Archive pour la catégorie ‘BD’

Vendredi 28 décembre 2012

Disparition d’Edouard Leclerc, publicités comparatives, internet, téléphonie mobile, Espagne, Outre-mer, Prix Landerneau, Fonds pour la Culture, carburants… Rétrospective 2012 pour E.Leclerc

Crédit photo : Thinkstock

A l’approche de la Saint-Sylvestre, les médias y vont de leur petite « rétro » des grands événements de l’année écoulée. Aucune raison que je ne m’y plie pas, moi aussi !

17 septembre 2012 : la disparition d’Edouard Leclerc

J’ai dit ici mon émotion et celle de l’ensemble des adhérents, des salariés, des partenaires et fournisseurs. Edouard nous a quittés après avoir fait, aux côtés d’Hélène, d’une petite épicerie de province, l’une des plus grandes enseignes de la distribution française.

Habitants de Landerneau et du Finistère, amis, collègues, compagnons de route et anonymes furent nombreux à nous soutenir. Qu’ils en soient une nouvelle fois remerciés. Jamais je n’avais ressenti autant de responsabilités, vis-à-vis de la marque, de l’enseigne, de nos clients et des consommateurs français.

Toujours imité, jamais égalé !

Alors qu’ils étaient jusqu’à présent très opposés à la publicité comparative (combien de procès avons-nous eus !), les voilà qui s’y mettent tous : Carrefour, Auchan, Casino et Intermarché !

Mais leur audace demeure bien limitée (quelques dizaines ou centaines de produits selon les enseignes) et je note le refus persistant de leur part à jouer le duel sur les prix du fond de rayon (quand on sait que les écarts avec nous dépassent les 4 % !). Courage les amis !

En tous les cas, nos adhérents perçoivent cette agitation publicitaire comme une forme de reconnaissance. Cibler « E. Leclerc » comme le font certains, n’est-ce pas finalement reconnaître que notre enseigne est décidément la moins chère ? Merci les gars !

Innovation, transformation et adaptation

Objectif 2015 : faire d’E.Leclerc une enseigne totalement multi-format et multicanal. En novembre nous avons lancé notre premier site internet non-alimentaire : www.leclercmultimedia.fr. qui, après leclercdrive.fr et leclercvoyages.com, est en quelque sorte l’Acte 3 de notre stratégie web.

C’est dans cet esprit que nous avons également développé nos appli pour mobiles : « Zéro prospectus », liste de courses, carte fidélité, carburants, scan produits… Il faut croire que nos clients les attendaient, puisqu’ils sont près d’un million à les avoir téléchargées.

Nous sommes moins chers, et nous le prouvons. Nous avons donc investi dans le développement du comparateur mobile «quiestlemoinscher.com» qui est désormais l’un des plus nourris d’Europe (près de 200 000 prix disponibles). Foi de Leclerc, l’histoire ne s’arrêtera pas là !

Avec le lancement des forfaits téléphoniques « réglo », on aura également réussi un joli coup. Ça n’a pas manqué d’agacer nos concurrents qui ont vite fait d’aligner leurs offres. Tant mieux pour les consommateurs !

Enfin et parce qu’il faut savoir évoluer, notre identité visuelle a elle aussi subi un petit lifting. Au-delà de la modernisation de la typo et de l’adoucissement des couleurs, c’est bien sûr le « point orange » du logo qui symbolise notre stratégie web. Vous aurez l’occasion de vous en apercevoir bientôt.

Si loin, si proche – E.Leclerc développe ses implantations…

…A l’étranger avec la reprise Eroski (Espagne) : 7 hyper « Eroski » affichent désormais l’enseigne E. Leclerc (ce qui porte à 18 le nombre de magasins dans la péninsule). Le défi pour nos adhérents : conquérir des parts de marché dans un contexte économique dramatique, en gagnant la bataille des prix bas. Ce développement s’est accompagné en novembre du lancement du comparateur «buscaelmasbarato.com», qui recense 450 marques nationales de 7 distributeurs. Et là encore, nous y sommes les moins chers.

…En métropole avec le rapprochement E. Leclerc et Coop Alsace : Les nouveaux dirigeants de Coop Alsace ont, le 29 février dernier, fait appel aux adhérents E. Leclerc de Scapalsace pour les aider à restaurer leur rentabilité et ainsi préserver cet ancrage régional qui constitue un formidable débouché pour toutes les productions locales.

…En Outre-mer avec le 16e magasin de La Réunion : En trois ans, notre enseigne a su faire baisser les prix comme le prouve désormais chaque relevé du « chariot type ». Depuis octobre, les Réunionnais peuvent le vérifier en visitant le site «kilemoinscher.re» où sont recensés près de 600 produits de marques (dont 25 % à 30 % de produits locaux) et les prix 6 enseignes.

E.Leclerc, moins cher…par essence !

Depuis janvier, j’en parlais, notamment sur ce blog. En septembre nous avons lancé l’offensive avec le carburant à prix coûtant dans nos stations.

L’effet d’entraînement sur nos concurrents a été immédiat. Conjugué au plan gouvernemental sur la fiscalité, cela aura permis de soulager (un peu) les automobilistes français. Les prix ont été contenus, ils ont même baissé par moment. Cette décision a coûté pas loin de 20 millions d’euros chaque mois au groupe E.Leclerc, mais elle a été plébiscitée par le consommateur.

Et comme l’essence est appelée à devenir rare (donc chère), nous nous sommes engagés résolument cette année aux côtés de Renault pour promouvoir sa nouvelle voiture électrique, la «Zoé». Pour populariser l’utilisation de ce genre de véhicule, il faut nous aider à multiplier les bornes de rechargement électrique. J’ai interpellé le gouvernement à ce sujet, peut-être que 2013 permettra d’avancer plus rapidement sur ce dossier. Il en va de l’avenir d’une partie de notre industrie.

Fluctuat nec mergitur

Malgré la crise économique, malgré les vicissitudes, notre groupe aura été, cette année encore, un moteur non négligeable pour l’économie française. Alors que partout on déplore des plans sociaux très durs, les Centres E.Leclerc auront créé 3.000 emplois en 2012, faisant suite à l’embauche de 2.500 collaborateurs supplémentaires en 2011.

Avec d’autres, nous aurons également pris notre part à la maîtrise de l’inflation. Certains nous reprochent d’être de terribles négociateurs et de trop sacrifier nos marges, mais je crois que les consommateurs et les politiques voient finalement d’un bon œil notre action pour juguler la hausse des prix dans les rayons, à un moment où le pouvoir d’achat des Français est en berne.

Et comme nous avons su entendre aussi les difficultés de certains de nos fournisseurs, le « plan PME » dévoilé il y a quelques jours, permettra à nos partenaires fragilisés de profiter de notre croissance annoncée pour 2013.

La culture dans tous ses états

Je termine ce billet comme je l’avais commencé, avec une petite touche personnelle car il n’y a pas que le business dans la vie…

Nos Espaces culturels n’auront pas été tenus à l’écart du dynamisme de l’enseigne puisque cette année ils auront créé 3 nouveaux prix littéraires : « Prix Landerneau du Polar », « Prix Landerneau Découvertes » et « Prix Landerneau BD » qui viennent ainsi se ranger aux côtés du « Prix Landerneau Roman ».

Enfin, 2102 aura vu la mise en œuvre d’un projet qui me tenait particulièrement à cœur : le Fonds Hélène et Edouard Leclerc pour la culture. Ce projet collectif aura été rendu possible par la mobilisation de nos adhérents, que je remercie une fois encore.

Voilà qu’aux Capucins, c’est la culture qui s’expose ! Et ça marche…Rendez-vous compte : plus de 25.000 visiteurs (près de deux fois le nombre d’habitants de la ville !) se sont précipités à Landerneau pour voir la première expo du site, consacrée au peintre Gérard Fromanger. Je souhaite à Yann Kersalé, exposé jusqu’au 19 mai 2013, le même succès !

Puisque c’est l’heure des vœux, je vous souhaite mes chers lecteurs un bon réveillon de la Saint-Sylvestre ainsi qu’une belle et heureuse année 2013. A l’année prochaine pour de nouvelles aventures et de nouveaux défis à relever !

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 9 novembre 2012

Prix Landerneau BD : « La Grande Odalisque » de Vivès / Ruppert & Mulot (aux Editions Dupuis)

 

« C’est un hold-up. Maintenant il va falloir partager le butin en trois, les gars ! »

L’interpellation est de Christophe Blain, Président du Jury du premier Prix Landerneau BD. Il s’adresse à Bastien Vivès et au tandem Ruppert & Mulot pour leur dernier ouvrage : La Grande Odalisque (Collection Aire Libre aux Editions Dupuis).

photo : Philippe Matsas

Il y avait du beau monde dans la sélection. Onze albums finalistes, repérés par nos libraires parmi une centaine, dont les suivants :

-  La Peau de l’ours de Zidrou (scénariste) et Oriol (dessinateur) – Editions Dargaud

-  Le Singe de Hartlepool de Wilfrid Lupano (scénariste) et Jérémie Moreau (dessinateur) – chez Delcourt

-  Pablo, Tomes 1 et 2 : Max Jacob et Apollinaire, de Julie Birmant (scénariste) et Clément Oubrerie (dessinateur) – Dargaud

-  Pizza Roadtrip de El Diablo (scénariste) et Cha (dessinateur) – Editions Ankama

-  Un peu de bois et d’acier de Christophe Chabouté (scénariste et dessinateur) – Editions Vent d’Ouest

-  Gringos Locos de Yann (scénariste) et Schwartz (dessinateur) – chez Dupuis

-   etc…

photo : Philippe Matsas

Ça a chauffé lors des délibérations. Avec ses airs de faux timide, Christophe Blain sait obtenir qu’on remette le couvert après chaque plat. Les membres du jury, tous libraires, ont dû sacrément argumenter ! Et c’était franchement fun.

Lors de la remise des Prix au Réservoir (Paris, 11ème arrdt), une cinquantaine d’auteurs sont venus plébisciter les jeunots (et le buffet, comme de tradition).

Le Prix Landerneau BD clôture ainsi une année de Prix littéraires portés par nos Espaces Culturels E. Leclerc. Après les Prix Landerneau Roman, Découvertes et Polar, la BD vient compléter un dispositif de soutien à la littérature, aux artistes. (Les lauréats reçoivent une dotation de 6 000 euros et leur ouvrage bénéficie d’une grosse campagne de publicité, d’une mise en avant au sein de notre réseau.)

PS : Au final, le palmarès des Prix Landerneau 2012 s’établit ainsi :

 -    Antoine Laurain pour Le chapeau de Mitterrand (Prix Landerneau Découvertes)

 -    Maylis de Kerangal pour Tangente vers l’Est (Prix Landerneau Roman)

 -    Caryl Ferey pour Mapuche (Prix Landerneau Polar)

  Que du bon. C’est moi qui vous le dis.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 5 décembre 2011

Manu Larcenet, Grand Prix RTL de la bande dessinée

C’est un prix prestigieux qui vient récompenser l’un des meilleurs artistes actuels du 9ème Art. Un dessinateur hyper talentueux et un personnage terriblement attachant.

Le Prix RTL est parrainé par nos Espaces Culturels. Dans le jury, autour de Monique Younès et de quelques libraires enthousiastes (Rémy Ehlinger, librairie Coiffard à Nantes et Georges Mérel, librairie Aladin à Nantes), il y avait Céline Pinon, Espace Culturel E. Leclerc de Conflans-Sainte-Honorine, Stéphane Soulié, Espace Culturel de Montceau-les-Mines, et moi-même).

9 candidats étaient en lice, tous pour de très beaux albums. Pour vous les présenter, je pompe sans culpabilité, ni réserves, dans le discours de Monique Younès, lors de la remise du Prix.

- Florence Cestac : son album « Des salopes et des anges » avec Tonino Benaquista est édité par Dargaud. C’est « notre marraine à tous, notre grande sœur, notre conscience, notre chouchoutte, même si elle nous dessine avec de gros nez et raconte nos histoires d’avortement ».

-  Bastien Vivès, « amoureux des corps et de leur fragilité, le plus jeune d’entre tous, celui qui sans même savoir danser, ni même assister à un spectacle de danse, ni même coucher avec une danseuse, ni même se faire plaquer par une future étoile, a raconté avec souplesse et grâce le don d’une surdouée de la danse ». Son album, « Polina » est édité par Casterman.

-  Cyril Pedrosa : « un petit fils raconte à sa grand-mère comment l’amour et la honte deviennent souvent la devise des familles de migrants. Grandeur et misère des rapports familiaux. C’est beau et compliqué même au Portugal ! « Portugal », c’est le titre du magnifique album autobiographique qui lui a valu aussi de décrocher le Prix Le Point de la bande dessinée 2011 ».

-  Christian de Metter : Monique Younès a coquinement rappelé que CdM a su « réhabiliter un métier en voie d’extinction. Il y a de moins en moins de curés dans notre vieille Europe…Alors quand on en trouve un, on se jette dessus. D’autant que celui-ci est beau, intelligent et plutôt sexy, qu’il se demande s’il ne doit pas rompre le secret de confession. Voilà une belle et noble question posée sous la plume de Christian de Metter et de Laurent Lacoste avec lesquels il nous faut communier ». « Le curé » est édité par Casterman.

-  « S’il y a peu de curé en bande dessinée, il y a beaucoup d’assassins ». Thierry Murat a « adapté le roman best-seller d’Anne-Laure Bondoux : « Les larmes de l’assassin » pour nous faire découvrir une histoire d’amour entre bourreau et victime ». L’album est édité par Futuropolis.

-  « Beaucoup d’assassins dans les années 40. Desberg a un faible (toujours dixit MY) pour les Américains, les beaux, les riches, les élégants, les plein d’humour, les self made man. Le rêve américain  le fascine…Il a réussi avec cet album un suspense insoutenable. « Sherman » est édité par Le Lombard et dessiné par Griffo ! »

-  « Julien Neel a pris 15 kilos en dessinant « le Viandier de Polpette ». De la BD qui se mange ! Ce n’est pas tous les jours. Mais détrompez-vous, l’album de Julien Neel et Olivier Milhaud n’est pas un livre de cuisine, c’est un récit d’amitié, d’intrigues et de père absent ». C’est édité par Gallimard.

-  Il y a les Kérascouët (Marie Pommepuy, Sébastien Cosset) et Hubert. L’héroïne « est une beauté fatale, qui ravage tout en l’occurrence le cœur des hommes. Il a fallu aux auteurs de « Beauté » casser les codes du conte ordinaire en transformant une morue, que dis-je un hareng saur, en une beauté dans le regard des autres…C’est profond et léger, c’est drôle et grave ». C’est édité par Dupuis.

-  Et voilà, il y avait donc Manu Larcenet pour « un retour à la sauvagerie…avec son « Blast » édité par Dargaud. Recordman des nominations au grand Prix RTL, toujours recalé » jusqu’ici. Parce que là, maintenant, c’est lui qui gagne. C’est lui le Grand  Prix.

J’ai aimé tous ses albums.

Mais c’est vrai, « Blast » est une œuvre hors norme, une œuvre exceptionnelle. Son auteur a témoigné dans son récit de ce que la bande dessinée peut non seulement produire des chefs d’œuvre, mais également une contribution émouvante et essentielle aux problèmes cruciaux auxquels notre société est confrontée.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 28 février 2011

Gainsbourg aux César : reconnaissance pour Joann Sfar

Avez-vous entendu, ces nuits dernières, le son mélodieux d’un air de ukulélé quelque part dans Paris. Cette respiration musicale n’est autre que l’invitation du jovial Joann Sfar, passionné de gratte hawaïenne, à partager une reconnaissance méritée.

Tous les bédéphiles reconnaissent le talent de l’auteur du « Chat du Rabbin » et de « Pascin ». Un auteur diablement prolifique. On se rappelle « La fille du professeur » et « Les Olives Noires » avec Emmanuel Guibert. Ses contributions à « Donjon » suivi d’un « Grand Vampire » hilarant, et « Professeur Bell » avec Tanquerelle, etc., etc. Parallèlement au tournage du film « Gainsbourg, une vie héroïque », c’est « Chagall en Russie » (septembre 2010) qu’il publiait chez Gallimard.

Alors, voilà, trois statuettes aux César, c’est une superbe consécration. D’autant bienvenues qu’il prépare une version ciné du « Chat du Rabbin ».

L’homme adore faire la fête. Mais il est pudique et vous ne le verrez pas, arborant son trophée, descendre les Champs-Elysées. Il n’en est à nos yeux que plus sympathique.

Cette année, à Angoulême, l’Académie lui a préféré Art Spiegelman pour présider les festivités 2012. C’est bien aussi !

Mais puisqu’on nous dit qu’en économie comme ailleurs, il faut défendre la production locale, puis-je suggérer qu’on lui chauffe le prochain trône !

Michel-Edouard Leclerc

Samedi 5 décembre 2009

Grand Prix RTL de la BD : Rosalie Blum de Camille Jourdy (Editions Actes Sud)

Ce pourrait être une simple opération de sponsoring. Mais par son impact, cette initiative vaut qu’on en parle.

Monique Younès est la grande prêtresse de ce jury. Tous les bédéphiles (et pas seulement) apprécient ses chroniques sur RTL et dans Paris Match. Elle est cultivée, passionnée et génialement tacticienne : pour s’assurer de la mobilisation de nos deux réseaux (radio et Espaces Culturels), elle a eu la bonne idée de réunir autour de quelques excellents libraires(*), le directeur de l’information, Jacques Esnous, et ma pomme (il est vrai, de toute façon, on se serait invité !).

Chaque mois, une bande dessinée est promue. Le Grand Prix est décerné par le jury à l’une des douze œuvres sélectionnées.

Voici, mois par mois, chaque BD gagnante. J’ai piqué à Monique Younès les notes à partir desquelles elle s’exprimait lors de la remise du Grand Prix. C’est moi qui, de temps en temps, raccourcis le propos.

Ogre

Janvier 2009 : Une bande dessinée en costume aussi bien faite qu’un film d’époque… Un conte pour enfant qui se déroule au Moyen Age…où le bourreau du roi tranche les têtes des malfrats à la hache…ce dont raffolent les enfants ! Notamment Benoît qui se rêve en fils de l’ogre …. Et il le devient à sa manière grâce au talent de Grégory Mardon. « Le Fils de l’Ogre », poignant et poétique, est édité par Futuropolis.

D

Février 2009 : On a préparé nos gousses d’ails et nos crucifix, ça allait saigner ! Un vampire d’un chic à toute épreuve, faisait son entrée dans le 9ème art. Lord Faureston, est son nom … Un vrai dandy, blond, lunaire et un peu androgyne… qui, pour attirer les femmes, leur envoie d’énormes bouquets de roses rouges pleines d’épines. Alain Ayrolles publie « Lord Faureston » chez Delcourt.

Pico

Mars 2009 : Un couple inédit dans la bande dessinée. Une mère, Dominique Roque, et son fils, Alexis Dormal, donnent naissance à un petit rouquin, Pico Bogue, qui a un avis sur tout, la vie, la mort, Dieu, la vieillesse et qui casse tout à la moindre contrariété. Pico Bogue est édité chez Dargaud.

Agrippine

Avril 2009 : On savait que c’était la déprime à gauche ! Mais on ignorait l’étendue du désastre. Même Agrippine était déconfite ! Les bornes des vélibs ressemblent à des travers de porc. Sa grand-mère ne lui achète plus ses bottes en tatou stressé et strassé ! Claire Brétecher (Dargaud) est une star incontestée du 9ème art.

Rosalie Blum

Mai : Après la star, une débutante qui se rêve détective privée. Elle met en scène une histoire de filature où des personnages qui, se sachant suivis, se mettent à suivre d’autres personnes qui les suivaient ! C’est Rosalie Blum de Camille Jourdy (Actes sud).

Riff Rebs

En juin : L’Etoile Matutine est un petit voilier à deux mâts, avec un Breton de 13 ans qui a tué une fille de son âge pour voir ce qu’il y a sous sa jupe. (Pas très moral tout ça !). Les conversations parlent de nouveau monde, de paradis… Mais au lieu de découvrir l’eldorado, nos héros débarquent sur des côtes ravagées par la peste. C’est du Mac Orlan librement adapté par Rief Rebb’s pour le bonheur des éditions Soleil.

Rabaté

Juillet : « Un petit rien tout neuf avec un ventre jaune » n’est pas une histoire désespérée. Par le talent de Pascal Rabaté, Patrick, un type qui fait la gueule, retrouve l’espoir, comme il redonne espoir à tous les villageois … C’est chez Futuropolis.

Himalaya

Septembre : Une tragi-comédie écologique politiquement incorrecte, éditée par Glénat, dessinée par Jean-Marc Rochette et imaginé par Fred Bernard : un sorcier vaudou habite à 8000 mètres, sur la montagne la plus haute du monde, avec sa chèvre Miranda. Il s’est intronisé sauveur du monde. Noël Bodombossou est un ayatollah de l’écologie qui transforme tous les hommes méchants en bêtes gentilles !

Blessure

Octobre : Toutes les femmes de RTL étaient à la recherche de leur point G (je rappelle que c’est Monique Younès qui le dit). Elles ont fait appel à Martin Veyron qui publie, chez Dargaud, « Blessure d’amour propre ».

Voilà, c’était une bonne sélection.

 (*)  Rémy EHLINGER, Librairie Kléber (Strasbourg)
       Georges MEREL, Librairie Aladin (Nantes)
       Olivier CAILLE, Espace Culturel E. Leclerc (Blois)

Michel-Edouard Leclerc

Dimanche 27 avril 2008

Andreas : je fais de l’art ? Non, de la BD

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© FEP – Jean Bibard

Dans le grand immeuble de verre qui sert de siège aux Centres E. Leclerc, Andreas a l’air complètement perdu. Il regarde le système de badges comme s’il représentait la quintessence d’un monde carcéral. Traversant couloirs et bureaux, on le sent amusé, curieux, mais inquiet, tel un personnage d’outre-monde ayant atterri sur une planète inconnue.

Ce n’est pas le monde du travail qui l’impressionne. Il revendique volontiers ses origines allemandes, cette culture de la rigueur qui a façonné son œuvre et son emploi du temps depuis qu’il est sorti de l’Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf. C’est un stakhanoviste du dessin. Des vacances ? « Au bout d’une semaine, j’ai la nostalgie de mon atelier » Le cinéma, les sorties ? « Oui, de temps en temps, mais quelquefois, au moment où je m’apprête à sortir, je passe devant une planche inachevée, et je cède. C’est en dessinant que je me sens bien. »

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Ce n’est pas non plus la ville, ses immeubles, son architecture qui le rebutent. Andreas n’a rien d’un rural. Après une première vie à Bruxelles, il s’est établi en Bretagne. Mais il n’a pas choisi d’habiter sur le front de mer, pas plus qu’en campagne. S’il envisage d’acquérir une petite maison d’un village proche de Ploërmel, il travaille aujourd’hui (et vit) à la lumière artificielle d’un appartement du centre de Rennes, discret, sans trop d’ouvertures sur l’extérieur.

Solitaire ? Assurément. L’auteur de « Arq » (1997), de « Rork » (Le Lombard, 1984) et de « Cromwell Stone » (Deligne, 1984) travaille seul, si possible. Mais il ne déteste pas la collaboration avec un scénariste.

A l’Institut Saint-Luc de Bruxelles, il a fréquenté des illustrateurs et dessinateurs tels Philippe Berthet, Antonio Cossu et Philippe Foerster. Il a gardé des liens d’amitié discrets, mais renouvelés, avec quelques artistes choisis (Schuiten). Malgré une revendication d’individualiste, il se dit heureux d’avoir trouvé par exemple au Lombard une équipe éditoriale qui lui a fait confiance en toute circonstance.

Si certaines de ses œuvres tirent à plus de 10 000 exemplaires, Andreas n’est pas très connu du grand public. Il ne s’en émeut pas et ne manifeste aucune fébrilité pour modifier cet état de faits. C’est très prudemment qu’il adhère à l’idée éventuelle d’une exposition rétrospective de ses planches.

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Pourtant, cet homme est un maître. L’ancien élève d’Eddy Paape qui collabora un temps avec André-Paul Duchâteau pour le journal de Tintin (« Udolfo »,1980) ou François Rivière (« Révélations posthumes », Bédérama 1980), a multiplié des collaborations diverses et éparses. Mais son œuvre personnelle (dessins et scénarios) constitue un univers vraiment extraordinaire.

Etonnant de l’entendre avec des accents d’humilité : « Je ne suis pas un très bon dessinateur ». Il prétexte que les décors l’ennuient, ne sont pas si importants que cela. Mais chaque planche de « Cromwell Stone » est une merveille de composition.

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A la différence de Schuiten, lui aussi influencé par l’architecture, les personnages d’Andreas se meuvent parfaitement au diapason des pliures, des déchirures et des mouvements du décor. Andreas a été très influencé par les comics américains et cette liberté revendiquée par des auteurs comme Neal Adams, Stuart Immonen, John Romita Jr., qui donnent la priorité à l’expression corporelle des personnages.

« Je reconnais que s’agissant de certains comics américains, des travaux de Schuiten ou des miens, les planches peuvent séduire et parler d’elles-mêmes par leur expression graphique. Mais je ne cherche pas cet objectif. Même si je me suis appesanti, notamment dans « Cromwell Stone II », sur certaines mises en page, je ne veux pas perdre de vue que l’histoire est plus importante que le dessin.»

Des histoires fantastiques, hors des préoccupations sociales et politiques du moment, mais génératrices d’utopie, d’émotion !

J’aurai l’occasion, dans le prochain tome de « Itinéraires dans l’Univers de la Bande Dessinée » (Flammarion, septembre/octobre 2008) de montrer les différentes facettes du talent d’Andreas. Mais pour l’heure, quittant mon bureau, il va regagner le centre de Paris, et probablement passer dans quelques librairies. J’en fais le pari : il n’a qu’une seule idée en tête, regagner Rennes, son atelier et se remettre à l’ouvrage.

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© FEP – Jean Bibard

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 14 avril 2008

Art Spiegelman dans « Breakdowns » : portrait de l’artiste après le chef-d’œuvre

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Art Spiegelman – © FEP – Jean Bibard

Art Spiegelman est (et restera) l’auteur d’un très grand chef-d’œuvre : « Maus , a survivor’s tale » (un survivant raconte).Edité en 30 langues (Casterman pour la France), « Maus » est la seule bande dessinée à avoir reçu le Prix Pulitzer (en 1992).

« Maus » retrace, sous la forme d’une société animalière, la vie d’une famille juive (celle des parents de Spiegelman) pendant la Shoah, dans les camps. Sous la plume de l’artiste, les souris juives essaient de survivre aux nazis (des chats), les Polonais sont des cochons, les libérateurs américains sont des chiens. Une fable noire qui a permis à Art Spiegelman de créer la distance et l’humour nécessaires pour décrire l’indicible.

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Le problème, quand on a conçu une œuvre majeure de cette importance, c’est d’exister « avec ». Et aussi « après ».

Au début, l’artiste trouve dans le succès une sorte de piédestal confortable, mais finalement bourré de chausse-trappes. Difficile de remettre le couvert, qu’il s’agisse d’écrire des livres pour enfants ou d’évoquer, dans une nouvelle BD, le drame du 11 septembre et la schizophrénie américaine « A l’Ombre des Tours Mortes » (Casterman).

La situation devient très vite intenable. Art Spiegelman en a vécu l’expérience. « Maus » est devenu le succès exclusif qui occulte le reste de son œuvre. Pire, il efface sa propre personne d’autant que « Maus » relatait avant tout la vie des parents de l’auteur. Comment parler de soi (problème très freudien dont sont friands les artistes de la communauté juive new-yorkaise) quand tout vous relie au cordon ombilical. Un cordon d’autant plus visible que vous en avez exprimé l’indestructibilité.

C’est la mission impossible de « Breakdowns », paru le mois dernier et, gage d’amour pour le public français, chez un éditeur bien de chez nous, en prime time, avant la version que découvriront les Américains prochainement.

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Je dis mission impossible parce qu’avant et après « Maus », il n’y a rien, il ne peut rien exister qui ne paraisse petit, mesquin, annexe.

L’auteur tente bien de nous rappeler, à travers les périples d’une mémoire qu’il aimerait partager, qu’il fut d’abord un auteur d’avant-garde, un auteur expérimental dans le mouvement underground américain des années 70, « un acteur majeur » (comme le rappelle Mathieu Lindon dans Libé du 20/03). Et c’est vrai ! On a oublié le caractère novateur, risqué de ces BD décalées, résolument anti-académiques (Robert Crumb et le collectif d’artistes déjantés de MAD). Elles se référaient à deux ou trois générations de comics publiés par Marvel, mais pour revendiquer, afficher, jeter à la face des consommateurs robotisés d’une société hyper matérialiste la part intime de chacun de nos êtres : la culpabilité sociale, l’identité par le sexe, le rejet des idéologies, des religions, et même le droit au non-engagement… Ouf !

Mais Dieu, que tout cela a terriblement vieilli. Ce discours fait déjà partie de notre histoire, de l’histoire de l’Art. Peut-être Art a-t-il cru que les Français méconnaissaient cette aventure éditoriale ! Toujours est-il que le résultat n’est pas celui qu’il escomptait.

Oh, je ne parle pas des critiques officiels, des experts, des sachants ! Ils font tous les gorges chaudes de cette re-visitation du passé. Ils entretiennent complaisamment le besoin de reconnaissance de l’artiste. Et, probablement, la thérapie fonctionnera-t-elle. Mais pour moi, tout ça a des petits airs nécrologiques. Ces compliments dénotent une vraie absence de sens critique vis-à-vis des survivants du radicalisme américain réduits au rôle de radoteurs, de vieux beaux qui, de feu Norman Mailer à Don DeLillo, ressassent leur appartenance à la Gauche, mais dans un combat résumé à la seule posture anti-Bush.

Art Spiegelman, à mon sens, se méprend. Il a raison dans sa dénonciation de l’hypocrisie culturelle US : celle qui interdit de fumer mais qui continue à polluer, celle qui affiche son puritanisme, mais pour mieux mater, etc. Mais cet engagement de l’artiste reste finalement commun, quasi banal, insuffisant pour le faire exister en tant que personne, autrement que comme l’auteur de « Maus ».

Oui, n’en déplaise à Art à qui je voue une énorme admiration, il lui faudra, toute sa vie, assumer sa grande œuvre.

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Ce qui est justement intéressant dans « Breakdowns », c’est l’osmose de l’artiste avec son sujet. « Breakdowns » met en scène l’obsession quasi woodienne (Woody Allen) qui le hante et qui le place, malgré lui, au centre du drame familial.

La mère rêvait d’un fils artiste. Elle l’incitait à transformer tout gribouillis en un génial dessin. Elle s’est suicidée sans lui laisser un mot. Le père a survécu au camp de concentration. Mais n’a jamais considéré « Maus » comme une œuvre artistique. Il « n’a jamais regardé mes dessins…ni jamais remarqué mes souris ».

Art Spiegelman va ainsi d’un miroir à l’autre, à la recherche du lien avec ses parents. Terrible révélation de sa non-identité propre. Art, c’est le diminutif d’Arthur, leur fils. Mais Art, c’est aussi comme « artiste ». Tel le Hollandais volant, il est condamné à n’être que l’éternel auteur d’une « fiction non fictionnelle ». Il n’est qu’au service de son œuvre.

« Breakdowns » est le portrait d’un artiste en camisole.

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Art Spiegelman – © FEP – Jean Bibard

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 1 avril 2008

Florence Cestac : gros nez / grand coeur

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Florence Cestac – © Philippe Germanaz

Quand ils ne dessinent pas, les auteurs de BD ont quelquefois une vie professionnelle, parfois une vie sexuelle, et encore moins une vie politique. Eh oui, malgré le stéréotype selon lequel un dessinateur est d’abord un autiste penché sur sa planche (8 heures par jour minimum) il lui arrive de redescendre sur terre et d’émettre une opinion (sur le sport, sur l’argent, sur le « système » etc.). Mais, de là à s’engager dans l’arène politique…

C’est pourtant ce qu’a fait Florence Cestac, en apportant son soutien à Pierre Castagnou, candidat vert dans le 14ème arrondissement de Paris lors des récentes municipales.

Oh, la donzelle n’a pas donné son corps à la cause. Mais elle s’est fendue d’un petit « strip » (pas « tease ») afin que nul n’ignore ses intimes convictions.

Flo, c’est une chouette de femme. Celle-là est copine des meilleurs ! Julliard, Druillet, Desbois (le galeriste) en pincent pour elle. Tiens, même Annie Goetzinger, autre dessinatrice de talent, laisse la cofondatrice de Futuropolis approcher son sérail.

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Fasciné par ses aînés masculins qui occupent le devant de la scène (Bilal, Moebius, Tardi…) le public la connaît comme auteur du « Démon de midi », hilarante comédie adaptée au théâtre par Michèle Bernier. Mais il en oublierait que cette dessinatrice talentueuse du 9ème art a su raffler un Alph’Art de l’humour à Angoulême en 89 (pour les « Vieux copains pleins de pépins ») ; un deuxième Alph’Art pour le « Démon de midi » en 1997 ; et le Grand Prix de la ville d’Angoulême en 2000. Ce qui lui a valu la présidence du Festival.

Pour ceux que la bande dessinée d’humour intéresse, je recommande son album « La vie d’artiste », véritable autobiographie, dont la lecture peut être prolongée par « La véritable histoire de Futuropolis », librairie et maison d’édition dont elle fut cofondatrice.

Moi ce que j’aime, dans sa production foisonnante, c’est la série « Les ados ». J’adore aussi la vie extraordinaire d’Edmond-François Ratier, et je recommande « Du sable dans le maillot » plutôt que la série « Des Déblocks ».

Et puis il y a « Super catho ». Une fresque déjantée, mais si réaliste ! Je me suis « reconnu » dans cette bande dessinée truculente dont le scénario flirte avec quelques effluves culturelles bretonnes. Normal : cette BD, écrite à deux mains, a bénéficié de l’amicale contribution de René Pétillon, (L’affaire corse) originaire de Lesneven !

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L’autre jour, à la galerie Desbois, des journalistes se sont étonnés de son franc-parler : ils étaient tous là, les people amoureux de la BD pour boire un godet à la santé d’André Julliard, auteur du nouveau « Black et Mortimer ».

On demande à Florence : « aimez-vous cette bande dessinée ? »

Réponse : « non, ce n’est pas mon truc, c’est de la nostalgie pour garçons ! »

Eh oui, même devant ses potes, Flo reste entière. Pas question de tordre le nez (qu’elle a « gros » et dont elle revendique la gourmandise !). On peut avoir l’amitié fidèle, et ne pas sacrifier à l’hypocrisie ambiante.

Pour Playboy, Cosmopolitan, Pif Gadget, Metal ou le Journal de Mickey, elle fut maquettiste, directrice de collection, dessinatrice et attachée de presse. Mais la fidélité, l’amitié, c’est son truc.

Pourquoi je vous parle aujourd’hui de Florence Cestac. Tout simplement pour lui rendre hommage. Nous avons elle et moi un ami commun, un ami qui revient de loin, qui est allé faire un petit tour vers le ciel mais qui finalement a préféré rester avec nous.

Chaque dimanche matin, le couple Druillet / Cestac chine aux Puces de Vanves. La belle et la bête ! Lui, un peu abîmé par le trop plein de vie, pose sa patte fatiguée sur l’épaule virginale de Florence Cestac.

Florence est désormais « nounou d’auteur ». Voilà encore un prix littéraire à mettre à son actif.

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Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 20 mars 2008

Béatrice Tillier dans « Le Bois des Vierges » : la dessinatrice n’a pas peur du loup

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Les lecteurs qui avaient été séduits par les trois tomes de « Fée et tendres Automates » (éditions Vents d’Ouest) savent déjà que si elle aime les contes et cultive la grâce dans la passion du dessin, Béatrice Tillier n’est pas une illustratrice pour enfants sages. Ou alors, ce serait pour rappeler que de Barbe Bleue au Petit Chaperon Rouge, le conte permet d’habiller d’une représentation baroque, gothique, fantastique, les obsessions et les fantasmes de chacun d’entre nous.

Les auteurs féminins (« les femelles », comme dirait Philippe Druillet, les « auteuses » ou les « autruches », comme dirait Florence Cestac) ne sont pas légion au pays des phylactères. Mais elles croissent vite. Magnin, Wendling, Dethan…la gente féminine confirme son talent, impose sa patte et, parfois, sort ses griffes.

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Hyper soignée, élégantissime, à l’image de son dessin, Béatrice Tillier cache son jeu. Il faut la voir, pudique et détachée, descendre le grand escalier qui mène au bureau de Robert Laffont. Elle pose, mais ne se donne pas. Timide, elle laisse son compagnon, le dessinateur Olivier Brazao (« Les Sheewowkees », Delcourt), répondre tranquillement à ses côtés. Mais c’est pour se donner le temps de jauger son interlocuteur et s’assurer de pouvoir tranquillement prendre la main.

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Tous deux habitent sur les hauteurs d’Etaples, loin de toute tentation people et urbaine. Dans leur maison en briques de scories, ils se partagent un même atelier. Chacun son œuvre, chacun sa musique d’ambiance, avec, quelquefois, de belles incompatibilités d’atmosphère quand l’une dessine une scène de torture et l’autre une comédie d’amour.

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Béatrice Tillier n’a pas cédé à la tentation du dessin sur ordinateur. Elle chérit le papier qu’elle choisit minutieusement, comme ses pinceaux, ses couleurs. Elle se nourrit d’une riche documentation : les étoffes, les architectures, les peintures d’époque. Elle revendique la forme la plus visible, la plus réaliste, la plus appuyée du dessin : « Le trait, le crayonné ne doivent pas s’effacer sous la couleur ». Loin de la spontanéité en cours chez les auteurs de sa génération (Sfar, Blutch, Guibert, Blain, David B, etc.), elle s’applique, cisèle, peaufine. Certains la trouveront peut-être trop académique. Mais, personnellement, je suis séduit par la richesse, la complexité de son travail, propice à l’émotion, au mystère.

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Elle maîtrise complètement la couleur directe. Dans « Fée et tendres Automates », elle travaillait avec des bleus, avec des supports séparés. Chaque planche du « Bois des Vierges » est désormais une œuvre d’art complète. Elle assume le qualificatif de « coloriste ». D’aucuns (comme moi) considèreraient que l’adjectif est trop réducteur. Mais elle revendique : elle y trouve une manière de renforcer les effets de perspective. Ca lui a permis aussi dans « Mon voisin le Père Noël », de faire cohabiter deux récits parallèles, l’un monochrome, plutôt gris, et l’autre très contrasté. « Des encres acryliques délicatement posées sur un premier crayonné en craie, et l’encrage final au pinceau, à l’encre de Chine… »

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Elle, qu’on imagine solitaire, dit aimer travailler avec ses scénaristes, Philippe Bonifay ou Jean Dufaux. Quand on connaît la manière délicatement perverse et provocatrice dont ce dernier joue avec ses dessinateurs féminins (Ana Mirales en parle encore avec fébrilité !), ça donne forcément des relations très complexes. Elle s’en est plutôt bien sortie, même si elle dit avoir été relativement déstabilisée. Jean Dufaux n’avait pas facilité la chose en l’obligeant à travailler sur les amours contrariés d’un animal et d’une jeune princesse. « Comment retranscrire les expressions humaines à travers un personnage animalier ? Comment révéler la part animalière des êtres humains… Et puis, vous vous rendez compte, comment allais-je dessiner les enfants nouveaux-nés issus d’une union de poils et de peau (rire). »

Avec, pour référence, l’ambiance mythique de « La Belle et la Bête » de Jean Cocteau, mais aussi plus proche d’elle, Frank Pé (« Zoo ») et Claire Wendling (« Les Lumières de l’Amalou »), elle a largement convaincu le milieu de la BD. Ils sont évidemment sous le charme. Et ils sont unanimes : ce premier tome du « Bois des Vierges » (Robert Laffont) est objectivement (sic) de toute beauté.

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Michel-Edouard Leclerc

Mardi 11 mars 2008

Carlos Nine et la BD : les Argentins ne sont pas manchots !

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Carlos Nine – © Philippe Germanaz

Carlos Nine est un de ces grands auteurs argentins à qui le Festival d’Angoulême avait eu la bonne idée de remettre le prix « Alph-Art » du meilleur album étranger 2001. Avant « Le canard qui aimait les poules », les lecteurs français avaient peu entendu parler de cet artiste généreux et plein d’humour. Pas plus d’ailleurs ils ne connaissaient toute cette génération d’artistes sud-américains si follement épris du 9ème Art.

Cette année, c’est Jose Munoz, Président du Festival, qui a imposé et imaginé une superbe exposition dont le beau catalogue édité par Vertige Graphic donne une idée des talents et de la vitalité des auteurs argentins.

Carlos Nine a profité de cette exposition pour venir s’encanailler à Paris. Je l’ai rencontré dans l’étroit boyau qui sert de galerie à l’éditeur, Daniel Maghen, quai des Grands Augustins, au milieu des planches encadrées qu’il aime commenter dans un français approximatif mais si chaleureux !

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Carlos Nine et Daniel Maghen – © Philippe Germanaz

J’étais en retard (certains diraient comme d’habitude !), l’homme avait manifestement très faim, mais il tenait à m’expliquer pourquoi il était devenu, sans le vouloir, la coqueluche de ces jeunes auteurs italiens, français et même new-yorkais qui, tel Peter de Sève, se sont précipités sur le site de Maghen pour réserver la plupart des planches.

Humblement, pudiquement, il caresse du doigt le dessin fluide de sa féline héroïne, inspirée de sa propre chatte, et décrit son tango meurtrier avec une pauvre souris condamnée d’avance. Il rit des ébats érotiques d’icelle avec un immense trône en bois dont les nœuds et moulures sont évidemment trop protubérants pour être honnêtes.

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L’univers de Carlos Nine est celui d’un Lewis Carroll qui serait passé chez Disney. Qu’il dessine pour ses copains, Lewis Trondheim et Sfar, dans la série « Donjon », ou qu’il publie ses propres histoires, « Le canard qui aimait les poules », « Fantagas », il confère aux objets (chapeau, cape, fauteuil, cheminée) une capacité de personnification. Il joue avec les formes géométriques pour leur donner vie. Il les propulse dans une sorte de ballet orphique, immoral et sensuel.

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Chat et souris… (Fantagas)

Les histoires de Carlos Nine ne se racontent pas. Ce sont pour la plupart des fables dont les errances visuelles, tout en fluidité, suffisent à la narration. Le scénario reste secondaire. Sous son pinceau (il est fou d’aquarelles), son bestiaire devient anthropomorphe. Sa mise en scène projette, sur une mini scène de théâtre, les turpitudes de notre société humaine. L’alcool fait des ravages mais reste de bon compagnonnage. Le muscadet va jusqu’à prendre la forme d’un personnage.

Ses publications sont éparses, quelquefois vraiment trop confidentielles. Pas facile de trouver en librairie « Meurtres et châtiments » (Albin Michel, 1991), ni même « Pampa » (Dargaud, 2003). Sur le Net, il faut fouiller pour trouver une présentation un petit peu exhaustive de son travail. C’est dommage.

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Pour l’heure, Carlos Nine travaille sur plusieurs projets. Un polar avec « un tout petit détective centro-américain qui, lassé par mes décisions d’auteur, commence à se rebeller contre mon scénario. Il essaie de se suicider, n’arrivant plus à me supporter. »

Carlos Nine œuvre aussi sur un court métrage de 15 minutes, « qui fera partie d’un long métrage composé de 5 histoires autour du tango ». Il ne le confirme pas, mais à mon avis, il y aura aussi du Munoz là-dessous.

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Cochon et canard (Fantagas)

15 heures ! Le restaurant risque de fermer. On se précipite. Que croyez-vous qu’il arriva une fois l’assiette remplie ? Carlos Nine sortit son appareil photo et mitrailla chaque composition. « J’aime photographier les assiettes. J’ai pris des photos des plats typiques de la cuisine lyonnaise, dont le héros principal est un habitué de mes histoires, le cochon. Le cochon est mon ami. »

A ce moment-là de notre rencontre, j’ai vraiment cru que les gambas flambées et les escargots de Bourgogne allaient reprendre vie et repousser la sauce pour venir jouer avec lui.

Michel-Edouard Leclerc