Archive pour avril 2011

Vendredi 15 avril 2011

Le carburant à 2 € ? Le poids des taxes, le choc sur le pouvoir d’achat !

Curieux débat que celui qui nous a été servi depuis lundi dernier, dès la sortie d’une réunion à Bercy avec l’industrie pétrolière.

Les prix des carburants flambent ?

Au lieu de nous annoncer une baisse de la TVA sur les carburants, voilà qu’on nous annonce une taxe : un crédit d’impôt pour les uns compensé par quelques centimes additionnels pour les autres.

En fait, si l’on s’en tient au communiqué des fédérations et du ministère, on ne sait pas vraiment qui va bénéficier de cet allègement fiscal, ni qui sera ponctionné. Apparemment, c’est l’activité « raffinage et distribution » qui paiera, sauf que les intéressés (dont on a fait croire qu’ils offraient une contribution volontaire !!!) ne savent pas quels sont vraiment les opérateurs concernés.

Mais que cherchait-on au fond à Bercy ? A alléger la facture des professionnels ou celle des citoyens qui n’ont pas accès à d’autres moyens de mobilité que la voiture ?

Les prix des carburants flambent, oui mais pour tout le monde. On irait prochainement jusqu’à 2 € (dixit Christophe de Margerie) ?

Le Président a dénoncé le propos : il est vrai que le PDG de Total est mal placé pour agiter le chiffon rouge vu que Bercy a décidé (pour le moment) de ne pas remettre en cause son privilège fiscal.

Mais tout de même. Le discours, même s’il est déplacé, n’est pas imbécile. Un carburant à 2 € n’étonne pas des analystes aussi sérieux que Philippe Chalmin ou Jean-Marie Chevalier.

En fait, le propos de Margerie révèle l’impréparation (et une forme d’hypocrisie) des élites économiques et politiques. Tout le monde parle de l’inéluctabilité d’une énergie plus chère. Mais personne n’a vraiment réfléchi aux moyens de diminuer « la douloureuse » pour les consommateurs.

Qu’on s’interdise de toucher à la fiscalité du carburant, pourquoi pas ! Nécessité écologique oblige, autant faire basculer l’ensemble de l’économie vers des systèmes de « mobilité durable ». J’en suis partisan. Mais d’ici que les trois quarts de la population puissent accéder à ces nouveaux services, encore faut-il apprécier à sa juste mesure l’impact de cette hausse sur le pouvoir d’achat.

Ça peut être un vrai choc. Ça va être un vrai choc.

Tous les ministères sont en train de concocter, dans l’urgence et le brouillard le plus total, des propositions d’allègements fiscaux limités aux corporations dont ils ont la charge.

C’est nul !

La fiscalité des carburants est l’une des variables les plus déterminantes du pouvoir d’achat des Français. La traiter isolément ne fait que retarder l’explosion du principal moteur de la croissance en 2011 : la consommation.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 8 avril 2011

Adele, Agnes Obel, Anna Calvi, Selah Sue : de la musique, et que des filles…

On continue sur la musique…

…Donc le week-end dernier, j’ai pu faire de jolies rencontres musicales. Au cours d’une soirée-couscous qui s’est muée en dîner pakistanais, Oussey, grande prêtresse du disque officiant pour notre enseigne, a fait une grosse reco pour quelques artistes que je vous propose de découvrir. Et dans un souci de total œcuménisme, j’ai demandé à Raoul Wolfoni de commenter ces 4 propositions musicales.

Adele : « 21 » (XL)

Déjà auréolée d’un succès planète-terre avec l’album « 19 », cette jeune chanteuse londonienne nous revient avec un Opus qui, une fois n’est pas coutume, risque fort de nous accompagner un bon moment. A mi-chemin entre la Soul et la Pop, cette artiste confirme que l’Angleterre est bien la seconde patrie du Rythm and Blues. Malgré ses 23 ans, sa voix chaude au bord de la rupture nous invite dans un univers teinté de soul et de country bien à elle.

Agnes Obel : « Philarmonics » (Pias)

Cette jeune Danoise de 30 ans fait l’unanimité depuis la sortie de son premier album en 2010. Evoluant dans un contexte familial propice à l’apprentissage de la musique, Agnes Obel grandira avec, comme repère, le piano d’une mère très à l’aise avec  Bartók et Chopin. Influencée par des artistes comme Joni Mitchell, Joan Baez ou Eliott Smith, son approche plus classique fait de « Philarmonics » l’ovni folk de l’année 2010.

Anna Calvi (Domino)

Souvent comparée à la gigantesque PJ Harvey cette artiste Anglaise nous livre avec ce premier album un véritable joyau Rock psychédélique et romantique. A l’écoute de ce bijou, la comparaison avec les plus grandes chanteuses Rock ne paraît pas usurpée, certaines pourraient même être flattées.

Selah Sue (Because Music, même producteur que Catherine Ringer)

Tiendrions-nous la nouvelle sensation groove de l’année avec cette jeune artiste belge ? A à peine 22 ans, son premier album rivalise déjà avec des chanteuses telles qu’Erika Badu et autres Amy Winhouse. Les prods New Soul côtoient allégrement le meilleur du Hip Hop et de l’Acid jazz du milieu des 80’s. Réjouissons-nous, les marmots prennent la relève avec brio. 

Voilà, passez un bon week-end. Et si vous voulez nous faire vos propres recommandations, n’hésitez pas !

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 7 avril 2011

Puggy qui monte, Catherine Ringer qui nous revient !

J’ai la chance de pouvoir accompagner souvent les hommes et femmes qui sélectionnent la musique pour les Espaces Culturels. J’ai passé deux soirées géniales avec eux. Jolies rencontres aussi avec deux intervenants sur ce blog (Replikant et Wolfoni qui œuvre pour Virgin), des « tourneurs » (Pascal Mouchard) et des éditeurs (Because Music). Merci Oussey.

Puggy, vendredi 1/04 :

A la sortie du Bataclan, 22h40, un îlot de papis franco-belges, dont moi, est submergé par un essaim de joyeux twenties. Les uns tirent un clop, les autres hument un peu d’air frais, l’ensemble est aux anges ! Puggy, le trio belgo-suédois vient d’achever avec maestria l’un des 70 concerts qui vont le propulser sur une orbite très haute, près de Muse et consorts.

A mes côtés, Replikant, 22 ans, n’en doute pas. Il est tout à son excitation quand il revit, morceau par morceau, la prestation de ces talentueux pop singers. Trois garçons clean et chaleureux, trois voix, fabuleux musiciens pour un show encore très éclectique (airs jazzy, reprises des Beatles, et même de Jacques Brel !!!), insuffisamment mature pour se « donner définitivement un genre », mais justement… ! Quand on est premier de la classe et qu’on est capable de majorer une telle prépa, du Bataclan à l’Olympia, sans se départir d’un air de potache, ça sent le génie.

Deux disques, c’est encore peu. Pas de signe extérieur de peopolisation, ni de richesse, et c’est tant mieux. Le cachet ne dépasse pas 500 euros par concert. Mais avec Universal derrière, « ça va le faire ».

Sur le trottoir, avant la dispersion, on reste en famille avec les Belges. C’est d’abord Geluck (le géniteur du « Chat », la BD !) qui récupère avec fierté son rejeton, chanteur de « Coco Royal » qui se produisait en première partie (« Coco » parce que communiste, « Royal » pour la blanche, dixit Geluck). Et quand Romain, le bassiste de Puggy, sort de la salle, c’est pour aller dîner avec Papa et maman ! J’adore.

Les « miens », qui m’avaient attiré dans ce guêpier, souligneront d’un clin d’œil que ces parents-là n’ont pas mis tous leurs principes éducatifs dans l’obtention des diplômes ! Ok, c’est promis, vous monterez sur les planches, mais faites d’abord  un joli CV !

Catherine Ringer, dimanche 3/04, 20h30, à la Boule Noire :

Catherine Ringer revient. 5 concerts exceptionnels, sans critique ni photographe, pour roder la tournée qui lancera son nouvel album « Ring N’Roll ». Le public est acquis. Heureux de retrouver l’une des plus grandes rockeuses européennes. Une voix, un souffle, un rythme et une capacité intacte d’emmener très loin les héritiers des « Rita Mitsouko ».

Beaucoup d’émotion, beaucoup de tendresse. La salle est petite, favorise le dialogue (jeu de regards, chants repris par la salle, soutien des fans !).

Je ne partage pas l’opinion de mes amis sur son interprétation « bouleversante » d’un air de Mahler. Je comprends qu’il s’agit d’une dédicace amoureuse, d’une épitaphe à Fred Chichin : « Tu n’aimes pas trop de larmes et je te sens serein quand je sèche les miennes… Si tu étais vivant, on serait bien ensemble… ». Non, moi, ce que j’aime dans cette femme, c’est sa formidable énergie, une voix sublime aussi capable d’interpeller le monde, de le héler, de le cracher que de swinger avec lui. Elle sait être drôle, toujours sensuellement provocatrice. Mais la punk est pour moi au meilleur quand elle est rockeuse. Et c’est à ces moments-là qu’on sent l’osmose avec ses compagnons.

Car elle est bien entourée. Le jeune Raoul est génial à la guitare, très présent sur scène. Regard tendre d’un fils, mais désormais, complicité virile et furieusement musicale avec cette mère devenue icône.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 6 avril 2011

Existera-t-il des pharmaciens bio ?

Je reviens sur nos querelles avec les instances ordinales de la pharmacie.

A les en croire, nos diplômés de pharmacie n’auraient pas la compétence de vendre des médicaments sans ordonnance. Procès évidemment injuste vu qu’ils ont la même expertise et ont fait les mêmes études que les pharmaciens d’officine.

Et puis, faut-il encore le rappeler, nous ne militons ni pour la vente libre de médicaments (même pas sur Internet), ni pour une santé au rabais. J’ai toujours dit que s’il fallait revoir le cahier des charges « santé » de l’ensemble de la profession, nos diplômés de pharmacie y souscriraient.

Et pour le coup, j’aimerais bien que les instances ordinales de la médecine et de la pharmacie se focalisent sur d’autres formes de vente et qu’elles nous expliquent pourquoi elles laissent proliférer, jusque dans les magasins bio ou de produits naturels, tout un fatras de publications paramédicales et quasi ésotériques qui prospèrent à l’abri de la mode écologique.

« Bio contact » se revendique d’être un mensuel gratuit du secteur bio et prétend tirer à 234 000 exemplaires. Il est distribué gratuitement dans les magasins bio. On n’y lit pas que des bêtises, et je ne conteste pas la bonne volonté des rédacteurs. Mais j’y lis (n° 212, avril 2011) des encarts qui me laissent bien perplexe.

D’abord, des produits qu’on présente en vente libre sur Internet et qui ont sacrément des petits airs de médicament. Page 92, un « Miel de Manuka » qui « permet surtout de soigner votre santé plus efficacement », en s’attaquant aux bactéries et aux champignons !!!

Et aussi, toute une bimbeloterie supposée avoir des vertus curatives : les véritables bougies Hopi « pour l’hygiène de vos oreilles », un bracelet d’acupression sommeil, « pour rétablir les flux d’énergie », un patch détoxinant pour les pieds « qui nettoie l’organisme pendant le sommeil ». Et j’en passe et des meilleurs…

Bien sûr, je n’ai aucune expertise, je ne veux pas juger de la qualité de ces produits, mais on les présente comme des médicaments et, en tout cas, avec des vertus curatives sans conseil de pharmacien.

D’ailleurs, les instances ordinales découvriront aussi avec grand intérêt les effets du « biomagnétisme humain » et ceux de la (ouvrez grand vos oreilles) « biochirurgie immatérielle » !!!

La médecine New Age et les pharmacopées exotiques offriraient-elles tant de vertus au point que, dans ces magasins ou sur Internet, il ne serait réclamé, comme chez E. Leclerc, le conseil ou le contrôle de pharmaciens ?

Bon, je veux juste faire passer ce message : s’il s’agit de défendre la santé, qu’on ne nous fasse pas de mauvais procès. Le danger est ailleurs et certainement pas dans notre volonté de vendre moins cher. Les diplômés de pharmacie qui travaillent sous l’enseigne E. Leclerc n’auront aucun état d’âme pour s’associer avec les pharmaciens d’officine pour garantir la pertinence des assertions santé.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 5 avril 2011

Carburants : encore une taxe ?

Thinkstock©

Cela devient systématique ! A croire que Bercy ne jure que par les taxes. La créativité bat son plein, même si le modèle devient éculé. Et les arguments encore moins crédibles : la fiscalité est théoriquement non affectée, place donc à la prolifération des prélèvements parafiscaux.

Alors, on a quoi en rayon en ce début d’année ? Une taxe poisson, toujours frétillante, censée aider nos amis pêcheurs. Une taxe pour les opérateurs téléphoniques qui ne payaient pas, il est vrai, beaucoup de TVA ! Quelques écotaxes pour financer les annonces du Grenelle de l’Environnement. Et dernièrement, au Sénat, une proposition de loi (60 députés UMP) pour taxer les grandes surfaces et financer la baisse des charges agricoles. Celle-là, bien que retoquée au Sénat, reste dans les tuyaux.

Bercy a encore d’autres projets. A défaut d’un « tarif social » pour les carburants, place au « dégrèvement » pour certaines catégories professionnelles. Normal, direz-vous, la hausse du prix des carburants fait rentrer de l’argent frais dans les caisses de l’Etat ! Eh bien, on nous dit que non.  Et comme si la collecte ne suffisait pas, on va encore taxer : « Les compagnies pétrolières seront mises à contribution financière afin de permettre une augmentation des déductions fiscales pour les professionnels utilisant beaucoup leur voiture ».

Diable, enfin un super impôt sur les super profits des pétroliers ? Pas du tout…une nouvelle taxe, vous disais-je, une « contribution spéciale » qui frappera les compagnies de distribution de carburant.

Ah, que c’est brouillon tout ça.

Rassurez-moi ! Se trouvera-t-il quelqu’un, dans un parti politique ou dans une organisation de consommateurs, pour rappeler qu’en définitive, c’est bien le consommateur qui devra payer ?

Michel-Edouard Leclerc