Archive pour la catégorie ‘Actualités / Débats (BD)’

Lundi 5 décembre 2011

Manu Larcenet, Grand Prix RTL de la bande dessinée

C’est un prix prestigieux qui vient récompenser l’un des meilleurs artistes actuels du 9ème Art. Un dessinateur hyper talentueux et un personnage terriblement attachant.

Le Prix RTL est parrainé par nos Espaces Culturels. Dans le jury, autour de Monique Younès et de quelques libraires enthousiastes (Rémy Ehlinger, librairie Coiffard à Nantes et Georges Mérel, librairie Aladin à Nantes), il y avait Céline Pinon, Espace Culturel E. Leclerc de Conflans-Sainte-Honorine, Stéphane Soulié, Espace Culturel de Montceau-les-Mines, et moi-même).

9 candidats étaient en lice, tous pour de très beaux albums. Pour vous les présenter, je pompe sans culpabilité, ni réserves, dans le discours de Monique Younès, lors de la remise du Prix.

- Florence Cestac : son album « Des salopes et des anges » avec Tonino Benaquista est édité par Dargaud. C’est « notre marraine à tous, notre grande sœur, notre conscience, notre chouchoutte, même si elle nous dessine avec de gros nez et raconte nos histoires d’avortement ».

-  Bastien Vivès, « amoureux des corps et de leur fragilité, le plus jeune d’entre tous, celui qui sans même savoir danser, ni même assister à un spectacle de danse, ni même coucher avec une danseuse, ni même se faire plaquer par une future étoile, a raconté avec souplesse et grâce le don d’une surdouée de la danse ». Son album, « Polina » est édité par Casterman.

-  Cyril Pedrosa : « un petit fils raconte à sa grand-mère comment l’amour et la honte deviennent souvent la devise des familles de migrants. Grandeur et misère des rapports familiaux. C’est beau et compliqué même au Portugal ! « Portugal », c’est le titre du magnifique album autobiographique qui lui a valu aussi de décrocher le Prix Le Point de la bande dessinée 2011 ».

-  Christian de Metter : Monique Younès a coquinement rappelé que CdM a su « réhabiliter un métier en voie d’extinction. Il y a de moins en moins de curés dans notre vieille Europe…Alors quand on en trouve un, on se jette dessus. D’autant que celui-ci est beau, intelligent et plutôt sexy, qu’il se demande s’il ne doit pas rompre le secret de confession. Voilà une belle et noble question posée sous la plume de Christian de Metter et de Laurent Lacoste avec lesquels il nous faut communier ». « Le curé » est édité par Casterman.

-  « S’il y a peu de curé en bande dessinée, il y a beaucoup d’assassins ». Thierry Murat a « adapté le roman best-seller d’Anne-Laure Bondoux : « Les larmes de l’assassin » pour nous faire découvrir une histoire d’amour entre bourreau et victime ». L’album est édité par Futuropolis.

-  « Beaucoup d’assassins dans les années 40. Desberg a un faible (toujours dixit MY) pour les Américains, les beaux, les riches, les élégants, les plein d’humour, les self made man. Le rêve américain  le fascine…Il a réussi avec cet album un suspense insoutenable. « Sherman » est édité par Le Lombard et dessiné par Griffo ! »

-  « Julien Neel a pris 15 kilos en dessinant « le Viandier de Polpette ». De la BD qui se mange ! Ce n’est pas tous les jours. Mais détrompez-vous, l’album de Julien Neel et Olivier Milhaud n’est pas un livre de cuisine, c’est un récit d’amitié, d’intrigues et de père absent ». C’est édité par Gallimard.

-  Il y a les Kérascouët (Marie Pommepuy, Sébastien Cosset) et Hubert. L’héroïne « est une beauté fatale, qui ravage tout en l’occurrence le cœur des hommes. Il a fallu aux auteurs de « Beauté » casser les codes du conte ordinaire en transformant une morue, que dis-je un hareng saur, en une beauté dans le regard des autres…C’est profond et léger, c’est drôle et grave ». C’est édité par Dupuis.

-  Et voilà, il y avait donc Manu Larcenet pour « un retour à la sauvagerie…avec son « Blast » édité par Dargaud. Recordman des nominations au grand Prix RTL, toujours recalé » jusqu’ici. Parce que là, maintenant, c’est lui qui gagne. C’est lui le Grand  Prix.

J’ai aimé tous ses albums.

Mais c’est vrai, « Blast » est une œuvre hors norme, une œuvre exceptionnelle. Son auteur a témoigné dans son récit de ce que la bande dessinée peut non seulement produire des chefs d’œuvre, mais également une contribution émouvante et essentielle aux problèmes cruciaux auxquels notre société est confrontée.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 28 février 2011

Gainsbourg aux César : reconnaissance pour Joann Sfar

Avez-vous entendu, ces nuits dernières, le son mélodieux d’un air de ukulélé quelque part dans Paris. Cette respiration musicale n’est autre que l’invitation du jovial Joann Sfar, passionné de gratte hawaïenne, à partager une reconnaissance méritée.

Tous les bédéphiles reconnaissent le talent de l’auteur du « Chat du Rabbin » et de « Pascin ». Un auteur diablement prolifique. On se rappelle « La fille du professeur » et « Les Olives Noires » avec Emmanuel Guibert. Ses contributions à « Donjon » suivi d’un « Grand Vampire » hilarant, et « Professeur Bell » avec Tanquerelle, etc., etc. Parallèlement au tournage du film « Gainsbourg, une vie héroïque », c’est « Chagall en Russie » (septembre 2010) qu’il publiait chez Gallimard.

Alors, voilà, trois statuettes aux César, c’est une superbe consécration. D’autant bienvenues qu’il prépare une version ciné du « Chat du Rabbin ».

L’homme adore faire la fête. Mais il est pudique et vous ne le verrez pas, arborant son trophée, descendre les Champs-Elysées. Il n’en est à nos yeux que plus sympathique.

Cette année, à Angoulême, l’Académie lui a préféré Art Spiegelman pour présider les festivités 2012. C’est bien aussi !

Mais puisqu’on nous dit qu’en économie comme ailleurs, il faut défendre la production locale, puis-je suggérer qu’on lui chauffe le prochain trône !

Michel-Edouard Leclerc

Samedi 5 décembre 2009

Grand Prix RTL de la BD : Rosalie Blum de Camille Jourdy (Editions Actes Sud)

Ce pourrait être une simple opération de sponsoring. Mais par son impact, cette initiative vaut qu’on en parle.

Monique Younès est la grande prêtresse de ce jury. Tous les bédéphiles (et pas seulement) apprécient ses chroniques sur RTL et dans Paris Match. Elle est cultivée, passionnée et génialement tacticienne : pour s’assurer de la mobilisation de nos deux réseaux (radio et Espaces Culturels), elle a eu la bonne idée de réunir autour de quelques excellents libraires(*), le directeur de l’information, Jacques Esnous, et ma pomme (il est vrai, de toute façon, on se serait invité !).

Chaque mois, une bande dessinée est promue. Le Grand Prix est décerné par le jury à l’une des douze œuvres sélectionnées.

Voici, mois par mois, chaque BD gagnante. J’ai piqué à Monique Younès les notes à partir desquelles elle s’exprimait lors de la remise du Grand Prix. C’est moi qui, de temps en temps, raccourcis le propos.

Ogre

Janvier 2009 : Une bande dessinée en costume aussi bien faite qu’un film d’époque… Un conte pour enfant qui se déroule au Moyen Age…où le bourreau du roi tranche les têtes des malfrats à la hache…ce dont raffolent les enfants ! Notamment Benoît qui se rêve en fils de l’ogre …. Et il le devient à sa manière grâce au talent de Grégory Mardon. « Le Fils de l’Ogre », poignant et poétique, est édité par Futuropolis.

D

Février 2009 : On a préparé nos gousses d’ails et nos crucifix, ça allait saigner ! Un vampire d’un chic à toute épreuve, faisait son entrée dans le 9ème art. Lord Faureston, est son nom … Un vrai dandy, blond, lunaire et un peu androgyne… qui, pour attirer les femmes, leur envoie d’énormes bouquets de roses rouges pleines d’épines. Alain Ayrolles publie « Lord Faureston » chez Delcourt.

Pico

Mars 2009 : Un couple inédit dans la bande dessinée. Une mère, Dominique Roque, et son fils, Alexis Dormal, donnent naissance à un petit rouquin, Pico Bogue, qui a un avis sur tout, la vie, la mort, Dieu, la vieillesse et qui casse tout à la moindre contrariété. Pico Bogue est édité chez Dargaud.

Agrippine

Avril 2009 : On savait que c’était la déprime à gauche ! Mais on ignorait l’étendue du désastre. Même Agrippine était déconfite ! Les bornes des vélibs ressemblent à des travers de porc. Sa grand-mère ne lui achète plus ses bottes en tatou stressé et strassé ! Claire Brétecher (Dargaud) est une star incontestée du 9ème art.

Rosalie Blum

Mai : Après la star, une débutante qui se rêve détective privée. Elle met en scène une histoire de filature où des personnages qui, se sachant suivis, se mettent à suivre d’autres personnes qui les suivaient ! C’est Rosalie Blum de Camille Jourdy (Actes sud).

Riff Rebs

En juin : L’Etoile Matutine est un petit voilier à deux mâts, avec un Breton de 13 ans qui a tué une fille de son âge pour voir ce qu’il y a sous sa jupe. (Pas très moral tout ça !). Les conversations parlent de nouveau monde, de paradis… Mais au lieu de découvrir l’eldorado, nos héros débarquent sur des côtes ravagées par la peste. C’est du Mac Orlan librement adapté par Rief Rebb’s pour le bonheur des éditions Soleil.

Rabaté

Juillet : « Un petit rien tout neuf avec un ventre jaune » n’est pas une histoire désespérée. Par le talent de Pascal Rabaté, Patrick, un type qui fait la gueule, retrouve l’espoir, comme il redonne espoir à tous les villageois … C’est chez Futuropolis.

Himalaya

Septembre : Une tragi-comédie écologique politiquement incorrecte, éditée par Glénat, dessinée par Jean-Marc Rochette et imaginé par Fred Bernard : un sorcier vaudou habite à 8000 mètres, sur la montagne la plus haute du monde, avec sa chèvre Miranda. Il s’est intronisé sauveur du monde. Noël Bodombossou est un ayatollah de l’écologie qui transforme tous les hommes méchants en bêtes gentilles !

Blessure

Octobre : Toutes les femmes de RTL étaient à la recherche de leur point G (je rappelle que c’est Monique Younès qui le dit). Elles ont fait appel à Martin Veyron qui publie, chez Dargaud, « Blessure d’amour propre ».

Voilà, c’était une bonne sélection.

 (*)  Rémy EHLINGER, Librairie Kléber (Strasbourg)
       Georges MEREL, Librairie Aladin (Nantes)
       Olivier CAILLE, Espace Culturel E. Leclerc (Blois)

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 1 avril 2008

Florence Cestac : gros nez / grand coeur

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Florence Cestac – © Philippe Germanaz

Quand ils ne dessinent pas, les auteurs de BD ont quelquefois une vie professionnelle, parfois une vie sexuelle, et encore moins une vie politique. Eh oui, malgré le stéréotype selon lequel un dessinateur est d’abord un autiste penché sur sa planche (8 heures par jour minimum) il lui arrive de redescendre sur terre et d’émettre une opinion (sur le sport, sur l’argent, sur le « système » etc.). Mais, de là à s’engager dans l’arène politique…

C’est pourtant ce qu’a fait Florence Cestac, en apportant son soutien à Pierre Castagnou, candidat vert dans le 14ème arrondissement de Paris lors des récentes municipales.

Oh, la donzelle n’a pas donné son corps à la cause. Mais elle s’est fendue d’un petit « strip » (pas « tease ») afin que nul n’ignore ses intimes convictions.

Flo, c’est une chouette de femme. Celle-là est copine des meilleurs ! Julliard, Druillet, Desbois (le galeriste) en pincent pour elle. Tiens, même Annie Goetzinger, autre dessinatrice de talent, laisse la cofondatrice de Futuropolis approcher son sérail.

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Fasciné par ses aînés masculins qui occupent le devant de la scène (Bilal, Moebius, Tardi…) le public la connaît comme auteur du « Démon de midi », hilarante comédie adaptée au théâtre par Michèle Bernier. Mais il en oublierait que cette dessinatrice talentueuse du 9ème art a su raffler un Alph’Art de l’humour à Angoulême en 89 (pour les « Vieux copains pleins de pépins ») ; un deuxième Alph’Art pour le « Démon de midi » en 1997 ; et le Grand Prix de la ville d’Angoulême en 2000. Ce qui lui a valu la présidence du Festival.

Pour ceux que la bande dessinée d’humour intéresse, je recommande son album « La vie d’artiste », véritable autobiographie, dont la lecture peut être prolongée par « La véritable histoire de Futuropolis », librairie et maison d’édition dont elle fut cofondatrice.

Moi ce que j’aime, dans sa production foisonnante, c’est la série « Les ados ». J’adore aussi la vie extraordinaire d’Edmond-François Ratier, et je recommande « Du sable dans le maillot » plutôt que la série « Des Déblocks ».

Et puis il y a « Super catho ». Une fresque déjantée, mais si réaliste ! Je me suis « reconnu » dans cette bande dessinée truculente dont le scénario flirte avec quelques effluves culturelles bretonnes. Normal : cette BD, écrite à deux mains, a bénéficié de l’amicale contribution de René Pétillon, (L’affaire corse) originaire de Lesneven !

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L’autre jour, à la galerie Desbois, des journalistes se sont étonnés de son franc-parler : ils étaient tous là, les people amoureux de la BD pour boire un godet à la santé d’André Julliard, auteur du nouveau « Black et Mortimer ».

On demande à Florence : « aimez-vous cette bande dessinée ? »

Réponse : « non, ce n’est pas mon truc, c’est de la nostalgie pour garçons ! »

Eh oui, même devant ses potes, Flo reste entière. Pas question de tordre le nez (qu’elle a « gros » et dont elle revendique la gourmandise !). On peut avoir l’amitié fidèle, et ne pas sacrifier à l’hypocrisie ambiante.

Pour Playboy, Cosmopolitan, Pif Gadget, Metal ou le Journal de Mickey, elle fut maquettiste, directrice de collection, dessinatrice et attachée de presse. Mais la fidélité, l’amitié, c’est son truc.

Pourquoi je vous parle aujourd’hui de Florence Cestac. Tout simplement pour lui rendre hommage. Nous avons elle et moi un ami commun, un ami qui revient de loin, qui est allé faire un petit tour vers le ciel mais qui finalement a préféré rester avec nous.

Chaque dimanche matin, le couple Druillet / Cestac chine aux Puces de Vanves. La belle et la bête ! Lui, un peu abîmé par le trop plein de vie, pose sa patte fatiguée sur l’épaule virginale de Florence Cestac.

Florence est désormais « nounou d’auteur ». Voilà encore un prix littéraire à mettre à son actif.

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Michel-Edouard Leclerc

Mardi 11 mars 2008

Carlos Nine et la BD : les Argentins ne sont pas manchots !

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Carlos Nine – © Philippe Germanaz

Carlos Nine est un de ces grands auteurs argentins à qui le Festival d’Angoulême avait eu la bonne idée de remettre le prix « Alph-Art » du meilleur album étranger 2001. Avant « Le canard qui aimait les poules », les lecteurs français avaient peu entendu parler de cet artiste généreux et plein d’humour. Pas plus d’ailleurs ils ne connaissaient toute cette génération d’artistes sud-américains si follement épris du 9ème Art.

Cette année, c’est Jose Munoz, Président du Festival, qui a imposé et imaginé une superbe exposition dont le beau catalogue édité par Vertige Graphic donne une idée des talents et de la vitalité des auteurs argentins.

Carlos Nine a profité de cette exposition pour venir s’encanailler à Paris. Je l’ai rencontré dans l’étroit boyau qui sert de galerie à l’éditeur, Daniel Maghen, quai des Grands Augustins, au milieu des planches encadrées qu’il aime commenter dans un français approximatif mais si chaleureux !

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Carlos Nine et Daniel Maghen – © Philippe Germanaz

J’étais en retard (certains diraient comme d’habitude !), l’homme avait manifestement très faim, mais il tenait à m’expliquer pourquoi il était devenu, sans le vouloir, la coqueluche de ces jeunes auteurs italiens, français et même new-yorkais qui, tel Peter de Sève, se sont précipités sur le site de Maghen pour réserver la plupart des planches.

Humblement, pudiquement, il caresse du doigt le dessin fluide de sa féline héroïne, inspirée de sa propre chatte, et décrit son tango meurtrier avec une pauvre souris condamnée d’avance. Il rit des ébats érotiques d’icelle avec un immense trône en bois dont les nœuds et moulures sont évidemment trop protubérants pour être honnêtes.

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L’univers de Carlos Nine est celui d’un Lewis Carroll qui serait passé chez Disney. Qu’il dessine pour ses copains, Lewis Trondheim et Sfar, dans la série « Donjon », ou qu’il publie ses propres histoires, « Le canard qui aimait les poules », « Fantagas », il confère aux objets (chapeau, cape, fauteuil, cheminée) une capacité de personnification. Il joue avec les formes géométriques pour leur donner vie. Il les propulse dans une sorte de ballet orphique, immoral et sensuel.

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Chat et souris… (Fantagas)

Les histoires de Carlos Nine ne se racontent pas. Ce sont pour la plupart des fables dont les errances visuelles, tout en fluidité, suffisent à la narration. Le scénario reste secondaire. Sous son pinceau (il est fou d’aquarelles), son bestiaire devient anthropomorphe. Sa mise en scène projette, sur une mini scène de théâtre, les turpitudes de notre société humaine. L’alcool fait des ravages mais reste de bon compagnonnage. Le muscadet va jusqu’à prendre la forme d’un personnage.

Ses publications sont éparses, quelquefois vraiment trop confidentielles. Pas facile de trouver en librairie « Meurtres et châtiments » (Albin Michel, 1991), ni même « Pampa » (Dargaud, 2003). Sur le Net, il faut fouiller pour trouver une présentation un petit peu exhaustive de son travail. C’est dommage.

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Pour l’heure, Carlos Nine travaille sur plusieurs projets. Un polar avec « un tout petit détective centro-américain qui, lassé par mes décisions d’auteur, commence à se rebeller contre mon scénario. Il essaie de se suicider, n’arrivant plus à me supporter. »

Carlos Nine œuvre aussi sur un court métrage de 15 minutes, « qui fera partie d’un long métrage composé de 5 histoires autour du tango ». Il ne le confirme pas, mais à mon avis, il y aura aussi du Munoz là-dessous.

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Cochon et canard (Fantagas)

15 heures ! Le restaurant risque de fermer. On se précipite. Que croyez-vous qu’il arriva une fois l’assiette remplie ? Carlos Nine sortit son appareil photo et mitrailla chaque composition. « J’aime photographier les assiettes. J’ai pris des photos des plats typiques de la cuisine lyonnaise, dont le héros principal est un habitué de mes histoires, le cochon. Le cochon est mon ami. »

A ce moment-là de notre rencontre, j’ai vraiment cru que les gambas flambées et les escargots de Bourgogne allaient reprendre vie et repousser la sauce pour venir jouer avec lui.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 17 janvier 2008

Prix « Décoincer la bulle » : « La Ligne de fuite » de Benjamin Flao (Futuropolis), meilleure BD 2007

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J’ai eu le plaisir de demander à Vincent Perez, l’acteur, mais aussi le scénariste de « La Forêt » (dessins de Tiburce Oger, Casterman), de présider le jury du Prix « Décoincer la Bulle » 2008. En partenariat avec Paris Match, ce prix récompense le meilleur jeune auteur de l’année 2007. Il a été décerné à Benjamin Flao pour « La Ligne de fuite » (scénario : Christophe Dabich, éditions Futuropolis).

Le jury était composé de scénaristes de renom, Jean Van Hamme (XIII, Largo Winch…), Christophe Arleston (Lanfeust, Trolls de Troy…), Franck Giroud (Le Décalogue, Quintet…), Xavier Dorison (Le Troisième Testament, Les Brigades du Tigre…), Davis Foenkinos (romancier et scénariste de Pourquoi tant l’amour ?).

« La Ligne de fuite » a conquis le jury : « Benjamin Flao est un dessinateur très talentueux, un formidable croqueur d’atmosphères. » a déclaré Jean Van Hamme.

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La BD lauréate a été élue parmi 12 BD présélectionnées par cinq journalistes de Paris Match et deux libraires des Espaces Culturels E. Leclerc. Elle bénéficiera d’une mise en avant dans les 138 Espaces Culturels E. Leclerc et dans le catalogue BD de l’enseigne diffusé à 1,6 millions d’exemplaires. Le lauréat remporte une dotation de 3 000 euros, coup de pouce des Espaces Culturels E. Leclerc pour la préparation d’un nouvel album.

Aux côtés du grand gagnant, deux autres bandes dessinées se sont démarquées et ont su retenir l’attention du jury :

- « Commando Toquemada » de Xavier Lemmens (Dargaud)

- « Elle(s) » de Bastien Vivès (Casterman)

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« La ligne de fuite » (résumé)

Dans le Paris de cette fin du XIXème siècle, le jeune Adrien ne rêve que de poésie. Complètement subjugué par l’œuvre d’Arthur Rimbaud, le jeune poète rencontre les membres du journal littéraire « Le Décadent ». Ceux-ci, tout à leur obsession d’être les continuateurs du style du grand poète, poussent Adrien à écrire des faux de Rimbaud.

Benjamin Flao (un dessinateur génial)

Benjamin Flao a fait Saint-Luc de Tournai en Belgique. C’est l’un des dessinateurs les plus talentueux de sa génération. Lauréat 2003 du prix Lonely Planet à la Biennale du carnet de voyage de Clermont-Ferrand pour « Carnets de Sibérie – Mammuthus expeditions », il a cosigné depuis « Sillages d’Afrique : 20000 milles d’aventure maritime et littéraire » (Nouveaux Loisirs Gallimard).

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Michel-Edouard Leclerc

Mardi 27 mars 2007

Pour Maëster, il faut savoir en rire…

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La politique, c’est du sérieux. Certes, il y a les coups de pied de l’âne, les petites phrases, les pitreries captées par l’objectif des paparazzi. Mais c’est clair : la campagne présidentielle ne donne place à aucun moment d’humour.

L’humour, c’était pourtant, dans l’esprit des étrangers, une des caractéristiques majeures de l’identité française. Depuis les chansonniers jusqu’aux Nuls, en passant par Fernand Raynaud, Jean Yanne et Coluche, l’humoriste a souvent nourri la fonction politique de « rassembleur ». Et de Daumier à Pétillon, Cabu ou Wolinski, la franche rigolade comme la joyeuse provocation de nos dessinateurs ont contribué, dans notre identité, à lisser les expressions souvent arrogantes de nos prétentions culturelles et moralisatrices à l’échelle planétaire.

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Alors, puisque l’on parle beaucoup d’identité en ce moment, revisitons-la, cette marotte électorale, ce coup de marketing qui, je le crains, pourrait bien faire le jeu des vrais nationalistes… (les méchants, ceux qui éructent, taguent les cimetières, et se rêvent en agents du Ku Klux Klan). Revisitons le concept d’identité nationale, mais en bonne compagnie, celle de Maëster, l’un de nos meilleurs pourfendeurs de la connerie institutionnalisée.

De lui, on connaît les aventures jubilatoires de « Sœur Marie-Thérèse des Batignolles » (éditions Albin Michel et Fluide Glacial) et « Meurtres Fatals » (Fluide Glacial).

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Les éditions du Lombard publient ce mois-ci « L’actu tue », un collector de dessins que l’auteur prend plaisir à mettre en ligne sur son blog (www.maester.over-blog.com). Je vous invite à y jeter un coup d’œil. Décapant !

Dans le dossier de presse qui est parvenu à notre équipe chargée de la diffusion des produits culturels, il y avait un petit calendrier illustré. Avec, en guise d’explications sur les intentions de l’auteur, ces quelques phrases-clés :

- « …Il y a des coups de pied aux cultes qui se perdent…»

- « …Il me semble que tout le monde doit être engagé. Etre vivant, c’est être engagé. Même le chômeur doit être engagé (mais lui, c’est plus urgent). »

- « …Ce qui m’agace, c’est la façon dont sont sélectionnées puis présentées les infos…. On instille un sentiment d’insécurité pour rendre les gens plus vulnérables et donc plus dociles… On livre du spectaculaire, on reste à la surface. Les débats ne sont là que pour devenir des jeux du cirque, pas pour y développer des idées. »

- « …J’ai eu envie de partager ma colère, mais aussi l’aspect caricatural et risible de tout ça. »

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C’est sur son blog… (www.maester.over-blog.com). Je vous invite à y faire un tour, je ne prends pas de commission. Pire, connaissant la bête, il serait même capable de me taxer au passage, arguant du fait que je me serais servi de sa notoriété pour rehausser la mienne ! Si, si, il en est capable.

Bon, c’est pour rire. Transmettez mes amitiés à l’artiste.

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Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 16 février 2007

Cromwell : Anita Bomba est sa copine !

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© Jean Bibard

Quand il pousse les portes vitrées du Méridien Montparnasse, sa démarche de rocker chaloupée n’échappe à personne. Ah ça, il faut bien le dire : peu d’autres bédéfêlés cultivent avec un tel bonheur un look punk aussi démonstratif. Margerin ? Même pas ! Coyote ? Peut-être…

Visez un peu : un couvre-chef avec large visière, aux armes d’un célèbre groupe de la ligne Motörhead, «Les Misfits ». Il ne s’en sépare jamais, même à l’heure du déjeuner, sans doute pour protéger le lustre d’un crâne rasé « au petit poil ». Sous la veste de motard (cuir et pneu), estampillée « Triumph » (ces anglaises qui crachent l’huile et le feu), un tee-shirt aux couleurs des Ramones, autre groupe déjanté new-yorkais. Et pour souligner le jean, deux Doc Martins à lacets, super clean malgré la pluie (manifestement bichonnées, prêtes pour se rendre au bal annuel des Harley).

Oui, très pro, notre Didier. Je dis « Didier » parce que Cromwell, c’est un pseudo (une marque de casque). Son vrai nom « David » n’est d’ailleurs pas non plus son vrai patronyme. Eh, eh, on ne sort pas indemne d’une famille aristocratique, établie en terre de Coëtquidan, ni d’une enfance balottée au gré des déménagements d’un père militaire (officier de la Légion, élevé au grade de Commandeur). Un père exigeant, à qui Didier voulut démontrer qu’il pût être parachutiste (au 1er RPIMA de Bayonne). Un père qui, magnanime et réaliste, l’inscrivit finalement à l’école Penninghen.

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Il peut tromper son monde. Mais ne vous fiez pas aux apparences, question culture et politique, le bonhomme a plein de choses à dire (avec Fred Vargas, il a pris position contre l’extradition de Battisti, et sait s’engager pour des causes généreuses, tel le handicap pour l’UNAPEI). Sil soigne son look, notre rocker dessinateur, c’est d’abord parce qu’il appartient à cette tribu d’artistes « qui ont eu ou qui ont plus de problèmes que les autres avec eux-mêmes ».

Oui, il en faut du talent pour contourner l’obstacle d’une timidité naturelle, et l’écrasement d’une condition adolescente trop longtemps nourrie d’interrogations existentielles. « Joann Sfar est un génie, et tout ce qu’il fait semble couler de source. Miller, Burns et surtout Trondheim sont, à l’opposé, des gens qui ont eu des problèmes très spéciaux ». Schizos ou autistes ? Il leur faut, pour exister, forcer le trait, provoquer, pratiquer sans cesse la dérision.

Alors, va pour le punk. Place au spectacle. Rien à voir avec les pratiques de ces mecs underground qui cherchent à se faire du mal. « Le sadomaso, c’est pas mon genre ». Hors le spectacle, il y a la vraie vie. Mais pendant le spectacle, on peut tout faire et tout dire. A fond la mob, donc, et vroum…le plaisir et le soufre. On est dans le fantasme, et tant pis si c’est trash !

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Anita Bomba, son héroïne, n’a pas traversé la vie en Golf Polo. Qu’elle flingue ou qu’elle baise, c’est de la consommation sur le pouce, du grignotage. Ne lui parlez pas d’amour. Si les hommes repassent dans ses bras, c’est que ça a été bon, point barre ! Avec Joé Ruffner, Cromwell a conçu pour Casterman un cycle d’aventures qui tient à la fois des contes sanglants de l’héroïque fantaisie (les personnages sont des sortes d’Allien, mi-humains, mi-robots), avec des accents de la Commedia dell’arte (les dialogues sont truculents) et l’expressionnisme d’un graphisme vengeur, au hachoir et pas de quartier.

Ses BD sont adulées par une génération qui fréquente aussi bien le dessin de Tarquin que le monde des mangas. Un univers que se disputent les éditions Glénat et Soleil, deux maisons qui abritent actuellement les travaux de Cromwell.

Pour l’heure, sirotant son Martini, Cromwell se prépare au concert. Il va se produire dans une boîte du 20ème, avec deux complices. Ils ont formé un groupe qu’ils qualifient de punk spaghetti, « La bonne, la brute et le truand ». Sachant qu’il n’y a qu’une seule femme (la brute, femme du dessinateur Fred Beltran), on ne vous dira pas des deux autres types qui fait « la bonne ».

Il s’en va, lonesome rocker, déposer dans sa chambre, les multiples carnets et croquis sur lesquels « il fait ses gammes » (une mine, une liasse de crobars géniaux). Et aussi, sa trousse de couleurs. Quatre tubes lui suffisent : il ne travaille qu’en mélangeant le noir avec le jaune sable, le rouge rouille, le vert olive. Et il va, dans quelques minutes, tel Iggy Pop qu’il vénère, épauler le harnais d’une guitare. Pour s’approcher d’un micro et cracher tout plein de décibels. A 45 ans, Cromwell n’arrête pas de déménager…

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Michel-Edouard Leclerc

Lundi 12 février 2007

Muñoz, président : Le Festival BD d’Angoulême s’offre une belle affiche !

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…Et j’aimerais rajouter : une des plus belles âmes du 9ème art, un homme généreux, un artiste au grand cœur.

Lors de la soirée de remise des prix du FIBD, Lewis Trondheim n’a pu s’empêcher de conclure son année de présidence par une discrète, mais généreuse poignée de main. Elle m’était destinée. Il faut dire que le bougre n’avait eu de cesse, tout au long de l’année, de distiller son venin à l’encontre de ma personne, jugée par lui emblématique du méchant capitaliste fomentant l’autodafé des livres de littérature et de bande dessinée. C’était un peut n’importe quoi. Curieux d’ailleurs qu’il ait été aussi mal conseillé. Invoquer les combats d’il y a vingt ans contre la loi Lang (alors que la hache est enterrée depuis belle lurette !)…tout cela était incompréhensible pour la jeune génération qui s’est encore une fois précipitée au festival (200 000 visiteurs). Tout comme était complètement stupide sa demande de m’évincer du festival. C’est lui qui est parti, par la grande porte d’ailleurs, et c’est aux côtés des autres partenaires que j’accueille aujourd’hui Muñoz pour le remplacer. (Tchao Lewis, à bientôt autour d’un verre !).

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Muñoz donc :

Les moins de 30 ans, les accros du manga ou des jeux vidéo ne connaissent probablement pas cette belle figure de la bande dessinée. En tout cas, j’espère que son éditeur (coucou, amis de Casterman) aura trouvé là l’occasion de mettre un éclairage supplémentaire sur une œuvre graphiquement remarquable, très personnelle, toute en intimité.

Dans un premier recueil d’entretiens publié chez Flammarion, « Itinéraires dans l’univers de la Bande Dessinée », j’ai déjà décrit le bonhomme et son art.

1) Il faut le voir, chez lui, entre Italie urbaine et confins populaires du Sentier parisien. Il a la bougeotte, José Antonio. Il masque sa fébrilité derrière des cigarettes sans cesse rallumées (à moins qu’il n’ait changé de pratique). Il parle une langue mélangée de français, d’italien, de castillan et d’anglais. Dans la pure tradition de ces exilés cosmopolites, il slalome autour des difficultés de langage pour faire partager sa passion de la justice, son mépris de la spéculation, et foudroie toutes les formes d’oppression. Pas de militantisme, non vraiment, pas de harangue : « le monde est un dessein (sic) sans scénario ! ».

Alors, nul besoin de justification idéologique. C’est dans les bars, les salles de danse, les rues et les assemblées populaires qu’il saisit des regards, décrit les mouvements, recrée une atmosphère et recherche « l’essentiel ».

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2) Et ça donne une œuvre toute intimiste : Le Bar à Joé, Billie Holliday, Le Train sur l’eau, et bien évidemment Les Carnets argentins.

Avec Sampayo, son scénariste et ami, il a écrit les aventures d’Alack Sinner. Avec Jérôme Charyn, il a illustré Le Croc du serpent. Il a multiplié les travaux pour des périodiques (A Suivre, Charlie Mensuel, et aussi des publications portugaises, italiennes ou argentines).

3) On pourrait le croire désenchanté. Mais s’il parle de rébellion, s’il cite Che Guevara ou Don Elder Camara, c’est d’abord pour justifier l’irresponsabilité de ceux qui envoient les jeunes, armés de simples couteaux, se faire faucher par la mitraille des armes automatiques. S’il évoque Régis Debray, c’est pour s’intéresser à l’expression de ce christianisme coupable qui hante toute une population d’intellectuels progressistes. « Il faut savoir voir la vérité. Mais il y a trop de raisons de ne pas rejeter le rêve, le désir de guérir ».

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4) Passionné par la peinture expressionniste dont il emprunte souvent l’épaisseur du trait, il aime Grosz, Egon Schiele et Schmidt-Rottluff, peintre de Die Brücke. Mais, voyez-vous, c’est l’œuvre du Français Georges Rouault qui l’interpelle. De la vie de cet artiste qui a vécu plus qu’aucun autre le désarroi des Chrétiens face aux malheurs du monde, il a retenu cette leçon : « Il faut essayer de racheter le monde à partir de soi ».

Bon, tout ça nous le rend sérieux, charismatique, génial à coup sûr. Mais ne vous fiez pas aux apparences de ses tenues cléricales (il aime le noir). Passé aux fourneaux, il sait s’activer sur un plat de pâtes. Au crayon, il vous campe avec passion la naissance d’un désir de femme. Et si d’aventure vous lui parlez de jazz, de tango, de musiques argentines, alors son regard pétille et le dessinateur s’efface devant le mélomane, le danseur, l’esthète.

Bon vent à toi, José Antonio. Avec toi, l’édition 2008 du FIBD s’annonce passionnante.

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Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 7 septembre 2006

Web designers, auteurs de comics, de dessins animés : les créateurs de « l’Age de glace » font la queue pour celles de Bertillon !

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© Out of picture « Un art venu d’ailleurs »

Quelle joyeuse bande, quelle étonnante confrérie. A l’occasion d’une exposition à la galerie Arludik (animée par Diane Launier) et de la publication d’un premier album « Out of picture » (éditions Paquet) qui propose une première découverte de leur œuvre, une sympathique troupe de jeunes artistes new-yorkais a fait halte à Paris, cette semaine. Oh, rien de prétentieux, pas d’esbroufe, ni de paillettes. Même si ces gens-là vivent autour et dans le monde de la production cinématographique, ces artistes cultivent encore l’ambition, l’avidité créatrice, l’humour épicurien et le travail à la tâche (quand il s’agit de produire des centaines de dédicaces !).

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© « Vie de famille » de Vincent Nguyen

Dans la vie professionnelle, ce sont de formidables tacherons. Attention, je ne suis pas en train de dire qu’on a affaire à de la série industrielle. Non, ce sont d’extraordinaires inventeurs, des types extrêmement doués. La plupart travaillent anonymement pour les studios Blue Sky. « Robots », « l’Age de glace », vous connaissez certainement. Des milliers d’images, des animations, des effets visuels, des montages extrêmement complexes. Du produit final, on se souviendra du réalisateur ou peut-être du producteur. On retiendra surtout ce petit animal culte, cette icône de la nouvelle production du dessin animé américain, « Scrat », l’écureuil fou-dingue qui grimpe les falaises de glace à coups de dents et les dévale en roulant autour de ses noisettes…

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© « La sirène » de Peter de Sève

Mais qui connaît Peter de Sève, l’inventeur de « Scrat ». Qui a entendu parler de l’illustrateur prolixe Michael Knapp, du dessinateur Benoît Le Pennec (un petit Français qui, un temps, s’est égaré dans les studios de Dreamworks pour travailler sur « Prince d’Egypte » et « Sinbad »), du magicien Daniel Lopez Munoz qui émarge chez Pixar Animation Studios, du coloriste Robert Mackenzie intermittent de Lucasfilm ou encore d’Andrea Blasich, un Milanais d’origine, qui se fit les crocs sur « Le Gang des Requins ».

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© « Faits divers » de Michael Knapp

Sur l’instigation de l’un d’entre eux, Daisuke Tsutsumi (surnommé « Dice »), ils ont décidé de s’épauler pour faire connaître au grand public leur propre signature, autour d’un concept : « Out of Picture ».

« Out of Picture » est un terme utilisé dans l’industrie du film. A chaque fois qu’au montage, un passage de film est coupé, ce sont des centaines de dessins qui ne sont pas retenues. Frustrant, certes. Mais de cette frustration naît l’envie de pouvoir maîtriser le destin d’une œuvre et de plaider pour son propre génie !

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© « Vacances Flottantes » de Benoît le Pennec

« Out of Picture » est leur signature. Au Nord de Manhattan, ils ont pris atelier et créé un collectif : chacun son style, sa production, mais tous au coude à coude pour évoluer et se faire connaître.

Ah, il faut les voir dans ce bistrot de l’île Saint-Louis. Pas un ne parle français. C’est Gérald Guerlais, un illustrateur hyper sympa mais dont je ne connais pas encore l’œuvre (un internaute qui est déjà intervenu sur ce blog) qui surfe en multilingue. Tout le monde parle un peu en même temps, dit sa passion. Ils ont rencontré, la veille, le grand Moebius. Ils rêvent d’une diffusion plus large en France, testent leur connaissance des jeunes auteurs francophones.

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© « Echos Silencieux » de Daniel Lopez Munoz

Ils vont, après le déjeuner, se précipiter dans une librairie « Album », un réseau très actif pour promouvoir les comics américains. Pardon, Mr Lebel, de les avoir mis en retard. Mais pour l’heure, chacun est plongé dans son plat de cuisine régionale française. Rigolade quand l’un d’eux se risque à commander un bon vin en réclamant un cépage et non pas un vin d’origine: « What do you want, un Saint-Emilion, un Chinon ? ». « No, no, please, un Sauvignon ! ». Quand je vous dis que sur le marketing du vin, il nous faut revoir la copie…

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© « Au coin de la rue » de Robert Mackenzie

Telle une joyeuse bande de touristes japonais, ils sortent leur appareil numérique pour me prendre en photo dans la chaleur moite de cette arrière-salle. Mais je rigole moins quand je m’aperçois, en fin de repas, de la supercherie. L’un me parle, les autres, l’œil sur le zoom de leur boîtier numérique, me caricaturent, mains et carnets planqués sous la nappe.

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© Oui, je peux » de Andrea Blasich

J’ai laissé cette joyeuse bande rejoindre l’espace d’exposition qu’ingénieusement et avec goût Diane Launier leur a consacré. Mais en passant devant la boutique des glaces Bertillon, je surprends ceux qui ont joué les ascètes dans leur assiette, en train de s’offrir un cornet en dessert. Epicuriens, vous disais-je, et pas du tout fans des McDo.

Ils ont promis d’envoyer quelques dessins dès leur retour à New York. Je vous les ferai partager.

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© « Le cadeau de mariage » de David Gordon

Michel-Edouard Leclerc