Archive pour la catégorie ‘Actualités / Débats (Arts)’

Mercredi 10 mars 2010

Tom Ford : A single man

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En pénétrant dans la sublime salle de La Pagode, j’appréhendais le visionnage de ce premier film de Tom Ford. Une RP excessive, très centrée sur le réalisateur, trop flatté dans les rubriques « mode » au risque de l’être aussi pour la critique cinématographique. Et, franchement, je n’étais pas partant pour une énième histoire d’homo, désespérément militante, comme si le happening de la Gay Pride n’avait pas définitivement acquis son allure d’évènement institutionnel.

Eh bien, je dois dire que j’ai aimé ce film. Malgré des pesanteurs, des excès ! J’ai été touché au cœur par une émotion que je n’attendais pas.

Des longueurs ? Assurément. Comme ces regards d’hommes, beaux, mais finalement aussi vides que des photos de mode. Oui, le temps est bien long quand Narcisse se complaît dans son miroir.

Tout comme est excessive cette photo esthétisante, ce parti pris d’un cadrage systématiquement léché, sans aspérité aucune.

Mais Tom Ford multiplie les clins d’œil. Référence à Wong Kar-wai, à Beinex (Diva), au cinéma des années 80, jusque dans le choix d’une lumière qui donne à la pellicule cette impression de papier glacé : « J’ai toujours envie d’embellir la réalité, surtout pas de l’appauvrir » (Paris Match, 18/02/10).

On adhère assez vite à ce parti pris. Colin Firth (génialissime) incarne cette « recherche de la perfection ». Maison d’architecte, voiture ancienne, dressing et salle de bain surdimensionnés, toute cette réalité qui semble donner du sens au monde de la mode et des arts, toute cette réalité…devient agression quand survient l’accident mortel.

Oh, jusqu’au dernier moment, cette « tyrannie du beau » aura raison du chagrin de Narcisse. Jusque dans cette mise en scène méticuleuse et ordonnée d’un suicide qui ne saurait laisser de tache sur l’oreiller !

C’est la douleur qui conduit Colin Firth à prendre de la distance avec son monde. Son caractère l’y poussait déjà. George (Firth) manie facilement l’ironie. Mais face à deux jeunes éphèbes, immigré ou étudiant, il finit par se trouver « pitoyable ».

On retrouve, ici, l’une des obsessions de Tom Ford : « Pour beaucoup, la sexualité est ce qu’on fait dans un lit, pas pour moi. George cherche un sens à donner à sa vie après la mort de son compagnon. Le sexe aurait détruit sa quête » (Paris Match, 18/02/10).

Deux scènes illustrent particulièrement ce parti pris : celle, platonique, mais douillette et touchante, où les amants, un soir, échangent entre eux leurs impressions (une musique, une lecture), et celle où George vient se réfugier dans les bras de Charley (Julian Moore), sa « première » femme.

Dans une mise en scène qui exclut toute référence explicite à l’érotisme, Tom Ford, pour le coup, transgresse les modes et les codes, pour parler d’amour, « d’un vrai amour », d’une manière très pudique, parfois cocasse, toujours très digne.

J’ai été finalement bouleversé par cette très belle histoire qui donne à réfléchir sur la place de l’artifice et le sens de la vie.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 15 janvier 2010

Le prix de la musique, suite…

Réponse à « spam », « julien », « François » et « elodie »

Les commentaires sur les systèmes de tarification de la musique sur Internet confondent souvent deux problèmes différents :

-         la marge de l’intermédiaire qui diffuse le service ;

-         la rémunération de l’artiste lui-même.

On peut discuter des marges prises par les labels sur le marché physique du disque ou par les sites légaux comme Deezer sur le Web. Place à la concurrence et à celui qui est le moins cher.

Mais, j’insiste. Si personne ne paie (invoquant l’obligation de gratuité ou l’appel au piratage), il faudra bien trouver un mode de rémunération pour l’artiste.

Un artiste qui ne vit pas de son art, c’est un chômeur. Si l’on ne reconnaît pas le droit d’auteur, il ne restera plus que des artistes sponsorisés (jusqu’à devenir l’homme sandwich d’une marque) ou financés par les collectivités publiques (vive le temps des soviets !). En caricaturant, je dirais qu’on aura le droit de choisir entre la Star Ac sur TF1 et l’Eurovision sur France 3.

Désolé, spam, tu as adopté une posture parce que, aujourd’hui, l’offre est pléthorique et qu’il y a largement le choix. Mais demain ?

Pour moi, une société qui n’accepte pas de payer les artistes, ses journaux et même son accès à l’éducation (ne serait-ce que par l’impôt), c’est une société qui aliène sa liberté de choix.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 6 janvier 2010

La musique, la lecture, l’info sur le Web : les pirates rasent toujours gratis

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Getty Images©

Bonne nouvelle pour les artistes, ce matin : le barème de rémunération des chanteurs et des musiciens pour la diffusion de musique « dans les lieux sonorisés (bars, restaurants, commerces, parkings) a été revalorisé pour la première fois depuis 1987 » (source AFP). Selon la Société des Auteurs, cette revalorisation n’excèdera pas « le prix de deux cafés par semaine pour un bar » ou « moins d’une coupe de cheveux tous les 5 mois pour un coiffeur ». Génial.

Mais en attendant l’efficacité supposée de la loi Hadopi, le piratage continue de faire des ravages.

Les artistes déjà bien établis en notoriété s’en tirent encore. Ils font des concerts, arrivent à marketer des CD sympas. Pour les autres, c’est le début de la galère. Et si les majors, pourtant décriés, n’arrivent plus à financer « les jeunots » par la marge sur des blockbusters, toutes ces filières (incluant labels musicaux, production DVD et jusqu’aux journaux papier) vont vivre une crise pas possible !

Le 3 janvier dernier, Bono, le chanteur de U2, a dénoncé les opérateurs économiques : ceux qui abritent le nouveau marché de la musique en ligne, ceux qui couvrent les échanges de fichiers et qui empochent les profits.

Dans l’économie réelle, tout commerçant, grand ou petit, généraliste ou spécialiste, est tenu de s’assurer de la qualité des produits vendus, tant en matière de sécurité, de respect des normes d’hygiène et des conditions légales d’accès. Pas de journaux pédophiles au rayon presse, pas d’alcool aux moins de 18 ans, pas de white spirit en vente libre, pas de produits frelatés, etc., etc. Et si des trafiquants opéraient des échanges de denrées illégales (drogue) dans nos magasins, nous aurions à rendre compte.

Pourquoi les commerçants du Web seraient-ils exonérés des mêmes responsabilités !

Bono a raison. Les opérateurs du Web ont bien la clé de l’antivol. La plupart des sites ont segmenté leur offre par zone géographique, ne serait-ce que pour s’adapter aux langues locales. Ils doivent déjà rendre compte de certaines pratiques illégales : propos racistes, publications nazies, transactions financières douteuses, etc. Les algorithmes de leur moteur de recherche sont même capables de tenir compte des préoccupations politiques de certains pays (censure en Chine, garde-fous « moraux » dans plusieurs républiques islamiques).

Cessons donc, dit Bono, cette hypocrisie qui focalise toute la répression sur les clients, sans exiger que la liberté d’exercice professionnel sur le Web soit liée au respect de la légalité.

Au fait, où en est-on avec Hadopi ?

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 18 décembre 2009

Charlie Winston, Lou Reed, et d’autres encore. Rencontres avec des musiciens remarquables

En 2010, notre enseigne va dépasser 12 % de part de marché du disque (CD). Patrick Caillaud, passionné de musique (c’est mon mentor aux Vieilles Charrues), a en charge la politique commerciale des Espaces Culturels. Quand d’autres, à la Bastille, ferment pour insuffisance de rentabilité, lui, teste amoureusement nos sélections dans son coin pommé de Bretagne. Il veut que je convaincs tous nos adhérents de multiplier l’offre en linéaires, quelle que soit la taille des magasins (« c’est l’offre qui fait la demande »). Du coup, me voilà enrôlé par les équipes du secteur musique (Oussey, Philippe, etc.) pour rencontrer les labels, majors ou indépendants, et, en pleine négo, confirmer la démarche. On verra si je suis efficace. Mais je joue le jeu d’autant plus que je vais de découverte en découverte. Je partage avec vous…

Charlie Winston, le 14 novembre 2009 : Je ne connaissais de lui que les deux ou trois chansons dont nous inonde la FM. Sympa, mais déjà très « commercial ». A l’Olympia, en live, CW révèle qu’il est capable d’exceller dans tous les registres. Il nous a gratifiés de numéros solos, d’impros (avec arrêt sur image), d’un duo avec un excellent cithariste (son régisseur). (Comme la grande Bardot, la veille), il a sauté de l’estrade et, sur les épaules d’un colosse, il a traversé la salle en chantant. Le public exultait.

Back stage : Au café Mélodie, café mythique où l’on croise des gens sympas (Zazie, Louis Chedid), il se laisse guider par son label’s boy, Marc Thonon (Atmosphériques). Il a chaud, il est crevé (mal au dos), mais, toujours souriant, passe du temps avec chacun.

D’Oscar Wilde, il a les airs de dandy cool. Génial, ce costard, piqué lors du tournage d’un clip avec Audrey Tautou (bientôt sur les écrans). L’homme est élégant, il aime la sape. Grâce, légèreté, fluidité, Winston est un ado tout en hauteur, qui veut prendre la vie du bon côté. Il dit vouloir apprendre à voler : « Je m’entraîne tous les matins à décoller de mon lit ». Il fantasme sur cette scène de Caro Diario (Moretti) avec traversée de Rome en scooter sur la musique de Keith Jarrett.

Il cultive un français très méritant, tout mâtiné de l’accent du quartier des Abbesses qu’il fréquente assidûment. Il parle musique. Il aime Tom Waits, Nina Simone, Miles Davis, Dizzy Gillespie. « J’hésite sur la largeur du répertoire, il va falloir que je tranche ». A trois heures du matin, au Grand Café de Paris, il confie ses hésitations pour son prochain album. « C’est lui qui décidera. Jusqu’ici, c’est sans fausse note », confirme le patron d’Astmosphériques. Un sacré petit label, en attendant CW au Zénith et surtout, au printemps, la consécration américaine.

Lou Reed, le 17 novembre. Dans un ancien atelier qui tient lieu de loft parisien aux époux Mattotti, Lou Reed contemple l’énorme steak que son hôtesse a préparé. Il parle bas, affiche un teint gris, le masque sombre qu’on lui connaît sur toutes les photos. Il a faim !

Depuis une heure déjà, en bas dans la rue, des dizaines de fans l’attendent. La TV suisse a transformé la galerie Martel en studio, tenant le public à distance. Tout le monde est impatient. Tout le monde attendra l’icône (plus de deux heures !).

On fête la publication de « The Raven » (Seuil/Fiction et Cie). Un livre magnifique illustré par le grand Lorenzo Mattotti. Les dessins sont au mur, sensuels, torturés, mystérieux, saturés de couleurs. Sur un argument d’Edgar Poe, le livret d’un opéra rock créé en 2000 et des poèmes écrits par Lou, Lorenzo a fantasmé. Extraordinaire travail qui lui vaut l’admiration du Velvet fondateur, pourtant avare en compliments.

Mais à 67 ans, l’homme reste fidèle à sa légende. Il cultive l’image d’un homme distant, doux mais irritable. Certains n’y verront qu’un caprice de star. En fait, pour moi qui le découvre, ça crève les yeux qu’il est d’une fragilité extraordinaire. Il a donné des interviews, répondu sur son histoire avec Nico et Sterling Morrison, les rencontres avec Warhol et les membres de La Factory. C’est ce qui sera publié dans la presse.

Pourtant, il est là pour les Mattotti. Parlant de ses futurs lecteurs, il aimerait insister : « J’aimerais les amener de ça (le livre sur le Velvet) vers ça (The Raven) ». On le sent fébrile. On le fait parler de musique, de politique, des expériences avec la drogue, etc. « Moi, j’ai envie de parler d’écriture, de poésie. ».

Dans la galerie, pendant qu’il dédicacera, il ne quittera pratiquement pas des yeux les dessins de Mattotti. A un fan, entre deux longs silences, il commente : « Le travail de Lorenzo est magnifique. La peinture aussi fait de la musique… ».

A suivre… (Muse et Matthieu Chedid)

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 15 décembre 2009

« Histoire»  et « Lettres»  au lycée : la querelle des filières

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Il faut faire la part des choses. Ceux qui s’agitent contre le projet Chatel ont aussi d’autres buts que de défendre l’enseignement de l’histoire. Des buts politiques, des intérêts corporatistes. J’en veux pour preuve cette discrimination qui voit les défenseurs des « humanités » s’indigner de la relégation des cours d’histoire en Première S, mais ne s’offusquent pas de l’absence du « français » en classe Terminale pour les mêmes séries scientifiques.

Inutile donc de tomber dans le piège de l’instrumentalisation, ni dans celui d’une caricature de débat. Le projet Chatel, contrairement à ce qu’on dit, instaure un quota d’heures d’histoire bien supérieur au système actuel. Et cette discipline reste en option, comme bien d’autres, en Terminale.

Mais c’est la faiblesse du projet global qui me laisse perplexe. Richard Descoings (Sciences Po) soutient la réforme au motif qu’il faut rééquilibrer les filières. En clair, déshabiller les Scientifiques pour rhabiller les Littéraires. Recréer de vraies spécialisations, des segmentations visibles, et les tirer en parallèle vers l’excellence.

J’approuve l’idée. Je suis moi-même un produit de la filière littéraire. Avec feu mon ami, le philosophe Alain Etchegoyen, j’ai défendu, auprès des chefs d’entreprise, la qualité des candidats de cette filière. Depuis toujours, je défends « Le capital lettres ».

Mais il faut se poser la question : en vertu de quels critères les parents et les élèves choisissent-ils d’opter pour telle ou telle filière. Le contenu des enseignements ? Oui, bien sûr. Les perspectives d’emploi, de carrière ? Normal ! Mais c’est aussi une affaire « d’image », de statut, de reconnaissance, donnée par le système éducatif tout entier aux filières qu’il est censé promouvoir.

A grand renfort de communication, de réseaux entretenus, de classement, les écoles d’ingénieur et les écoles de commerce influencent les choix, dès la fin de la seconde. A l’étranger, Cambridge, Oxford, Harvard, l’UCLA pour ne citer que les plus célèbres, tirent l’image des « humanités ». Mise à part Sciences Po, quelles sont les universités françaises spontanément citées pour leur expertise dans les mêmes domaines, dans le secteur des Lettres et des Sciences humaines ?

Oh, je ne doute pas qu’en France, nous ayons les meilleures universités, un corps enseignant dévoué et d’exceptionnelle qualité. Mais je vous assure que si l’on veut persuader les parents de pousser leurs rejetons vers ces institutions, il en faudra plus pour les convaincre que ce ne sont pas que des machines à former des profs.

La défense d’une filière, ça commence effectivement avant le bac, et si on veut attirer les étudiants en Littéraire, ou même en Economie, il est urgent de valoriser les débouchés de ces types d’enseignement et, au-delà du métier, de permettre à leurs étudiants d’accéder à un statut équivalent à celui qu’on reconnaît à l’ingénieur, au scientifique, au juriste. Et ne me dites pas que je défends une idéologie outrancièrement utilitariste. Dans une société qui enregistre 10 % de chômeurs, on peut défendre « les humanités » et « la culture générale » et, en même temps, se préoccuper de pouvoir trouver un emploi plus tard.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 14 décembre 2009

Barbara Schulz, extraordinaire dans « Parole et guérison » (théâtre Montparnasse)

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Il faut voir « Parole et guérison », une pièce de Christopher Hampton, au théâtre Montparnasse. Une pièce dense, mais accessible, même pour qui ne connaît pas l’histoire de la psychanalyse.

C’est vraiment un grand moment de théâtre : une mise en scène intelligente (Didier Long), un décor ingénieux à tiroirs (Jean-Michel Adam) et des comédiens magnifiques. Avec une Barbara Schulz exceptionnelle. (Je craque !).

« La pièce est le frottement passionnant de deux grands cailloux »(*). « Un dialogue, d’abord de connivence entre « deux esprits acérés »(*), Freud et Jung, aux premiers temps de la psychanalyse. Une confrontation qui finira par une séparation.

Le décor pourrait être celui de la clinique Burghölzli, la clinique psychiatrique de Zurich en 1904. Jung (Carl Gustav pour les familiers) expérimente avec enthousiasme la méthode de Freud. La patiente est Sabina Spielrein (Barbara Schulz). Elle souffre d’obsessions multiples. Elle sera son cobaye, son terrain d’observation, d’expérimentation méthodologique. Le premier rapport est clinique. Il prend note et s’investit avec enthousiasme, profondeur et patience dans le dialogue avec cette femme qui se bat avec ses troubles.

Pas facile au théâtre de mimer l’hystérie ou l’épilepsie sans frôler le ridicule. Barbara Schulz « ne joue pas ». Ses mains se tordent derrière son dos, son souffle se brise, la parole reste prisonnière du thorax…Elle est si vraie…

Jung (Samuel Le Bihan) ne peut rester insensible à une patiente aussi intelligente qu’émouvante. Il se cherche. Cette tension croissante, cet amour sincère, servent de supports dramatiques à la pièce. Et dans cette cohabitation à fleur de peau, Léna Bréban joue admirablement Emma, l’épouse de Jung, blessée mais généreuse, toute en tendresse et en retenue…

Attentif, Freud (Bruno Abraham-Kremer) l’est aussi. Il devine le débat intérieur, les contradictions de son élève. Mais s’il a pour lui un regard quasi filial, le Viennois est obsédé par la transmission de son œuvre. Il voit en Jung son dauphin. Une admiration intellectuelle, mais une opportunité tactique aussi : quand l’Ecole psychanalytique suscite la critique antisémite, il espère du jeune protestant suisse un engagement total.

Le cas « Sabina Spielrein » et les rapports qu’entretiennent Jung et Freud avec elle donnent de la chair et de l’émotion à ce qui aurait pu n’être qu’un débat d’intellectuels. Peut-on vivre une relation amoureuse avec ses patients. Il y va de la crédibilité de cette nouvelle discipline.

Il suffira d’une courte scène pour exclure les positions libertaires. Analyste et lui-même patient, Otto Gross (admirable Alexandre Zambeaux) défend cette thèse en héritier de Nietzsche.

 -  Gross : « …Peu importe la rhétorique tant que vous ne laissez pas l’expérience vous glisser entre les doigts…L’essentiel de notre métier c’est de rendre nos patients capables de liberté…Si votre route croise une oasis, n’oubliez pas de boire. »

 -   Jung : « Mais ne pas se réprimer c’est faire naître des forces destructrices. »

Le médecin zurichois soutient Freud malgré ses propres manquements. Mais Gross laisse planer le doute sur la rigueur prônée par le Viennois : « …l’obsession de Freud pour le sexe vient du fait qu’il ne le pratique jamais, non ? ».

La pièce est superbement ficelée. Elle donne à connaître, à travers ces drames personnels, un moment passionnant de l’histoire de la psychanalyse, de la philosophie. Freud qui, en effet, ne laisse pas transparaître l’existence de sentiments amoureux, affirme, de son autorité, la subordination de notre inconscient à la sexualité, aux pulsions libidinales. Médecin, il veut donner à la psychanalyse un statut scientifique autant que moral.

Jung, lui, conteste que « la sexualité soit à l’origine de tout ». Il veut creuser la question des mythes fondateurs, du religieux.

Dans la vraie vie, la querelle des Ecoles psychanalytiques n’a pas fait la place qu’elle mérite à Sabina Spielrein, fondatrice de l’Ecole russe, et tragiquement assassinée par les Nazis en 1942. Amoureuse de Jung, c’est à Freud qu’elle donne raison. Et si sur l’échiquier d’Hampton, Jung et Freud sont les rois, elle est la seule reine.

 (*) Interview de Bruno Abraham-Kremer dans l’excellent « Avant-scène théâtre » (1er aout 2009)

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 11 décembre 2009

« Océans » : Jacques Perrin en figure de proue…

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Au cinéma Elysée Biarritz, mardi soir à Paris, Jacques Perrin était rayonnant. Le sourire toujours modeste, mais les pommettes hautes, le regard franc et les rêves d’aventure creusés à même le front. J’aime beaucoup cet homme-là. Dieu sait s’il m’a fait rêver !

Déjà producteur de « Microcosmos » et « Himalaya », réalisateur mythique de « Le Peuple migrateur », il présente, en avant-première, « Océans », son nouveau film documentaire.

Des prises de vues à couper le souffle. Monde sous-marin, champ de bataille aquatique tantôt vu du ciel, tantôt comme si le cameraman faisait corps avec le cétacé…des scènes extraordinaires !

…Comme cette escadrille d’oiseaux carnassiers plongeant en piqué sur un banc de sardines. Repus, ils reforment un immense nuage blanc sur la surface agitée de l’océan. On a à peine le temps de réciter un petit Deo gratias pour les poissons que, du fond de l’océan, surgit, comme une bombe, une baleine dont la proue agressive et gigantesque disperse dans son écume tous ces corps assommés. Ah, il en a fallu de la patience pour saisir cette scène inoubliable que, jamais, un truquage numérique n’aurait pu rendre aussi fantastique.

Jamais, d’ailleurs, il ne me semble avoir vu d’aussi belles scènes d’animaux, filmées de près avec autant de réalisme et d’émotion : l’accouplement de dauphins, la tendresse d’un morse pour son petit, la danse nuptiale de poissons (des thons argentés ?) dont le reflet métallique semblait contredire la capacité des animaux à sang froid à avoir le cœur chaud.

Et puis, il y a ces scènes extraordinaires : des milliers de crabes-araignées migrent vers une sorte de terre promise grande comme un stade de foot sous la mer. Les arrivages ininterrompus contribuent à l’édification d’un amoncellement effrayant de carcasses qui ferait penser à une énorme concrétion de César, mais un magma vivant emprisonnant yeux, pinces et pattes agités comme dans d’ultimes soubresauts.

Jacques Perrin et son acolyte, Jacques Cluzaud, ont créé là une œuvre magnifique. Mais il n’est pas facile, après quatre ans de travail et d’investigations autour de la planète, d’arriver à distribuer un tel film en passant derrière les productions militantes et hyper médiatisées de Yann Arthus-Bertrand ou de Nicolas Hulot. Les diffuseurs ne se bousculent pas et combler le budget ne va pas être aisé.

Alors Perrin lance à son tour ses filets. Mailles larges, ne blesser aucune espèce, promettre d’en sortir intact. Il a réuni, ce soir, ses complices du « Crabe-tambour ». Il y a Jean Rochefort, avec ce sourire heureux permanent qu’on lui connaît. Et Pierre Schoendoerffer, merveilleux écrivain (L’aile du papillon, Grasset), réalisateur de « La 317e Section », de « L’Honneur d’un capitaine » et dudit « Crabe-tambour ». Pour l’occasion, il porte un pull marin, mais avec épaulettes s’il vous plaît. Ah, ils sont touchants ces vieux gréements, ils s’interpellent comme des gosses :

 - J. Perrin : « Comment tu as trouvé ma grosse vague »

-  P. Schoendoerffer : « Tu as fait plus fort que moi, je filmais du poste de vigie, toi c’est d’en bas que tu fais apparaître la proue au sursaut de la vague »

 - J. Perrin : « C’était génial, l’hélico plongeait entre les deux murs d’eau, face et caméraman au vent, avec des rafales de 120 kilomètres/heure, pour être quasi en dessous du thonier au moment où il fend la crête. C’était un exploit, tu vois ? »

Tout juste arrivé du salon nautique où il présidait le lancement de la course de l’Edhec, le Quimpérois, Roland Jourdain, vainqueur de la transat, buvait du petit cidre. Simple, hyper modeste, il tenait à dire toute son admiration au réalisateur (et producteur de « Tabarly »).

Le film sortira en janvier (je l’espère). A cette occasion, nos Espaces Culturels donneront un coup de main à la diffusion de trois livres édités au Seuil pour compléter le film.

- « Océans, les petites histoires des fonds marins » (Albums Jeunesse)
- « Océans, les secrets du tournage » (Docu)
- « Océans », un livre magnifique de photos réalisées pendant et en parallèle du tournage.

Perrin a voulu du contenu. C’est à l’écrivain, Laurent Gaudé, qu’il a confié la rédaction des commentaires du film. Avis aux amateurs.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 8 décembre 2009

Une TVA réduite pour le livre numérique

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Antoine Gallimard voudrait convaincre ses collègues européens : 14 points d’écart entre le taux de TVA pour le livre numérique (19,6 %) et celui du livre papier (5,5 %), ça n’a pas de sens. Surtout quand on veut donner un coup de booster à la constitution rapide d’offres légales sur Internet.

Ne nous leurrons pas. La révolution numérique va impacter toute la filière livre à l’instar de ce qui se passe dans le domaine de la musique ou dans le secteur de l’information.

Croire qu’on va pouvoir rester attentiste, nier la rapidité des mutations, brandir les chiffres qui témoignent de la belle résistance des publications papier…rien n’y fera.

L’inertie de certains éditeurs me fait penser à la moue dubitative des groupes de presse régionaux face à la montée de l’audiovisuel. Par l’entremise de François Léotard, Ministre de la Culture, ils ont obtenu, pendant 20 ans, le maintien de la manne publicitaire des distributeurs interdits de TV. Qu’ont-t-ils fait de ce délai ? Qu’ont-t-ils fait de cette manne ? L’ont-ils investie dans une stratégie multimédia qui leur aurait permis l’accroissement de leur audience ? Non, et la multiplication des blogs comme la baisse des tirages risquent d’entraîner la mort prochaine de quelques titres pourtant prestigieux.

Je défends la spécificité du livre. Mon enseigne soutient la filière livre en multipliant l’ouverture des Espaces Culturels, y compris dans des villes moyennes et en continuant d’élargir l’offre. Mais le numérique va s’imposer. Le lectorat ne sera pas le même ? C’est probablement vrai pour ceux de ma génération. Mais rappelez-moi combien de temps passe quotidiennement un jeune devant un écran ? Trois heures ? Le numérique va booster l’offre éditoriale et la rendre accessible à un plus large public encore. Tout éditeur va devoir en être !

Encore une fois, le patron de Gallimard a raison. Le meilleur moyen d’assurer la pérennité de la filière, c’est de conquérir ce nouveau média et d’en assurer l’attractivité dans un cadre légal.

Michel-Edouard Leclerc

Samedi 5 décembre 2009

Grand Prix RTL de la BD : Rosalie Blum de Camille Jourdy (Editions Actes Sud)

Ce pourrait être une simple opération de sponsoring. Mais par son impact, cette initiative vaut qu’on en parle.

Monique Younès est la grande prêtresse de ce jury. Tous les bédéphiles (et pas seulement) apprécient ses chroniques sur RTL et dans Paris Match. Elle est cultivée, passionnée et génialement tacticienne : pour s’assurer de la mobilisation de nos deux réseaux (radio et Espaces Culturels), elle a eu la bonne idée de réunir autour de quelques excellents libraires(*), le directeur de l’information, Jacques Esnous, et ma pomme (il est vrai, de toute façon, on se serait invité !).

Chaque mois, une bande dessinée est promue. Le Grand Prix est décerné par le jury à l’une des douze œuvres sélectionnées.

Voici, mois par mois, chaque BD gagnante. J’ai piqué à Monique Younès les notes à partir desquelles elle s’exprimait lors de la remise du Grand Prix. C’est moi qui, de temps en temps, raccourcis le propos.

Ogre

Janvier 2009 : Une bande dessinée en costume aussi bien faite qu’un film d’époque… Un conte pour enfant qui se déroule au Moyen Age…où le bourreau du roi tranche les têtes des malfrats à la hache…ce dont raffolent les enfants ! Notamment Benoît qui se rêve en fils de l’ogre …. Et il le devient à sa manière grâce au talent de Grégory Mardon. « Le Fils de l’Ogre », poignant et poétique, est édité par Futuropolis.

D

Février 2009 : On a préparé nos gousses d’ails et nos crucifix, ça allait saigner ! Un vampire d’un chic à toute épreuve, faisait son entrée dans le 9ème art. Lord Faureston, est son nom … Un vrai dandy, blond, lunaire et un peu androgyne… qui, pour attirer les femmes, leur envoie d’énormes bouquets de roses rouges pleines d’épines. Alain Ayrolles publie « Lord Faureston » chez Delcourt.

Pico

Mars 2009 : Un couple inédit dans la bande dessinée. Une mère, Dominique Roque, et son fils, Alexis Dormal, donnent naissance à un petit rouquin, Pico Bogue, qui a un avis sur tout, la vie, la mort, Dieu, la vieillesse et qui casse tout à la moindre contrariété. Pico Bogue est édité chez Dargaud.

Agrippine

Avril 2009 : On savait que c’était la déprime à gauche ! Mais on ignorait l’étendue du désastre. Même Agrippine était déconfite ! Les bornes des vélibs ressemblent à des travers de porc. Sa grand-mère ne lui achète plus ses bottes en tatou stressé et strassé ! Claire Brétecher (Dargaud) est une star incontestée du 9ème art.

Rosalie Blum

Mai : Après la star, une débutante qui se rêve détective privée. Elle met en scène une histoire de filature où des personnages qui, se sachant suivis, se mettent à suivre d’autres personnes qui les suivaient ! C’est Rosalie Blum de Camille Jourdy (Actes sud).

Riff Rebs

En juin : L’Etoile Matutine est un petit voilier à deux mâts, avec un Breton de 13 ans qui a tué une fille de son âge pour voir ce qu’il y a sous sa jupe. (Pas très moral tout ça !). Les conversations parlent de nouveau monde, de paradis… Mais au lieu de découvrir l’eldorado, nos héros débarquent sur des côtes ravagées par la peste. C’est du Mac Orlan librement adapté par Rief Rebb’s pour le bonheur des éditions Soleil.

Rabaté

Juillet : « Un petit rien tout neuf avec un ventre jaune » n’est pas une histoire désespérée. Par le talent de Pascal Rabaté, Patrick, un type qui fait la gueule, retrouve l’espoir, comme il redonne espoir à tous les villageois … C’est chez Futuropolis.

Himalaya

Septembre : Une tragi-comédie écologique politiquement incorrecte, éditée par Glénat, dessinée par Jean-Marc Rochette et imaginé par Fred Bernard : un sorcier vaudou habite à 8000 mètres, sur la montagne la plus haute du monde, avec sa chèvre Miranda. Il s’est intronisé sauveur du monde. Noël Bodombossou est un ayatollah de l’écologie qui transforme tous les hommes méchants en bêtes gentilles !

Blessure

Octobre : Toutes les femmes de RTL étaient à la recherche de leur point G (je rappelle que c’est Monique Younès qui le dit). Elles ont fait appel à Martin Veyron qui publie, chez Dargaud, « Blessure d’amour propre ».

Voilà, c’était une bonne sélection.

 (*)  Rémy EHLINGER, Librairie Kléber (Strasbourg)
       Georges MEREL, Librairie Aladin (Nantes)
       Olivier CAILLE, Espace Culturel E. Leclerc (Blois)

Michel-Edouard Leclerc

Dimanche 29 novembre 2009

District 9, The Box, Clones, le cinéma cultive l’art de la métaphore

 Films2

Beaucoup de déplacements en vol long courrier, l’occasion de voir des films. Le cinéma d’anticipation et la science-fiction font un retour remarqué. Pas toujours de bonnes choses, mais souvent des interrogations utiles sur le devenir de notre société.

« District 9 » 

Un vaisseau s’immobilise au-dessus de Johannesburg. Des milliers de réfugiés intergalactiques sont parqués dans des bidonvilles. Misère, pollution, déchéance humaine, querelles de gangs… Le gouvernement envoie militaires et sociétés privées (les Red Ants) fermer le Town Ship. Pensez à un camp de réfugiés en Palestine ou au Darfour, plus près de nous Sangatte, et multipliez par dix les populations concernées.

La métaphore est évidente et filmée comme un documentaire par Neill Blomkamp dont c’est le premier long métrage. La critique a salué la prestation. Le film a fait l’objet d’un soutien technique et financier de Peter Jackson (producteur du Seigneur des Anneaux). Cela explique la qualité des effets spéciaux, des machineries.

Mais à trop en faire, on passe à côté du message. Peter Jackson s’en défend (Figaro du 16/09/09 : « On n’a pas cherché à faire un film politique, mais à retranscrire une atmosphère ». Ce que confirme NB : « Ces contrastes entre zone sécurisée et bidonville…laissent présager en quoi ressemblera la planète dans un siècle…effrayant pour le citoyen »).

Eh bien, justement, en transformant les envahisseurs en Aliens et en insistant sur leur aspect crustacé mange-tout repoussant (les Sud-africains les appellent « les crevettes »), les auteurs privent le spectateur d’une réelle empathie. A trop caricaturer les « immigrés », le réflexe sécuritaire l’emporte. Et en poussant l’uchronie à l’extrême, Neill Blomkamp finit par casser le ressort qui faisait l’intérêt de la métaphore : la révolte contre le traitement fait aux minorités, la nécessaire culpabilité.

« The Box » 

Tirée d’une courte nouvelle de Richard Matheson et déjà portée à l’écran dans la série « Twilight Zone », l’histoire est celle de la déchéance de notre humanité.

Vous connaissez certainement le livret de ce soap opera : Eve, la garce, présente la pomme à l’homme qui en croque, entraînant le renvoi du paradis et la chute sur Terre. Ici, la faute, c’est d’appuyer sur le bouton rouge d’une boîte à gagner des millions sauf qu’en même temps, on dézingue quelqu’un sur la planète. Indolore au début, sauf que on ne peut plus revenir en arrière et demander pardon. Et on est toujours le dézingué d’un autre.

Bon, sur le scénario, rien que de très biblique même si tout cela est évidemment raconté à la sauce hollywoodienne. La première partie du film est bien construite. Oppressante, l’intrigue renvoie bien à nos turpitudes, à nos pulsions. La deuxième partie, qui traîne un peu en longueur, est plus prétentieuse. On nous sert un spectacle d’inspiration raëlienne (avec envahisseur, fenêtre intra-temporelle, téléportation dans un emballage aquatique). Bradbury et Van Vogt n’ont qu’à bien se tenir. Et au final, une tentative de rédemption mise en scène dans un pathos trop pesant.

« L’enfer c’est les autres », dit l’espèce de prêtre qui sert « le maître de la foudre ». D’accord. Mais pas sûr qu’il était important de citer Sartre en début et en fin du film. Bon, après tout, pourquoi pas. Mais l’intellectuel parisien aurait-il été d’accord avec la fin ?

Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris ! En gros, on nous dit, le mari c’est le bon, même s’il est solidaire dans le meurtre. Pour lui comme pour toute la famille (c’est-à-dire notre civilisation), pas de rachat possible, sauf à tuer la femme (!!!) ou laisser souffrir l’enfant !!! Même le suicide ne sauvera personne du désastre. Reste que Sartre (période communiste) aurait, me semble t-il, proposé une autre solution : buter le scénariste (ou le prêtre qui est ici le même). C’est lui le premier obstacle au rachat de notre liberté.

« Clones »

C’est un bon film d’action. Je l’ai trouvé intéressant. D’abord, Jonathan Mostow a complètement réussi l’adaptation du roman graphique « The Surrogates » de Robert Venditti et Brett Weldele. Les acteurs (Bruce Willis, Rosemund Pike, Radha Mitchell, Boris Kodjoe sont excellents, dans la version clonée (chapeau les maquilleurs !) comme en costume de ville !).

Le sujet, c’est la vie par procuration. Dans un futur pas si lointain, un Bill Gates de la robotique a inventé des clones beaux, intelligents, pilotés à distance par chaque citoyen, douillettement (sic) protégés chez eux, de tous les risques (accident de la route, agression, dépit amoureux …). Caricature ? Évidemment ! Mais sacrément prémonitoire.

Il y avait déjà « Le jour du seigneur », la messe en direct comme si vous y étiez, mais les fesses posées sur votre canapé. Il y a aussi le match du samedi soir où tous les sportifs de la terre jouent la partie en projection, pop-corn et Ricard à la main. Les tournois de tennis et les courses de F1 à la Wii. Et le voisinage, la drague, et la correspondance avec les milliers d’amis virtuels sur la toile (Facebook) plutôt que sur la place du village ! Demain est déjà là.

« Clones » prolonge  les interrogations ouvertes par « Minority Report ». Le film donne du crédit à ce salopard de Philippe K. Dick (l’auteur de Paycheck), ce génial écrivain qui a tout anticipé. « Clones », c’est de la grosse production américaine qu’on ne verra pas en salle d’art et essais. Mais « La vie par procuration », c’est un vrai sujet de société.

Michel-Edouard Leclerc