Archive pour novembre 2010

Mardi 30 novembre 2010

Opération « Zéro prospectus 2020 » : le Syndicat du papier réagit !

Le lobby du papier monte au créneau : il n’a pas aimé le lancement de notre opération visant à supprimer, d’ici 2020, les prospectus dans les boîtes aux lettres. J’ai été interpellé sur la Toile et j’ai reçu une lettre argumentée signée de Laurent de Gaulle, Président de l’association « Culture Papier ».

Le plaidoyer des imprimeurs est double :

-  C’est d’abord un panégyrique du support papier : « seul support issu de ressources renouvelables, biodégradables et recyclables jusqu’à 5 fois. » Et se référant à l’ADEME, Culture Papier avance l’argument de la bonne gestion forestière française : « 500 000 hectares supplémentaires de forêts depuis 10 ans », tout comme les progrès de la filière « en pointe dans l’engagement environnemental… ».

-  Deuxième argument : avec le prospectus, le consommateur « peut évaluer les offres, prendre connaissance des promotions, comparer les prix… » ; « l’imprimé publicitaire favorise le pouvoir d’achat du consommateur ». On dirait du « Leclerc » tout cru !

Mais cet argumentaire n’est pas opposable à notre initiative qui, si elle revendique son impact écologique positif, s’inscrit dans une logique inéluctable de dématérialisation des supports d’information.

La dématérialisation est inéluctable :

Ce n’est pas à moi qu’il faut dire que les consommateurs français s’intéressent au contenu des prospectus (promotions, description de l’offre, etc.). Mais l’avenir du contenu  n’est pas lié à son support.

La dématérialisation des données est inéluctable. Qu’ils soient fixes ou mobiles, les terminaux numériques seront très vite les principaux vecteurs de toutes les informations nécessaires dans la vie quotidienne des consommateurs.

Le Syndicat des Imprimeurs nous interpelle. Mais pourquoi nous cibler, nous, distributeurs ? Que n’a-t-il réagi à l’égard de l’Administration qui prélève désormais les données fiscales par Internet ? Ou encore la presse écrite qui n’arrête pas d’être fascinée par le lancement des tablettes numériques au point d’y voir son avenir. Et que dire enfin de toutes ces institutions dont les informations en matière de nutrition, de soins, de conseils d’utilisation s’appuient désormais sur le Net pour contacter le public.

Pour nous, c’est clair, la multifonctionnalité du numérique permettra d’économiser la production de nombreux supports éphémères à des fins administratives, médiatiques ou commerciales dont le coût environnemental, quoi qu’on en dise, est discutable, et qui donnent lieu souvent à une formidable gabegie.

L’initiative « Zéro Prospectus 2020 » :

« Zéro Prospectus » n’est pas une arme de combat, les consommateurs sont appelés à y adhérer volontairement. Une fois dématérialisés, les contenus seront les mêmes, ils pourront même être optimisés puisqu’individualisés.

S’adapter, c’est anticiper :

Lorsque nous avons supprimé, il y a dix ans, les sacs plastiques aux caisses de nos magasins, nous avons été confrontés aux mêmes oppositions corporatistes. Les arguments étaient les mêmes. Observez que quinze ans plus tard, l’innovation est devenue la norme.

Le papier, le plastique ont leur noblesse et il ne s’agit pas de mépriser le métier de ceux qui les travaillent. Mais n’appartient-il pas aux chefs d’entreprise de ce secteur d’anticiper les évolutions pour mieux les gérer.

L’échéance que nous nous donnons devrait permettre à tous les acteurs concernés de se préparer à ces changements.

C’est le pari que j’ai fait pour mon enseigne.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 23 novembre 2010

L’Abbé Pierre, Frédéric Lefebvre, Catherine Vautrin…un casting d’enfer

 

BLOG 231110

Franck Riboud :

C’est avec le patron de Danone que je me suis rendu à Evian, vendredi dernier, aux Ateliers de la Terre. Franck Riboud, les Présidents de HSBC, de Kraft et moi-même participions à une table ronde sur l’engagement « responsable » de nos entreprises. Franck en a profité pour me tirer l’oreille. « Mon Actimel ne mérite pas ta foudre. Tu l’as cité parmi les produits dont les prix augmentent trop alors que ce n’est pas vrai. » En fait, j’avais surtout dit que vu le faible poids de la matière première dans l’Actimel, il ne devrait pas augmenter autant que le prix du lait. Mais lui, tel Lucky Luke, me dégaine les justificatifs… Apparemment, il semble avoir raison. Alors…Saint-Riboud, pardonne-moi !

Frédéric Lefebvre :

Bienvenue à notre nouveau ministre. Je connais l’homme (un peu), sa liberté de ton, mais aussi ses convictions. Mais j’ai une vraie inquiétude. Comment va-t-il faire pour porter autant de casquettes à la fois. Il est promu Ministre du Tourisme, de l’Artisanat, des PME, des Professions Libérales, du Commerce et de la Consommation… Tant d’intérêts opposés dans sa tête, au profit de quelle fonction fera-t-il le bon arbitrage ?

Hervé Novelli :

Exit notre ancien ministre. Les assignations contre les enseignes de distribution restent, mais l’accusateur passe à la trappe. Le leader du « courant libéral » (sic !) de la majorité a dû s’étouffer en lisant LSA (18/11). Dans l’éditorial et dans le « Tournez Manège politique » de Sylvain Aubril, son nom n’est même pas mentionné. Eh quoi, c’était quand même notre ministre !

Frédéric Lefebvre :

Au fond, l’action du nouveau Ministre du Commerce dépendra moins de sa personnalité que de la stratégie défendue par l’UMP. Hervé Novelli n’était pas un mauvais bougre. Mais du « libéral » (il se désignait comme tel), on en fit le ministre des basses œuvres contre les GMS. Continuera-t-on la politique du bouc émissaire ? (Novelli ne rejoint-il pas l’équipe de Copé à la présidence de l’UMP ? Christian Jacob refera-t-il du Raffarin ?) Ou au contraire, le Président (de la République) s’appuiera-t-il sur son ancien directeur de la communication pour renouer avec des thèmes plus populaires : consumérisme, défense du pouvoir d’achat, etc. C’est tout le mal qu’on nous souhaite.

Catherine Vautrin :

La Vice-présidente de l’Assemblée Nationale a bien du mérite. Elle avait à peine redressé l’image de la CEPC après les « sorties incontrôlables » de feu l’ami Charié, voilà qu’elle doit gérer la paralysie de l’institution en attendant les résultats des assignations Novelli. Comment en effet émettre un avis alors que la justice doit, sur les mêmes thèmes, rendre une décision ? Même les Mardis de la LME ont des airs « d’institution off » dans ce contexte. Reconnaissons-lui ce courage : elle veut nous sortir tous de l’ornière : industriels et distributeurs. Personne ne l’aide, même pas moi qui ai fait la fine bouche devant ses initiatives. On s’en est expliqué.

Allez, on va faire un effort. Avouez de toute façon que si je me précipitais dans ces nouveaux cénacles d’arbitrage, d’autres déjà les déclareraient suspects !

 Bruno Le Maire :

De tous les ministres, c’est à lui que je tire mon chapeau. Alors qu’il est assailli de revendications multiples (veau, vache, cochon, couvée), et que dans un monde accro aux subventions, il doit gérer la fermeture des robinets, Bruno Le Maire n’a jamais cédé à la tentation du bouc émissaire. Il doit gérer en plus quelques flagrantes contradictions : quand Bercy interdit les ententes, lui, interpelle les interprofessions pour qu’elles se mettent d’accord sur des critères de prix ! Mais le discours central est le bon : restructuration, productivité, contractualisation, etc. Et en plus de savoir naviguer dans les courants (Chirac, Villepin, Sarko), notre ministre révèle un réel talent littéraire. Voilà qui place haut la barre pour son homologue du commerce !

Abbé Pierre :

Dans le JDD du 14/11/2010, Jean-René Buisson, Président de l’Association des Industries Alimentaires, dit toute son irritation : Michel-Edouard Leclerc « joue le chevalier blanc …qui défend le pauvre consommateur face aux méchants industriels. Il se prend pour l’Abbé Pierre, c’est insupportable ! ». Il a tort. Je ne me suis jamais pris pour le Saint Homme, même s’il m’a beaucoup inspiré. Mais il a raison sur un point : je suis aussi têtu que lui, et je ne lâcherai pas sur la question de l’inflation malgré ses attaques. Foi d’épicier breton.

Michel-Edouard Leclerc