Archive pour la catégorie ‘Actualités / Débats (Conso.)’

Mercredi 24 février 2010

Thon rouge : réaction de pêcheurs-artisans et d’armements industriels

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La prise de parole des Centres E. Leclerc sur la commercialisation d’espèces de poissons menacées a fait mouche. Pour son parti-pris clairement revendiqué : refuser la stigmatisation des pêcheurs.

Comité National des Pêches :

Ce n’est pas facile pour Pierre-Georges Dachicourt, président du Comité National des pêches, de gérer à la fois les intérêts économiques de la profession et les enjeux écologiques. On parle du thon, c’est le produit star, mais derrière, il y a toutes les autres espèces dont la gestion va impacter la filière. Tous les pêcheurs appréhendent l’effet « jurisprudence » du dossier « thon rouge ». N’empêche, Dachicourt a été le premier à se manifester et à se féliciter que dans notre campagne, « l’aspect socio-économique prime autant que la préservation de la biodiversité ».

Armements industriels :

Notre position irrite évidemment certains armements privés ou coopératifs. Je peux le comprendre. A leur charge, ils n’ont franchement pas été suffisamment proactifs sur ces questions. A leur décharge, il leur tombe dessus de nouvelles contraintes. Et personne n’a encore dit, encore moins chiffré, le financement de ce manque à gagner. Ne l’oublions pas, c’est toujours plus populaire de fustiger l’industriel par rapport à l’artisan. Mais l’industrie de la pêche, c’est de l’emploi concret à Boulogne et à Lorient.

Hervé Jeantet, patron de l’armement Dhellemmes, est forcément amer. Il l’a dit à notre adhérent de Concarneau. En anticipant les résultats de négociations internationales, on force la main aux Japonais sur le thon ou certaines espèces d’eaux profondes (siki-empereur) mais on entérine la concurrence déloyale sur le cabillaud-merlu des organisations espagnoles (fraudes massives sur les quotas) et de l’Europe du Nord (qui a moins de charge).

Rappelant le nombre d’emplois du secteur industriel de la pêche, il a cette phrase qui fait réfléchir sur les véritables enjeux : « Les Américains se vantent d’avoir sauvé les bisons, dommage qu’ils n’aient pas fait de même pour les Indiens ».

Pêcheurs-artisans :

La publicité, en tout cas, a été bien reçue du côté du pays basque. De Guetaria, Saint-Sébastien ou Saint-Jean-de-Luz, les messages remontent, positifs. « La communication faite autour de la problématique thon rouge, que ce soit par votre profession ou par le relais des « étoilés » du Michelin, nous a toujours été néfaste car éludant la pêche à la ligne et à l’appât vivant. » Mikel Arregui, patron de deux sociétés de mareyage (Dima/Ladimar), défend le caractère durable de cette méthode de pêche qui pourrait garantir une bonne gestion des ressources et la compatibilité avec la commercialisation du thon rouge.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 23 février 2010

E. Leclerc et les thons : Greenpeace boude son plaisir

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Position et engagement :

Un communiqué et des placards dans la presse quotidienne régionale et nationale : j’avais laissé, ici, un peu transpirer la réflexion. Vendredi dernier, les adhérents E. Leclerc en charge du développement durable ont su engager l’enseigne et le faire savoir.

Concrètement : les Centres E. Leclerc confirment le retrait de leurs étals de certaines espèces de poissons dont la commercialisation représentait un danger pour l’équilibre des ressources (siki, flétan blanc, lingue bleue). Ils s’engagent à bannir « le thon rouge industriel » et à ne proposer que du thon rouge provenant exclusivement de la pêche artisanale. (Je réponds ainsi à Jahrool).

Pour plus d’infos cliquez ici. 

La réaction de Greenpeace :

J’en étais sûr (vieille méfiance d’un ancien militant des Amis de la Terre !). Ceux de Greenpeace allaient trouver à redire. Classique : tu n’agis pas, Greenpeace te dénonce. Tu agis, Greenpeace critique. (E. Leclerc n’a pas eu de soutien quand il s’agissait de se battre pour la suppression des sacs plastiques.)

Ils étaient donc le petit doigt sur la couture du pantalon. A peine la campagne de pub sortie de presse, Greenpeace se fendait d’un communiqué pour accuser notre enseigne de « manipulation ».

Je veux bien croire qu’un mot ou deux dans la pub pouvaient prêter à interprétation. Mais le communiqué détaillait suffisamment notre position. Quand on dit qu’on arrête la commercialisation des thons rouges provenant des 28 senneurs français, soit l’intégralité de la pêche industrielle, et qu’on insiste par ailleurs pour dire qu’on ne boycottera pas le thon des pêcheurs-artisans, ça ne peut pas être plus clair !

Après, que cela plaise ou ne plaise pas, c’est une autre histoire. Mais, pour notre part, nous assumons ce parti-pris respectueux des modes de pêche responsables.

Bien sûr, cette position nécessite qu’on se donne les moyens d’en contrôler la pratique (Jean a raison, une partie des achats s’effectue en direct et à l’initiative des chefs du rayon marée de chaque magasin). A nous d’être cohérents et de faire le ménage. Mais ce qui compte, vous en conviendrez, c’est que cette décision puisse peser dans le débat et sur les pratiques de la filière.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 5 février 2010

Biodiversité : l’écologique et le social en conflit

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Je sors d’une réunion avec des responsables de notre approvisionnement en poissons. Evidemment, le sujet du jour, c’est le sort du thon rouge. Et, plus globalement, celui des espèces menacées. Il y a les partisans d’un boycott total et ceux qui prônent une démarche plus progressive. Il y a les purs écolos et ceux que la question sociale interpelle. Mêmes débats que dans la filière bois où la question du sort des populations vivant de la sylviculture reste dramatiquement posée sans qu’aucune ONG, partisane du seul label FSC, n’exprime suffisamment de propositions pour les convaincre de changer de métier.

Concernant la ressource halieutique, le problème est simple : 75 % des stocks de poissons exploités dans le monde sont victimes de la surpêche. « Empereur », « flétan du Groenland », « requin Siki »…huit à dix espèces de poissons, identifiées par plusieurs ONG ou organisations scientifiques, seraient déjà inscrites au tableau des poissons disparus.

Depuis 5 ou 6 ans, les magasins de notre enseigne gèrent l’arrêt progressif de la commercialisation de certaines espèces. La Scapmarée, société coopérative qui approvisionne environ 370 magasins du groupe, a totalement arrêté d’acheter du « thon rouge » depuis 2007 et la commercialisation, depuis 2008, du « bar » capturé en pêche intensive en période de reproduction.

Mais si l’écologie est un impératif, la gestion des rapports sociaux suppose qu’on sorte des « effets de posture » et qu’on veuille bien prendre en considération les difficultés de la filière.

Le pêcheur aussi est une espèce menacée. C’est l’emploi, ce sont les revenus, c’est la vie familiale de milliers de personnes touchées par cette mutation qu’il faut prendre aussi en considération.

Les cadres des Centres E. Leclerc qui vivent aux abords des ports de pêche nous le rappellent tous les jours. D’un excès (la surpêche), il ne faudrait pas tomber dans un autre (le boycott) au motif que l’écologie imposerait ses droits, reléguant le social à la notion de dégâts collatéraux.

Pourtant, les pêcheurs ne manquent pas d’arguments. Pourquoi « faire contre » toutes ces populations au travail alors qu’on sait la ressource reproductible et qu’on ne pourra aboutir à une politique de pêche raisonnée sans…les pêcheurs eux-mêmes.

La rigueur scientifique conduit d’ailleurs à des effets pervers. Ils sont écœurés tous ces pêcheurs qui, pour gérer leurs quotas, doivent rejeter à la mer, moribonds ou écrasés, 20 % d’une morue redevenue abondante.

En Bretagne, des adhérents de mon enseigne ont lancé une marque de poisson frais, « Amiral de Bretagne ». Le logo atteste d’une sélection de produits issus exclusivement de la pêche de bateaux artisans immatriculés au pays.

Ca marche. Ca ne couvre pas l’ensemble des besoins. Mais désormais, 30 % du poisson (hors saumon) vendu dans les centres E. Leclerc de la Scarmor (Finistère, Côtes d’Armor et Morbihan) revendiquent cette étiquette.

Le combat pour la biodiversité doit être le nôtre. Mais si l’on veut la mort du pêcheur, qu’on le dise. Sinon, il faut l’accompagner, l’aider à la reconversion et promouvoir les « bonnes pratiques ».

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 2 décembre 2009

Prix alimentaires : Que Choisir propose la limitation des marges. Chiche !

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Après la FNSEA, les pouvoirs publics et l’Observatoire des prix, il était difficile pour l’organisation de consommateurs de rester muette. L’UFC Que Choisir a donc publié cette semaine le résultat de son enquête épistolaire auprès des grandes enseignes.

Je la découvre aujourd’hui dans les pages de mon Ouest France quotidien. Onze lettres auraient été envoyées aux grandes surfaces du Finistère. Une seule réponse. Le courageux Michel Roualec (Système U à Saint Pol de Léon) a voulu bien faire. Ce patron d’un supermarché a expliqué et justifié sa marge : 25 % de marge brute, dont 12 % de frais de personnel, 6 % pour l’amortissement et 7 % de frais d’exploitation et taxes. Soit une marge nette inférieure à 2 %.

Tous les professionnels sont d’accord avec ces chiffres. Ils ont été publiés des dizaines de fois, et même cet été dans Ouest France et le Télégramme.

Rien n’y fait. L’UFC-Que Choisir dit « ne pas être convaincue ». Touche là, Saint Thomas, cette vérité que tu ne veux point accepter !

Les collègues de Mr Roualec ont compris qu’il ne servait à rien d’épiloguer. Les interrogations de Que Choisir ne sont ici que médiatiques. Et les réponses de nos professionnels contestées à l’avance ! L’inflation est passée de 5 à 0 % en rythme annuel, mais on continue de nier l’ampleur de l’effort.

Pour affirmer leur position, les militants de l’UFC réclament la limitation des marges et l’imposition d’un coefficient multiplicateur maximum en temps de crise.

Les Centres E. Leclerc n’y trouvent rien à redire. Chiche !

Que Choisir propose aussi que ce coefficient soit le fruit d’une concertation entre des producteurs, transformateurs distributeurs et consommateurs.

Alors, là, pas d’accord, je ne comprends d’ailleurs pas cette suggestion. Tout au long de son histoire, Que Choisir s’est méfiée des ententes. La présence des consommateurs ne rend pas l’affaire légale. Seul, l’Etat peut se substituer à l’application stricte du libre jeu du marché. C’est donc aux pouvoirs publics de prendre cette responsabilité.

Au fait, cette possibilité n’est-elle déjà pas inscrite dans la loi ?

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 26 novembre 2009

Pharmaciens et docteurs en pharmacie : le vrai, le faux

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Je continue de commenter quelques verbatim relevés dans la presse ou sur ce blog.

« Les docteurs en pharmacie de EL  n’ont pas le même statut que les pharmaciens »

  • Vrai : Contrairement à d’autres pays européens, dans notre pays, on est « pharmacien » en titre que si l’on est propriétaire d’un fonds de commerce. On peut être pharmacien salarié dans l’industrie, pas dans le commerce. Mais la différence de statut n’est pas une différence de qualité de diplôme.

« La compétence des docteurs en pharmacie sous enseigne EL est moindre que celle d’un pharmacien »

  • Faux, ils ont fait les mêmes études et ont le même niveau de compétences.

« Les docteurs en pharmacie de EL ne sont pas inscrits au Conseil de l’Ordre »

  • Vrai. C’est une qualité qui leur est refusée puisqu’il n’y a pas, au Conseil de l’Ordre, de section « pharmaciens salariés du commerce ». Mais ce n’est pas de leur fait, ni le signe d’un refus de leur part.

« Les docteurs en pharmacie de E. Leclerc ne seraient pas soumis à la même déontologie »

  • Faux : Nos docteurs en pharmacie s’engagent à respecter toutes les dispositions qui sont exigées par le ministère de la santé et les laboratoires. (Conditions de commercialisation, disposition des produits, information, conseils, contrôles, etc.). S’il s’agit de renforcer le contenu d’un tel cahier des charges, pas de problème pour le respecter.

« Salariés, ils seront soumis au diktat du capital (sic) »

  • Vrai, mais alors comme pour tout pharmacien d’officine. A qui veut-on faire croire qu’une pharmacie libérale est un service public dont la gestion est exempte de critères de rentabilité ? Si c’était vrai, il n’y aurait pas de tels écarts de prix ou de marges en officine.
  • C’est vraiment un mauvais débat. Ou alors il faudrait supposer que la déontologie ne pourrait être garantie que par des patrons propriétaires, à l’exclusion de tout salarié, fût-il docteur en pharmacie de l’industrie ou du commerce. Voilà une affirmation qui plairait à Besancenot !
Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 25 novembre 2009

Médicaments non remboursés : le vrai, le faux

 Je commente quelques verbatim relevés dans la presse ainsi que des notes publiées ici (JAKEDOUARD-23/11, ROMANIN, 21 et 24/11, Vulcaintrauma, 24/11, brice41, 21/11).

« E. Leclerc n’a pas le droit de vendre des médicaments »

  • Vrai : c’est en France un monopole réservé aux pharmaciens.

« EL veut vendre des médicaments en grande surface »

  • Faux : pas question de les vendre en hypermarché. « Ce ne sont pas des petits pois », dont acte. Aussi le projet consiste à les commercialiser dans un espace dédié à la santé (des parapharmacies), sous le contrôle et avec les conseils d’un docteur en pharmacie.

« Il n’y a pas de problème de prix sur le médicament »

  • Vrai, s’il s’agit de médicaments remboursés.
  • Faux, s’agissant des médicaments déremboursés. Leur mise en marché n’est soumise à aucun système de régulation. Plus sages cette année, leurs prix ont flambé lors des premières vagues de déremboursement par l’Etat (Etude de la Mutualité Française, 2006).

« Les Français ne sont pas sensibles au prix des médicaments »

  • Vrai jusqu’ici, car il y avait peu de médicaments déremboursés.
  • Mais faux : depuis 2 ans, les mutuelles et les organisations de consommateurs les sensibilisent (Que Choisir, septembre 2009). Dans la dernière enquête IPSOS, 36 % des Français ont refusé d’acheter des médicaments qu’ils trouvaient trop chers.

« Finalement, il y a peu de médicaments concernés »

  • Faux, tous les médicaments ne sont évidemment pas concernés. Mais le marché des médicaments « à prescription médicale facultative et non remboursés » va frôler les 2 milliards de chiffre d’affaires. Ce n’est pas rien.

« Les prix sont compétitifs en pharmacie »

  • Vrai localement, s’agissant de certains groupements ou même d’officines qui, à Paris, à Strasbourg, à Toulouse, sont très performants en prix.
  • Mais globalement faux : une étude du BIPE (octobre 2009), portant sur 313 médicaments PMF-NR, révèle que pour un même médicament, l’écart de prix entre deux pharmacies est au minimum de 70 %. Les écarts de prix observés sont en moyenne de 100 % et peuvent aller jusqu’à 200 %.

« E. Leclerc ne pourrait pas vendre moins cher ces médicaments OTC »

  • Faux : rien qu’en s’alignant sur les prix les plus bas dans les officines, nos parapharmacies seraient mathématiquement 50 % moins chères que la moyenne des prix relevés en France.

A suivre…demain.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 1 octobre 2009

Fauchon en pharmacie ? Et pourquoi pas, tant qu’on y est, des médicaments chez E. Leclerc ?

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L’ancestrale querelle des potards et des épiciers va-t-elle rebondir (ma note du 1/07/08) ? N’en doutons pas.

C’est le laboratoire Famadem-Diafarm qui le confirme ce matin (Le Parisien, 1/10/09). Des officines s’apprêtent à commercialiser les produits Fauchon, la célèbre marque de luxe installée place de la Madeleine. Et pour commencer, une gamme de thés aux vertus supposées médicinales.

A « 15 € la boîte de 21 sachets à prendre en cure d’une semaine ou de quinze jours », c’est donc la nouvelle offre de produits naturels qui viendra compléter les assortiments « haut de gamme » des pharmacies, à côté des produits cosmétiques et des compléments alimentaires.

Sur le fond, je n’ai absolument rien contre. Je n’en veux absolument pas aux pharmaciens de chercher à faire du chiffre ou même, plus noblement, de faire évoluer l’officine vers des concepts plus fun, et de développer les secteurs nutrition ou beauté.

Mais ce qui n’échappera à personne, c’est le double langage. A Leclerc qui voudrait que ses « diplômés de pharmacie » puissent vendre les médicaments non remboursés, la profession objecte : « nous, on n’est pas des marchands, monsieur, on fait de la « dispensation du médicament », on est spécialisé dans le conseil ».

Pas question que l’épicier devienne pharmacien ? Mais pas d’états d’âme pour que le pharmacien devienne épicier, et de luxe s’il vous plaît. Cocasse, non ?

Le gouvernement va publier une nouvelle liste de médicaments qui vont devenir payants (c’est 120 millions d’économisés pour la sécu, mais autant prélevés dans la poche des consommateurs).

Alors, Fauchon ou E. Leclerc ? Bien sûr, je joke, mais tout de même !

Et si les consommateurs pouvaient choisir !

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 22 septembre 2009

La grève du lait, un succès ?

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 Il y a quinze jours, personne n’aurait misé un kopeck sur l’initiative de l’APLI, l’Association des Producteurs de Lait Indépendants. Moi-même, j’étais perplexe. La toute puissante FNSEA n’allait pas se laisser doubler, et d’ailleurs, elle tente aujourd’hui de reprendre la main en élargissant le conflit au secteur des fruits et légumes.

Mais Bruno Le Maire, le nouveau Ministre de l’Agriculture, a donné suite. Il a été politiquement malin. Il a su mettre à profit tout son réseau bruxellois (la plupart des membres de son Cabinet viennent des « affaires européennes »). Grâce à son activisme, la « majorité qualifiée » sera bientôt atteinte pour qu’un Conseil exceptionnel des Ministres agricoles puisse se saisir des nouvelles demandes de régulation du marché.

Evidemment, tous les spécialistes avaient convenu qu’une grève du lait n’aurait aucun impact économique vu l’abondance de produits sur le marché. Et il est vrai aussi que l’opinion publique a fait la moue en voyant ces milliers de litres de lait ainsi gaspillés.

Mais la symbolique a été la plus forte. Et les premiers à l’avoir compris furent les médias. Jamais l’AFP n’a diffusé autant de dépêches relayant les analyses et propositions des producteurs de lait indépendants, désormais appuyés par la Coordination Rurale, la Confédération Paysanne, et même des sections départementales de la FNSEA.

Le syndicalisme officiel ne pouvait, à terme, tenir une posture contradictoire. Interpeller les pouvoirs publics au motif que la crise est structurelle et mondiale. Et en même temps, désigner les industriels et les distributeurs français comme boucs émissaires.

L’initiative de l’APLI force le respect. Pacifiques, refusant de surenchérir dans d’éternelles querelles corporatistes, les agriculteurs indépendants ont mouillé la chemise, sans casse chez les autres, en prenant eux-mêmes le risque de mettre en péril leur exploitation.

Alors que le mouvement s’essouffle un peu sur le terrain (ça coûte cher !), les groupements de producteurs nous interpellent. Message reçu. Les Centres E. Leclerc soutiennent auprès des pouvoirs publics français et européens, la mise en place de nouveaux outils de régulation. Nous allons favoriser la mise en place rapide des nouveaux labels « Le lait d’ici » et « Produit en France », « Produit en Bretagne » que veulent promouvoir ces organisations.

Mais c’est l’occasion pour moi aussi de rappeler que notre mouvement n’est absolument pas opposé à l’adoption de mesures d’urgence prévues par la loi. Avant qu’une réforme approfondie et durable du marché ne produise ses effets, l’arsenal des moyens d’intervention (prix minimum, prix garanti, etc.) permettrait de temporiser. On dira qu’au regard du droit de la concurrence, tout cela n’est pas très catholique. Peut-être. Mais il y a des agriculteurs qui ont eu la foi.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 13 août 2009

Produits frais : ils baissent aussi.

L’Insee vient de publier une livraison de statistiques concernant l’évolution des prix depuis un an.

L’indice des prix des produits frais de juillet aurait ainsi baissé de 13,5%.

Je comprends que cela représente une vraie perte de chiffre d’affaires en valeur pour les producteurs, notamment des fruits et légumes. Mais pour les consommateurs, c’est une bonne nouvelle.

Tant pis pour tous ceux qui continuent à polémiquer contre ces « distributeurs » qui ne répercuteraient pas la baisse des cours.

C’est vrai que sur certaines catégories de produits, il y a encore de la spéculation. Mais, ces 13,5 % de baisse, c’est bien dans les étals des hypers qu’ils ont principalement été constatés.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 7 août 2009

Crise du lait : les distributeurs dédouanés

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Un mois après le « coup de colère » de la FNSEA contre les marges excessives de la grande distribution, l’enquête de l’Observatoire des Prix et des Marges vient d’être publiée. Elle avait été brandie par Michel Barnier comme une menace à l’égard des distributeurs. Ses résultats sont clairs et nets : les distributeurs sont blanchis.

-         « L’Observatoire ne démontre aucun scandale » : Hervé Novelli, Ministre de la Consommation (Le Figaro, 29/07).

-         Les éleveurs ont bien vu leur marge baisser début 2009, mais 2008 fut exceptionnelle. L’industrie laitière, elle, a continué d’accroître ses marges brutes, ces dernières années, sur la plupart des produits, y compris pendant la crise. Mais ce sont les marges des distributeurs qui se sont le plus rétractées.

Le cas du lait demi-écrémé UHT est exemplaire. La marge des industriels est passée de 34,1 % en 2005 à 52,1 au second trimestre 2009. Mais celle des éleveurs est tombée de 32,1 à 25,9 % et celle des distributeurs de 28,5 à 17,1 %. En terme d’évolution, cela signifie que la marge des industriels a augmenté de 18 %, celle des éleveurs a baissé de 6,2 % tandis que celle des distributeurs a diminué de 11,4 %.

On peut consulter le rapport complet sur le site :

www.dgccrf.bercy.gouv.fr/concurrence/prix/observatoire_prix.htm

« Les résultats de l’Observatoire prouvent que l’origine de la crise est bien le marché international » : Bruno Le Maire, Ministre de l’Agriculture.

On se félicite donc du revirement des pouvoirs publics et des propos courageux et fermes des deux ministres, Hervé Novelli et Bruno Le Maire. Et on ne finira pas de s’interroger sur l’intérêt politique de ce gâchis qui a causé, en une semaine, 1 million d’euros de dégâts (source FCD) et tant de traumatismes chez les salariés de la distribution. Tout ça parce qu’un chef syndicaliste en difficulté pour tenir ses troupes a eu le culot de désigner la distribution comme bouc émissaire.

Michel-Edouard Leclerc