Archive pour septembre 2010

Mercredi 29 septembre 2010

Prix agricoles, tarifs industriels : quel degré d’inflation accepter ?

A Bourg-en-Bresse, hier, avant l’inauguration d’un centre E. Leclerc flambant neuf, je rencontrai des représentants du monde agricole. Une réunion à l’initiative de notre adhérent local, très impliqué dans le développement de sa région.

A l’ordre du jour, analyse des problèmes spécifiques à chaque secteur : volaille, viande bovine et porcine, produits laitiers.

Les hommes en face de moi sont clairement des exploitants, des chefs d’entreprise aguerris et bien dans leur peau. La logorrhée syndicale tente de percer dans le discours de certains qui occupent des fonctions à la FDSEA ou au CNJA. Mais vu la qualité des hommes et de l’échange, on a pu aborder sans fard la question des prix payés aux producteurs.

Ce fut l’occasion pour moi de repréciser mes propos (Le Parisien du 23/09/2010) et de confirmer les consignes données aux équipes d’achat des Centres E. Leclerc.

Je synthétise :

1)  L’inflation ne repartira pas par nous. J’y veille et je m’y engage.

Le BIPE, organisme d’études indépendant qui travaille pour nous, a clairement fait apparaître que le pouvoir d’achat effectif des Français, fin 2010, serait négatif, et les prévisions pour 2011 ne sont pas bonnes. La question du pouvoir d’achat reste centrale pour les Français. Donc, pas question de lâcher les vannes de la hausse des prix. On a mis deux ans pour passer d’une inflation annuelle de 4 % à une inflation 0.

L’accroissement du nombre de clients témoigne que cette action a été largement plébiscitée.

Nous ne cèderons pas à la pression de ces économistes, de ces politiques, et même de certains membres du Gouvernement qui, s’abritant derrière les problèmes des « petits » dans la crise, osent nous dire : « Après tout, un peu d’inflation, ça ne fera de mal à personne, ça ne se verra pas, et c’est bon pour les caisses de l’Etat ».

2)  Concrètement, cela se traduira par une attitude très claire de nos acheteurs :

a)  Pour les produits agricoles, peu transformés, nous répercuterons les accords interprofessionnels de hausse (lait, porc, etc.). Nous comprenons très bien que les petites entreprises n’ont pas pu se couvrir contre les errements de cours des marchés des matières premières. A charge évidemment pour elles de justifier de cet impact dans leurs propositions tarifaires.

b)  Mais 80 % de notre chiffre d’affaires est réalisé avec de grandes marques nationales et multinationales qui transforment largement le produit et dont le prix est beaucoup moins impacté par l’augmentation des cours de matières premières. Elles commencent à nous proposer des augmentations qui n’ont rien à voir avec cette situation. Nous négocierons donc pied à pied. Nos équipes sont tout à fait capables de décortiquer la composition d’un article et de ramener l’augmentation tarifaire à la part de matière première inflatée. Et pour le reste de leurs prétentions, on fera du sur-mesure en tenant compte évidemment de leur situation financière.

Tenir compte des problèmes des agriculteurs, aider les PME à passer le cap, trouver de nouveaux territoires de valorisation pour nos fournisseurs régionaux, tel est l’objectif. Mais même en étant plus « cool » sur cette partie de nos approvisionnements, il n’y a pas de raison de lâcher les rênes ailleurs.

Tel est en substance le message que j’ai pu délivrer à mes interlocuteurs. C’était important, je crois, qu’ils soient rassurés sur leurs prix, mais aussi qu’ils soient convaincus d’une démarche globale qui rassure d’abord les consommateurs sur leur pouvoir d’achat. A quoi, en effet, servirait d’augmenter le prix de la viande de bœuf ou de la volaille si c’est pour en vendre moins ?

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 16 septembre 2010

« Label France », oui, mais « La belle France »

C’est un « marronnier ». Tous les dix ans, face à des crises, nos gouvernants confient à des parlementaires des missions pour relancer le « label France ».

Cette année encore, le sujet est d’actualité. C’est le député Yves Jégo, éphémère ministre des DOM-TOM, qui s’y colle. Tous les professionnels sont interpellés. Mais les industriels, au grand dam des agriculteurs, refusent d’indiquer l’origine de leurs matières premières sur les étiquettes.

Nous, « les Leclerc », nous n’y voyons pas d’inconvénient. Et si ça peut rassurer dans les campagnes, faisons-le.

Pour autant, ce label sera-t-il efficace ? Ca reste à voir.

Les consommateurs ne sont pas insensibles aux indications d’origine. Mais, à mon sens, l’exercice atteint ses limites lorsqu’il n’est assorti d’aucun autre signe de qualité ou de rattachement culturel (Alsace, Bretagne, Pays Basque, Corse…).

Un label, ça doit causer. Comme une AOC ou une certification. Prenez même l’exemple de « Produit en Bretagne ». L’offre qui porte ce label couvre désormais un champ large de produits. Outre le respect d’un cahier des charges, tous les logos, les slogans et les argumentaires suscitent l’adhésion à un projet collectif, sympathique, fédérant petites et grandes entreprises.

Est-ce qu’un label « France » fonctionnerait aussi bien ? J’en doute. « Cochon de Bretagne », même avec toute la problématique des algues vertes et des lisiers, ça fonctionne mieux que « Porc de France ».

L’indication « d’origine France », ou même de garantie « NF », n’a jamais constitué un rempart contre l’invasion des textiles chinois ou maghrébins, ni celle des produits électroménagers ou hifi venus d’Asie. Pas plus qu’elle n’empêche nos agriculteurs, depuis des années, de s’équiper en tracteurs étrangers ;-) , et d’acheter leurs semences et leurs engrais ailleurs qu’auprès de leurs collègues français :-) .

Alors, je ne dis pas qu’il ne faille pas tenter l’aventure. Mais si ce « label France » n’est assorti d’aucun autre argument de qualité, ça fera un flop.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 15 septembre 2010

Rentrée pour tout le monde : le blog, j’y reviens…

Beaucoup d’internautes se sont manifestés depuis le début du mois et m’ont reproché de les avoir laissés en plan sur ce blog. Evidemment, ils ont raison.

Comme vous le savez, j’écris mes posts moi-même. Je me refuse à faire semblant et à déléguer ce rôle à un collaborateur. Et ces derniers mois, j’ai pris beaucoup de notes, j’ai écrit sur des tas de petits bouts de papier, mais jamais avec suffisamment de temps ou de consistance pour partager avec vous ces écritures.

L’activité professionnelle m’a conduit à multiplier les déplacements à l’étranger notamment. L’enseigne se développe activement en Pologne (où nous avons racheté les supermarchés du groupe Billa). Ce sera aussi bientôt l’occasion d’une implantation dans les Etats Baltes. Je suis allé en Asie, accompagner nos « auditeurs sociaux » dans les usines. Nous avons préparé l’ouverture des premiers centres E. Leclerc de la Martinique (des anciens franchisés Carrefour). Et j’ai pris aussi la distance nécessaire, cet été, pour travailler sur le plan d’actions de la troisième génération des Centres E. Leclerc (nous fêtons nos 60 ans cette année).

Ajouté à cela, le lancement d’une fondation Edouard et Hélène Leclerc à Landerneau et quelques journées de repos bien mérité au soleil de Concarneau… Vous comprendrez pourquoi j’ai déclaré forfait…

Mais voilà, je suis heureux de vous retrouver. Je me suis bien ressourcé, j’ai plein de sujets sur lesquels j’aimerais échanger avec vous.

A demain donc…

Michel-Edouard Leclerc