cette situation. Nous négocierons donc pied à pied. Nos équipes sont tout à fait capables de décortiquer la composition d’un article et de ramener l’augmentation tarifaire à la part de matière première inflatée. Et pour le reste de leurs prétentions, on fera du sur-mesure en tenant compte évidemment de leur situation financière.
Tenir compte des problèmes des agriculteurs, aider les PME à passer le cap, trouver de nouveaux territoires de valorisation pour nos fournisseurs régionaux, tel est l’objectif. Mais même en étant plus « cool » sur cette partie de nos approvisionnements, il n’y a pas de raison de lâcher les rênes ailleurs.
Tel est en substance le message que j’ai pu délivrer à mes interlocuteurs. C’était important, je crois, qu’ils soient rassurés sur leurs prix, mais aussi qu’ils soient convaincus d’une démarche globale qui rassure d’abord les consommateurs sur leur pouvoir d’achat. A quoi, en effet, servirait d’augmenter le prix de la viande de bœuf ou de la volaille si c’est pour en vendre moins ?




