Archive pour juillet 2011

Dimanche 10 juillet 2011

Au supermarché, des agriculteurs rasent gratis

« Agriculteurs, consommateurs, retrouvons nos valeurs » ! Au mégaphone, le représentant du CDJA ne manquait pas d’air, hier, en manifestant avec une vingtaine de ses collègues au Leclerc de Brest Kergaradec. Là, devant le rayon « produits frais » pillé, il n’hésite pas à organiser une distribution gratuite (de ce qu’il a volé), sous prétexte de vouloir attirer l’attention.

Le bien nommé capitaine Jollivet de la gendarmerie essaya de faire un peu de morale, mais à quoi bon ! Devant les consommateurs perplexes ou amusés, la direction et le personnel ne purent que rester impuissants. Les Renseignements Généraux, pourtant bien renseignés, ne s’opposèrent pas au délit. Et les journalistes ne crurent pas devoir évoquer la clause de conscience.

Car c’est pour passer au JT que tout cela est orchestré : images, costumes et action, c’est gratuit…

C’est le cinéma de l’été !

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 7 juillet 2011

Loi Lefebvre : rapport d’étape

La Commission des Affaires Economiques de l’Assemblée a donc reçu moult amendements contradictoires avant d’adopter l’article 1 de la loi Lefebvre. La Gauche aurait voté contre parce que, finalement, le texte aurait été vidé de sa substance. Le Nouveau Centre souhaitait imposer au secteur non-alimentaire les mêmes contraintes que celles préconisées par l’Autorité de la Concurrence. Et c’était, comme prévu, l’occasion pour des députés d’essayer de placer quelques amendements sur l’urbanisme commercial, les class actions, etc.

J’ai l’impression que le gouvernement et les parlementaires les plus experts sur le sujet ont pris conscience que ça devenait du n’importe quoi… Pouvait-on réduire la diversité des organisations commerciales à un seul modèle juridique, au risque de transformer tous les commerçants français en franchisés. Et puis, quelle crédibilité accorder à une initiative qui aurait limité la capacité de milliers de commerçants d’investir collectivement en subordonnant les capacités de remboursement à la fragilité d’un contrat d’affiliation dont la durée serait inférieure aux engagements financiers.

Reconnaissons donc qu’à ce stade, le projet gouvernemental a perdu ses airs de provoc. Il y a eu beaucoup de travail effectué en commissions et au ministère.

Prenons acte de la volonté d’apaisement et de rationalisation du débat. Rengainons momentanément nos projets de communication.

Nos adhérents, comme ceux d’Intermarché ou de Système U, se doutent bien que ce qui a été défait peut être refait.

Wait and see…

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 4 juillet 2011

Loi Lefebvre : Intermarché, Système U et E. Leclerc font front commun

Vendredi soir, les présidents des 3 enseignes françaises d’indépendants (5 000 entreprises familiales, 300 000 emplois) ont fait parvenir à Frédéric Lefebvre une lettre dans laquelle ils contestent l’objectif d’un projet de loi qui, sous prétexte d’améliorer la concurrence, fragiliserait la performance de leurs adhérents : un comble quand on sait qu’aujourd’hui, ces 3 enseignes sont les moins chères du marché.

1)   En haut lieu, on s’inquiéterait de la concentration de certains groupes de distribution. En région parisienne notamment. Pour faire baisser les prix, on aurait pu penser qu’ils favorisent l’entrée de nouvelles enseignes sur ces marchés ! Pas du tout, des magistrats et des fonctionnaires proposent, au contraire, de fragiliser E. Leclerc, Intermarché et les autres en limitant la durée des « affiliations » et en faisant fi des statuts de chacun.

« 5 ans », disait l’Autorité de la Concurrence ! « 10 ans » concèdent les rédacteurs du projet de loi. Même pas le temps d’amortir un investissement collectif ! Ils n’hésitent pas à réclamer un plus grand turnover des commerçants entre enseignes.

2)   En fait, le projet de loi fait l’amalgame entre le statut des franchisés et des commerçants associés de groupements ou de coopératives dont les liens entre eux sont durables.

On peut comprendre que les pouvoirs publics interviennent sur les contrats d’affiliation pour éviter les abus. Mais ça n’a pas de sens d’obliger les coopérateurs ou les associations de commerçants à caler leurs investissements collectifs sur la durée limitée d’un contrat de marque.

3)   Il n’y a aucun modèle de groupement européen d’indépendants qui fonctionne aujourd’hui dans la précarité. En France, Système U, Intermarché et E. Leclerc sont les seuls survivants des dizaines de groupements d’indépendants qui, faute de s’être organisés, ont peuplé les cimetières des enseignes de la distribution. Spar, Codec, Una, vous vous souvenez ?

4)   Au début, j’ai cru qu’on avait affaire à de purs dogmatiques. Personne ne peut sérieusement prétendre que la fragilisation des 3 groupements les moins chers du marché servirait utilement à la concurrence.

Oserais-je d’ailleurs faire observer que même dans le commerce intégré, l’instabilité de l’actionnariat, et encore plus s’il ne s’inscrit pas dans une stratégie de long terme (Cf. Carrefour), ne favorise pas la performance prix (sic !).

De toute façon, une enseigne n’en vaut pas une autre. Il y en a de chères et de pas chères. Ce n’est pas parce qu’on aura poussé un E. Leclerc ou un Intermarché dehors qu’un nouveau Casino pratiquera des prix bas à sa place.

5)   La réalité, c’est que ce texte est un super cadeau au commerce intégré type Carrefour-Casino déjà à l’affût lors des cessions de magasins. On voudrait les aider à récupérer des commerçants indépendants qu’on ne s’y prendrait pas mieux.

Quelle supercherie ! Quel tour de passe-passe. Les pouvoirs publics et l’Autorité de la Concurrence dénoncent la trop grande part de marché détenue par Carrefour et Casino sur Paris, mais c’est pour qu’ils puissent mieux se servir, en France, dans le démantèlement programmé d’Intermarché, E. Leclerc et Système U.

Sûr qu’on ne laissera pas faire…

 

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 1 juillet 2011

Chalmin, Le Maire, Lefebvre : les distributeurs ne leur disent pas « merci » !

Je l’avais annoncé dans LSA (23/06) : « avec les élections…le secteur de la distribution va redevenir une variable d’ajustement politique ». Voilà, c’est fait !

Rapport Chalmin 1 :

Publié dans une première version, en décembre dernier, on y lisait qu’il n’y avait pas de bons et de méchants. Le rapporteur constatait un transfert de la valeur ajoutée de l’amont vers l’aval (une évidence !), il concluait à l’impossibilité d’admonester quiconque : ni les industriels, ni les distributeurs.

Le Maire, Sarkozy :

Rappelant leur volonté pacificatrice, l’un et l’autre s’évertuaient à nous convaincre : « c’est fini le temps des boucs émissaires ». Et de fait, on nous a épargné depuis un an l’ancien numéro de duettiste « Lemétayer/Barnier ». Cela valait bien quelques engagements de la part de la distribution. Comme celui signé à l’Elysée pour bloquer les marges des fruits et légumes en cas de crise, et l’accord d’indexation des tarifs sur le coût des matières premières, sur lesquels je me suis déjà exprimé ici.

Rapport Chalmin 2 :

La paix, ça ne dure jamais ! Interpellé par le secteur agricole sur l’inefficacité politique du premier rapport, le professeur Chalmin a donc affiné son diagnostic. Il est maintenant dit que la marge brute des distributeurs a augmenté et qu’on n’est pas sûr de savoir pourquoi.

Les médias n’ont sans doute pas vu la phrase de Chalmin disant qu’il fallait encore creuser la question avant de tirer sur le commerce. Sans prendre le temps de décortiquer le pensum, on a fait la fête aux épiciers, dans toutes les gazettes, ces trois derniers jours.

Rapport Chalmin 3 ?

Le problème, c’est que personne (ou si peu) dans le public ne fait la différence entre « marge brute » et « marge nette ».

Nos collègues de la FCD ont bien essayé de faire un peu de pédagogie. Mais le mal est fait. Dans la défense médiatique, le plaideur est forcément mauvais. C’est vaine tentative que de vouloir argumenter sous cette pression. D’ailleurs, Philippe Chalmin entretient le suspense. Pour répondre à la juteuse question qui fait saliver les rédactions (qui empoche ?), il publiera une suite à son rapport. Trois mois avant les Présidentielles ?

Rapport Chalmin 2 :

Quelqu’un a cru devoir souffler au Président cette information : E.Leclerc et Intermarché auraient refusé de participer au groupe de travail présidé par Ph. Chalmin.

 -   C’est faux. A ma connaissance, aucun adhérent, aucune structure de notre groupement n’ont été sollicités. Et Jean-Pierre Meunier, Président de la Société Civile des Mousquetaires (Intermarché), m’a dit être dans la même situation.

-    Et de toute façon, qu’avons-nous à regretter : quel intérêt pour un discounter d’aller noyer sa performance au milieu d’une masse statistique qu’on jettera de toute façon en pâture à l’opinion.

Sarkozy, Le Maire, et d’autres :

Il fallait donc les entendre, hier et avant-hier. Le Président s’interrogeant sur les écarts entre le prix du porc et le prix du jambon. Et notre ministre de l’agriculture, en séance publique à l’Assemblée, faisant semblant de croire qu’on pouvait prendre 50 % de marge sur du porc, sans qu’il y ait eu quelques frais pour le transformer en saucisses, jambon, rôtis et autre pâté…

Nos hommes politiques sont forcément des hommes intelligents. Ils sont sortis des Grandes Ecoles de la République, certains sont passés par Bercy, et savent  que pour alimenter le budget, le fisc épluche au plus près les liasses des commerçants pour collecter la TVA.

Alors pourquoi faire semblant de découvrir, juste le temps d’un rapport, l’ampleur  de la « valeur ajoutée » créée par la distribution, d’en suspecter la transparence et les montants.

Tout ceci est bien hypocrite !

Et sauf à imaginer le retour des soviets (le déshabillage de Pierre pour habiller Paul), on ne voit pas qui va gober que le thème du « partage de la valeur ajoutée » puisse servir d’ersatz à une politique publique de soutien aux revenus agricoles.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc